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L005

 
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Kr
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Inscrit le: 05 Déc 2014
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MessagePosté le: Jeu 20 Avr - 14:17 (2017)    Sujet du message: L005 Répondre en citant

Lundi 11 Juillet 2050, quelque part près de Toronto
au Canada:

« Tout est prêt ? »

« Oui, Monsieur Marzloff, la porte spatiale est activée. »

C’était un certain Sam Kornfield, technicien de
laboratoire qui venait de répondre à son
supérieur, l’ingénieur Ivan Marzloff, concepteur de
cette fameuse porte qu’il appelait la space door.

Une dizaine d’années auparavant, un Monsieur Kirk
Brown était devenu multimilliardaire en
fabriquant, puis en diffusant des panneaux
solaires, principale énergie renouvelable qui permettait
aux habitants de la planète de conserver un standard
de vie acceptable, plus de pétrole, plus de centrales
atomiques, plus de charbon, plus d’éoliennes, celles-ci
ayant été considérées comme trop peu productives, tout
fonctionnait désormais à l’énergie solaire.

Monsieur Brown, passionné par les sciences, et par ce
qu’elles pourraient apporter à l’humanité, disposait, entre
autres, d’un immense bâtiment sur un très vaste
terrain, pas de voisins à moins de deux kilomètres, il
avait l’âge de la retraite, plus de 70 ans.

Un jour, il décida de vendre toutes ses usines, son
épouse, décédée depuis quelques années, ne lui avait pas
donné de descendance, ce qui fait qu’il n’avait pas de
famille directe, il avait bien quelques cousins et cousines
aux quatre vents, auxquels il avait déjà distribué leur
cote part d’héritage, mais il disposait encore d’une
fortune colossale.

Il connaissait bien Monsieur Ivan Marzloff, un émigré
russe qui avait été accepté avec grand intérêt au
Canada, compte tenu de ses connaissances
scientifiques, lui non plus, n’était plus tout jeune, mais
il tenait à laisser une trace de son passage sur Terre.

Etant devenus amis, Brown et lui, en vinrent à parler
de l’espace, et des dimensions, et c’est à ce moment là
que naquit l’idée de la space door, qu’il mit 10 ans à
réaliser, maintenant, elle était prête.

 Dans l’immense labo, et dans le plus grand secret, se
tenaient quatre personnes:

Kirk Brown, le financier du projet.
Ivan Marzloff, le concepteur du projet.
Sam Kornfield, son assistant.
Et John Harper, le cobaye du projet, un jeune risque
tout de 30 ans, mesurant un mètre quatre vingt
dix, fortement bâti, ancien champion d’arts
martiaux, américain mais de mère française, vivant
au Canada, ayant pas mal voyagé, il était passionné
de motos, et pour cela, il lui fallait beaucoup
d’argent, contre vingt millions de dollars, il accepta
de participer au projet, c’est lui qui franchirait la
porte spatiale.     

« Bon, alors John, une dernière récapitulation, lorsque
l’intensité sera maximale, vous verrez dans cet
anneau métallique, apparaître un vortex bleu, que
vous aurez dix secondes pour traverser, surtout
rappelez vous bien de  votre lieu d’apparition, et plus
précisément de l’endroit où vous le verrez encore
durant quelques secondes, à ce moment là, regardez
bien votre montre, car c’est dans six mois qu’il
apparaîtra de nouveau, le Mercredi 11 Janvier 2051, à
la même heure, et à la même minute.

Est-ce que tout est clair ? ».

« Oui, Monsieur Marzloff, limpide ».

« Bon, alors en piste ! »

Le vortex apparut, John courut vers lui et le traversa, il
se retrouva instantanément quelque part, en pleine
nuit, sur un sol de graviers, près d’un banc, et d’une
pelouse bien entretenue, illuminée par deux
lampadaires, le vortex était encore visible, il regarda
sa montre qui indiquait deux heures, puis le vortex
disparut, il n’y avait personne dans les environs, il resta
un moment, pour bien se remémorer l’endroit, il vit
qu’il était sur un sol qui se terminait en pointe, entre
deux bras d’un fleuve ou d’une rivière, en se
retournant, il vit un grand escalier qui menait à un pont
qui traversait totalement les deux bras d’eau, de
chaque côté du pont, des rives bien éclairées.

« Bon, reste à voir où je me trouve, mais !!

Je vois la Tour Eiffel, je suis à Paris !!
Alors ça… »

Pris dans ses pensées et dans sa surprise, il entendit:

« Alors gus, on cherche la belle ? »

Un gars, probablement venu par le côté opposé à
l’escalier, d’un autre prolongement de cette
péninsule, lui parlait, en français.

« La belle ? Non, pas précisément, je méditais ».

« Ta ta ta, et mézigue, c’est le Pape, c’est pas la bonne
heure pour ça, mon pote, trop tard, c’est vers minuit
qu’il faut venir, mais t’as un drôle d’accent, t’es d’où? »

Il  était dans l’inconnu, mieux valait ne pas révéler d’où
il venait, John répondit .

« Je suis anglais, venu ici pour me parfaire en
français, puis éventuellement pour travailler, j’ai
dépensé trop d’argent ces derniers temps, puis je me
suis fait virer de mon appartement parce que je ne
pouvais plus payer mon loyer, saurais-tu où je peux
trouver un refuge ? ».

« Ben, tu parles comme un livre, mon vieux, tu
prononces vachement bien tous les mots, à part cet
accent à déboucher les chiottes, tu t’démerdes plutôt
bien.

Si j’ai bien pigé, t’as pas d’boulot, tu peux pas
retourner chez toi, dans ton pays, j’croyais qu’vous
étiez tous rupins, vous les anglais, première puissance
du monde, et t’as pas de fifrelins, ben t’es dans la *****. »

« Pigé ? Fifrelins ? Rupins ? Première puissance?»

« Ouais, il manque la touche finale, bon, piger, c’est
entraver, comprendre, quoi,  et les fifrelins, c’est le
fric, le flouze, ou l’argent si tu préfères rupin ça veut
dire beaucoup de fric, être riche, ben oui, z’êtes la
première puissance quoi, c’est grâce à vous qu’on est libres.

Bon, c’est marrant, j’sais pas pourquoi, mais ta gueule me
revient, alors tu sais ce qu’on va faire ?

Non?

Bon, j‘ai pas encore envie d‘aller dormir, alors on va
aller au Châtelet, c’est pas loin, et là bas, y a des rads
ouverts, ouais, un rad, c‘est un bar, on va boire un
coup, ça te va? Tu pourras m’raconter ton histoire.»

« Bon d’accord, ça ne résoudra pas mon problème de
logement, mais j’ai faim et soif ».

« Putain, comment t’y vas ! J’te propose un truc, si ton
histoire m’intéresse, et si ta gueule me revient encore
quand on aura bu quelques godets, alors non seulement
tu boufferas, mais j’te logerai aussi, tu m’as l’air d’un
sacré balèze, et j’ai idée qu’il vaut mieux être pote avec
toi que l’contraire, ah, pour l’appart, t’as rien à
craindre, j’suis pas homo, j’arrive même de temps en
temps à avoir une nénette chez moi, mais en ce
moment, c’est pas terrible, toi par contre, si t’étais dans
les bons endroits au bon moment, tu ferais un
malheur, allez, on y va? »

« Ok, let’s go. »

« Ouais, ça doit vouloir dire allons y, mais je jaspine pas
l’engliche alors faut m’parler en français .»

« Jaspine ? »

« Ouais, tchatcher, parler, c’est vrai que j’suis un
parigot, j’parle même pas le français normal la plus part
du temps, ici, à Paris, y a des zones où on parle
argot, Belleville par exemple, ou Ménilmuche, mais allons
dans un rad. »

« D’accord, on y va, mais comment s’appelle cet endroit ? »

« Ici ? C’est l’île Saint Louis, t’es au plein centre de
Paname , c’est quoi ton prénom ? »

« John, et toi ? »

« Ah ouais, c’est bien anglais, ça, moi, c’est Quentin. »

Ils prirent l’escalier, se retrouvèrent sur le pont, et:

« Tu veux un clope, c’est de la gitane sans filtre que je
fume, j’sais pas si t’aimeras »

« Clope ? »

« Ben ouais, quoi, une cigarette, t’as encore des
progrès à faire en français, surtout si tu veux
bosser, tiens, grâce à toi, je vais me mettre à parler
en style, après tout, moi aussi, j’ai été à l’école. »

« Ok, non, merci, je ne fume pas, tu bosses, comme tu
le dis ? »

« Ben ouais, en ce moment, j’suis en congés, encore 5
jours, mais, ah oui, le style, je suis Chef de Rang au
Wepler, à la Place Clichy. »

« Chef de Rang, cela correspond à quoi, exactement ? »

« Ben, c’est un serveur de resto, un peu amélioré, je sers
de la bouffe et à boire, à plusieurs tables, c’est
fatiguant, je fais des heures, mais je gagne bien ma
vie, le Wepler, c’est la classe, y a même des célébrités
qui viennent manger, pas mal de pourbes, des
pourboires, quoi. »

« Oh, des tips ? »

« C’est anglais, ça, maintenant, je saurai qu’un
pourbe, c’est un tips ».

« Tip, chez nous aussi, le singulier et le pluriel existent. »

« Ok, mec, ca y est, on arrive à Châtelet. »

Sur le pont, John venait de voir quelques voitures
circuler, il les trouvait bizarres, car il ignorait qu’il
s’agissait de 4CV, de 202 ou 302, de simcas 8, de
panhards, et autres d’une certaine époque, et elles
faisaient du bruit, le peu de gens qu’ils croisaient, tout
comme Quentin, étaient curieusement habillés :

« Paris est étrange, on dirait une autre époque » pensa-t-il.

Devant un grand bar qui faisait le coin de la Place du
Châtelet et d‘une rue:

« Tiens John, il fait un peu frais, on va s’installer à
l’intérieur. »

« Messieurs ?»

Quentin: « Oui, pour moi, un sérieux pour le moment, et
toi, John ? »

« Je ne sais pas trop, vous faites des steaks-frites ? »

« Bien sûr, Monsieur, ici, c’est une brasserie, saignant ou
à point le steack ? »

« Saignant, avec une bière. »

« Pression ? Un sérieux comme Monsieur ou en bouteille ? »

« J’ignore ce que c’est, mais je vais prendre un sérieux ».

Quentin: « Le sérieux, c’est deux fois le demi, 50
centilitres de bière, c’est de la « Record » qu’ils ont, elle
est bonne ».

« Ok, pour un record  et un steack saignant frites ».

« Une record, maintenant, tu peux me raconter ton
histoire, j’aimerais comprendre pourquoi tu es dans
la, heu, mélasse, parce que vous, les anglais, vous êtes
bourrés de pognon, j’en ai déjà rencontré d’autres, en
général ils vont dans des endroits sélects, ils sont super
sapés, costars, cravates, belles godasses, la
classe, quoi, et je te parle pas des nénettes, on dirait
des mannequins, tiens toi !

Bizarre tes fringues, on dirait que t’as une combinaison
de plongeur ».

John avait déjà réfléchi sur le pont à ce qu’il devait lui
raconter, ici, tout sentait l’ancien, il ne savait pas trop
pourquoi, mais il avait vraiment l’impression d’être dans
une autre époque, il fallait se méfier:

« Eh bien, je suis en France depuis six mois, j’ai
commencé par faire les vendanges, dans le sud, avant
de monter à Paris, il y a trois mois, comme je te l’ai
dit, j’avais trouvé un studio à louer, mais comme j’ai
dépensé trop d’argent, le propriétaire m’a viré hier. »

« Un Lundi, putain, bon début de semaine, mais
continue, avant, qu’est-ce que tu foutais en Angleterre ?

Et tu viens de quelle ville ? »

« Je viens de Seattle, j’ai grandi là bas, fait pas mal de
sport, un peu d’études aussi, ma Mère est d’origine
française, Bordeaux… »

« Ah ! C’est pour ça que tu parles français, là, je pige
mieux, de Bordeaux ?

Une sudiste, c’est sûr que t’as fait du sport, ça se
voit, je dirais même que t’as fait de l’haltéro, Seattle ?

Connais pas, mais l’Angleterre, c’est tellement vaste, j’ai
dû apprendre dans les petites classes que ça faisait plus
de 20 fois la France, mais je suis trop bavard, continue. »

« Je vais le faire, mais pour le moment, je dois aller aux
toilettes, où sont-elles ? »

« Tu vas à droite, là bas, derrière le bar tu as un
escalier, tu descends et tu y es ».

Là, John en profita pour réfléchir, ce qu’il venait de voir
sur le pont était anormal, cette brasserie, très
vieillotte, l’Angleterre, 20 fois la France ?

Alors là, ça dépassait tout, il pensa à la space door, elle
l’avait transféré dans l’espace, mais peut-être aussi
dans le temps, il fallait qu’il sache dans quelle époque
il se trouvait, mais sans éveiller de soupçons, pas
question de demander l’année, il lui faudrait voir un
journal ou un calendrier, mais peut-être avaient-ils
un journal dans cette brasserie ?

Il pourrait en demander un, Quentin semblait vraiment
un brave type, bavard ?

C’est sûr, mais peu importe, il fallait qu’il sorte de
cette galère.

Lorsqu’il regagna la table:

« Je vais te raconter la suite, Quentin, mais j’aimerais
avoir un journal, de préférence d’hier, c’est possible ?

Je te demande ça, car j’aime bien suivre les évènements
sportifs. »

« Pas de problème, mec, on demande au serveur, il va
t’en rapporter un, mais bouffe, ça va être froid, à la
tienne ! »

Pendant qu’il mangeait John continua à broder une
histoire de circonstance, Quentin, qui s’était repris un
sérieux, et fumait une autre gitane, l’écoutait
cérémonieusement.

« Intéressant, reprends un sérieux, ça va te faire digérer.

Si j’ai bien tout compris, t’es plutôt un gosse de bonne
famille, tes parents auraient pu t’envoyer du
pognon, non ? »

« A condition qu’ils sachent où je suis, mais ces derniers
temps, je m’étais un peu brouillé avec eux, ce qui fait
que lorsque je suis venu en France, je ne leur ai pas dit. »

« Ah ! Punaise, t’as pas collé avec les vieux ?

Ouais, ça aussi, ça arrive, c’est même fréquent, bon, il est
quatre heures du mat, et là, je vais avoir envie de
pioncer, oui, dormir en clair, faut que je m’habitue avec
toi, je vais demander ton canard au serveur, puis on
rentre chez moi, j’habite à 500 ou 600 mètres d’ici, à
Réaumur-Sébastopol, rue Réaumur, j’ai un beau 3 pièces
que j’ai hérité de mes vieux, ils sont morts pendant la
guerre, mais je préfère ne pas en dire plus, j’ai tout le
confort, tu seras bien, c’est dans mon quartier qu’il y a
toutes les putes, mais toi, tu devrais pas avoir besoin
de ça, remarque, quand tu leur parles, t’en as qui sont
sympa, t’as des connes aussi, c’est comme partout. »     

Quentin laissa un billet de 500 f, puis un de 200 f sur la
table, et ils sortirent, quelques minutes plus tard:

« Ca y est, on est arrivés, c’est au troisième. »

« Bon, il fait presque trop chaud ici, faut dire que j’ai un
sacré chauffage, par l’immeuble en plus, c’est
super, alors là, c’est le salon, puis voilà ma piaule, un
couloir, puis les toilettes et la salle de bain, un bien
grand mot parcequ’il n’y a qu’une douche, pas de
baignoire, mais c’est bien quand même,  en face, c’est ta
chambre, qu’est-ce que t’en penses ? »

« Pas mal du tout, à côté de mon ex studio, c’est le luxe. »

« Content de te l’entendre dire, tu vois, le plumard est
fait, tu peux aller te pieuter, prends le journal si tu veux
lire tes sports, je suis crevé, surtout, ne me réveilles
pas avant midi, d’accord John ? »

« Pas de problème, il se pourrait que je dorme
encore, même à midi. »

«  Ok, comme tu dis, alors à la revoyure. »



John s’assit sur le lit et se précipita sur le journal, il était
d’hier, Lundi 10 juillet 1950 !!!

« Oops, sacré choc, voyons ce qu’il y a dedans ».

Il passa deux heures à lire avidement tout le contenu, de
toutes les pages, c’était un « France-Soir ».

« De Gaulle, Président de la République Française !
Churchill, Président de l’Angleterre ! Ca me paraît
curieux, mais bon, en politique, je ne m’y connais pas
trop, Assemblée Nationale, vote pour la Vème
République !  Chaban-Delmas et Soustelle Ministres, à
première vue, ça ne me parle pas, voyons la suite, premier
gouvernement Soustelle, l’Afrique du Sud en embargo, en
Belgique, Léopold trois va déléguer ses pouvoirs au
Prince Baudouin, bon, page suivante, décès de Fats
Navarro, chanteur de Jazz brésilien, Raymond Kopa, élu
meilleur footballeur du monde, polonais,  devant un
certain Alfredo di Stefano, brésilien, tiens !

Une femme mannequin, elle est élégante, fine, mais
drôlement habillée, bon là, tous ces évènements ne me
disent rien, tiens une cote argus de voitures, 200.000
francs une 4 Cv de première main, 450.000 francs une
traction 11 cv de 2 ans, j’ai du mal à comparer, mais je
dirais que ces voitures roulaient à l’essence, c’est
vachement dépassé,  tiens encore !

Un film qui va sortir, « La fleche et le flambeau », avec
Burt Lancaster et Jane Russell, puis « Cas de
conscience», avec Gary Grant et Mel Ferrer.  

Pfff ! Je ne connais rien de tout ça, mais je repense à
Quentin et à son histoire d’angleterre, il me faut un
livre de géographie, ou un atlas, j’ai idée que je vais
avoir de drôles de surprises. »

Puis il se coucha, beaucoup plus tard dans la journée:

« Ah, salut John, alors, bien dormi ? »

« Très bien, et toi ? »

« Je me suis levé il y a une demie heure, ouais, j’ai bien
dormi, et ai pris mon petit dej, il reste du pain, pas trop
frais, du beurre, et de la conf, le café est encore
chaud, tu y mets du lait si tu veux, bref, tu te
démerdes, moi, je dois me tirer, j’ai des potes à
voir, ceux-là, je ne peux pas te les présenter, c’est des
truands, et j’y vais pour une affaire qu’on a faite
avant-hier, et qui devrait me rapporter du fric, tiens à
propos de ça, si tu sors, change de fringues, voilà
3000 balles, pour un costard, une liquette, ça devrait
aller, on est pas loin du carreau, si tu marchandes
bien, t’auras aussi une cravate et une paire de
godasses, pour la qualité, je garantis pas, mais au
coup d’œil, tu devrais être bon, tu n’auras qu’à tirer
la lourde, ça ira.

T’étais où avant, dans quelle rue? »

Zut, mauvaise question, allons y au hasard:

« J’étais rue d’Hauteville. »

« Ah ! Le nom me parle, je crois que c’est pas loin des
grands boulevards, plutôt sympa comme quartier, non ? »

« Oui, c’était sympa, dis-donc, tu n’aurais pas un atlas ? » 

« Oui, j’ai, tu vas dans le salon, quand tu rentres, à
gauche, la troisième étagère, tu vas trouver, mais
pourquoi veux-tu un atlas ? »

« J’aime bien m’instruire, et la géographie, quand j’étais
gosse, me plaisait, je dessinais même des cartes. »

« Ah Ouais ! T’es un mec bien toi, dis donc, bon faut que
j’ y aille, suis pas en avance, on se revoit ce soir, on ira
bouffer dehors parce que j’ai plus grand-chose
ici, surtout, va te saper, c’est important. »

« Sois sans crainte, je le ferai.»

Il était deux heures de l’après-midi, John avait le
temps, il fallait d’abord déjeuner, puis il rechercha, puis
trouva l’atlas:

« Quoi !!! Mais c’est pas possible …

Les continents sont les mêmes que chez nous, mais sur
le continent américain, il n’y a que trois
pays, l’Angleterre au nord, qui va de l’Alaska au sud du
Mexique, en Amérique Centrale, c’est le Tropican !
Puis au Sud, du Vénézuela à la Terre de feu, c’est le
Brésil, pas de Mexique, pas de pays d’amérique
centrale, pas d’Argentine ni de Chili, ni de
Colombie, comme si les espagnols n’avaient jamais
rien colonisé…

En Europe, l’ex Angleterre s’appelle Pays de Galles, la
Suède et la Norvège me semblent plus importantes, pas
de Finlande, c’est vrai que j’étais assez bon en
géographie, pas de Danemark, la Belgique existe, mais
recouvre également la Hollande et une partie de l’ex
Allemagne, qui là, n’existe pas, notre voisin, c’est la
Pologne, la France est à peu près comme dans mon
souvenir, l’Italie aussi, mais à la place de
l’Espagne, c’est la Suisse !!!
  
Alors l’Espagne n’existe pas, pas plus que
l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Yougoslavie, la
Grèce, la Turquie, la Roumanie, la Bulgarie, le
Tchécoslovaquie, les pays baltes, c’est la Russie qui
s’appelle l’U.R.S.S. deuxième puissance mondiale, qui
englobe tout, et va jusqu’à l’autre bout, côté
pacifique, ça alors !!!

Pas de Chine, pas de Japon, pas de philippines, tout
ça, c’est russe.

Il y a la Perse, également assez étendue, qui couvre
l’ Irak, l’Iran, le Liban, la Syrie, l’Israël, la Jordanie, l’Arabie
Saoudite, et les Indes, fantastique !!

En Afrique, il y a six pays, au nord l’Egypte, en dessous, le
Congo et le Kenya, qui ont déjà de sacrés surfaces, puis le
Mozambique et la Namibie, et enfin l’Afrique du Sud, qui
est à peu près correcte.

Madagascar fait partie du Mozambique, Quant à
l’Indonésie et à l’Australie, Papouasie de l’ouest, et
Papouasie de l’est, ils se sont pas foulés, la Nouvelle
Zélande fait partie de la Papouasie de l’est, j’espère que
l’atlas indique également la langue et la monnaie de tous
ces pays.

Les océans, alors il y a l’Atlante, atlantique, pour moi, le
Mû, pacifique pour moi, l’océan du Milieu, Indien pour
moi, le pôle Nord s’appelle la Banquise, et le pôle
Sud, La Terre de glace, la Mer du Nord englobe la
Baltique, la Méditerranée s’appelle la Mer Basilicate, et
je dois passer six mois dans ce monde…

Une heure plus tard, John connaissait également les
langues et monnaies utilisées partout, mais il fallait
qu’il sorte.

En chemin, il se renseigna sur le Carreau du
Temple, lorsqu’il y arriva, il y avait de tout, des
chaussures, oui, des chaussettes aussi, une cravate, pas
de problème, mais aucun costume ni aucune chemise à
sa taille, on lui indiqua Tobias, sur les boulevards, près
du Théâtre de l’Ambigu, là, heureusement pour lui, un
client avait décommandé, le costume était exactement
à sa taille, il put s’habiller, mais même en ayant bien
marchandé, il ne lui restait rien des 3000 francs, si, 10
francs, tout juste de quoi prendre un café dans un
bar, puis il rentra.

Il attendit une demie heure devant la porte du domicile
de Quentin, lorsque ce dernier arriva:

« Oui excuse-moi, tu n’avais pas les clés, on en fera
faire, tu es très chic, le costard, pardon, c’est quelque
chose, les godasses, pas mal, mais tu aurais pu avoir
mieux, la cravate, ouais, pas mal, mais… »

« Arrête, Quentin, je n’ai plus un seul franc. »

« Ah bon ! Ce n’est pas grave, j’ai gagné 10.000
balles, on va bien bouffer ce soir, et sortir, mais
dis-moi, qu’est-ce qui t’a coûté si cher ».

John lui expliqua:

« Ah Tobias ! D’accord, là je comprends, c’est le
spécialiste qui habille les balèzes de ton genre, c’est du
sur-mesure, pour l’avenir, mieux vaudra que tu ailles
dans les magasins, ça ne sera plus du fait main, mais
de l’industriel, tu n’auras pas le costard de suite, faudra
que tu fasses des essais, mais il te coûtera trois fois
moins cher, et ils ont également des beaux tissus, et
du choix .

Là, dis donc, si on rencontre des nénettes, ça va faire tilt.»

Quentin était un petit bonhomme, la trentaine, un mètre
soixante dix, brun, les cheveux bouclés, plutôt
maigre, mais assez bien habillé, belles chaussures, costume
et chemise, mais sans cravate, ça pouvait le faire, il avait
un certain style.    
 
 « Bon allons bouffer, je connais un resto à deux pas
d’ici, j’y vais souvent, connu comme le loup blanc que je
suis, ils vont bien nous servir, et moins cher qu’à Châtelet.

Mais je pense à un truc, tu es anglais, John, donc tu
pourrais être traducteur ici, dans une boite
commerciale, ou du genre, l’argot, tu le piges pas, mais
c’est du vrai français qu’on te demandera là dedans, et
là, tu te débrouilles plutôt bien, puis traducteur, ça paye
pas mal, tu risque d’avoir un bon job, la moitié du
monde parle anglais, mais nous, on n’est pas des
russes, pour les langues, on n’est pas très doués, c’est
demandé, des traducteurs ou interprêtes, bon, faudra te
faire un C.V. ou Curriculum Vitae, ça, on le demande
partout, un vrai ou un faux, peu importe, tu viens de
loin, ça sera difficile à contrôler, faudra le faire en
français, bien sûr, et là, je peux pas beaucoup
t’aider, l’orthographe et moi, ça fait deux, mais
penses y, voilà un bon moyen de sortir des galoches. »

« Oui, je vais y réfléchir, à ton avis, un traducteur est
payé à quel niveau ? »

« Bof, moi dans mon boulot, je gagne en moyenne
20.000 balles par mois, c’est du fric, mais ça dépend des
périodes, et c’est spécial, la moitié sont des pourbs, et
ça, c’est variable, un traducteur, je sais pas trop, mais
peut-être à 15.000 pour commencer, mais ça se
prend, si tu gagnes ça, tu vis déjà bien. »

« Dans une boutique, j’ai vu des postes de télé, et c’est
pas donné ».

« C’est sûr, je n’en ai pas encore une, ils n’affichent pas
les prix, mais un bon poste, c’est 100.000
balles, plusieurs mois de salaire, une voiture, une 4
cv, par exemple, c’est 300.000 balles , les 203, qui sont
des belles bêtes, 500.000 balles, mais vous autres, vous
avez des Pontiacs, ou des Chevrolets, ou des
Cadillacs, des Chrysler, des Studebaker, des
Ford,  ça, ça doit coûter bonbon.

Arrêtons de rêver, allons bouffer.».

« Ok, mais tu t’y connais bien en voitures, et en pas mal
de choses d’ailleurs. »

« Bah, j’me démerde, quand t’as fait partie de bandes de
voyous, t’es obligé , là encore, j’ai des potes qui font des
trucs pas très catholiques, mais je m’en sépare
progressivement, j’ participe de moins en
moins, occasionnellement, si ça vaut le coup, mais ça fait
5 ans que je bosse, et je veux pas perdre mon
travail, alors les histoires avec la police, j’évite, dans le
passé, j’ai pas mal cotisé, puis une bagnole, dans
Paris, pas besoin, t’as le métro, le bus, et ça marche. »

Ils dînèrent, puis sortirent, passèrent une bonne
soirée, mais pour les femmes, la réussite n’avait pas été
de leur côté, deux promesses de se revoir, un numéro de
téléphone obtenu, ça ne garantissait rien.

« C’est curieux, mais j’ai l’impression que les femmes que
l’on a rencontré ne recherchaient pas des dragueurs, mais
du plus sérieux ».

« T’as pas tort, John, mais ici, c’est toujours la même
histoire, c’est du poker, dans les deux boites où je t’ai
emmené, six ou sept soirées sur dix, ça ne va rien
donner, les nénettes sont accompagnées, ou elles ne
se décident pas, un petit fond de moralité à la con leur
reste dans la tête, une ou deux autres soirées, là, il y a
des chances, faut les saisir, puis alors une dernière
soirée, c’est le bon coup, le miracle, ça marche, mais
c’est partout pareil.

Remarque, ce soir, je crois que j’ai fait une
connerie, sans te jalouser d’ailleurs, mais quand t’as
commencé à parler avec la belle grande brune en robe
verte, moulée comme c’est pas possible, j’ai eu le tort
de venir te parler, j’aurais pas dû, ça s’engageait bien
pour toi. »

« Non, Quentin, ne regrette rien, car elle me disait
qu’elle aimerait bien me revoir, mais là, elle était
accompagnée, et devait partir, et je ne sais même
pas si c’est vrai ou si c’est un prétexte. »

« Ah ! Alors tu me rassure, c’est vrai qu’une poupée de
ce niveau, c’est étonnant quand elle est seule, dans une
boite, on cherche tout de suite où est le mec, ou même
plusieurs, ben, on a pas eu de chance, mais je ne
désespère pas de faire mieux la prochaine fois, bon, là, j’ai
eu un numéro de bigo, j’appellerai après demain à
tout hasard… »

« Oui, je te le conseille, car elle était pas mal. »

« Oui, mais elle était loin de valoir la tienne, on
repassera quelques fois dans cette boite, moi je crois que
si tu la revois, tu peux faire tilt, je peux pas t’expliquer
pourquoi, mais j’ai idée qu’elle t’a dit la vérité. »

Quelques jours plus tard, Quentin reprenait son travail
au Wepler, alors que John recevait deux convocations, il
avait eu l’idée de faire un double C.V. un en anglais, et
un autre en français afin d’indiquer qu’il maîtrisait
couramment les deux langues.

Quentin lui avait encore donné de l’argent, 2000 francs
pour qu’il puisse s’acheter un autre costume, une paire
de chemises, et une autre paire de chaussures, des
cravates, il y en avait sur place, et des belles, John avait
donc encore deux essais à faire pour un costume qui
permettrait une bonne présentation.

Il n’avait pas fait que cela, tous les jours, dès le
matin, il achetait un journal afin de se tenir au courant
de l’actualité, et d’améliorer son français, il fallait qu’il
s’adapte à son nouvel environnement sans éveiller de
soupçons, il aurait bien voulu se joindre à un club
d’arts martiaux, mais cela aurait pu poser des
problèmes à terme, même dans ces endroits
particuliers, il y avait toujours, et comme partout, des
fouineurs qui auraient pu enquêter sur lui, même cas
pour une salle d’haltérophilie, il devait se contenter de
faire des pompes à la maison, par séries de 100, et puis
six mois, ce n’était pas la mer à boire.

Il avait la chance de ce pas résider trop loin de son point
de chute, au jour présumé du retour,  ou plutôt durant la
nuit qui précède, le Jeudi 11 Janvier 1951, il y aurait de
fortes chances que Quentin soit au travail jusqu’à une
heure et demie ou deux heures du matin, il pourrait donc
procéder en toute tranquillité.  

Pour le moment, le plus pressé était d’acquérir un
job, d’être le moins longtemps possible à la charge de
Quentin, et il s’y employait, il fallait toutefois que son
fort accent américain diminue pour le transformer en
accent discret, à défaut d’être totalement parisien, pour
cela, car Quentin avait la radio, il l’écoutait durant des
heures, s’efforçait souvent de prononcer la dernière
phrase qu’il venait d’entendre, il avait également acheté
un dictionnaire franco-anglais, le plus gros qu’il
pût trouver.

Deux semaines passèrent encore, puis il fût convoqué
par un Directeur du personnel d’une firme
d’automobiles, en cette période, les importations et les
exportations de véhicules de et vers l’immense
Angleterre reprenait de la vigueur, d’un côté les Pontiacs
et autres voitures anglaises, de l’autre, les 4cv, les
203, et autres modèles qui commençaient à intéresser
les anglais, ne serait-ce que pour les consommtions
de carburants, et les facilités de parking, on commençait
à penser économie de l’autre côté de l’océan, alors
qu’en France, on appréciait tout autant le luxe des
voitures importées, pour cela, des bilingues s’avéraient
nécessaires pour faciliter les transactions, d’autre
part, il fallait aussi régler le problème de l’identité, dans
les relations de Quentin, il y avait deux faussaires, des
frères qui, pour l’époque, étaient carrément géniaux dans
la production de faux documents, cartes d’identités, permis
de conduire, passeports, et autres, ils savaient même
reproduire des documents anglais, probablement par le
fait que des touristes anglais venus en France, s’étaient
fait voler ou cambrioler.

John disposait d’une fausse carte d’identité anglaise
indiquant qu’il était né le 14 Mars 1920 à Détroit, lieu de
résidence de Ford, eh oui, la ville existait là aussi, avec
une photo récente, un passeport, et une carte
d’université, le tout pour 20.000 francs, Quentin avait pu
en régler 10.000, les deux frères le connaissaient depuis
suffisamment longtemps pour autoriser une échéance sur
le reliquat, John avait une sérieuse dette vis-à-vis de
Quentin, et il le savait, il lui devait bien plus que de
l’argent, les connaissances en automobiles de Quentin, lui
seraient d’une aide précieuse dans la négociation de son
futur poste, dans les environs de Paris.

« Ah ! Monsieur Harper, asseyez-vous donc, comment
allez-vous ? »

« Bien, Monsieur le Directeur, et vous -même ? »

« Bien, merci, alors nous allons pouvoir procéder. »

John était reçu par Monsieur Hervé Lefaucheux, premier
Directeur Général des usines Renault depuis la guerre, mais
il n’était pas à Boulogne-Billancourt, comme il avait pu le
penser, mais dans un très confortable bureau, quelque part
aux Champs-Elysées, il fit part de son étonnement
au Directeur.

« Excellente observation, Monsieur Harper, vous deviez, en
effet, être reçu à Boulogne-Billancourt, mais pour des
raisons de discrétion, compte tenu, d’une part de votre
futur poste, et d’autre part, de la nature des missions à
exécuter, il nous a semblé préférable de penser que le
fait d’être ici même, vous permettrait d’être plus apte à
exercer vos fonctions, vous allez très vite comprendre
pourquoi, mais d’abord passons aux choses terre à
terre, vous être anglais, n’est-ce pas ?

Les anglais sont nos amis et nos alliés, mais je me
dois, pour la procédure, de vous demander votre
Carte d’Identité.

Merci, Oh, vous êtes de Détroit !
Le domicile de Ford, très bien, vous avez 30 ans, un bel
âge, célibataire ?

Un point de plus, puis-je également voir votre
passeport, s’il vous plait ? »

« Bien sûr, Monsieur le Directeur, ainsi qu’une ancienne carte
d’université, les voici. »

« Université de Lexington ?

Pas mal, je vois que vous êtes en France depuis six
mois, et d’après ce que je crois comprendre, vous
souhaiteriez rester dans notre pays et y apporter vos
compétences ? »

« En effet, Monsieur le Directeur, je suis les évènements
avec grand intérêt, et particulièrement les
développements des marchés internationaux entre la
France et l’Angleterre, notamment en ce qui concerne
les automobiles, qui font partie de mes deux
passions, avec les motos, et je vois actuellement un grand
espoir de voir promouvoir la qualité des voitures Renault
en Angleterre, je sais que si nos véhicules présentent un
certain luxe vis-à-vis d’autres véhicules, ils présentent
deux inconvénients à mon sens, le premier, leurs
dimensions, rendant les parkings moins aisés, le
second, la consommation de carburant, et là, vos
véhicules présentent un grand intérêt pour la
population anglaise qui, en ce moment, opterait pour
des conduites plus économiques. »

« Remarquable, mon cher, à votre accent discret, on voit
que vous êtes anglais, mais vous maîtrisez parfaitement
notre langue, et avec classe, alors vos Curriculums Vitae
me sont parvenus, l’idée d’en faire un en anglais et un
autre en français étant par ailleurs excellente, j’ai pu
constater que votre vécu professionnel concerne plus
particulièrement les motos,  tenez, je vous rends vos
documents, alors, ce n’est pas un problème, nous ne
demandons pas un technicien, ni un ingénieur, mais
quelqu’un qui puisse s’exprimer parfaitement dans les
deux langues afin de faciliter nos transactions
commerciales, et visiblement, vous entrez dans ce
créneau, votre présentation est très valable, vous êtes
un sacré gaillard, ce qui est loin d’être un
inconvénient, vous en imposez, vous présentez
finalement pas mal de points positifs, c’est la raison
pour laquelle nous allons vous prendre à l’essai, pendant
deux mois, vous exercerez comme Consultant
International, oui, traducteur, cela fait quelque peu
besogneux, d’ailleurs vous serez plus qu’un traducteur
de par votre impact commercial, de par votre manière
de présenter, de défendre la marque Renault, pour le
moment, vous resterez ici, au 128 avenue des Champs
Elysées, vous aurez, bien sûr un bureau de Direction
Commerciale, et vous appointerez au salaire initial de
35000 francs par mois, ceci, à partir du Lundi 21 Août, à
9 heures, cela vous convient-il ? »

« Tout à fait, Monsieur le Directeur, il me tarde de
prouver mes capacités pour devenir le représentant de la
prestigieuse marque Renault, et vous pouvez être certain
que je ne regarderai pas à mon temps pour ce faire. »

« Voilà comment j’aime entendre parler, si la qualité de
vos futures actions vaut celle de vos paroles, un très
grand avenir vous sera ouvert.

Une dernière chose, où logez-vous actuellement ? »

« Chez un ami, rue Réaumur, il a un trois pièces dans
lequel j’ai toute mon autonomie et duquel il est
propriétaire, mais il n’est pas question pour moi
d’abuser de son hospitalité, tant que je n’exercai
pas, cela pouvait se comprendre comme période de
dépannage, mais j’escompte disposer, dans un avenir
proche, de mon propre appartement ».

« Absolument, Monsieur Harper, et nous en avons un à
votre disposition, un beau deux pièces, avec
jardinet, rue la Boétie, donc pas très loin d’ici, pour le
loyer, cela restera à débattre, mais il sera, bien
sûr, raisonnable, nous somme fin Juillet, si je vous ai
parlé du 21 Août, c’est pour deux raisons:

La première, c’est que la pluspart des gens sont en
vacances, c’est un peu comme au mois de Mai, il y a un
sérieux ralentissement de l’activité, qui reprend dès
cette période.

La seconde, ces trois semaines vous laisseront le temps
d’emménager rue la Boétie, je vais vous communiquer
l’adresse exacte et d’autres coordonnées, notamment
celles concernant le gardien de l’immeuble.

Communiquez moi votre adresse actuelle afin que je
puisse vous adresser votre Contrat en deux
exemplaires, prenez le temps de le lire, vous en
conserverez un double, et remettrez l’original dûment
signé à ma secrétaire, Madame Rennepont, dont le
bureau est juste à droite du mien, Lundi 21 Août.

Tout est en ordre ? »

« Pour moi, Oui, Monsieur le Directeur, dès réception de
votre courrier, je procède à mon déménagement. »

« Parfait, alors il me reste à vous souhaiter, Monsieur
Harper, une excellente journée. »

John sortit:
« Bon, j’ai le temps, Quentin travaille, alors je vais
rentrer à pied, par la rue Royale, puis le Boulevard de
la Madeleine , celui des Capucines, la rue du 4
Septembre, et la rue Réaumur, finalement, ce n’est
pas loin, probablement moins d’une
heure, heureusement que Quentin m’a fait fabriquer
des clés, mais le pauvre, je vais, dans quelques jours
être obligé de le laisser tomber pour emménager à la
Boétie, je lui dois près de 30.000 francs, mais je les
lui rendrai, en moins de 2 mois, c’est quelqu’un de
chouette, je resterai en contact avec lui, mais ses
copains voyous, vu ma nouvelle situation, je serai
obligé des les oublier, les sorties dans les boites à
nénettes, il faudra peut-être mettre un trait
dessus, j’étais revenu à la boite où j’avais rencontré
la belle brune, mais je ne l’ai pas revue.

Par contre, Quentin avait conclu avec miss
téléphone, j’en étais content pour lui. »

La mardi matin, 1er Août:

« Ah ! John, bien dormi ? Ouais, moi aussi, comme tu
as vu, j’ai bossé pendant deux semaines sans
repos, parce qu’un collègue, un Chef de rang comme
moi, a été malade pendant 7 jours, une bonne
grippe, c’est sûr que durant ce temps, pendant que
j’allais bosser, je te voyais tout juste pour le
petit dej,  pas le temps de discuter, puis que je rentrai
dans la nuit, tu pionçais, mais maintenant, j’ai trois
jours de repos, et ne reprends que vendredi, alors
dès aujourd’hui, on va se marrer, tiens, on va repasser
dans la boite ou j’ai levé la nénette, on reverra
peut-être ta brune ? »

« Attends, Quentin, car j’ai pas mal de choses à te
dire, là, il va falloir te cramponner:

J’ai un job à partir du 21 Août, un gros, chez
Renault, mais dans les jours qui viennent, ils me
demandent de changer d’appart, car ils m’attribuent
un logement de fonction rue la Boétie, et je bosserai
aux Champs Elysées, comme Consultant International
à 35000 francs par mois pour débuter, bon, dans ce
job et l’appart, je suis à l’essai pour deux mois, mais
crois moi, je vais transformer l’essai, tu dois encore
10.000 francs aux deux frères, je crois, ils seront
remboursés fin Août ou début Septembre, par la
suite, je te rembourserai aussi ce que je te dois, bien
sûr, on gardera le contact.

Pour le moment, Renault va m’envoyer mon Contrat
ici, et c’est à partir de là que je serai obligé de
déménager, alors ce qu’il faut que tu saches, c’est
que tu seras toujours mon pote, si un jour, tu es dans
la mélasse, tu pourras compter sur moi, j’aurai les
moyens de t’aider, car je vais travailler comme un
dingue pour mériter cette place, alors, pour
aujourd’hui, tout ce que tu veux, la boite ce soir, on
y va franco, dans les trois premières semaines
d’août, tant que je ne bosse pas, on pourra se voir
souvent, mais à compter du 21, ce sera beaucoup
plus rare, il faudra que je fasse mes preuves, ce super
job, c’est à toi et à tes copains que je le dois, et ça, je
ne suis pas près de l’oublier, bien sûr, question
boulot, je ne peux pas t’aider, car on n’est pas dans
le même secteur d’activité, en tout cas, je te le
répète, tu n’auras pas affaire à un ingrat, et si, de
temps en temps, plus tard peut-être, on peu se sauter
des petites nénettes, eh bien on le fera. »

« Putain, John, alors là, tu me scies la tronche, tu vas
gagner 35000 balles, tous les mois, je sais même pas si
mon Directeur, au Wépler, les gagne, oh la
vache, là, mec, t’as fait balèze, bon, ce qui me fait
chier, c’est que tu vas partir, ça, ça va me faire drôle, je
sais que t’es un mec bien, et que si je suis, comme tu
dis, dans la *****, tu m’aideras, ça, j’y crois, mais un
truc me paraît bizarre, ils te font changer d’appart alors
que tu es à l’essai ?

Bon, je sais pas trop comment ça se goupille dans des
secteurs d’activité, putain, j’ai jamais employé ces
mots là, moi, comme le tien, la bagnole, en
international, avec les anglais, c’est du gros, ça, pour
moi, ça équivaut à un poste de Ministre, ou un truc du
genre, t’es une grosse tête, mon pote, tu vas bientôt
ramer dans la politique, mais ce truc d’appart alors
que t’es à l’essai, c’est pas normal, ou bien ils ont
super confiance en toi, et alors là, ça baigne, ou alors
t’es dans un piège, faudra faire gaffe à mon avis, quand
est-ce que tu dois déménager ? »

« Dès que je recevrai mon Contrat, dans un jour ou
deux, peut-être trois ».

« Bon, ben ça m’emmerde, mais je crois qu’il faut
accepter, pas le choix, on dirait, si ça te donne une
chance d’être bourré de fric, c’est pas
mauvais, j’indiquerai ton domicile à mes potes de la
cambriole, non, je rigole là, bon d’accord, je suis
jouasse d’avoir tiré un génie de la *****, mais quand
même, d’un autre côté, enfin tu vois, ouais, ben
aujourd’hui, on va fêter ça, et demain aussi, si tu
chopais ta brune, comme tu m’as dit, ce serait le
jackpot, tu vois que je retiens l’anglais, mort de
rire, j’ai fait 8000 balles de pourbs durant ces deux
semaines, on va pouvoir s’éclater. »

Le soir même, à la boite, la ravissante brune s’y
trouvait, Quentin filait discrètement dans une autre
direction pendant que John s’approchait d’elle, elle
le reconnut et lui fit un large sourire, ils discutèrent
devant un verre ou deux, John se demandait pourquoi
elle était encore seule lorsque:

« Carla, ma chérie, enfin tu es venue, tu aurais pu me
téléphoner hier soir, je me suis vraiment ennuyée, tu
ne peux pas savoir… »

C’était une superbe blonde, également moulée comme
pas possible.

« Oui, Monica, excuse-moi, mais hier soir, j’avais une
migraine, je me suis couchée de bonne heure, bon, ne
t’en fais pas, je viens avec toi…

Excusez-moi, John, je dois partir, ravi de vous avoir
revu, à bientôt j’espère, que l’on puisse poursuivre cette
passionnante discussion, mais là, Monica
m’attend, au revoir ».

Une lesbienne, quel gâchis, John était écoeuré, il se
dririgea vers Quentin, lui expliqua la situation en
quelques mots, puis ils quittèrent la boite.

Quentin: « Bon, *****, j’ai pas envie de dormir, si on
retournait au Châtelet ?
A la brasserie ?»

« Toi, tu fais de la mélancolie, mais je suis d’accord, on
y va ».

En chemin, John se dit en lui-même :

« Finalement, je suis un salaud, je regagne mon époque
dans un peu plus de 5 mois, et je ne peux pas lui dire, il
Ne comprendrait pas, mais lorsque je lui promets de
l’aider pour l’avenir, qu’on restera toujours copains, c’est
faux, je ne reviendrai probablement jamais dans cette
époque, qui a un certein charme.

Puis dans mon nouveau job, qui va durer 4 mois et
demi, je vais être obligé de lui dire que ses potes, je ne
veux plus les voir de trop près, alors qu’il m’ont fortement
aidé, que ce serait mauvais pour ma pub chez
Renault, je n’aime vraiment pas ce genre de situation. »

Quentin: « T’as l’air pensif et triste, mon pote, faut dire que la
brune, c’est le coup vache, mais demain, on va tenter
ailleurs, je connais d’autres boites, on sait jamais. »

« Tu as raison, allons boire quelques coups, après, on
dormira bien, et demain, on sera fittés. »

« Fitté ? »

« Oui, c’est dérivé de l’anglais, cela veut dire qu’on sera
dans le coup. »

« Punaise, pour dire quatre ou cinq mots, un chez
vous suffit ?
 
J’aimerais bien apprendre l’anglais. »

« Pour cela, Quentin, il faut du temps, et beaucoup de
pratique. »

« Ben toi, t’as bien appris le français, c’est vrai que t’es
une grosse tête, et que ta mère est française, mais en
trois semaines, les progrès que t’as fait, j’te dis pas, t’es
vachement doué. »

« Disons que j’ai raccourci le temps par beaucoup de
pratique. »

Deux jours plus tard:

« Tiens, John, ton courrier, bon, j’ai pas ouvert, je
préfère pas.

Prends bien le temps de le lire, moi, je vais faire les
courses, escalope spaghettis avec un coup de rouquin, ça
te va ? »

« C’est parfait. »

C’était bien le contrat, pendant que Quentin était
sorti, John prit le temps de le lire, tout était libellé
conformément à ce qui avait été dit au cours de
l’entrevue, rien ne clochait, il pouvait donner suite.

Puis les évènements se précipitèrent, les jours
passaient, mais au cours d’une sortie avec
Quentin, tous deux avaient pu faire affaire, pour une
fois, ils avaient ramené deux nanas au domincile de
Quentin, ça s’était bien passé, mais sans plus, elles étaient
mignonnes, mais c’étaient des jeunettes qui avaient encore
beaucoup à apprendre, elles étaient restées jusqu’au
petit dej du lendemain matin, puis étaient reparties, ils ne
les reverraient jamais.

John était repassé au 128 Champs Elysées pour besoin
d’argent, il avait été reçu par Madame Rennepont qui lui
avait accordé 5000 francs, il s’était constitué un compte
en Banque, dans son nouvel appartement, plutôt
coquet, cela lui permettait de se nourrir, mais aussi
d’acheter des livres, il s’intéressait à l’histoire
contemporaine, il ne fallait pas passer pour un idiot, puis
aussi sur les Renault, les véhicules, caractéristiques entre
autres, cela l’aidait à savoir ce pourquoi il devrait se battre.

Deux mois passèrent, il n’avait revu Quentin que deux
fois, juste pour lui donner 15.000 francs, à chaque
fois, il épongeait ses dettes, le reste lui permettait de
vivre correctement, il avait obtenu des résultats en
rencontrant ses dits compatriotes, dans son bureau des
Champs Elysées, il avait même participé activement à
l’ouverture d’un nouveau marché, les transactions dites
Internationales augmentaient,  le Lundi 23 Octobre:

« Monsieur Harper ?
Madame Rennepont à l’appareil, Monsieur Lefaucheux
souhaite vous voir dans son bureau dès maintenant. »

« Merci, Madame Rennepont, je m’y rends de suite. »

Dans le bureau du Directeur:

« Ah, vous voilà, Harper, asseyez-vous mon
cher, bien, récapitulons ces deux mois, puisque tel le
prévoyait notre Contrat, eh bien vous avez passé
l’épreuve avec succès, toutes mes félicitations, les
résultats ont parlé, en votre faveur, bien sûr, si vous
persistez dans ce sens, comme je vous l’ai dit, je vois
un très grand avenir pour vous dans notre société, donc
voici un nouveau Contrat, celui-ci à durée
intéterminée, qui vous maintient à votre poste de
Consultant International, adjoint de Direction, votre
salaire est désormais de 40.000 francs par mois.

Une petite question restait à régler, je crois, celle de
votre loyer rue la Boétie, eh bien il a été fixé à 5.000
francs par mois, charges comprises, qui seront
directement déduits de votre salaire,  ce qui m’apparaît
comme très raisonnable.

Comme d’habitude, lisez bien ce nouveau Contrat, s’il
vous convient, vous remettrez l’exemplaire original daté
et signé en y apposant la mention « lu et approuvé », le
second exemplaire, bien sûr, vous appartient. » 

Durant les trois mois qui suivirent, John obtint encore
davantage de résultats dans ses transactions, il fit
plusieurs voyages vers l’Angleterre y rencontra Churchill
en personne, son salaire avait été réajusté à
50.000 Francs/mois, il bénéficiait gratuitement d’une 4
cv dont il ne se servait pratiquement jamais, il revit deux
fois Quentin, mais juste le temps d’un repas au
restaurant, il était devenu important et commençait à
être connu, mais il savait que son retour approchait.


Le Jeudi 11 Janvier 1951, à minuit une:

« J’ai deux heures pour me rendre à l’île Saint Louis, pas
pour chercher la belle, comme dirait Quentin, je vais
prendre la 4cv qui m’y conduira en moins d’une demie
heure, évitons le Châtelet. »
  
Deux heures moins cinq, il faisait froid, personne dans
les environs, il attendait, peu après, le vortex apparut devant
lui, il s’y précipita.

L’arrivée fût un peu brutale dans le labo, Kirk Brown, Ivan
Marzloff et Sam Kornfield s’y trouvaient déjà, ils  lui
laissèrent quelques secondes pour reprendre ses esprits, et
Brown:

« Vous êtes très élégant, John, on dirait un costume du
siècle dernier, peut-être les années 60... »

« Nous n’êtes pas loin, Monsieur ».

« Alors, racontez-nous. »

Et c’est-ce qu’il fit, deux heures plus tard:

Brown: « C’est par une 4cv que vous avez assuré votre
retour?

Désormais, vous allez pouvoir faire de la moto jusqu’à la fin
de vos jours. »

Marzloff: «Je ne suis pas satisfait, s’il y a eu un déplacement
dans le temps, d’un siècle, le transfert à Paris n’aurait pas
dû avoir lieu. »

Kornfield: « Certainement, Professeur, mais il y a eu
changement de dimension, on peut considérer que votre
spacedoor vaut une stargate. »

Marzloff: « N’exagérons pas, Sam, il reste beaucoup à
faire, le nom de spacedoor est aussi inadapté qu’une
qualification de stargate.

Mais je vous laisse le soin de trouver une idée pour donner
un nom adéquat à cette machine. »  


-----***-----








_________________
Cicéron c'est Poincaré.

Bébert


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MessagePosté le: Jeu 20 Avr - 14:17 (2017)    Sujet du message: Publicité

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