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L030

 
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Kr
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MessagePosté le: Jeu 28 Sep - 18:13 (2017)    Sujet du message: L030 Répondre en citant

Nous sommes le 13 Août 2041, l'inversion des pôles
se confirme d'une manière soudaine et brutale, si
certaines durent généralement quelques siècles, voire
des millénaires, celle-ci, comme celle survenue il y a
65.000.000 d'années fait partie des cataclysmes
immédiats qui ne durent que deux ou trois
semaines, mais dont les conséquences sont
paroxystiques.

Le bouclier magnétique terrestre a disparu, la
planète n'a plus aucune protection, les volcans se
déchaînent, les  banquises de glace se transforment
en eau, la surface des océans s'élève, engloutissant
Les côtes, des météorites de petite taille creusent
des cratères sur tous les continents, des îles
disparaissent de la carte alors que d'autres se
forment, les buildings des grandes villes se
fissurent avant de s'écrouler.

Quelque part en Transcaucasie septentrionale, à
plus de trois cent mètres sous terre, dans une
immense grotte utilisée comme laboratoire, deux
hommes observent cet ensemble de phénomènes.

Le plus âgé est le Professeur Markos, le plus
jeune, son assistant répondant au nom de Karl
Thorp.

« Nos appareils de détection en surface ne vont
pas tenir longtemps, ici, en principe, nous sommes
à l'abri si un volcan ne traverse pas notre labo, nous
en savons suffisamment pour procéder, dès
maintenant, à notre expérience, êtes vous
prêt, Karl ? ».

« Oui, Professeur,  cela ne va pas être triste ».

« Dans l'état actuel des choses, quelle importance ?
Préparez vous pendant que j'enclenche les phaseurs».

Le disciple se dirigea vers une salle voisine, dans
laquelle il se dévêtit complètement avant de dire
d'une puissante voix:

« C'est bon, Professeur, je suis sur le gravitron».                                                            

« Bien, alors restez-y pendant que j'augmente
l'intensité des phaseurs, c'est une affaire de
quelques minutes, le A est à 30%, le B à 48%, le
C à 68% et le D atteint déjà 98%, lorsqu'ils
seront tous à 100%, comme vous le savez, je les
dirigerai vers le centre de la plaque sur laquelle
vous vous trouvez, ils créeront alors un champ
paratronique qui vous submergera, et là, vous
connaissez la suite si tout fonctionne comme
Prévu».

« Très rassurant, Professeur, je suis impatient de
la vivre, cette suite».

L'expérience en question n'ayant pas de
précédent, rien ne pouvait garantir que le transfert
spatio-temporel fonctionnerait.

Les deux hommes travaillaient dans cette
grotte-labo depuis plus d'une dizaine d'années
pour mettre au point un Turbophasotron, ensemble
complexe d'appareils à fonctions multiples inventés
par le Professeur Markos.

« A à 92%, B à 97%, C et D à 100%, c'est une
question de secondes, prêt ? »"

« J'attends ».

Le Professeur régla la direction des phaseurs et
appuya sur un bouton, dans la salle voisine, quatre
rayons de couleurs différentes se rejoignirent au
centre de la plaque sur laquelle se trouvait Karl, un
champ paratronique d'un blanc immaculé se
constitua dans la seconde suivante, et il disparut.         

Karl Thorp était allongé, nu, au milieu d'un champ
de blé, peu après, il reprit  conscience.

«  Houlà, je suis un peu ankylosé, où suis-je ?
Ah ! Je me souviens, on dirait que j'ai quitté le
labo, l'expérience a marché, le Turbophasotron
me reprendra dans un an.

Je suis à poil, dans du blé !! Il me faut des
habits.’ » pensa-t-il..

Il se leva péniblement en grimaçant, les blés
atteignaient ses épaules, alors qu'il mesurait
presque deux mètres.

« Cela tombe bien, j‘ai faim…

Mais également soif, il me faudrait de l‘eau.»
                                                                                                                                       
Il vit que le champ était entre deux chaînes de
collines, et que rien ne bougeait aux alentours, il
prit plusieurs épis, les éplucha, puis goûta
quelques grains .

« Il est excellent, je n’en avais jamais vu de cette
taille,  prenons en avant de partir, mais dans quelle
direction? Il y a deux possibilités...

Ce champ doit bien appartenir à quelqu'un, je ne
suis probablement pas loin d'une propriété, il me
faut rencontrer des gens qui me prêteront des
habits, et peut-être me logeront, mais soyons
méfiants, j'espère ne pas faire de mauvaises
rencontres ».

En principe, Karl Thorp ne craignait pas grand
chose, bâti comme un colosse, doué d'une force et
d'une rapidité peu communes, il avait pratiqué le
close-combat durant sa période militaire, puis il
s'était entraîné quotidiennement dans la salle de
sport du labo, ses 10/10 èmes de vue et un
excellent contrôle de lui-même le rendait également
redoutable lorsqu'il maniait une arme, âgé de 34
ans, il était pratiquement au maximum de sa forme.

Il opta pour une direction, sa progression dans le
champ de blé fût lente car les tiges comportaient des
feuilles coupantes, au bout de 500 mètres, il sortit du
champ pour se retrouver au bord d'un chemin, qui, bien
sûr, avait deux directions possibles, même dilemme
car rien n'indiquait la présence d'une habitation
proche.

« Bon, allons à droite, on verra bien ».

Il suivit le chemin durant un bon kilomètre avant
de se trouver devant une forêt, les chaînes de
collines s'éloignaient l'une de l'autre, de telle
sorte que la forêt paraissait immense.

« Pas mécontent de trouver un abri, car il fait chaud
ici, dans une forêt, ça rafraîchit, mais attention aux
animaux qui peuvent s'y trouver, nu et sans
armes, ça craint ».

Il n'avait pas fait vingt pas que trois créatures lui
tombèrent dessus, surpris mais ayant conservé ses
réflexes, il se débarrassa de deux d'entre elles, la
troisième allait subir le même sort lorsque d'autres
apparurent de derrière les premiers arbres, et l'une
d'elles lui dit:

« Ne fais plus un geste étranger, sinon, nous
tirons, tu es notre prisonnier ».

D'autres encore apparurent, une véritable
tribu, petits, environ un mètre soixante, au teint très
basané et de type inca, il étaient peu vêtus, des
spartiates, une toge légère descendant aux
genoux, mais ils possédaient des arcs et des carquois
bien garnis, une dizaine d'entre eux le tenaient en
joue.

La dernière créature sur son dos le lâcha et rejoignit
les autres, celui qui venait de lui parler et qui
semblait être le chef lui fit un signe très clair, celui
de les suivre.

La situation était stupéfiante, pas de problème
linguistique, il n'était pas tué ni même molesté, aucun
membre de la tribu ne l'agrippait ni ne le poussait, ils
se bornaient à l'entourer à plus d'un mètre, plus d'arc
braqué sur lui, personne ne disait mot, hors des pas
faisant crisser l'herbe, le silence était profond. Il
avait de plus en plus soif, ce qui l’amena à dire:

« D'accord, je suis votre prisonnier, mais j'ai
 soif, puis je boire de l'eau ?»

Celui qui lui avait fait le signe se retourna et lui
répondit:

« Tu auras de l'eau lorsque nous serons au
village, et aussi des habits, il n'est pas question
que nos femmes te voient tel que tu es ».

« Je comprends, moi aussi, je préfère avoir des
habits, votre village est-il loin?».

« Facile de voir que tu ne connais pas les lieux, il
est à 3000 pas ».

Karl réfléchit « Donc à deux kilomètres, lorsque j'y
arriverai, j'aurai les pieds en sang, car j'ai beau
lever les jambes pour appuyer plutôt que de
glisser, ces mauvaises herbes sont très coupantes ».

La suite, et surtout la fin du parcours furent
pénibles, ses pieds saignaient de plus en
plus, arrivés devant le village, le chef donna ordre
à la tribu de s'arrêter, et dit à l'un de ses hommes:

« Kanor ! Va discrètement voir ta femme pour lui
demander une toge longue et une paire de
spartiates, puis, rapporte les ici !»

L'homme en question examina Karl de la tête aux
pieds, et répondit:

« Pour la toge, pas de problème, j'en ai des très
longues, Vastear, mais pour les spartiates c’est
une autre histoire, regarde la longueur et la
largeur de ses pieds».

« Oui, c'est vrai qu'il est très grand et
costaud, oublions les spartiates et rapporte nous
une toge longue, nous l'emmènerons chez Zolter
qui saura soigner ses pieds, dépêche toi ! ».

Kanor revint du village dix minutes plus tard avec
une toge et la tendit à Karl.

« Mets ça, tu paraîtra plus présentable».

Karl s'exécuta et la tribu regagna son
village, quelques femmes qui se trouvaient à
l'extérieur des maisons semblables à des yourtes
s'esclaffèrent tout en regardant Karl avec
insistance.

« Suis-je donc si drôle ? »demanda ce dernier.

Vastear répondit: « Elles sont surprises, ton aspect
est inhabituel, tu es très grand et fort, ta peau est
presque blanche, tes cheveux sont courts, des yeux
bleu-verts, tout comme nous, c’est la première
fois qu’elles voient quelqu’un comme toi ».

La tribu se dispersa et Vastear, accompagné de
cinq de ses hommes, et de Karl, se dirigea vers la
yourte de Zolter, lorsqu'ils l'atteignirent, seul
Vastear entra pour en ressortir cinq minutes plus
tard, il dit à Karl:

« Tu peux entrer, Zolter t'attend, mes cinq hommes
resteront devant la yourte ».

Karl entra et se vit face à un homme âgé, assis en
tailleur, revêtu d'une toge et de spartiates d'un
blanc immaculé, ce dernier lui fit geste de
s'asseoir et:

« Je vois que tes pieds sont dans un triste
état, c'est généralement le cas lorsque nos enfants
commencent à marcher, leur peau est fragile
et ils manquent d'habitude. Tu n’es pas un
enfant, j’ignore d’où tu viens, mais
visiblement, chez toi on ne marche pas pieds nus.

Vastear m'a dit que tu avais soif, alors voici de
l'eau ».  

Karl prit la gourde que lui tendait Zolter et but
abondamment avant de la lui rendre.

"Tu bois trop vite, cela peut te jouer des
tours, mais occupons nous de tes pieds, pour
cela, je dispose d'une pommade de ma
fabrication qui te les remettra à neuf avant
demain, tu vas t'allonger afin que je puisse
procéder».

Karl obtempéra et durant une bonne
heure, Zolter lui massa la plante des pieds
avec sa fameuse pommade, lorsqu'il eut terminé:

« Maintenant lève toi, tu peux sortir, les hommes
qui t'attendent vont te trouver une yourte dans
laquelle tu pourras manger et dormir, la journée
s'achève, il est temps».

Karl remercia le vieil homme et prit congé pour
rejoindre les 5 hommes qui l'attendaient, l'un
d'entre eux lui dit:

« Au fait, personne ne sait comment tu
t'appelles, ni de quelle zone tu viens, pendant
que nous t'emmenons à la yourte qui t'es
attribuée temporairement, tu pourrais nous
donner ces précisions, moi, c'est Takfer, lui c'est
Halkor, et lui, Bakir, lui Oznar et enfin
lui, Janner, et toi ? ».

« Je m'appelle Karl Thorp, je faisais partie des
guerriers qui se sont battus près de notre
zone, Nakam, très loin d'ici, et j'ai été laissé
pour mort après avoir pris un coup de masse, chez
nous, lorsque les guerriers ou les autres
meurent, les vivants s'emparent de leurs
habits, beaucoup plus épais que les vôtres, parce
que notre zone est très froide.

J'ai dû marcher longtemps, sans savoir où
j'allais, voilà ce dont je me souviens ».

Karl avait improvisé, ne sachant où il se
trouvait, y avait-il une mer ou un océan près
d'ici?
Des populations plus avancées que celle de
ce village ?
Des montagnes ?
D'autres terres ?

Les blés dans lesquels il s'était réveillé étaient
d'une taille surprenante, était-il sur Terre ou
ailleurs ?
Dans quelle époque ?

Il ne savait rien de tout cela, ce qui rendait sa
survie d'autant plus aléatoire, heureusement, ces
gens du village n'étaient pas particulièrement
vindicatifs, peut-être lui communiqueraient-ils
des informations lui permettant d'y voir plus
clair, perdu dans ses pensées, il entendit:

« C'est curieux, ce que tu nous racontes, que tu
sois un guerrier, c‘est évident, que d'autres t'aient
pris tes habits, admettons, que tu aies marché
longtemps, je veux bien te croire, mais qu'est ce
qu'une masse, et par où es tu passé pour arriver
ici, une zone très froide, qu'est que c'est ?
Bref, ton court récit laisse pas mal de questions
en suspens. » Ainsi avait parlé Oznar. 

« Bon, prenons le risque, pensa Karl, ils ne
connaissent probablement pas grand-chose en
dehors de leur zone, je vais broder.                                                                        

Une masse est une arme allongée, massive, faite
d'un bois dur, lorsque tu prends un coup de cette
arme sur la tête, normalement, tu meures, pour
venir ici je suis venu par l'autre côté du champ de
blé, après avoir traversé des forêts, puis longé un
bras de mer par les sables ou sur des falaises, et
j'ai constaté qu'il faisait de plus en plus chaud, une
zone froide est une zone dans laquelle il faut se
couvrir, car les températures sont basses, je
suppose que vous ignorez ce qu'est la neige, c'est
une sorte de poudre blanche très froide, qui est
courante dans notre zone, que veux-tu savoir de
plus ? »

« Oh, moi rien » fit Oznar, « c'est tout simplement
surprenant, il faudra que tu parles de tout cela à
Kravok, qui est notre savant, lui connaît beaucoup
de choses et sera plus en mesure d'apprécier si tu
dis la vérité, j'aimerais te poser beaucoup d'autres
questions, mais ce n'est pas mon rôle, et un bras
de mer, la neige, tout ça, je ne comprend
pas, mais nous arrivons à ta yourte, quelqu'un
t'apportera à boire et à manger, d'autres hommes
vont nous relayer pour surveiller que tu ne
sorte pas».

Peu de temps après, quelqu'un vint lui apporter
le dîner, c'était Kanor qui lui dit:

« Voici de l'eau, puis un bon plat composé de
légumes et de viande, ici, avec le déjeuner du
matin, c'est le repas principal, lorsque Nakath est à
sa plus grande hauteur, nous ne mangeons presque
rien.

Tu ne dois pas sortir d'ici, le mieux est de te
reposer, car demain, tu verras Keitan, notre chef
suprême, et probablement Kravok, à qui tu devras
tout raconter en ce qui te concerne. Bonne nuit ».

Karl voulait lui demander plus de détails sur la
composition du plat, mais y renonça, il pensa à
Kravok, dont les connaissances supposées lui
apporteraient peut-être des solutions, à commencer
par l'étrange contexte dans lequel il se trouvait.

L'eau lui fit du bien, le plat était bon, la viande
assez tendre, les légumes  étaient
relevés, probablement par une sorte de piment.

Un peu plus tard, fatigué, il s'endormit.

Le lendemain matin, il fut réveillé par un certain
Gaster:

« Il faut te lever et t'habiller, Nakath est déjà haut
et Keitan t'attend ».

« Qui est Keitan ? »                                                                                                                        

«  Il est notre Chef suprême, le premier de notre
tribu qui commande tout, et il n'est pas très
patient, alors à ta place, je  me dépêcherai. »

Gaster le guida vers une énorme yourte  de 50
mètres de diamètre qui était le lieu de résidence
du chef suprême, six gardes, trois de chaque
côté, en tenaient l'accès, ils laissèrent entrer
Karl, mais pas Gaster qui avait fini sa mission.

L'énorme yourte appelée "lieu suprême"
recouvrait plusieurs pièces et un couloir d'entrée
de 10 mètres, d'autres gardes accompagnèrent
Karl jusqu'à la pièce centrale dite principale dans
laquelle se trouvait Keitan.

Lorsque ce dernier vit Karl, il congédia les gardes
et:

« Assied toi étranger, j'ai à te parler.
Mes hommes m'ont raconté des histoires te
concernant, mais moi, je me fous d'où tu viens
et de qui tu es, je laisse ces détails à Kravok que
tu verras en sortant d'ici, ce qui m'intéresse est
ton aspect, tu sembles costaud, et tu pourrais
peut-être résoudre une de mes préoccupations.

Dans une forêt près d'ici habite un certain
Makar, c'est un géant encore plus grand et
probablement plus fort que toi, mais il paraît que
tu es un guerrier, donc un combattant, ce géant
dévaste périodiquement nos récoltes et a violé
certaines de nos femmes, c'est un monstre, alors
je veux que tu le combattes et que tu le tues.

Je te vois peu de chances de réussir cette
mission, mais sait-on jamais, si tu gagnes, tu
seras alors intégré parmi nous, à un très haut
rang, voilà pour te motiver, tu auras également
un grand choix pour prendre femme, et pour
vivre agréablement.

Réfléchis bien, prépares-toi à ton combat, Makar
va revenir dans le village dans 12 nuits, ce qui
te laisse peu de temps. Je t'ai tout dit, tu
peux sortir » .

« Puis-je te poser deux questions avant de partir ? »

« Deux questions ! Rien que ça ! Il vaut mieux
pour toi qu’elles soient bonnes, vas-y ».

« La première c’est, pourquoi Makar peut-il venir
dans votre village en toute impunité, alors que
tes hommes pourraient facilement l’abattre avec
des flèches ? ».

« C’est une bonne question, il vient la
nuit, lorsque tout le monde dort, nous ne le
voyons pratiquement jamais, dans le passé nous
laissions des gardes en permanence durant la
nuit, mais à chaque seizième nuit, nous
retrouvions des morts qu’il fallait enterrer, de
plus, il a une sorte de carapace qui le protège des
flèches, il est assez lent vu sa masse, mais très
rusé, il attaque rarement de front, est capable
de profiter de la moindre inattention d’un ou de
plusieurs gardes, le combattre de nuit sera pour
toi une difficulté de plus, mais nous laisserons
quelques lumières autour du terre-plein
central, et ta seconde question ? ».

« Je souhaiterais avoir des spartiates, mes pieds
sont bien remis grâce à Zolter, mais marcher ici
pieds nus n’est pas évident ».

« Question logique, je fais le nécessaire, tu les
auras, maintenant, va !»

Karl fut raccompagné par les gardes vers la
sortie, dehors, l'un d'eux lui dit:

« Gaster va maintenant te conduire à la résidence
de Kravok, c'est la yourte blanche que tu vois
là-bas ».                                                                                                      

Presque aussi grande que le
"lieu suprême", également divisée en plusieurs
pièces, couloir d'entrée plus modeste, il entra
alors que Gaster resta dehors.

Face à Kravok, un homme âgé qui lui fit penser
à Zolter, mais il était un peu plus clair de
peau, portait une barbe blanche, une toge gris
métallisé, des spartiates noires qui le rendaient
un peu plus austère, il fit un geste à Karl.

« Sois le bienvenu et assieds-toi, notre
entrevue sera longue, car j'ai beaucoup de
choses à te dire, j'espère que tu as une bonne
mémoire.

Pendant que tu étais chez Keitan, Vastear et
Oznar m'ont retransmis la teneur de tes
conversations, selon eux, tu serais un guerrier
venu du grand nord par un très long chemin
plein de dangers, nu, sans armes, laissé pour
mort, et ici bien vivant, à mon avis, personne
d'autre, pas même Makar que Keitan t'a
sûrement demandé de combattre, aurait pu
réussir cet exploit, alors tu m'intrigues, et le
terme est faible, serais-tu notre sauveur?

Une prophétie existe à ce sujet, mais commençons
par le début, tu ne sais rien de notre tribu ni de
notre environnement, alors je vais tout t'expliquer.

            
Notre tribu s'appelle les Katars, et notre
village, Katarok, la planète sur laquelle nous
sommes, Farakath, et notre soleil, Nakath, toutes
les terminaisons en kath se réfèrent à de grands
espaces et à des lieux lointains. alors que celles
en ath concernent des espaces locaux, mais
parlons de notre tribu, en plus de Makar, nous
avons d'autres ennemis, qui s'appellent les
znirs, et leur village, Znirhad, ils sont plus au
sud, derrière d'autres forêts, pour le moment, ils
nous laissent en paix, probablement parce qu'ils
ont d'autres préoccupations, mais cela ne durera
pas, acculés devant une chaîne de montagnes
infranchissable appelée Newrath, ils aimeraient
bien annexer notre petite zone pour pouvoir
envisager des déplacements vers le nord.
             

Notre tribu est composée de 200 personnes dont
45 hommes, 55 femmes et une centaine
d'enfants, d'une soixantaine de yourtes que nous
appelons kaabas, dont cinq sont inoccupées, tu es
provisoirement dans l'une d'elles. Les femmes
s'occupent des récoltes, alors que les hommes
chassent et/ou combattent, les enfants jouent et
apprennent nos traditions.
                                                                 
Maintenant la hiérarchie, le numéro un est
Keitan, chef suprême qui décide de tout, le numéro
deux est son fils  Zavod, le trois, tu l'as devant
toi, le quatre est Zolter, les cinq, directement sous
le contrôle de Zavod sont des chefs de clans
appelés Vastear, que tu connais, Dattor, Girmek, et
Zenzir, les autres hommes sont tous au même
niveau, c'est à dire aux ordres.

Voilà le schéma général, les znirs sont un peu plus
nombreux que nous, leur village est donc plus
grand, ils disposent d'arcs, tout comme nous, mais
aussi de catapultes, de courte portée, mais tout de
même dangereuses.

Notre origine est commune car nous somme issus
d'un même peuple, mais un conflit de Pouvoir les
a séparés de nous il y a plus de deux siècles.

Une question me taraude, comment se fait-il que
tu parles notre langue alors que tu n'as jamais vécu
chez nous auparavant, comment expliques-tu cela ?

Karl devait réagir vite.

« J'ai dû être encore plus surpris que toi lorsque
Vastear et ses hommes m'ont capturé, lorsque
Vastear m'a sommé de me rendre, j'ai perdu tous
mes moyens et réflexes de combattant, j'étais
comme paralysé, je comprenais la langue d'un
lieu dans lequel je n'étais jamais allé,  et non
seulement cela, mais probablement à la suite
du coup que j'ai pris sur la tête lors de mon
combat dans le nord, j'ai oublié ma propre
langue ».

« Oui, c'est en effet très curieux, je ne vois pas
d'explication, sinon que ton coup sur la tête est
un coup miracle .

Quant au lieu d'où tu viens, d'après ce que tu
as dit à Takfer et à Oznar, je te crois car j'ai de
bonnes raisons pour cela.

La zone que tu appelles Nakam, d'où tu viens, a
pour nom Zorath, le bras de mer et les autres
terres que tu as mentionnées  sont connus
comme Marath et Bisrath, le champ de blé, c'est
Balrath, , les collines, Kallath, tout cela ne
s'invente pas, et prouve ta bonne foi.            

Il est tout aussi vrai que ces lieux ne sont
connus que de Keitan et de moi-même car
même Zavod ne les connait pas, cela reste un
secret, je peux même te dire, chose que je suis
le seul à connaître, à part toi peut-être, qu'au
nord de Nakam, il existe encore deux autres
zones Horath et Hastarash, une mer sépare
Nakam de Horath, et dans cette dernière
zone, vivrait une civilisation bien plus avancée
que la nôtre, qu'en penses-tu ? ».

Karl vit de suite l'intérêt des dernières paroles
de Kravok, passer un an chez des primitifs ne
serait pas très motivant mais aller vers le nord
pour trouver une civilisation plus
avancée, justifierait l'utilité de sa mission auprès
du Professeur Markos, il était dans un autre
espace-temps, ça c'était certain, et obtenir des
nouvelles connaissances d'une civilisation
avancée inciterait le Professeur à renouveler les
expériences avec le Turbophasotron.

« Notre civilisation, que nous appelons les
atlantes est un peu plus avancée que la
vôtre, toi même mis à part, mais nous sommes
aussi plus destructeurs et c'est la raison pour
laquelle les humains d'Horath ne veulent plus
entendre parler de nous, nous pouvons
naviguer sur la mer, nous avons des armes
plus modernes que vos arcs à flèches, et qui
peuvent tuer à une beaucoup plus grande
distance, mais nous ne pouvons atteindre
Horath, car cette zone est protégée par un
ou plusieurs rayon(s) infranchissable(s), les
gens qui y vivent peuvent voler dans
l'espace, et faire beaucoup de choses qui nous
dépassent, ils semblent vivre en paix, sans
conflits, alors que nous, les atlantes, passons
notre temps à nous battre entre nous, parce
que nos gouvernants font de la
politique, manière verbale de se battre pour
le Pouvoir. Voilà notre lot ».

« Je m'en doutais, alors tout cela n'est pas
un mythe, une civilisation qui peut se
déplacer dans l'espace!

Vraiment extraordinaire, je comprends qu'on
ne puisse pas les intéresser, mais toi, Karl, tu
me sembles passablement intelligent, je suis
surpris que tu ne sois qu'un simple guerrier ».

« Oh ! Un peu plus qu'un simple guerrier, j'avais
rang de capitaine dans l'armée, c'est à dire que
je commandais une section de 300 hommes, ce
qui ne m'a pas empêché de me faire avoir
par surprise ».

« Tu commandais 300 hommes !!
Ah oui, tu étais quelqu'un de très
important, là, je comprends mieux, mais
alors, la population atlante se compose de
combien de personnes ?»                         

« Non, un capitaine n'est pas quelqu'un de très
important, il est supérieur à un simple soldat
ou guerrier, mais c'est tout, en Atlantide
nous sommes un peu plus de trois millions. »

« Trois millions ! Enorme, j'aurais aimé me
rendre compte sur place, mais à mon
âge, n'étant par ailleurs ni guerrier, ni
aventurier, il me semble préférable d'éviter
un tel voyage.

Notre conversation s'est avérée très
enrichissante, et il me reste à te souhaiter
de vaincre Makar, car j'espère que nous nous
rencontrerons à nouveau, il est bien entendu
que la teneur de nos discussions restera
entre nous, personne d'autre ne doit savoir
car les gens manquent de sagesse, et cela
pourrait se retourner contre nous, surtout
avec Zavod, méfies toi de lui ».

« Sois sans crainte, je saurai garder ce
secret, mais pourrais-tu m‘en dire plus sur
Makar ? ».

«  Personne ne t’en a parlé ? ».

« Keitan m’en a fait une brève
description, il m’a dit qu’il ne venait que
la nuit, ah oui !
Il aurait une carapace qui le protégerait
des flèches ? ».

« Il vient en effet à chaque seizième
nuit, passe par le terre-plein central pour
se diriger vers deux yourtes dans lesquelles
nos récoltes sont stockées, il lui est arrivé
de violer certaines de nos femmes, c’est un
primitif très puissant, donc très
dangereux, mais pour la carapace, il a
plusieurs zones qu‘elle ne couvre
pas, d‘abord la tête, qu’il pense toujours à
protéger avec ses avant bras et mains, puis
à partir de la ceinture, c’est-à-dire ni la zone
génitale, ni les jambes, cela peut signifier
des points faibles, de plus, il est lent, mais
attention, tu me sembles très fort, mais il
l’est sûrement encore plus, s’il parvient à
te saisir d’une manière ou d’une autre, ce
sera la fin, la seule chose qui peut te
sauver, c’est d’être rapide et de donner
des coups là où il faut, la carapace est faite
de fibres très résistantes que l’on appelle
silica, et qui poussent dans une des forêts
du sud ».

Une sorte de profonde complicité s'était
établie entre Kravok et moi, pensa Karl, il
lui avait fait spontanément confiance, et
il n'était pas près de l'oublier, mais
maintenant sa position devenait claire, il
lui fallait vaincre Makar, puis à la première
occasion, quitter cette tribu pour repartir
vers le nord, cela n'était pas sans
risque, mais d'une part, la peur n'évite pas
le danger, et d'autre part, si l'on ne fait
rien, on obtient rien.

Sur Terre, les gens devaient mourir par
millions, le cataclysme faisait son
oeuvre, la vie est bien peu de choses, Karl
quitta Kravok, Gaster l'attendait pour le
raccompagner vers la kaaba qui lui était
affectée, il était l'heure de déjeuner.

Il faisait vraiment chaud, une soupe légère
lui fut servie, toujours par Kanor.

En début d'après midi, il fut convoqué par
Zavod, dont la kaaba ou yourte, nettement
moins grande que celle de son père, d'un
rouge vif qui donnait déjà une petite idée
sur le personnage, faisait environ 25
mètres de diamètre, toujours accompagné
de quatre gardes, il entra.

« Te voilà, étranger, alors tu as vu mon
père ce matin, puis Kravok, auprès de qui
tu es resté bien longtemps, ce qui laisse
présager que la conversation devait être
très intéressante, si tu m'en parlais en
n'hésitant pas à me donner tous les
détails ».

Effectivement, son attitude, le ton qu'il
utilisait, son regard, droit mais qui laissait
percevoir une tentative systématique de
domination, voire de haine indiquaient
clairement qu'il fallait se méfier de lui, Karl
vit d'emblée que le courant ne passerait
pas entre eux.

« Il m'a fait attendre un peu, puis m'a
interrogé sur mon long parcours, je pense
que tes hommes t'ont indiqué d'où je
venais, et Kravok a voulu en savoir
davantage, le coup que j'ai pris sur la tête
en combat à Nakam a estompé certains
souvenirs, mais j'ai dit tout ce dont je me
rappelai ».

Zavod le regarda froidement et:

« Tu lui as dit tout ce dont tu te rappelles ?
C'est bien ça, mais moi aussi, je veux tout
savoir, alors tu vas me raconter ».

Karl savait qu'il ignorait tout ce qui
dépassait le champ de blé, il lui bâtit un
roman sur mesure, se rapportant de très
loin à sa conversation avec Kravok tout
en partant des éléments que Takfer et
Oznar connaissaient, il y avait longuement
réfléchi au cours de son bref déjeuner, et il
se doutait qu'il ne tarderait pas à
l'appeler, il entrecoupa son récit de phrases
du genre « là, je ne me souviens plus, j'étais
très fatigué », lorsqu’il eut terminé.

« Hmm, elle est bizarre ton histoire, autant je
sens que certains points sont
convaincants, tout autant, pour d'autres, j'ai
un sérieux doute que malheureusement, je
ne peux pas vérifier, mais sache que je t'ai
à l'oeil et que tu seras surveillé de près, au
moindre écart, tu vois ce que je veux dire.

Maintenant, va-t-en, je t'ai assez vu ».

Les jours passèrent, durant cette courte
période, Karl ne revit ni Keitan, ni
Zavod, ni Kravok, il était cantonné en
permanence dans sa yourte, avec trois ou
quatre gardes à l'entrée, c'est toujours
Kanor qui lui apportait ses repas et de
l'eau, ainsi qu’une paire de spartiates qui
lui allaient fort bien, Zolter avait bien pris
ses mesures, une fois, Karl tenta de lui
parler, mais il lui répondit par un doigt sur
sa bouche avant de sortir
précipitamment, la situation était claire, il
était l'unique prisonnier de la tribu que
l'on allait sacrifier dans un combat contre
un certain Makar, mais comme il n'avait
pas l'intention d'accepter le sort qu'on lui
réservait, il passait une partie du temps à
se maintenir en condition, il s'entrainait
à refaire des prises et frappes de close
combat en évitant de faire du bruit qui
attirerait l'attention des gardes.

Si, dès que possible, il pouvait quitter la
tribu pour se diriger vers le nord, la
question était de savoir s'il était
préférable de partir seul, avec un
maximum de risques, ou accompagné, mais
par qui ?

Les hommes de Vastear l’avaient, lors de
sa capture, traité avec un certain
respect, Kanor était dans le lot, et Vastear
lui-même n'avait montré aucune animosité
à son égard, mais ils n'avaient aucune
raison logique apparente de quitter leur
tribu pour aller au devant de l'inconnu, et
pourtant, pourquoi cette improbable
éventualité lui venait à l'esprit ?

Par ailleurs, s’il battait Makar, quel serait
alors son sort?
Keitan lui avait promis une nette
amélioration, mais était-il sincère?
Commandait-il réellement toute la tribu
sans que son fils puisse s'y opposer et dont
les quatre chefs de clans dépendaient
directement ?
Vastear mis à part, il ne connaissait pas
les trois autres.

Et le jour J arriva, Kanor, comme
d'habitude, lui apporta son petit
déjeuner, mais cette fois-ci, il lui parla:

« Makar va venir cette nuit, comme à
son habitude, et tu devras le
combattre, je n'aimerais pas être à
ta place ».

L'un des gardes entra:

« Kanor, tu ne dois pas parler au
prisonnier, même de Makar, tu as de
la chance que nous soyons amis et
que les autres ne t‘aient pas
entendu, sors immédiatement !»

Kanor s'exécuta derechef, Karl avait
toute la journée devant lui pour
réfléchir à la stratégie à utiliser contre
Makar, ses points faibles ou supposés, la
tête et la zone génitale, il protégeait
sa tête, donc, et tant pis si cela était peu
glorieux, c’est cette zone par laquelle il
fallait commencer, s’il viole des
femmes, c’est qu’il y a une sensibilité de
ce côté-là, mais il fallait faire vite et se
remettre aussitôt en position de
défense, car étant obligatoirement
devant lui au cours des frappes, surtout
s’il avait les bras longs, il pouvait le
saisir, ce qu’il fallait éviter.

Le temps passa, il le mit à profit par un
dernier entraînement, la nuit
commençait à poindre, un instant plus
tard, l’un des gardes entra:

« Il est bientôt temps, prépares toi à
sortir et à te rendre sur le terre-plein
central ».

Les dés étaient jetés, il se trouvait sur
les lieux, une douzaine de grandes et
grosses torches illuminaient le
terre-plein, ce qui permettait une
vue assez nette.

Un puissant grognement vint du sud, puis
des pas  lourds, pesants, une ombre se
détacha, de plus en plus nette, Makar
était sur le terre-plein, au moins 2,20 m
pour 1 m de large, des bras et jambes
énormes, peau marron foncé, crâne
rasé, curieux pour un primitif, yeux
rouges, mauvais, il le fixa et marqua
un temps d’arrêt, puis Karl l’entendit, il
parlait !!

« Toi, je ne te connais pas, mais tu
es au mauvais endroit, au mauvais
moment, tant pis pour toi, tu vas mourir. »

Karl sentit qu’il fallait l’exciter afin de
diminuer ses moyens.

« Si tu crois cela, tu es bien naïf, car tu
ne sais pas ce que je te réserve».

Il était à 20 mètres de lui, en bougeant
les yeux dans diverses directions, il
constatait que toutes les portes des
yourtes étaient ouvertes, tout le
monde devait observer le terre-plein.

Makar avança de quelques mètres et à
son tour regarda partout, ne voyant
personne d’autre que Karl, il continua
d’avancer, assez calmement, ce qu’il lui
avait dit ne l’a visiblement pas
impressionné.

Puis d’un seul coup, il se rua sur
Karl, c’est vrai qu’heureusement pour
lui, il était lent et lourd, Karl eut
largement le temps d’un déplacement
latéral le mettant hors de portée après
avoir tenté un coup de pied vers sa
zone génitale, trop court, il fallait
trouver autre chose.

Alors qu’il s’approcha de Karl, ce
dernier fit une roulade sous son épaule
gauche et lui administra une prise
street fighter, soit un relevé de jambe
droite avec un coup de pied derrière son
crâne, puis se releva d’un bond pour se
mettre hors de portée, la main gauche
de Makar passa à ras de son visage, s’il
l’avait touché…

Il avait des bras longs, et son coup
n’avait eu aucun effet apparent, sale
temps, Karl se déplaçai latéralement
tout en réfléchissant, il avait pratiqué
le judo, mais contre un monstre
actuellement statique et pesant
peut-être 200 kgs, il se rapprocha de
lui et en  profita pour se fendre tout
en lui administrant un coup de pied
au tibia, puis roulé boulé, recherche de
sécurité, là, Makar accusa le coup en
se massant la jambe, Karl était sur la
bonne voie, mais maintenant, il était
en colère et devenait plus rapide, il
tenta un autre coup mais Makar avait
réagi au même moment, il prit en plein
visage un revers de sa main droite qui
lui fit faire trois mètres, il était à
moitié Ko.

Il ne fallait surtout pas rester sur
place, un énorme coup de poing arriva
là où Karl se trouvait une fraction de
seconde plus tôt, il n’était plus
lent du tout, et sa colère n’était pas
prête de s’en aller.

Son regard était devenu
flamboyant, Karl refit une roulade pour
lui donner un autre coup au tibia, puis
déplacement latéral rapide, il entendit
un sinistre cri, touché, ses bras ne
protégeaient plus sa tête, il en profita
pour faire une extension avec frappe du
pied au visage, et pendant qu’il plaçait
ses avant-bras pour se protéger tout en
hurlant, Karl continuait à marteler ses
tibias, il n’avait pas réussi le coup peu
acceptable de la zone génitale, mais
Makar était fragile des jambes et du
visage, il se devait d’en
profiter, continuant à
marteler ses jambes tout en s’écartant
par sécurité, un autre revers de main du
géant frôla son visage, mais ne le
toucha pas, une autre extension avec
coup au visage  que ses avant-bras
venaient de quitter, le fit
s’écrouler, là, Karl avait
un avantage qu’il fallait concrétiser, il
frappait à tour de rôle ses jambes et sa
tête, jusqu’à ce qu’il ne bougeat plus.

Il n’était pas mort, mais c’est alors que
des gardes sortirent des yourtes, armés
d’arc et de flèches, visant la tête, ils
l’achevèrent.

Après cet épisode lamentable, mais
grâce auquel Karl restait vivant, il partit
se coucher.
 
Le lendemain matin, après un sommeil
relatif, il fut réveillé par Kanor qui lui
apporta son déjeuner, un plat bien
fourni avec une boisson rouge.

« Qu’est-ce que c’est ? »

« Tu as désormais droit à une nourriture
de chef, la boisson ?
C’est du vin, et du bon, il n‘y a plus de
gardes dehors, tu as changé de
statut, prends ton temps, mais pas trop
car Keitan veut te voir dans une demi
heure, c‘est moi qui t‘accompagnerai».

Karl se mit à rire.

« C’est extraordinaire, il va pleuvoir
ou quoi ? »

« Pleuvoir ?
Tu parles de l’eau qui tombe du ciel ?
Oh non, ce n’est pas la bonne
période, il ne pleuvra que dans 6 mois ».

« Bon, d’accord, je prend mon petit
dej, et je viens ».

« Tu veux dire petit déjeuner !!
Tu n’en a jamais eu un aussi copieux ».

« Tu as raison, maintenant, laisse-moi ».

« A tes ordres ! ».

Et Kanor sortit.

Un peu plus tard, chez Keitan:

« Ah, te voilà Karl !
Mon ami, félicitations pour cette nuit, tu
as mené ton affaire de main de maître ».

«  Ca n’est pas moi qui l’ai tué ».

« Oui, mais avec quelques coups de pieds
de plus, tu l’aurais fait, donc c’est tout
comme, j’ai observé ta tactique de
combat, vraiment remarquable, visiblement
tu es un bon stratège, et ça aussi, ça
m’intéresse, je t’ai promis certaines
choses, et je tiens toujours mes
promesses, alors écoute-moi bien.

Ma première idée était de t’adjoindre à
mon fils Zavod, tu aurais été, en
quelque sorte, le numéro 2 bis de la
tribu, mais il m’inquiète, je sens par 
trop, en lui, cette soif de pouvoir, il
attend avec impatience de me succéder
quitte à me faire tuer, mais moi, je veux
continuer à vivre car je ne suis même
pas encore vieux, alors j’ai eu une
autre idée.

Jusqu’à présent, c’est Zavod qui
commandait, en mes lieu et place, toute
la tribu, comme tu le sais, il était le
numéro deux, mais je veux que tu
sois son contrepoids, c’est-à-dire
que maintenant, la tribu aura deux
numéros deux, Zavod et toi, tu n’avais
pas la cote avec lui, maintenant, vous
êtes carrément en rivalité, mais il te
craint, même s’il ne veut pas
l’afficher, il sera obligé de composer
avec toi, et pendant ce temps là, il
m’oubliera.

Nous avons 46 hommes et 55
femmes, mais ce sont surtout les
hommes qui comptent, en nous excluant
tous les deux, ainsi que Zavod, puis 
Kravok et Zolter qui ont des fonctions
particulières, il reste 41 hommes à
répartir, c’est un nombre impair, mais
tant pis.

Commençons par les quatre chefs de
clans qui sont:

Dattor, Girmek, Vastear et Zenzir, il
ont chacun 9 hommes sous leurs
ordres, à l’exception de Zenzir qui
en a 10.

Deux d’entre eux seront désormais
sous tes ordres, pour le choix, alors
que tu ne les connais pas ou peu, je
ne te conseillerai pas Zenzir dont
l’état d’esprit est trop proche de celui
de mon fils, Dattor est courageux et
droit, ce serait un bon choix, Girmek
est plutôt opportuniste, mais il est
malin et efficace, Vastear est
simple, assez sympathique tout en
sachant être sérieux, je dirais même
consciencieux, quel est ton choix? »

« N’étant pas spécialement opportuniste
mon choix sera sans hésiter Dattor
et Vastear ».

« Je l’aurais parié, alors tu te retrouves
à la tête de 20 hommes et de leur
famille, alors que mon fils en aura
21, mais peu importe.

Maintenant, tu pourras faire ce que tu
veux, et aller où bon te semblera, mais
tu ne prendras tes ordres que de
moi, est-ce clair ? ».

« Limpide ».

« Bien, maintenant, il reste deux choses
à voir, ta nouvelle kaaba et une femme
que tu pourras choisir parmi les 10 qui
ne sont pas en famille, il y en a 3 ou 4 qui
sont magnifiques, mais pour ça, tu as le
temps, le plus urgent est la kaaba, celle
dans laquelle tu te trouves n’est plus de
ton rang, je fais actuellement aménager
la kaaba bleue, proche de la
mienne, aussi grande que celle de mon
fils, dans laquelle tu pourras t‘organiser
lorsqu‘elle sera prête, je te conseille
d‘y convoquer de suite tes deux chefs
de clans afin de mettre les choses bien
au point. 

A mon avis, elle sera terminée dans une
heure, alors en attendant, prends ton
mal en patience en te promenant dans
les environs ».

« Je sais déjà ce que je vais faire ».

 « C’est parfait, tout est
dit, maintenant, c’est Zavod que je
vais convoquer, et cela ne va pas lui
plaire, comme tout le monde il est
déjà indirectement au courant de ma
décision, tu étais le dernier
informé, c’est comme l’histoire du
cordonnier ».

Il partit d’un éclat de rire, Karl
quitta le « lieu suprême ».

Il était attendu par Kanor

« Je vais voir Kravok ».

« Bien chef, je vais avec toi ».

Chez Kravok

« Ah! Bonjour Karl, et félicitations pour
ton avancement, numéro deux de la
tribu, c’est quelque chose, mais je
crains le pire pour Keitan ».

« Bonjour Kravok, je sors de chez
lui,  d’après ce qu’il m’a dit, bien sûr
que sa décision ne peut pas plaire à
Zavod, mais étant devenu son
contrepoids, cela rendrait son fils indécis
sur la stratégie à suivre ».

« Tu raisonnes bien, mais on voit que tu
es nouveau dans la tribu, tu ne connais
même pas encore les hommes que tu
commandes, et surtout Zavod qui ne va
pas se laisser faire.

Keitan aurait pu prendre cette décision
beaucoup plus tard, le temps que tu sois
mieux connu et apprécié de
tous, d’accord, tu as battu Makar, mais
ça, c’est impressionnant sur le
moment, par la suite les gens oublieront
et les habitudes reprendront le dessus, le
contrepoids que tu représentes n‘est pas
encore constitué, et Zavod le sait, quel
est son intérêt si, compte tenu de sa
soif inextinguible de pouvoir, il veut
régner sur la tribu ?

Tout simplement faire supprimer son
Père, et sans attendre, tu peux être sûr
qu’il va convoquer Zenzir pour mettre
cela au point, à ta place, je ne perdrais
pas de temps, j’irai réunir
Dattor, Vastear et leurs hommes
pour protéger Keitan, parce que ce
dernier mort, Zavod n’aura plus
d’obstacle pour régner ».

« Tu as raison, j’y vais de ce pas. »

Karl sortit précipitamment et dit à Kanor:

« Réunis moi Vastear, Dattor, et tous
leurs hommes, on se retrouve devant
le lieu suprême, vite ».

« Je m’en occupe chef ».

Au même moment, Zavod sortait du
même lieu pour gagner sa kaaba
devant laquelle Zenzir et ses hommes
l’attendaient.

« Bon, Zenzir et Girmek, entrez, vous
autres, restez là ».

«Zenzir, Girmek, il faut faire vite,  mon
Père m’a dépossédé de mon héritage, il
est hors de question de laisser passer
ça, le fameux contrepoids n’existe pas
encore, la kaaba bleue de Karl sera
prête dans une demi heure, et bien
sûr, la première chose qu’il va faire
sera de réunir Dattor et Vastear, mais
nous n’allons pas lui en laisser le
temps, puisque tous nos hommes sont
réunis devant ma kaaba, voilà ce que
je veux:

Dès maintenant, nous allons au lieu
suprême, dix d’entre nous entrent avec
nos armes, nous supprimons les gardes
qui ne sont pas les nôtres, puis
Keitan, et tout rentre dans
l’ordre, exécution !
Pourquoi ris-tu Girmek ? ».

« Je suis en train de penser à ce Karl qui
se trouve actuellement chez Kravok ».

« Ah! Ca ne m’étonne pas, et ce sera
encore plus facile, allons-y !».

Deux minutes plus tard, devant le
« lieu suprême »:

« Eznar, Souter, Nekir!! Que
faites-vous dehors? ».

« C’est la nouvelle donne, Zavod, Karl
est venu avec ses
hommes, Dattor, Vastear, et tutti
quanti, et nous a démis de notre
fonction, motif entrevue secrète avec
Keitan, ils sont tous à l’intérieur et
armés ».

Zavod, rouge de colère, venait de
casser l’arc qu’il tenait dans ses mains.

« J’aurais dû l’exécuter quand j’étais
encore dans la place, mais on peut
peut-être y arriver autrement, j’ai
une idée, suivez-moi tous,  direction
ma kaaba».

Chez Keitan:

« Alors Kanor ? »

« Ah Ah, tout va bien, Karl, je viens de
voir arriver Zavod et sa clique, il a
parlé à ses trois gardes qu’on a mis
dehors, a piqué une colère en cassant
son arc, et ils sont repartis vers sa kaaba ».

« Ils ne vont pas renoncer pour
autant, Keitan, avec nous, tu es
désormais en sécurité pour le
moment, Kravok avait vu juste, mais
d’autres problèmes vont se poser, à
commencer par l’alimentation:

Comment allons-nous pouvoir sortir
sans nous faire tirer dessus ?

Nous faisons contrepoids, oui, si on
veut, mais à se décimer les uns et les
autres, je ne pense pas que ce soit la
solution, autre problème, il va falloir
chercher à protéger Kravok et Zolter, et
enfin, Zavod ne renoncera pas, quelle
autre idée peut-il avoir pour chercher
à nous nuire, toi qui es son
Père, n’aurais-tu pas une réponse ? ».

« Hélas non, Karl, et les problèmes que
tu évoques sont vrais, je vais devenir
un poids pour vous ».

« Certainement pas, Keitan, sans toi, la
tribu n’existe plus, Zavod, avec ses
hommes, est en train de rechercher des
stratégies, nous aussi, devons en
établir, des plus rapides et plus efficaces
que les leurs, à égalité d’hommes, ils
vont marquer un temps d’arrêt, mais à
mon avis, il sera court, la première chose
que nous devons faire est de prendre du
matériel, des ballots de foin ou autre
chose du même genre qu’il va falloir
placer près des kaabas qui contiennent
l’alimentation, nous constituerons une
haute enceinte extérieure qui nous
protégera, avec des espaces pour
pouvoir tirer, rester dans cette kaaba
n’est pas bon, ils peuvent chercher à la
brûler par des flèches enflammées ou
autre chose, ceux d’entre nous qui
gagneront seront ceux qui se trouveront
près des stocks, j’espère qu’ils sont tous
au même endroit ».

« Oui, heureusement, les yourtes sont
toutes les unes à côté des autres » répondit
Dattor.

« Bien, dit Karl, alors ne perdons pas de
temps, Keitan, prends ce qui t’es le plus
précieux et sors avec nous, je ne peux que
souhaiter que Zavod perde du temps à
palabrer dans sa kaaba, il a dû réunir tous
ses hommes, donc personne n’est
dehors, peut-être pourrons nous en profiter
pour récupérer Kravok et Zolter ».

« Ce n’est pas la peine, nous sommes là ».

Le savant et le médecin venaient d’entrer.

« Oui, Karl, Kravok a eu la bonne idée de
venir me voir pour me dire qu’il y avait
danger, nous confirmons qu’il y a
personne dehors pour le moment, sauf
des gosses qui jouent, nous étions
déjà sur place, mais cachés lorsque
Zavod a piqué sa colère, nous vous
aiderons à constituer l’enceinte ».

« Voilà un problème résolu, dit
Karl, maintenant, les savants, vous
connaissez la situation comme
nous, l’enceinte n’est qu’une première
idée de défense qui ne résoudra pas
tout, auriez-vous une autre stratégie ? ».

Pendant ce temps, chez Zavod:

« J’ai une idée, mais j’en parlerai plus
tard, ce Karl est notre pire
ennemi, fort, malin, méfiant et rapide, il
est extrêmement dangereux, et c’est lui
qu’il faut abattre en premier, on ne
pourra l’avoir que par
surprise, maintenant, d’autres
suggestions ? ».

Girmek prit la parole:

« Nous savons enduire nos flèches d’une
sorte de poix combustible qui serait apte
à mettre le feu à la kaaba de Keitan, ça
ferait sortir le gibier que l’on tirerait
 comme à la parade ?».

« Hm, c‘est la méthode classique qui, si
elle est efficace, ne me plait pas trop. 
D’autres suggestions ? ».

« Il faudrait qu’on aille chercher Kravok
et Zolter », dit Zenzir.

« Kravok, non, Zolter oui, il peut nous
être utile, pour les blessures et bien
d’autres choses, Kravok n’est pas
nécessaire, si l’on veut savoir quelque
chose, il suffira de consulter toute sa
documentation, cette kaaba là, vous ne
me la brûlez pas, quoi d’autre ? ».

Silence complet, les secondes
défilèrent, puis des minutes.

« Bon, pas d’autre idée?
Alors moi, j’en ai une, qui évitera de
brûler des kaabas, nous sommes en paix
avec nos cousins les znirs en ce
moment, il y a 4 ans, rappelles-toi
Zenzir, nous avons sympathisé avec
Krenak et Bokur, tous deux d’un certain
rang, personne d’autre ne le sait car
nous ne sommes pas venus le chanter
sur les toits, on pourrait passer les voir
afin qu’ils nous introduisent auprès de
Warrad, leur chef suprême, à qui nous
proposerions un marché, près de chez
eux, il y a aussi de bonne récoltes, ils
sont devant une immense chaîne de
montagnes, et alors?

Cette zone me plairait bien car il y a
tout ce qu’il faut, des forêts, de
l’eau, des champs, que voulez-vous de
plus ? Eux , après avoir détruit nos
ennemis, viendraient s’installer ici, ce
qui leur permettrait, comme ils le
veulent tant, d’aller vers le nord
explorer d’autres zones, qu’en
pensez vous? ».
 
Le qu’en pensez-vous était une façon
de parler, car même les suggestions
de Zavod  étaient des ordres.

Chez Keitan:

« J’ai peut-être une stratégie qui
pourrait tout régler, dit Zolter, elle
est dans la forêt nord, près d’une des
chaînes de collines, c’est un endroit
très difficile d’accès, mais le jeu en
vaut la chandelle, il s’agit d’une zone
de grottes, au bord d’une
rivière, entre la surface de l’eau et
une hauteur entourée de ronces, de
cactus et autres charmantes plantes
du même genre, certaines contenant
un venin mortel, inaccessibles par la
terre, il faut y aller par l’eau de la
rivière, donc savoir nager, ce qui n’est
pas le cas de la plus part d’entre
nous, ni de nos nouveaux ennemis ou
alors par un souterrain que j’ai
découvert en recherchant des
compositions pour mes pommades, il
y a déjà longtemps, un fois le
souterrain comblé, ce qui est
faisable, nous ne serions dérangés par
personne, je concède que pour les
femmes et les enfants, cela ne sera pas
chose facile, mais si nous y
parvenons, nos ennemis pourront nous
chercher ad-vitam aeternam ».

« Intéressant fit Karl, mais encore
faudrait-il que nos ennemis nous
laissent déménager
tranquillement, ce dont je doute, pour
Le moment, allons monter notre
barricade au bon endroit ».

Cela l’intéressait d’autant plus que la
proposition le dirigeait vers le nord.

Chez Zavod:

« L’idée me semble parfaite » dit Zenzir

« Et toi Girmek ? »

« C’est comme tu veux, Zavod, je ne
connais pas la zone, mais d’après ce que
tu as décrit, cela me semble parfait à
moi aussi ».

« Excellent, alors ne perdons pas de
temps, on sort, je suis sûr qu’ils ne
nous tirerons pas dessus, car ils ont
plus de scrupules que nous, et ne
voudront pas tirer les premiers, on
passe prendre Zolter sur le chemin
puis direction le sud, dans les trois
forêts, il n’y a pratiquement rien de
dangereux sauf les
schhx(serpents), mais ils nous craignent
aussi, je pense qu’au bruit de nos
pas, ils s’en iront, laissons tout en
plan, c’est une affaire de quelques
jours, après, nous serons
confortablement installés pendant que
les znirs s’occuperont de Karl, Keitan et
leurs sbires, nous repasserons récupérer
nos femmes et nos gosses, bien sûr » .

Et ils sortirent, avec dédain, en
regardant la constitution d’un début
de barricade, Zavod pouffa de rire avant
d’être à bonne distance pour pouvoir
dire à ses hommes:

« Regardez les ces idiots, ils
constituent une barricade, elle ne
résistera pas longtemps aux catapultes
des znirs ».

Un peu plus loin:

« Girmek, nous sommes près de la kaaba
de Zolter, vas le chercher ! ».

Cinq minutes plus tard:

« Il n’est pas là, Zavod ».

« Alors il est avec ces crétins, ce n’est
pas grave, les znirs ont plusieurs
Zolters, et comme ils vont devenir
nos amis… ».

« Regarde Karl, ils ne nous attaquent
pas, ils vont vers les forêts du sud »
dit Kanor.

« En effet, qu’est-ce que cela peut bien
vouloir dire, Kravok ou Zolter, peut-être
avez-vous une idée ? »

Zolter: « A part deux ou trois
compositions pour pommades, et des
serpents, il n’y a rien de particulier dans
cette zone là ».

Keitan: « C’est vrai, j’avoue que là, je ne
comprends pas, ils ne vont pas voir les
znirs tout de même ».

Cela éveilla l’attention de Kravok qui se
mit à réfléchir:

« Eh bien, peut-être que
si, justement, et si tel est le cas, cela nous
laisse tout le temps nécessaire à la
proposition de Zolter, tous nos problèmes
peuvent être résolus d’un coup, je
m’explique, ils vont mettre trois jours
pour aller chez les znirs, trois jours pour
en revenir, plus un temps de pourparlers
qui peut, lui aussi durer plusieurs
jours, je crois savoir quelle sorte de
marché Zavod a l’intention de leur
proposer, les znirs ont, durant très
longtemps, été intéressés par notre zone
qui leur donnerait une ouverture vers le
nord, nombre d’entre eux a un
tempérament d’aventuriers, leur
zone, bien qu’ayant tout en
abondance, ne leur plait pas, car c’est
nous qui les bloquons en quelque
sorte, alors Zavod va leur proposer un
échange de zone car lui, n’a rien d’un
aventurier, du moment qu’il commande
tout le monde et qu’il se sent confortable
dans un lieu, peu lui importe le reste, et
il entend faire coup double en escomptant
que les znirs vont venir nous décimer
pour prendre notre place ».

« C’est diabolique, mais il se pourrait
que les znirs ne l’entendent pas de cette
oreille et détruisent Zavod et ses
hommes, ce sont peut-être eux qui
feraient coup double ». Ajouta Kastear.

« Pas faux, c’est une des
possibilités, reprit Kravok, ou bien les
znirs acceptent l’échange, ou bien ils
sont encore plus gourmands, tuent
Zavod et sa clique, et viennent occuper
les deux zones en toute tranquillité, car
dans les deux cas, nous ne sommes pas
de taille à leur tenir tête, par ailleurs, nos
barricades ne résisteraient pas à des
catapultes, qu’ils mettront un certain
temps à amener, mais qui feront leur
office.

Jusqu’à présent, tu n’avais jamais pu
sortir, Karl, sinon, tu aurais remarqué
que nos katars prennent toujours leurs
repas en famille, c’est-à-dire que durant
ces moments là, surtout au repas du soir
qui est assez long, chaque famille reste
dans sa kaaba, et il n’y a plus  personne
dehors, donc si la proposition de Zolter te
convient, chacun de nos hommes pourra
dès ce soir, profiter de ces instants
particuliers pour discrètement faire sortir
leurs femmes et leurs enfants sans que
les autres femmes et enfants n’en
sachent rien, ce que je dis est
malheureux, car on aurait aussi pu
prévoir leur déménagement,  mais elles
ne voudront jamais partir sans l’accord de
leur homme, sinon de nous suivre pour
leur indiquer où nous allons, s’ils
reviennent, alors, je le crains, nous ne
pouvons courir ce risque, qu’en
pensez-vous ? ».

Une profonde réflexion générale, puis
Karl:

« Tu as émis deux hypothèses, dans la
plus défavorable, ces femmes et enfants
mourront, mais si les znirs se contentent
de l’échange, Zavod et ses hommes
pourront venir les récupérer, une chance
sur deux, laissons faire le destin, tu as
raison, mieux vaut sauver la moitié des
personnes qu’aucune, car si les femmes
et/ou les enfants de nos ennemis
indiquent où nous allons, nous serons
dans de mauvais draps, maintenant, vivre
dans des grottes peut résoudre
momentanément les problèmes, mais il
faudra tout de même chercher de la
nourriture, ce qui n’est pas simple à
partir du moment où n’importe quel
aventurier znir peut passer dans la
zone, de plus, les grottes, c’est du sol
dur et irrégulier, pas facile de placer des
kaabas dessus, une autre solution serait
carrément d’émigrer vers le nord, j’en
viens bien, moi, et je suis encore
vivant, le bord de mer a encore de
bonnes températures, au nord, bien
sûr, il fait plus froid, mais on peut aussi
s’habituer au froid, il suffit de porter des
vêtements plus épais, qu’en
pensez-vous ? ».

En lui-même Karl songeait qu’il n’aurait
peut-être pas dû annoncer cette
possibilité car sa progression vers le
nord serait considérablement
ralentie, mais d’une part, il avait
pratiquement un an, et d’autre
part, laisser des gens dans de
mauvaises conditions ne lui plaisait
guère, il ne pouvait rien
garantir, l’aventure était risquée, mais
peut-être pas plus que dans les grottes
dans lesquelles les gens perdraient
leur sécurité en voulant sortir.

 Ce fut au tour de Zolter d’intervenir:

« Il est vrai que ma proposition n’est
pas exempte d’inconvénients ni de
risques, je reconnais que nos nouvelles
conditions de vie seraient loin
d’équivaloir à ce que nous avons
connues, mais dans ma proposition, il
n’existe en fait qu’un seul risque, lié au
besoin de nourriture, encore que la
rivière a du poisson qui peut être
comestible, mais bien sûr, ce ne serait
pas suffisant.

Dans ta proposition d’émigrer vers le
nord, Karl, c’est une toute autre
affaire, car quelle que soit la distance
parcourue, cela n’exclura pas que des
znirs aient la même idée, d’autre
part, nous ne sommes pas constitués
comme toi, tant s’en faut, et moins
encore nos femmes et nos
enfants, traverser d’autres terres et
forêts que nous ne connaissons
pas, rencontre d’animaux
dangereux, les risques sont
multipliés, on aurait peut-être plus
facilement de la nourriture et on
pourrait constituer des kaabas dans
des lieux plus agréables, mais à
quel prix ?

Celui d’une peur permanente de perdre
nos vies à tout moment ? ».

Intervention de Kravok qui, tout comme
Karl, était particulièrement intéressé par
le nord, et prêt à prendre le risque même
à son âge, vu que les conditions du
moment étaient en train de changer et
que les deux cas étaient hasardeux.

« L’éventualité de perdre notre vie à
tout moment, nous l’avons déjà car
maintenant, notre petite vie sécurisée
a disparue à jamais, la proposition de
Karl me plait un peu plus, pour
différentes raisons:

D’abord parce que comme tu l’as
dit, Zolter, trouver de la nourriture sera
plus facile, installer des kaabas aussi, les
risques ?
Il y en a dans les deux cas, mais si nous
rencontrons des znirs, ce n’est peut-être
pas le plus gros d’entre eux, d’abord
parce qu’il est peu probable que nous
rencontrions une armée, quelques
aventuriers de temps à autre, oui, mais
ils ne sont pas tous aventuriers et puis
nous aussi, nous avons des armes dont
nous savons nous servir, vingt hommes
armés, cela représente déjà quelque
chose, par ailleurs, peut-être n’aurons
nous pas de conflit avec ces znirs, au
contraire, on pourrait les accueillir et
former une nouvelle communauté plus
étendue, dans un endroit agréable, nous
sommes issus d’un même peuple, nous
sommes cousins en quelquesorte, et
dans l’hypothèse favorable, car
actuellement nous ne sommes sûrs de
rien, où notre communauté
s’étendrait, avec des nouveaux venus
znirs, nous serions plus d’hommes
armés contre d’autres éventuels
ennemis, nous augmenterions, dans
une certaine mesure, notre sécurité, je
n’ai rien d’un aventurier, surtout à mon
âge, mais je pense à vous tous, à vos
femmes et enfants qui auraient peut-être
un meilleur avenir, en me plaçant hors de
toute considération personnelle pour
servir la collectivité, je crois sincèrement
que c’est Karl qui a formulé la meilleure
proposition, ce n’est que mon avis, bien
sûr, et chacun peut exprimer le sien ».

C’est Zolter qui répondit à nouveau:

« Je n’avais pas vu les choses sous cet
angle, telle que tu as présenté la
situation, je dois reconnaître que la
proposition de Karl gagne en attrait, je
suis pour et j’oublie la mienne, et vous
autres qu’en pensez vous ? ».

Keitan:

« Je me range aussi à la proposition
de Karl ».

Dattor, Vastear:« Moi aussi ».

Personne d’autre ne disant mot, la
proposition fut adoptée, il fallait
normalement attendre le soir pour
récupérer les femmes et les enfants, mais
Karl:

« A mon avis, il serait plus judicieux
d’attendre demain midi pour faire sortir
vos femmes et vos enfants, ainsi que
celles qui ne sont pas en famille, après
tout, 30 femmes et 50 enfants, ce n’est
pas si difficile, et surtout, voyager de
jour est beaucoup moins risqué que de
nuit , par contre, et ça, c‘est
capital, restez discrets et dites à vos
enfants de l‘être, n‘hésitez pas à leur
expliquer qu‘autrement, non seulement
le départ ne serait pas possible, mais la
mort serait assurée».

Approbation générale, cela permettrait
aux hommes de préparer leurs femmes
et enfants au départ, avec toute la
discrétion qui s’imposait.     

Le lendemain, à midi:

« Bon, voyons si notre petit stratagème
fonctionne » dit Karl.

Dattor et Vastear, et leurs
hommes, chacun devant leur
kaaba, firent un signe simultané, femmes
et enfants sortirent des yourtes
immédiatement, et sans bruit, les
10 femmes non liées ayant dormi  dans
la kaaba de Keitan étaient déjà sur
place, une centaine de personnes, dont
Karl, se dirigèrent sans bruit vers la forêt
nord, suivirent le chemin de deux
kilomètres pour arriver devant le champ
de blé, personne n’avait assisté à leur
départ, mais c’est là que les difficultés
commencèrent.

« Attention, nous allons traverser ce
champ de blé de plus d’un kilomètre, les
tiges ont des feuilles coupantes, il va
falloir avancer doucement » fit Karl.

Ils mirent le temps nécessaire à le
traverser, une bonne heure, quelques
coupures sur lesquelles Zolter
s’empressa de passer sa pommade, puis
ils continuèrent, personne ne pouvait les
voir, ils étaient protégés par le champ de
blé laissé derrière eux.

Entre les chaînes de collines, ils
marchèrent sur des terres diverses
pendant plusieurs kilomètres, il faisait
chaud, très chaud, Zolter et Kravok, ainsi
que quelques femmes d’un âge
intermédiaire, commencèrent à donner
des signes de fatigue, il fallait penser à
faire une halte, mais où ?

Ils quittaient la zone des terres pour se
retrouver devant un désert, rien à
l’horizon.

Kravok à Karl:

« Nous devrions être en vue d’une
forêt, ou peut-être même d'un bras de
mer ? ».

Karl fit un coup de poker, il ne savait
rien de ce qui était au-delà du désert.

« Non, nous ne sommes pas encore
assez loin, je vous conseille de boire un
léger coup d’eau, dans le désert, il faut
boire à petites gorgées en espaçant les
coups, c’est le meilleur moyen de tenir, on
fait une pose d’un quart d’heure ici, puis
on continue, je ne me souviens plus
vraiment comment j’ai passé ces
zones, mais au-delà de l’horizon, on
devrait apercevoir une forêt ».

C’était gonflé, mais Karl semblait avoir
remarqué que les jours et nuits de cette
planète étaient plus courts que sur
Terre, le soleil semblait un peu plus
proche, et s’il s’agissait d’une petite
planète ?

Il ne le savait pas, il l’espérait, mais le
moindre écart de température pourrait
donner un indice, malheureusement, sur
ce désert d’étendue indéterminée, il
semblait exclu de constater un tel
indice, c’est le temps qui le
donnerait, c’est-à-dire lorsque le soleil
se coucherait.

« Bon, on repart, le soleil va
descendre, il fera moins chaud, marchons
doucement et nous nous fatiguerons
moins », fit Karl.

Derrière lui, une demi douzaine d’hommes
tiraient un énorme ballot qui contenait de
l’alimentation et de l‘eau, c‘était
lourd, une demi douzaine d‘autres, un non
moins grand fatras contenant différentes
pièces permettant de constituer une
yourte, les hommes restants, qui avaient
les mains libres, prenaient le relais
lorsque nécessaire, seuls Dattor et Vastear
ne participaient pas, les chefs, ça peut
parfois pousser, mais ça ne tire jamais.

Sept kilomètres plus loin, faits avec
peine, toujours rien en vue, mais la
température commençait à descendre
ils firent une autre pause, plus longue.

On approchait du crépuscule, il faisait
bon, mais il fallait penser à s’installer
quelque part, c’est-ce que Kravok fit
observer à Karl:

« En plus, notre départ à midi a fait que
nous avons tous sauté notre repas léger
habituel, et ce sont surtout les enfants
qui ont faim ».

« Tu as raison, mais je vois un monticule
là-bas, à 100 mètres, je vais m’y rendre
afin de voir ce qu’il y a plus loin, reste
là, rassure tout le monde, je ne serai pas
long ».

Cinq minutes plus tard:

« Bingo ! Nous somme à la fin du
désert, avec une forêt à droite, située à
500 mètres environ, et à
gauche, nettement plus loin, une surface
scintillante qui pourrait bien être un
bras de mer ou une mer, je propose
que nous parcourions le peu qui nous
reste afin de nous installer à l’orée de
la forêt ».

La joie pouvait se lire sur tous les
visages, la petite distance fût
parcourue en un temps record.

« Je voulais te demander, Karl, c’est quoi
une mer ou un bras de mer? »

C’est Vastear qui avait posé la
question, rien d’étonnant parce que la
tribu n’avait jamais vu la mer.     

«Eh bien, Vastear, c’est une étendue
d’eau salée dans laquelle, comme pour
une rivière, il peut y avoir du poisson, la
température de l’eau varie beaucoup
moins vite que celle de l’air, mais elle a
des remous que l’on appelle des
vagues, qui viennent s’échoir sur le
bord, en général, chez moi, les gens
aiment bien le bord de mer auprès
duquel de nombreux lieux sont
agréables à habiter ».

« Ah, intéressant, mais nous ne
connaissons pas cette forêt, y a-t-il des
animaux dangereux ici, genre serpents
ou autres ? »
Demanda Dattor.

« Là, j’avoue que je ne m’en souviens
plus, répondit  Karl, j’avais encore la tête
embrumée à la suite du coup que j’ai
reçu, la pleine mémoire ne m’étant
revenue qu’au niveau du champ de blé, si
danger il y a, j’ai dû franchir cette zone
grâce à mes réflexes de survie, mais ta
question opportune va nous permettre
de nous organiser, voilà ce que je
suggère, la nuit, la température est plus
supportable, donc on va dîner et
s’installer un peu en dehors des
premiers arbres de la forêt, les animaux
dangereux d’une forêt ne la quittent
pas, ils ne vont pas dans un désert, sauf
les serpents, alors par précaution, trois
hommes monteront la garde avec leurs
arcs entre notre groupement et les
premiers arbres, relai toutes les
heures, ce qui fait que chacun
récupèrera son compte de
sommeil, sachant parfaitement me servir
d’un  arc, je vais en emprunter un afin
de monter la première garde, qu’en
pensez-vous ? ».

Là encore, personne ne dit mot, tout le
monde était d’accord, la demi tribu
dîna, quelques dernières parlottes
avant de s’endormir comme une masse.

Aucun danger n’étant survenu durant la
nuit, le lendemain matin, tout le monde
se réveilla, trois femmes préparèrent un
déjeuner pour la collectivité, puis le
moment des concertations vint:

 Keitan:
« Karl, mon ami, nous sommes tous
vivants, ce qui est une excellente
chose, mais à la suite des évènements
précipités, nous n’avons pu emmener
qu’une quantité très limitée d’aliments et
de matériel, le sol de ce désert est trop
dur pour envisager une installation, la
forêt peut receler des dangers que nous
ne connaissons pas, que prévois-tu de
faire ? ».

« Bonne question Keitan, tu as
peut-être aussi remarqué qu’à cette
heure ci, il fait un peu moins chaud ici
qu’à Katarok, votre ancien village, non ? ».

« En effet, il y a un petit écart, et c’est
plus agréable ».

« Alors voilà mon idée, d’après ce que
l’on a vu hier soir, la partie gauche de
la forêt se rapproche de la mer, à mon
avis, mais ça, on pourra le vérifier, la
distance est de l’ordre du kilomètre, ce
qui n’est pas très loin, les seuls éléments
qui nous manqueraient seraient une
zone de terres cultivables, proche de la
forêt et de la mer, puis de l’eau
douce, donc une rivière, la forêt
semblant assez grande, il se peut qu’elle
contienne une rivière, il n’y a plus qu’à
espérer que l’autre côté de la forêt ne
soit pas un désert, donc le mieux, me
semble-t-il, est de longer la forêt sur sa
partie gauche, si, à midi, il fait trop
chaud, on pourra se réfugier derrière
les premiers arbres, avant de continuer
à marcher le plus loin possible, jusqu’à
ce que nous trouvions au moins un des
éléments qui nous manquent ».

Vastear:

« Intéressant, mais tu m’as dit qu’au
bord de mer, il y a des lieux agréables ».

« Vrai, mais un bord de mer manque
généralement d’eau douce et de terres
cultivables, de plus, le stricte bord de
mer n’est pas toujours bon pour les
constructions car le sel attaque
tout, l’idéal selon moi est de résider à
au moins 200, voire 300 mètres à
l‘intérieur des terres, mais nous verrons
cela plus tard, pour le moment, le
meilleur objectif me semble être celui
que j’ai indiqué, quitte à faire de temps à
autres une incursion dans la forêt pour
rechercher une rivière, comme celle dont
a parlé Zolter, avoir de l’eau douce est
capital, maintenant, si cette forêt n’est
pas trop grande, je suis curieux de voir
ce qu’il y a derrière, si par chance ce
sont des terres cultivables, alors le
choix définitif du nouveau lieu de
résidence pourra se faire en toute
tranquillité ».

Comme d’habitude, tout le monde
adopta le point de vue de Karl, et
ils avancèrent en suivant
scrupuleusement la limite gauche de la
forêt, quelques heures plus tard:

«  Nous voyons bien la mer, il y a un
léger vent plutôt agréable, il fait
nettement moins chaud qu’à
Katarok, mais la température reste très
convenable, nous n’avons même pas
besoin de nous réfugier dans la forêt »
dit Kravok.

« Je confirme, et cet air me semble sain »
commenta Zolter.

« C’est l’heure du déjeuner »
ajouta Keitan.

«  D’accord, on déjeune ici, de l’eau, il
nous en reste pour combien de temps ? »
Fit Karl.

Keitan:«  D’après les femmes qui ont
constitué le ballot, deux jours ».

« Bon, d’ici là, j’espère qu’on verra le
bout de la forêt »  conclut Karl.

Ils marchèrent sur des
kilomètres, jusqu’au crépuscule, pas
de fin de forêt, elle était vraiment très
étendue, le déplacement avait été moins
pénible que la veille, le moral collectif
était meilleur, mais il durent s’organiser
pour dormir, comme hier, à quelques
pas des premiers arbres.

Le lendemain matin, après avoir
déjeuné, ils continuèrent jusqu’à
l’apogée de Nakath, cette forêt semblait
ne pas avoir de limite, cela jouait sur le
moral de nos nomades, ils n’oublièrent
pas de se ravitailler avant de
repartir, puis, au bout de deux kilomètres:

« Ah ! Changement de décor, fin du
désert, et de la forêt, nous sommes
devant une grande étendue de terres qui
devraient être cultivables, à condition
d’avoir de l’eau, car pour la pluie, on
peut toujours attendre.

Remarquez que la mer est encore plus
proche à ce niveau, environ à
500 mètres, la température, bien
qu’encore très agréable selon moi, est
légèrement plus fraîche, je suis d’avis
d’examiner ces terres de plus près, qu’en
pensez vous ? »

Karl avait parlé, c’est Keitan qui lui
répondit.

« Excellent, je vais faire donner des
ordres afin que nos femmes aillent
examiner ces terres, histoire de voir ce
que l’on peut y faire pousser».

Deux heures plus tard, les femmes
revinrent après avoir parcouru plus
d’un kilomètre, et parlèrent à leurs
hommes qui, à leur tour, transmirent les
informations aux chefs de clans, Vastear
se déplaça pour parler à Karl:

« Les terres sont juste un peu
sèches, mais les femmes ont creusé un
peu par endroits, et ont constaté qu’en
dessous, il y avait de l’eau, et d’après
elles, on peut prévoir toutes les cultures
possibles de légumes, c’est
formidable, tous nos problèmes sont
résolus », dit Vastear avec un sourire
jusqu’aux oreilles.   

« Pas encore, répondit Karl, c’est une
excellente nouvelle, mais deux affaires
restent  à conclure, la première concerne
la viande, il faudrait voir ce que la forêt
contient comme gibier, la mer peut
apporter une possibilité supplémentaire
avec le poisson, mais dans les deux
cas, il va s’avérer également nécessaire
de connaître les prédateurs, certains
pouvant être dangereux, la seconde
affaire est le choix du nouveau lieu
de résidence, mais cela est moins
urgent, et pourra se faire plus
tard, lorsque nous connaîtrons la zone
plus en détails.

Le crépuscule va bientôt venir, pour le
moment, vous avez pris des graines je
suppose? »

Vastear alla se renseigner auprès des
femmes qui avaient constitué
le ballot.

« Oui Karl, nous avons diverses sortes
de graines, nos femmes ont été
prévoyantes ».

« Bien, alors qu’elles aillent planter
quelques graines proche d’ici, dans
les meilleurs endroits qu’elles
trouveront, dès demain, nous ferons des
incursions dans la forêt pour voir à
quelle sorte de gibier on peut avoir
affaire, avec des gardes qui nous
accompagneront, prêts à tirer à tout
moment sur des prédateurs inquiétants, ou
sur des proies qui alimenteront notre
garde-manger, après demain, nous irons
au bord de mer pour repérer les
lieux, vous ne savez pas nager, moi
oui, même sous l’eau, peut-être
pourrais-je voir des poissons
comestibles, probablement aussi des
prédateurs, mais je serai prudent, voilà
l’emploi du temps des deux jours à
venir, fais en part à tout le monde ».

Karl alla s’asseoir sur un tronc d’arbre
pour méditer, Keitan et Kravok allèrent
le rejoindre, pas Zolter qui était occupé
à soigner quelques blessures à des
enfants.

« A quoi penses-tu ? » Lui demanda
Kravok.

« S’il y avait une rivière pas loin
d’ici, ce serait la cerise sur le gâteau ».

« La cerise sur le gâteau !!
Qu’est-ce que cela signifie ? ».

« Ah oui, c’est une expression de chez
moi qui veut dire que l’on aurait
tout, que nous serions dans les
meilleures conditions, sous
réserve, bien sûr, de situer les
éventuels prédateurs auxquels nous
pourrions avoir affaire, mais je ne
m’inquiète pas trop là-dessus, contre
plusieurs hommes armés d’arc et de
flèches, ils ne devraient pas faire le
poids, les prédateurs marins seront plus
difficiles à maîtriser, car ils vivent dans
l’eau, et certains se déplacent vite, c’est
une autre histoire, par contre, à
l’avenir, s’il n’y a pas trop d’animaux
marins dangereux près des côtes, tout
le monde pourra apprendre à
nager, et c’est bien agréable d’être dans
l’eau. »
La fin de la journée se passa
tranquillement, grâce à la proximité des
terres cultivables le moral était revenu
au beau fixe, la majorité des katars
étaient convaincue d’être à l’endroit
idéal pour reconstituer leur village.

Ils en profitèrent pour dîner
copieusement ce qui les fit s’endormir
rapidement, Karl avait maintenu les
précautions initiales des tours de garde.

Le lendemain matin, après le déjeuner:

« Bon, si Keitan est
d‘accord, Dattor, Vastear, vous me
réunissez tous vos hommes à part deux
qui resteront ici pour veiller sur les
femmes et les enfants, elles
vont continuer à planter quelques
graines, tout en en gardant un
maximum, on ne sait jamais, les enfants
pourront jouer, mais seront maintenus
ici, pas question de promenades au bord
de mer, ce sera pour plus tard,  nous, nous
allons en forêt voir ce qui s’y passe, pour
la matinée, on va repérer du gibier, et
tout ce qui peut nous être
utile, n’oublions pas les
prédateurs, est-ce clair ? ».

« Très clair, Karl, on réunit les hommes »
répondit Dattor.

« D’accord avec le plan Keitan ? »

« Tout à fait, Karl, et je viens avec
vous, un chef doit savoir ce qui se passe
sur son territoire ».

« Le territoire définitif reste à établir, le
lieu semble agréable, c’est vrai, mais
c’est après nos inspections que l’on
pourra statuer, nous avons l’honneur
de te voir avec nous, Keitan, mais je
préfère que tu restes près de moi, tu
sais pourquoi ».

« Bien sûr, Karl, mais moi aussi j’ai un
arc, et même plusieurs, et je sais m’en
servir, d’ailleurs, je vais chercher mon
matériel ».

Et Dattor de rajouter « Keitan était
encore il y a quelques années, et
peut-être même maintenant notre
meilleur tireur et un chasseur hors pair ».

« Comme tout chef qui se respecte, et
tu en es un bon, Keitan »

« Merci mon ami, cela me va droit au coeur ».

A Znirhad pendant ce temps, dans la kaaba
de Warrad, chef suprême des znirs.

« Zendra, apportes nous à boire » .

« Oui, Maître Warrad, tout de suite ».

Le Maître en question venait de recevoir
Zavod, Zenzir et Girmek, l’atmosphère
dans ce village était bien différente de
celle de Katarok, autant les katars
étaient sérieux, fidèles à leur conjoint(e)
et respectueux de leurs traditions, autant
chez les znirs la boisson, les courtisanes
et autres libertines et l’insouciance
étaient les seules valeurs reconnues par
la majorité de la population, si les trois
Katars n’étaient pas brillants au niveau
des principes, c’était des enfants de
choeur comparés à cette fraction de
population, celles et ceux des znirs qui
avaient tant soit peu conservé un
certain sens de l’honneur et quelques
principes étaient précisément les 
personnes dotées d’un tempérament
d’aventurier, qui ne demandaient qu’à
quitter cette collectivité corrompue, les
autres n’avaient rien d’aventurier, ils se
trouvaient trop bien là où ils étaient, dans
un mode de vie qui leur permettait
d’obtenir tout à satiété.

« Alors Zavod, toi et tes hommes avez
passé une bonne nuit ? ».

« Inoubliable, Warrad, et nous ne
pouvons que t’en remercier ».

« De rien, il était naturel de t’accueillir
selon ton rang, c’est toi le chef des katars
maintenant ?

D’après Krenak et Bokur, tu serais venu
me proposer une bonne affaire ? ».

« En effet Warrad, ou dois-je dire
Maître Warrad ? ».

« Non, pas de cela entre nous, cher
ami, Ah voilà Zendra, une superbe
femme, non ? ».

« Ah! Ca, je dois reconnaître que… ».

« Allez ! A la vôtre à tous les trois, soyez
les bienvenus ».

Ils trinquèrent et Zavod développa son
idée à Warrad.

Ce dernier faisait partie des gens que
l’aventure n’intéressait pas du tout, mais
il était extrêmement malin, rusé et
opportuniste, il voyait dans les propos de
Zavod, une excellente possibilité de se
débarrasser de la fraction de
pisses-vinaigre qui composait une partie
de sa population, ils avaient de l’honneur ?
Des principes?
Ils voulaient partir?

Eh bien qu’ils aillent à Katarok ou
ailleurs, la java continuerait d’autant
mieux sans eux.

« Mais voilà une excellente idée, mon
ami, je dirai même que ce plan est
carrément génial, cela correspond
précisément à ce que je souhaitais
depuis déjà longtemps, pourquoi
avons-nous pu avoir des différents dans
le passé ? C’est stupide, ah oui, ton père
avait trop de principes, c’est ça ? ».

« Tout à fait, Warrad, c’est exactement ça ».

« L‘as-tu liquidé ? ».

« J’aurais bien voulu, mais il a conservé
la moitié de mes hommes pour sa
défense, à Katarok ».

« Bon, ce n’est pas grave, pour nous, ce
ne sera qu’une formalité, je dispose d’une
dizaine de catapultes et d'une
quarantaine d’hommes qui s’en chargera
en souplesse, ainsi mon village t’intéresse ?

Remarques tu as raison, car tu seras bien
ici, nous avons tout ce qu’il faut, et plus
encore, tu pourras même gouverner les
znirs qui se plaisent ici et veulent y
rester, ton effectif sera multiplié par 3
ou par 4, avoues que c’est toi qui fait une
bonne affaire ».

Zavod faussement embarrassé « Mon cher
Warrad, je n’en demandais pas tant ».

« Il faut demander, n’aies jamais peur de
demander, car celui qui ne demande rien
n’obtient rien ».

Warrad demanda une autre tournée à
Zendra, les pourparlers continuèrent, puis:

« En bien Messieurs, je vous laisse le soin
d’aller visiter votre future propriété, je
pense que la promenade vous plaira, je
fais appeler Ballar qui sera votre
guide, vous pourrez lui poser toutes les
questions, il a toutes les réponses, vous
resterez bien encore deux ou trois jours
ici, histoire de vous familiariser un peu
plus avec l’environnement ? ».

« Bien sûr Warrad, ce sera avec plaisir ».

Les trois hommes quittèrent la kaaba de
Warrad, attendus par leurs hommes à
l’extérieur, ils suivirent Ballar.

« Mawek ! »

« Oui Maître Warrad, j’ai tout
entendu, c’était parfaitement clair ».

« Très bien, alors à ton avis, y aurait-t-il
une seule bonne raison pour que je fasse
cadeau de mon village à cet imbécile ? ».

« Certainement pas, Maître, je n’en vois
aucune ».

« Eh bien moi non plus, figures toi, alors
nous allons liquider ces intrus, ce qui ne
nous empêchera pas, bien sûr, de nous
occuper de Katarok dans les prochains
jours, quel est le meilleur moyen de
liquider une vingtaine d’hommes en
souplesse, selon toi ? ».

« A mon avis, Maître, cette nuit pendant
qu‘ils dorment, trois gardes par
chambre, arc et flèches, et hop, fini ».

« Hm, trop conventionnel, et qui fait un
peu désordre, si la populace voit passer
des cadavres criblés de flèches…

J’ai une meilleure idée, tu vas convoquer
Koster, il est expert en poisons, tu lui
demande de fabriquer la quantité
nécessaire à 30 hommes, ne lésinons
pas, de mon côté, mon majordome
Vared fera arranger toutes les places
nécessaires pour le dîner, tant au
réfectoire des hommes de Zavod, que
pour les trois places autour de moi pour
ces trois idiots, un petit tour de
passe-passe de Carith, notre éminent
cuisinier, pour les plats spéciaux à
servir, si tu vois ce que je veux dire, et
le tour sera joué, les cadavres seront
transportés cette nuit, le plus
discrètement possible, il y a des gens 
qui peuvent avoir des malaises, c’est même
courant, les transporteurs diront qu’on
les ramène chez eux, qu’ils ont trop
bu, il faudra couvrir leur tête, bien
sûr, que personne ne puisse les
reconnaître, et on en parlera plus, est-ce
bien clair Mawek ? ».

« Tout à fait clair, Maître ».

« Bien, attention, tu es responsable de sa
parfaite exécution ».

« Aucun problème, Maître ».

« Oui, avec le palmarès éloquent que tu as
déjà, pour toi, c’est une simple
formalité, tu peux disposer ».

Dans la forêt, Karl, Keitan, Vastear et
Dattor venaient de repérer un mouvement
dans des buissons 30 mètres plus loin:

Keitan fit immédiatement signe à ses
hommes de se baisser, Karl fit de
même, une bête de moyenne
dimension, tenant du cochon et du
marcassin apparut, tournant sa tête dans
toutes les directions, l’animal n’ayant pas
vu les hommes resta sur place un
moment, cherchant sur le sol, quelque
chose à manger, il le trouva, de loin cela
paraissait blanc, en forme de chapeau.

Keitan dit à l’oreille de Karl:

« Ca, nous savons ce que c’est, il y a les
mêmes dans notre forêt au nord de
Katarok, l’animal est un batou, ce qu’il
mange est du plez (champignon), tous deux
sont excellents pour nous ».

« Bien alors on va se séparer en deux
groupes, Dattor et ses hommes vont
chasser et nous en ramener le plus
possible, nous, avec Vastear et ses
hommes, allons poursuivre notre exploration
et nous nous retrouverons tous ici avant le
déjeuner d‘accord ? » .

« Parfait »

Dattor étant près d’eux avait tout entendu
et savait ce qu’il avait à faire, il donna
ordre à ses hommes de se rapprocher du
batou, 30 mètres étant une portée
incertaine, mais il firent du bruit, et
l'animal se sauva.

« Pas grave, dit Keitan, il est sûr que les
feuilles au sol ne nous arrangent pas, mais
ils vont parvenir à ramener quelque
chose, à défaut, les plez ne bougeront pas ».

« Bien, nous sommes 11 hommes, tous
armés, cela suffira pour la suite » dit Karl.

Ils étaient à environ 200 mètres de l’orée
de la forêt, et continuèrent à s’enfoncer
davantage, 100 mètres plus loin, ils
entendirent une sorte de ruissellement, Karl
se mit à sourire, « Voyons cela de plus près ».

Six à sept mètres plus loin, un ruisseau
large de plus d’un mètre coulait.

« Goûtons cette eau et remontons le
ruisseau » dit Keitan.

« Elle est excellente , Karl problème résolu».

« Oui, la prochaine fois, il faudra venir
avec des récipients pour les remplir et en
donner aux femmes pour les récoltes qui
seront facilitées ».

« On n’est pas loin, on peut le faire dès
maintenant ? ».

« Sans vouloir te contrarier, Keitan, nous
pourrons le faire plus tard, pour le
moment, je préfère poursuivre ton idée
de remonter le ruisseau, il doit bien couler
de quelque part et si nous trouvons une
grande étendue d’eau, ce sera encore
mieux ».

Il firent plus de 600 mètres pour la
voir, elle était d’une taille respectable, un
petit lac  d’un kilomètre sur 700 mètres
de large, qui devait être alimenté par
d’autres cours venant de plus haut encore.

« Bingo ! Pour la chasse, cela sera
également intéressant, nous avons dû
faire trop de bruit pour voir des
animaux, mais je suis pratiquement sûr
qu’il doit y en avoir plein qui viennent
boire ici, notamment les batous ».

« D’accord avec toi, Karl, je pense que la
prochaine fois, il faudra faire balayer des
feuilles afin qu’on fasse moins de bruit sur
les parcours ».

« Oui, ça se défend, bon, on n’a rien vu
de dangereux pour le moment, on
essaiera d’aller plus profond cet
après-midi, je te propose de regagner le
camp ».

« Allons-y ».

Ils ne virent personne sur le lieu de
rendez-vous, attendirent cinq
minutes, puis se dirigèrent vers la
sortie, Dattor avec ses hommes arrivèrent
vingt minutes plus tard, avec deux
batous et un paquet de plez.

« Ca sera un peu juste, mais il nous reste
des provisions en stock, quoiqu’il en
soit, nous n’avons pas renoncé à faire
mieux cet après-midi »dit Dattor.

« C’est déjà excellent, dit Karl, cela
occupera les femmes cet après midi, elles
vont se faire un plaisir de découper les
batous et préparer les plez pour ce
soir, la température n’est pas trop élevée
ici, du moins à mon goût, alors manger
un peu plus à midi ne devrait pas poser
de problème ».

Kravok: «Tout à fait d’accord en ce qui me
concerne, alors, et pour le reste? »

« Nous avons un ruisseau d’un mètre de
large à 300 mètres, un petit lac à un
kilomètre, l’eau y est excellente, tout se
présente bien .»
Fit Karl.

« Oui mais attention, nous sommes aussi
allés au petit lac, l’un de mes hommes a
failli se faire attraper la main par un
zork(crocodile)de bonne taille, par
contre, nous avons vus 2 palims(biches)
et 3 lakrs(dindes) qui, bien sûr, ont fui
à notre arrivée ».dit Dattor.

« Mais c’est excellent ça, fit Keitan, le
zork, quelle taille ? ».

« On n’a vu que sa tête, mais à mon
avis, c’est un trois mètres. »
Répondit Dattor.

« C’est un gros client, mais maintenant
qu’on le sait, on en tiendra compte, et
vous deux Kravok et Zolter, qu’avez-vous
à nous raconter ?».demanda Keitan.

C’est Zolter qui répondit :

« Une autre bonne nouvelle, je crois, l’une
des femmes, un peu plus curieuse que les
autres, est allé examiner les premiers
arbres de plus près, accompagnée par un
garde, et elle a constaté qu’ils produisaient
une sorte de mousse que nous connaissons
bien, et qui servira à compléter la
charpente pour faire des kaabas, avec
l’autre garde je suis également allé fureter
par là pour trouver, au pied des
arbres, une fleur dont l’extrait me servira
pour composer mes pommades, il y a
vraiment beaucoup de choses ici ».

Karl réfléchit un instant, puis:

« Bon, eh bien finalement, c’est peut-être
par ici qu’est le meilleur endroit pour
reconstituer un village, mais nous le
ferons éventuellement après avoir vu le
bord de mer ».

Vastear:
« C’est vrai qu’ici, c’est agréable, nous
avons traversé un long désert, d’accord, mais
des aventuriers znirs le feront très
probablement, ne devons nous pas
prendre quelques précautions ? ».

« Kravok en a déjà parlé, fit Karl, ils ne
représentent pas le plus gros
danger, d’après ce que j’ai compris, et
je parle sous son contrôle, les non
aventuriers resteront dans les zones de
Znirhad et de Katarok, là-bas, entre ces
deux villages, ils ont tout, les
aventuriers il y en avait aussi chez moi, ce
sont des gens solitaires ou en groupe
restreint, pas des collectifs, ils ont
l’habitude de tout faire par eux-mêmes
et, en général, ne demandent rien à
personne, certains font du commerce ou
du trafic, mais eux aussi, sont en nombre
restreint, car ce ne sont pas des
partageurs, non, nous ne verrons pas
une armée venir jusqu’ici, pas même de
chez moi, c’est beaucoup trop loin, et
surtout, ça ne les intéresse pas, alors
ne craignez rien, à part quelques
prédateurs comme vos zorks, qui ne
sortiront pas de la forêt, vous pouvez
tranquillement penser à une
installation, mais je le répète, après
que l’on ai visité le bord de mer qui
n’est pas loin ».

« Tu as bien décrit les aventuriers, c’est
aussi ce que je pense et ce que j’ai
constaté, voir arriver cent aventuriers
ici et en même temps me paraît
hautement improbable, ces francs-tireurs
ne s’associent pas, ce qui peut d’ailleurs
poser problème à l’extension de notre
petite communauté autrement que par la
voie naturelle de filiation, voie plus longue
que je ne verrai pas, mais il se pourrait
que l’on ait une arrivée de gens qui, sans
être vraiment des aventuriers, quittent la
tribu de Warrad qui est quelqu’un de bien
plus dangereux encore que Zavod qu’il a
peut-être déjà fait exécuter, il n’a
vraiment aucun intérêt à lui céder
Znirhad, je pense avec tristesse aux gens
que nous avons dû laisser à Katarok, mais
pour en revenir au sujet, nous risquons
de voir arriver des gens qui, dégoutés par
les méthodes méprisables de Warrad, et
n’ayant qu’un rôle subalterne dans la
communauté, viennent tenter leur
chance, et ceux-là, nous les accueillerons
avec bienveillance, car ils ne sont pas
mauvais ».  

« La chose qui va peut-être nous manquer
pendant un bon moment, c’est le
vin, j’espère que les femmes n’ont pas
oublié les graines pour faire pousser le
raisin »ajouta Kanor.

Et tout le monde de rire, sur ces
entrefaites, ils déjeunèrent.

L’après-midi se passa on ne peut
mieux, les uns ramenèrent de l’eau, d’autres
encore, chassaient, une douzaine
d’hommes et de femmes balayaient les
accès dans la forêt, les feuilles et les
aiguilles de pin, tout ce qui était
susceptible de faire du bruit sous les
pas, les chasseurs ramenèrent un batou
et une lakr(dinde), avec une platrée de
plez tout en signalant qu’ils avaient vu
des sluks(vipères), prédateurs pas
vraiment redoutables.

Le dîner fut copieux et le sommeil
paisible, le lendemain, c’était le jour du
bord de mer, Karl  partit avec
Keitan, Kravok, Dattor ,Vastear et une
quinzaine d’hommes, laissant quatre
gardes et Zolter au camp provisoire, ce
dernier étant beaucoup plus intéressé par
ses pommades que par la mer, s’était
trouvé de quoi passer le temps. 

Une mer et non un bras, bien
classique, avec des plages de sable
fin, une eau salée comparable à celle
de la Méditerranée mais très
claire, pas de touristes en vue, peu de
vent, des petites vaguelettes, bref le
temps idéal.

« Heureusement que nous n’avons pas
amené de femmes dit Karl, car
je vais me baigner, et pour cela, je dois
me déshabiller complètement, je risque
d’aller assez loin, si je peux, histoire de
voir ce qu’il y a dans l’eau ».

« Attention Karl, fit Kravok, nous
n’aimerions pas que tu sois tué par
un prédateur, tu n’en a pas le droit car
tu es trop important pour la communauté ».

« Sois sans crainte, je serai prudent, je
n’irai pas jusqu’aux grands fonds ».

Il se déshabilla, puis entra doucement
dans l’eau, elle était bonne et la
dénivellation du fond était peu
prononcée, à tel point qu’à 50
mètres du bord, il avait encore pied.

Puis il commença à nager, d’abord
quelques crawls avant de disparaître
sous l’eau, trente secondes, puis une
minute passa, sa tête réapparut à la
surface, émettant un puissant souffle.

Les gens du bord, pas habitués à ce genre
de spectacle, s’inquiétaient, il disparut
de nouveau pour réapparaître à cent
mètres du bord, puis fit un signe avant
de revenir.

« L’eau est vraiment bonne, il va falloir
que vous appreniez, bon, alors comme
il n’y a pas de rochers, ni au bord ni au
fond, pas d’oursins, pas de moules, ça
se restreint, par contre, j’ai vu quelques
crabes, très bons à manger, aussi des
poissons de taille variable, entre un et
vingts centimètres, ces derniers sont
probablement comestibles, le fond ?

Du sable, encore du sable, toujours du sable.

Il se peut que plus loin cela devienne
différent, mais vous m’avez dit d’être
prudent, alors je n’ai pas insisté, le fond
dénivelle très peu, ce qui veut dire que
le jour où vos enfants, et petits enfants
apprendront à nager, ils pourront le faire
en toute sécurité jusque là où je suis allé».

Il préférait ne pas compliquer les choses
en disant qu’à l’avenir, à condition de
savoir constituer des barques, des
filets, des lignes avec des appâts, ils
pourraient profiter des produits de la
mer, les katars n’étaient pas des marins
et ne le seraient peut-être jamais, ils
avaient leurs habitudes qu’il valait mieux
ne pas chercher à modifier.

Le bord, uniforme de chaque côté, une
plage d’un nombre inconnu de kilomètres
qui paraissait interminable, tout cela était
d’un intérêt limité, il valait mieux rentrer
au camp.

« Comme vous l’avez vu, le bord de
mer, c’est du sable qui ne vous servira pas
à grand-chose, finalement mieux vaut
rester là où se trouve le camp
provisoire, cela correspond mieux à vos
habitudes, vous avez pratiquement tout à
portée de main, peu de dangers, lieu
idéal pour mener une vie sécurisée, à
deux détails près, comparable, voire
supérieure à celle de Katarok, sur
laquelle pendait l’épée des znirs à défaut
de celle de Damoclès, ne cherchez pas, c’est
quelqu’un de chez moi, l’épée est une
arme, au même titre qu’un arc, mais de
courte portée, la visite du bord de mer
est plus brève que je ne le prévoyais, dès
cet après-midi, on pourra retourner
dans la forêt ».

« Tu nous a vraiment fait peur »
lui dit Kravok.

« Je savais ce que je faisais, alors et
vous, que pensez vous de ce
bord de mer ?».

« Nous n’y voyons pas un attrait
particulier, cette étendue liquide, du
sable, il y fait plus chaud que près de la
forêt, non vraiment, nous sommes mieux
dans notre nouvelle zone. »
Répondit Keitan.

« Ok, alors on va se détendre un
peu, voir ce que les femmes font
avec leur récolte, je crois que c’est la place
du futur village »
fit Karl qui se dit en lui-même « J’aurais
préféré qu’on aille plus loin vers la zone
nord, bien sûr, mais ces braves gens n’ont
pas les mêmes intérêts que moi, et ils
sont chez eux, alors autant les laisser
dans les meilleures conditions, quand
vais-je les quitter ?

C’est trop tôt pour répondre à cela, je dois
laisser passer au moins quelques
semaines, après, on avisera».

« C’est curieux Karl, mais lorsque tu nous
a donné tes impressions sur le bord de
mer, moi j’en ai eu une autre, tu nous
disais vous, vous, vous, comme si tu
étais en dehors de notre communauté, ou
comme si tu voulais la quitter ».

« Mais non Kravok, ce n’est pas du tout
cela, j’ai peut-être une manière de
parler qui a ses défauts, certainement
même, et chacun a la sienne, lorsque
je disais vous, je pensais communauté, moi
inclus, maintenant, tu dois savoir que je
m’efforce toujours de raisonner pour le
bien de tous, en recherchant toujours les
meilleures solutions pour tout le
monde, comme tu le fais souvent
toi-même d’ailleurs, je veux que tous
les membres de la tribu soient protégés, se
sentent en sécurité, aient tout ce qu’il
faut, je me bats pour cela, je crois ».

« C’est vrai, tu organises pratiquement
tout, tu recherches vraiment ce qu’il y a
de mieux pour tous, j’ai dû me tromper
ou mal interpréter tes paroles, j’espère
que tu m’en excuseras ».

« Tu es tout excusé, n’y pensons plus ».

Durant le déjeuner:

« Je repense à une chose, Kravok, tes
documents précieux, je suppose qu’ils
sont restés à Katarok, si c’est le cas, ça
m’ennuie un peu dans le sens qu’ils
peuvent tomber dans de mauvaises mains ».

Et ce dernier de rire:

« Non Karl, sois sans crainte là-dessus, tous
les documents importants et notamment
ceux qui indiquent des lieux, et certaines
légendes que je soupçonne vraies sont dans
le fatras, je n’ai laissé que des écrits
secondaires dont personne ne pourra tirer
parti ».

« Voilà qui me rassure. »

« Moi, par contre, j’ai laissé des
creusets, et quelques éléments
secondaires à la confection de mes
pommades, qui étaient trop
encombrants, mais j’ai également tout
l’essentiel dans le fatras y compris les
principaux traités de médecine », fit
Zolter « Ce qu’ils pourraient trouver
là-bas ne leur sera d’aucune
utilité, même à leurs médecins ».

« Alors tout baigne ».

« Pardon ? » fit Kravok.

« Oui encore une expression de chez moi
qui veut dire que tout se passe bien, que
c’est parfait ».

« Ah, d’accord, il va falloir que je m’y
habitue ».
  
Des jours, puis des semaines
passèrent, les récoltes s’avéraient
prometteuses, Karl avait eu l’idée de créer
une dérivation du ruisseau vers les terres
cultivables, une trentaine de kaabas dont
certaines pas encore entièrement
aménagées, avaient néanmoins vues
le jour, et deux d’entre elles étaient déjà
utilisées pour le stockage, encore une
dizaine de plus  permettrait de loger tout
le monde, c’était une simple question de
jours, car la majorité des femmes et une
dizaine d’hommes y travaillaient en
permanence.

L’endroit choisi amenait toutefois à
réduire leurs dimensions, et
Karl, Keitan, Kravok, Zolter et les chefs
de clan s’étaient mis d’accord pour un
diamètre de 15 mètres
standards, largement suffisants, même
pour les familles les plus
nombreuses, celles des décideurs
et des chefs se différenciaient de
par leur couleur.

Tout était pratiquement redevenu
comme à Katarok, le bord de mer
n’intéressait personne sauf Karl dont
la peau avait fini par prendre la même
couleur que celle des autres membres
de la tribu, la forêt ne présentait
pratiquement aucun danger, puisqu’aucun
nouveau prédateur n’avait été
découvert, les chasseurs ayant
entretemps amélioré leurs aptitudes à
capturer du gibier, les repas, surtout
pour les sans grades, étaient devenus
encore bien meilleurs, mais sans
vin, là, il fallait attendre que les raisins
poussent.

Karl était désormais beaucoup moins
occupé, il en profitait pour aller se
baigner, un matin, assis sur le sable, il
se mit à réfléchir pendant qu‘il séchait:

« Voyons, quelles sont mes
possibilités, ici, il fait moins chaud qu’ à
Katarok, j’estime la différence à cinq
degrés, le parcours qui nous a amenés
là où nous sommes, de Katarok, un peu
plus de deux kilomètres pour le champ de
blé, un autre km pour celui-ci, 6 ou 7 kms
pour les terres suivantes, une bonne
dizaine de kms dans le désert, autant
pour contourner la forêt, je dirais 35 kms
en tout, si deux lieux espacés de 35 kms
ont un écart de cinq degrés, alors qu’il
n’y a pratiquement pas d’intempéries ni
beaucoup de vent, c’est-à-dire
que les conditions atmosphériques sont les
mêmes, cela signifie que pour un endroit
froid qui serait à zéro degrés, en
admettant qu’ici, il fasse entre 25 et
30, il serait éloigné d’environ
180 kms, avec un pôle à 200 ou 300 kms
de plus, cela correspondrait à ce que
j’espérais, c’est une toute petite planète.

En plus, son axe semble ne pas
varier, depuis des semaines, le soleil
passe toujours aux mêmes endroits, les
jours ont la même durée, si, selon la
légende dont m’a parlé Kravok, une
partie ou zone de la région froide qui se
situe au nord, est occupée par une civilisation
plus avancée, estimons la à 300 kms 
d’ici, 300 kms à pied, c’est loin, avec des
obstacles probables en cours de route, j’ai
des habits légers, un arc et des flèches, c’est
mieux que rien, mais tout de même pas
grand chose, demander à une femme de
me confectionner un habit plus épais, Kravok
serait immédiatement en alerte, et pas
seulement lui, il y aurait un problème
d’alimentation et il ne serait pas évident
de trouver de l’eau, je suis dans une
impasse, condamné à passer presque un an
ici, sans pouvoir communiquer des choses
intéressantes à Markos à mon retour, sauf
peut-être les fameuses pommades de
Zolter, mais bien que je sois devenu son
supérieur, il se retranchera derrière le
secret médical, je sais déjà qu’il refusera
de parler des composants et des
dosages, mais ce n’est qu’une petite
chose, surtout dans les circonstances
actuelles sur Terre, je crains d’être obligé
de jeter l’éponge et d’attendre l’échéance.  

Et d’autres jours passèrent, Karl n’avait
pas encore choisi de femme parmi les 10
célibataires, 3 d’entre elles étaient
jolies, Adibka, Reshna et Ztara, les femmes
n’avaient que des prénoms, toujours
terminant par a, la première était
sérieuse, consciencieuse, appliquée, la
seconde plus enjouée, gaie, vive, mais
courageuse et travailleuse, la troisième
était plutôt triste, renfermée et
hermétique, ce qui ne l’empêchait pas
d’exécuter ses tâches avec brio, dotée
d’une résistance étonnante, elle en
abattait autant que les deux autres
réunies,  mais Karl, bien que tout à fait
normal, ne se sentait pas concerné, au
grand désespoir de ses nouveaux amis, il
n’était pas là, ses pensées étaient ailleurs.

Tout était organisé, maintenant, dans la
tribu, il n’avait pratiquement plus d’ordres
à donner, plus de stratégies à concevoir et
à faire adopter,  la chasse ne l’intéressait
pas, les autres activités non plus, il était
attiré par ce bord de mer, sans savoir
exactement pourquoi, et y passait la
quasi-totalité de ses journées, ne venant
au village que pour manger et dormir, un
nom  avait été donné à ce nouveau
village, Karltana, qui voulait dire « tribu
de Karl », en reconnaissance de l’aide qu’il
leur avait apportée, mais cela aussi lui
était devenu égal, aucun nomade znir
n’était encore venu, trois kaabas étaient
disponibles.

Un début d’après midi, après avoir
déjeuné, il repartit au bord de mer, il se
baigna, se laissa sécher au soleil, il allait
faire une sieste lorsqu’il vit quelque
chose d’inhabituel, à peut-être un peu
plus d’un kilomètre du bord, une masse
gris métallisé venait d’apparaître, venant
de droite, c’est-à-dire du nord, elle
avançait doucement, une sorte de tube
apparut du centre de cette masse.

« Bon sang, je rêve !
On dirait une tourelle avec un
périscope , c’est un sous-marin, je dois
me faire repérer par l‘équipage, je vais
leur faire des signes. »

Il se leva, leva également ses bras pour
faire des gestes dans tous les sens, sauta
dans toutes les directions, les secondes
passèrent, il pensa durant un instant
qu’il n’avait pas été vu, mais le sous-marin
fit surface et se dirigea vers lui, il resta à
800 mètres du bord, les fonds ne
devaient pas lui permettre de venir plus
près, une petite embarcation comparable
à un canot  se détacha du sous-marin
pour venir vers lui, il contenait une demi
douzaine d’hommes, lorsqu’ils arrivèrent
au bord, trois d’entre eux en
descendirent pour venir sur la plage.

« Qui es tu, et qu’est-ce que tu fais là ? »
Lui demanda l’un d’entre eux .

Tout en se rhabillant, Karl:

« Je m’appelle Karl Thorp, je suis
assistant de laboratoire, mais mon
histoire est assez compliquée, je suis
ici depuis peut-être deux ou trois
mois, mais je viens d’ailleurs, et ».

« Ah oui ! Et moi, je suis le Régent de
Tanka, voilà un sauvage qui se met à
faire de la science-fiction .», les trois
hommes se mirent à rire.

C’étaient des gaillards costauds, d’un
mètre quatre vingt, peau blanche, yeux
gris-bleus, d’un type scandinave ou
russe du nord.

Un autre reprit:

« Je suis d’avis de l’emmener avec
nous, je ne vois pas un sauvage
utiliser un terme d’assistant de
laboratoire, nous sommes bien en
mission de repérage et de
reconnaissance n’est-ce-pas ?

Puis ce mec m’intrigue, il doit savoir
des choses, je pense que nos
supérieurs apprécieront ».

« Toujours tes fameux instincts, et
toi, Darvach, t’en penses quoi ? ».

« Ben, Sofer a peut-être
raison, Kowak, tu sais comme moi qu’il
se trompe rarement, je partage son
avis, il faut l’emmener à nos chefs ».

C’est là que Karl intervint:

« Bien sûr que Sofer a raison, j’ai vécu
avec une tribu de sauvages ces
derniers temps, et comme vous le
voyez, je ne suis pas armé, mais passer
mon temps ici, au bord de mer, puis à
aller bouffer et dormir, j’en ai marre, et
j’aimerais bien retrouver une civilisation
plus évoluée, et redevenir actif ».

« Ah ben, mon pote, avec nous, tu vas
être servi, pour être actif, tu vas le
redevenir, crois-moi .»
Rétorqua Kowak:

« D’accord, on l’emmène, et on se dépêche
parce que le Tanar(soleil) et la
chaleur, c’est pas bon pour nous ».

Le canot emmena Karl vers le
sous-marin, aucun des hommes ne dit
mot durant le trajet, une fois dans le
bâtiment qui ne tarda pas à se remettre
en plongée et à virer pour repartir dans
la direction opposée, puis revirer à droite:

« Voilà M8(aspirant) nous vous
ramenons l’individu, Sofer dit qu’il
saurait beaucoup de choses ».

« Pas de nom devant un
étranger, M4(sergent), conduisez le
dans la salle d’attente ».

« A vos ordres, M8, allez viens toi ».

Il faisait froid, dans ce
sous-marin, probablement une température
dans les 10 degrés, Karl le fit remarquer à
Kowak, alias M4.

« Ce n’est pas mon problème, faut que tu
voies M12 d’abord, c’est lui qui commande
ici et qui décidera de ton sort ».

« Ce sont des militaires, pensa Karl, avec
des grades à la godille, et ils se prennent
au sérieux, mieux vaut faire profil bas
pour le moment, ils vont m’emmener dans
leur zone froide, et peut-être que
là-bas, j’aurai affaire à des gens plus
intéressants, parler de transfert
spatio-temporel ?

Non, pas à ce bas niveau, ceux-là marchent
aux ordres, je sais ce que je vais leur
dire, en espérant qu’ils ne connaissent
pas trop bien Znirhad et Katarok ».

Une demi heure passa, ce fut pénible à
cause du froid, puis un homme, un peu
mieux habillé que les précédents, ouvrit
une autre porte et:

« Tu peux venir, sauvage, tu es mal
sapé, et ne dois pas avoir chaud, mais on
verra ça après, pour le moment, nous
avons des questions à te poser ».

« Les interrogatoires, toujours et encore
des interrogatoires, j’ai l’impression d’être
dans un poste de police »pensa Karl.

Il se retrouva dans une autre pièce, plus
confortable, avec trois hommes derrière
un grand bureau.

« Bon assieds toi, je suis M12(capitaine)
et à côté de moi sont assis M10 et M11
(lieutenants), tu es dans mon bâtiment, le
Stirck et nous t’emmenons à Tanka, qui
es tu ?
D’où tu viens, et que faisais-tu sur
cette plage ?

Karl raconta qu’il venait d’une des tribus
du sud, et qu’à la suite d’un conflit entre
deux d’entre elles, il avait émigré dans
cette zone.

« Ouais, je vois, il fait très chaud
là-bas, chez vous, on y va jamais, tu
es drôlement grand et costaud, ils sont
tous comme toi ? »

« Non, pas tous ».

« C’est quoi cette histoire d’assistant de
laboratoire ?
J’ignorais que des labos puissent exister
chez des sauvages » et les trois hommes
de rire.

« En plus, tu parles notre langue, comment
ça se fait ? ».

« Eh bien je vous parle en ma
langue, j’ignorais qu’on avait la
même, dans nos légendes, il est écrit
qu’une civilisation avancée vit dans le
nord, mais jusqu’à présent, nous n’avons
jamais rencontré personne de chez
vous, peut-être avons nous la même
origine, pour le laboratoire, j’étais
l’assistant du docteur de la tribu qui
constituait des pommades, mais je
n’y connais rien en médecine, mon rôle
était de nettoyer les ustensiles ».

« Hm, la même origine, ça m’étonnerait, par
contre, et ça tu l’apprendras
certainement, nous sommes deux
civilisations puissantes dans le nord, et
curieusement, nous sommes en conflit
comme tes tribus, nos deux civilisations
elles, sont de même origine, et bien
sûr, nous parlons la même langue, mais
que toi, tu la parles, il y a des gens qui
tireront cela au clair à Tanka, ton histoire
de laboratoire, c’est un bien grand mot
pour une cambuse de sauvages, nous, nous
avons de vrais laboratoires, bon, je crois
que nous en savons assez, le reste n’est
pas notre problème, M10, faites lui donner
des vêtements décents et affectez lui une
cabine de laquelle il ne devra sortir
qu‘une fois à Tanka ».

« A vos ordres M12, devons nous lui
donner un repas ? »

« Non, pas la peine, seulement un verre
d’eau, nous serons à destination dans 4
heures, ce gaillard tiendra bien le coup
jusque-là ».

Une fois dans la cabine, après avoir enfilé
des vêtements plus épais et des
chaussures, car eux avaient sa pointure, il
attendit le verre d’eau qu’on ne tarda pas
à lui apporter, puis, s’asseyant sur le
plumard qui avait tout sauf des plumes:

« Bon, par rapport à la plage où je me
trouvais, j’avais estimé que leur zone ou
ville, Tanka pouvait être à 200 kms , en 4
heures, ça fait 50 km/h de moyenne, c’est
pas terrible, nous avions sur Terre
largement l’équivalent, ils ont de vrais
labos ! Bon, ok, leurs expressions
se rapprochent plus des nôtres que celles
des tribus,  les ce n’est pas mon
problème, on connait ça par cœur, je ne
sais pas encore tout, mais pour moi, c’est
une civilisation qui est à peu près au 
même niveau que ce que nous étions, je
n’aurai probablement  pas grand-chose à
rapporter à Markos si je survis, et si un
volcan n’a pas bouffé le labo, mais dans
un autre sens, continuer les expériences
pourrait valoir le coup, car je suis sûr
que des civilisations plus avancées que
nous existent, il va falloir qu’il trouve le
moyen de transmuter également des
objets pour les prochaines fois, car
arriver sans rien, et à poil dans un lieu
quel qu’il soit, ça fait désordre, bon, pour
le moment, je vais dormir un peu sur
ce pucier ».

 Arrivé à Tanka

« Voilà P6(adjudant), nous vous
remettons un sauvage qu’on a trouvé sur
une plage du grand sud, à vous de voir
ce que vous devez en faire ».

« Nous sommes au courant, vous allez
faire la fête ce soir, hein M4 ? ».

« Et comment, après une journée de
Stirck, faut se remettre sur les rails ».

Karl fut conduit vers un poste de police.

« P ? , M ?, P pour police ? M pour militaire ?
Ils ne se sont pas foulés pour les
grades, s’il y a un grand chef dans tout
ça, il sera C30 ou C40, quelle bande de
pignoufs, mais ça ressort d’une certaine
logique, et là au moins, on sait à qui on
a affaire ».

Dans le poste de police:

« Assieds-toi là, P11(Commissaire) va
s’occuper de ton cas ».

Il n’attendit pas longtemps, la soirée
s’avançait déjà, il était temps de dîner,  la
plus part des locaux avaient déserté les
bureaux, fin de journée, fin du boulot.

« Lève-toi, prend ce couloir, deuxième
porte à droite, P11 t’attend ».

Il se rendit à l’endroit indiqué, ouvrit une
porte pour se retrouver dans un bureau
passablement cossu derrière lequel était
assis un homme corpulent d’un certain
âge, même type scandinave, bien
habillé, portant des lunettes, Karl se
serait cru sur Terre.

« Assieds-toi, mon gars, je ne sais pas
pourquoi nos marins t’ont ramenés
ici, mais raconte moi tout ».

Et Karl de répéter la version qu’il avait
servie à M12.

« Ouais, je vais faire établir un rapport de
ta déposition à l’attention de l’autorité
supérieure qui avisera de la suite, pour
le moment, tu vas passer la nuit dans une
cellule de dégrisement, et demain
matin, on te fera transférer au centre de
réception de la sous-régence des affaires
étrangères, tes indications sont un peu
laconiques, mais ce n’est pas mon
problème, tu peux sortir par cette
porte, P6 te conduira vers la cellule ».

« Cellule de dégrisement ?
Mais je n’ai rien bu, par contre je n’ai
rien mangé non plus de toute la journée ».

« Ah! Tu auras un repas, je sais que tu
n’es pas ivre, mais nous ne pouvons te
loger nulle part ailleurs, et ce n’est que
pour une nuit, alors il faudra t’y
faire, prends cette porte, P6 t’attend ».

Le voici dans une cellule qui ne brillait
pas par sa propreté, une soupe d’un
goût douteux et un verre d’eau lui
furent apportés ainsi qu’un morceau
de croûte qui ressemblait à un bout de
pain rassis, mais il avait faim, il se dit:

« Bah, soyons philosophe, lorsque l’on
rencontre des gens pour la première
fois, c’est presque toujours
pareil, comme tous les débuts, c’est
difficile, après, ça s’arrange ».

Le lendemain matin:

« Sors, étranger, un véhicule de
transfert t’attend ».

Karl suivit P6 à travers de poste de
police et se retrouva dehors, il ne
faisait pas chaud et  le ciel était 
gris, Tanar (soleil) n’était pas encore
visible, cela changeait de ce qu’il avait
connu durant les semaines
précédentes, il était dans une sorte de
rue bien triste, de nombreux panneaux
lumineux étaient encore allumés.

« Dépêche toi de monter, je n’ai pas
que ça à faire ».

C’était un homme dans un véhicule à un
mètre de lui, qui venait de le héler.

Il fut conduit devant une vaste
construction sans jardin qui pouvait
ressembler à une mini Maison Blanche.

« Tu as de la chance d’entrer
là-dedans, mon pote, moi, je n’y suis
jamais allé ».

Karl sortit du véhicule, et se trouva
devant une sorte de portier, curieusement
habillé , qui lui demanda:

« C’est pour quoi ? ».

« Je viens du poste de police, un véhicule
est venu me chercher pour m’amener ici ».

« Ah oui ! On m’ a mis au courant, tu suis
ce couloir puis tu prends la deuxième
porte à droite, puis la première à gauche
et là, tu seras au bureau d’accueil ».

« Merci ».

Au bureau d’accueil une femme, la
quarantaine, blonde, claire de peau, yeux
gris-bleus, portant des
lunettes, forte, type nordique, lui
demanda d’un ton revêche:

« C’est pour quoi ? ».

Il expliqua sa situation.

« Ah oui ! C’est toi le sauvage qu’on a
récupéré des côtes sud hier, bon, alors tu
attends ici, tu vas avoir le privilège d’être
reçu par un D13(Consul) ».

Elle prit un petit objet rond et articula
quelques mots avant de le reposer sur
son bureau.

Une heure plus tard le même objet venait
d’émettre un son, elle le reprit, le mit à
son oreille pendant quelques secondes
avant de le reposer, puis:

« Bon, viens ici le sauvage ! ».

Karl s’exécuta.

« Un D6(employé de bureau) va venir te
chercher pour te conduire à la suite du
D13, reste ici, c’est une question de
secondes ».

Peu après, le D6 en question le conduisit
devant une énorme porte métallique, il
appuya sur un bouton qui était au vert, la
porte coulissa.

« Tu peux entrer, le distingué D13 t’attend ».

Il entra, se retrouva dans une pièce
énorme de 30 mètres de côté, luxueuse
avec des garnitures partout, et qui avait
trois autres portes, puis Karl vit au
centre de la pièce un homme derrière un
bureau qu’un Ministre d’une nation
terrestre envierait, il se leva, le fameux
D13, un homme grand, au moins 1,90
mètre, fin, habillé d’un costume chic, la
cinquantaine, cheveux bouclés blancs, la
classe, ce dernier lui fit le geste de
s’approcher et de s’asseoir devant le
bureau, en face de lui.

« Ravi de te voir, mon cher, mets toi à
l’aise, c’est curieux, mais tu ne me
donnes pas l’impression d’être un
sauvage malgré le teint de ta peau, tu
prendras bien quelques grillettes(toasts)
avec un bol de rik(analogue au café au lait) ».

« Ce n’est pas de refus, D13 ».

« Tu t’exprimes plutôt bien, mais je vais
te laisser le temps de prendre cette
légère collation, après, nous passerons
aux choses sérieuses ».

D13 ne dit plus rien, mais l’observa
durant tout ce temps, 10 minutes
plus tard, lorsque Karl eut fini:

« Bien, alors une chose m’intrigue, la
couleur de ta peau, est-elle
permanente ? ».

« Non, je suis blanc comme vous, peut-être
un petit peu moins, c’est Tanar qui m’a
donné cette couleur ».

« Un point positif pour toi, tu es
grand, costaud, cette couleur mise à
part, tu pourrais passer pour l’un des
nôtres, alors voilà comment la situation
se présente, notre AS30 qui est le
Régent de Tanka, notre région, est au
courant de ta présence ici, il m’a fait
donner pour mission de te transmettre
tout ce que tu dois savoir afin de
pouvoir vivre à Tanka sans
problème, en clair t’intégrer à notre
population à condition que tu en sois
digne, c’est-à-dire que tu disposes de
connaissances et d’une capacité d’action
suffisantes pour pouvoir apporter ton
écot à notre collectivité, mais pour que
je puisse juger de cela, et donner un
avis favorable ou non, il me faut connaître
toute ton histoire y compris, bien sûr, tes
références professionnelles, si tu en
as, alors je suis prêt à t’écouter ».

Karl savait qu’il n’avait plus affaire à la
même sorte de gens qu’à des katars ou
des znirs, ce D13 était quelqu’un
d’important et d’intelligent, qui devait
avoir pas mal de connaissances, il décida
de dire la vérité, à quelques omissions
près, raconter sa période de vie avec des
sauvages ne posait pas de problèmes.

Pour la partie concernant la Terre, il
préféra donner des indications partielles
sur ses connaissances scientifiques, trop
de poudre aux yeux pourrait nuire, il
se garda bien d’indiquer que le
Turbophasotron le reprendrait dans
quelques mois.

« Intéressant, vraiment très
intéressant, du savoir, de
l’action, décidément tu es un homme
complet, et d’un bon niveau, voilà qui
va faciliter ma mission, car disposant
d’une sorte de sixième sens, je sais que
tu n’as menti sur aucun point et en
plus, tu sembles d’une bonne moralité, tu
n’aimes pas ce qui est faux ou hypocrite
ou encore arrivisme, tout cela est tout à
ton honneur, là, tu m’as épaté, si cela
continue, il se pourrait que nous
devenions amis, les relations sont
importantes, tu t’en apercevras très
vite, on va te loger ici pendant quelques
jours, le temps que je puisse te
transmettre tout ce que tu dois savoir
sur notre fonctionnement, après, compte
tenu de tes connaissances scientifiques
qui risquent fort de s’avérer très
importantes pour nous, tu rencontreras
un AS20(Ministre) ou peut-être le Régent
lui-même, afin d’obtenir ton affectation
définitive, très probablement dans une
section R(recherche) ou S(scientifique), tes
capacités physiques assez exceptionnelles
te permettraient d’envisager un grade
intéressant dans une section M(militaire)
ou P(police), mais se passer de tes
connaissances dans la recherche serait du
gâchis que le Régent ne me pardonnerait
peut-être pas, heureusement que ton
affectation définitive n’est pas de mon
ressort, je vais toutefois faire transmettre
un avis favorable tant sur tes capacités
physiques que scientifiques, que, de toute
manière, les AS feront tester, je te retiens
à déjeuner, nous parlerons encore de
choses et d‘autres ».

Pendant quelques jours, Karl fût logé
dans le Consulat, appelé sous-régence
des affaires étrangères, bien
traité, repas copieux et excellents, une
chambre luxueuse, salle de sport tout
près, on préférait toutefois qu’il ne sorte
pas, D13 estimait que tant que sa
formation n’était pas complète…

Puis un matin, il fut appelé par le Consul
qui lui dit:

« Bon, cher ami, hier tu m’as bien
récapitulé tout ce que je t’ai
transmis, ce qui prouve que tu as bonne
mémoire, je suis très content de te
connaître et espère que nous nous
reverrons bientôt, ne serait-ce que pour
moi, histoire de savoir ce que tu es
devenu, dans une heure tu seras
convoqué par un AS18(secrétaire d’état)
qui est déjà important, plus que moi, tu
seras très probablement logé dans la
section AS, section d’élite, pour passer
des tests en vue de ton affectation
finale, tu es mieux habillé que quand tu
es venu, heureusement car cela
compte, tu vas donc repasser par le
bureau d’accueil pour sortir, un véhicule
spécial AS t’attendra dans 5 à 10
minutes, au revoir, champion
et à bientôt j’espère ».

Karl regrettait presque de devoir
partir, il n’était pas sorti depuis
plusieurs jours, mais il avait eu le temps
de récupérer et de maintenir une bonne
condition physique.

Il emprunta le véhicule 10 minutes plus
tard, fut conduit vers un lieu immense
que l’on pourrait assimiler à un petit
pentagone, à tel point qu’il aurait pu
se croire aux USA.

Décidément, cette population avait un
paquet de points communs avec la
Terre, et notamment la réaction de la
plus part des gens qui était plutôt de
style soviétique.

Il fût reçu dans l’heure qui suit par l’AS18:

« Ah, entre donc et assieds-toi, je pense
que tu sais pourquoi je t’ai convoqué, D13
a dû te mettre au courant ? ».

« Oui, il m’a dit qu’ici, je subirai des tests
afin que l’on m’attribue une affectation
définitive ».

« Exactement, alors j’ai devant moi un
rapport te concernant, il est plutôt
élogieux, nous allons voir si les tests le
sont autant, tant sur tes connaissances
scientifiques que sur tes capacités
physiques, j’ai fait orchestrer toutes les
préparations nécessaires à ces tests, si
leurs résultats sont bons, tu seras alors
convoqué par un AS20, qui statuera sur
ton affectation, en attendant, tu vas
passer dans la salle d’à côté à
gauche, pour quelques instants, content
de t’avoir vu ».

Karl attendit dans une salle pendant
environ une demi-heure puis quelqu’un
l’appela:

« C’est parti pour les tests, suis moi ».

Il passa d’abord des tests scientifiques, bien
entendu, il ne dévoila pas tout, mais juste
ce qu’il fallait pour obtenir de bons
résultats, certains éléments et autres
connaissances relatives au
Turbophasotron étaient peut-être trop
importants et devaient rester secrètes, dans
un tel domaine si particulier, à quel
niveau pouvaient bien se situer leurs
ténors scientifiques ?

D13 lui avait bien transmis quelques
approximations des inventions et autres
découvertes plus ou moins en cours, mais
étant un diplomate, il ne savait pas tout.

Cela dura deux jours, il était logé sur
place, et profitait de repas
corrects, avec, de temps à autre, quelques
alcools locaux, le vin, ils ne connaissaient
pas, le raisin ne poussait pas dans cette
zone, au nord de cette ville de Tanka, qui
faisait 100 kms sur 80, il y faisait moins
cinq degrés, au sud, 12 ou 13 degrés, la
population aisée habitait au sud, les plus
démunis au nord, la population étant
composée d’un million d’habitants, la
densité moyenne était de l’ordre de 122
ou 123 personnes au kilomètre carré.

Puis il passa les tests physiques, dans
lesquels, bien sûr, il y avait du combat, de
la force, de la rapidité, un contrôle des
temps de récupération, etc, ces tests
étaient difficiles, ce qui permit à Karl de
supposer que dans cette
population, c’étaient plutôt des
solides, mais cela ne l’étonnait pas, il se
souvenait des marins qui n’étaient pas
des enfants de chœur.

Trois jours plus tard, il fût convoqué par
un AS20, c’était du gros, probablement
pour une décision.

« Ah! Karl Thorp, nous avons les
résultats de tes tests, les physiques, pas
mal, tu n’es pas un mauvais, je dirais
même que tu es dans le haut de
gamme, mais les scientifiques sont
encore plus intéressants, nous
faisons, nous aussi, des recherches sur
l’espace-temps, pour différentes
raisons, l’une d’entre elles est, comme
D13 a dû te le dire, de surclasser nos
ennemis de Torka, de l’autre côté de la
mer, une autre est que notre planète
Tangara est petite, trop petite, 2800 Kms
de tour, 900 kms de diamètre, avec une
quasi-impossibilité de vivre plus au sud
où il fait trop chaud, des ennemis au
nord, bien que nous soyons de même
origine, cela restreint considérablement
le développement possible de notre
population qui a une densité limite.

Donc nous comptons sur tes
connaissances pour apporter une
précieuse contribution à la construction
d’un appareil de transfert analogue à celui
par lequel tu es venu, peux-tu nous aider
à réaliser un tel projet ? ».

Vilaine question, ces gens de
Tangara, comme Karl l’avait supposé
avaient un niveau comparable à celui des
terriens, et aussi les mêmes travers, ils ne
pouvaient pas encore naviguer dans
l’espace, ils n’avaient pas non plus
d’avions pour la simple raison que ça ne
les intéressait pas vraiment, il est vrai
qu’une population vivant en totalité dans
une zone de 100 kms par 80, c’était limité
pour des transports aériens.

Par contre, ils avaient des métros, qui
allaient vite, et des véhicules personnels
ou collectifs, dans tout ce qui était sur et
sous terre, ils étaient bons, sur et sous
l’eau, également, mais dans l’air, et à
plus forte raison dans l’espace…  

Heureusement, Karl s’attendait à ce genre
de question, il sut quoi répondre.

« Vous aider, peut-être, tout dépend des
connaissances technologiques et
scientifiques de vos savants, mais je ne
possède pas tout le savoir du Professeur
Markos, avec qui j’ai travaillé, c’est lui qui
a inventé tout le dispositif et qui
connaissait parfaitement les énergies
spatiales à utiliser, étant son
assistant, je ne faisais que les
manœuvres, il m’est impossible de
reconstituer son ensemble d’appareils, mais
par contre, si vos ingénieurs et techniciens
sont capables d’en créer un, je peux
maîtriser certaines énergies qui
pourraient conduire au résultat » .

« Hm, tout cela reste à examiner de
près, tu connais quand même les
appareils que tu utilisais, et tu dois
également savoir ce qu’il y a
dedans, sous tes indications, nos
scientifiques pourraient les
construire, non ? »

Là, Karl pensa qu’il aurait aimé être
ailleurs, par exemple à Torka, dans un
peu plus de huit mois, il serait rappelé
par le Turbophasotron, dans tous les
cas, gagner du temps était la meilleure
option.

« Oui, peut-être, il me faut me familiariser
avec les composantes technologiques que
vous connaissez et utilisez, j’ai été amené à
réparer les appareils, donc je connais ce qui
était à l’intérieur, technologiquement je
dois pouvoir presque tout reconstituer, sauf
le phaseur central du phasotron,  qui
lui, malheureusement pour moi, n’est jamais
tombé en panne, il se pourrait que j‘y
parvienne, mais il faudra compter plusieurs
mois, peut-être un an».
 
 « Voilà une meilleure réponse, plusieurs
mois ou un an ? Cela ne pose pas de
problème, nos scientifiques noteront
tes indications au fur et à mesure, ce qui
nous permettra d’avancer, nous avons
longuement hésité avant de t’affecter à
une section, entre la R et la S, mais
finalement, nous pensons que tu seras
plus utile dans la R, qui dispose d’un peu
plus de moyens, donc tu vas être logé
dans la section R, pas très loin d’ici, et
tu auras pour rang R14, c’est-à-dire
maître-chercheur de premier niveau, tu
auras quatre R13 et huit R12 sous tes
ordres, les deux sections R et S  sont
mitoyennes, cela te facilitera une
communication constante avec ton
homologue S14 qui est un excellent
scientifique, tu seras sous les ordres
d’un R15, et le patron de ta section est
un R16, qui est directement en relation
avec moi, ce qui me permet de suivre
les avancées.

On va venir passer te chercher pour te
conduire à la section dans laquelle tu
vas emménager, voilà tout est dit ».

Autant Karl avait eu des atomes crochus
avec D13, autant avec ce S20, c ’était
tout différent, le voici embrigadé dans
une section avec des gens qui vont le
contrôler, le S20 pouvant être considéré
comme une épée de Damoclès juste au
dessus de sa tête, ce qui le
rassurait, c’était que le délai dont il avait
parlé ne posait pas de problème, oui, mais
il fallait tout de même apporter quelque
chose de temps en temps  pour ne pas
paraître suspect, et c’est cette partie là
qui serait difficile à jouer.

Curieusement, personne, pas même
D13, ne lui avait donné de détails sur les
frères-ennemis de Torka, pourquoi? 

Il faudrait creuser de ce côté-là, mais
auprès de qui ?
Karl n’avait pas encore ce que l’on peut
appeler des relations, pour cela, il devait
sortir, rencontrer des gens, en
aurait-il le temps ?

Arrivé dans la section R.

« Bonjour R14, je suis R12, chargé de
t’accueillir, et je fais partie de ton
équipe, sois le bienvenu, je vais te
guider vers ta chambre ».

« Merci, comment ça se passe pour les
repas ? »

« Oh, c’est simple, tout le monde va à la
cantine à midi, pour une heure et à 7
heures le soir, elle est proche d’ici, je
vais te la montrer, pour le déjeuner du
matin, tu n’as pas à t’inquiéter, ton rang
te permet de l’avoir dans ta chambre à
huit heures tapantes, par la suite, je te
montrerai le labo où nous travaillons, de
9 heures du matin à 7 heures du soir ».

« J’ai besoin d’une montre, mais je n’ai
pas d’argent ».

« Ah, on peut arranger ça, remarque il
y a des horloges dans le labo, mais avoir
l’heure en permanence est mieux, il se
trouve que j’ai un ami qui a une
boutique  dans la section, à l’étage
au-dessus, on va y aller tout de suite ».

« Sympa, merci ».

Karl avait une montre
électrique, contenant une pile qui durait
un an, problème résolu, de plus, le R12
qui l’accompagnait était sympathique, un
blond en blouse blanche, assez
élégant, petit, peut être 1,75
mètre, sec, mais son ami l’horloger
avait également fait à Karl bonne
impression, un début de relation
s’ébauchait, mais il ne fallait rien
précipiter au sujet de Torka.

« Comment ça se passe ici, si on veut
sortir le soir, y a-t-il des bars, ou des
boites d’ambiance près d’ici ?
Je n’ai pas encore de véhicule
personnel, mais je crois que le métro
existe, bon, bien sûr, je pense à ça
pour quand j’aurai touché mon premier
salaire, et j’en profiterai pour
m’acquitter auprès de ton ami ».

« Il y a des lieux de réunion partout
dans Tanka, et certains sont à moins
de 10 minutes d’ici, les gens y vont
pour boire quelques verres, surtout
quand ils ont eu une journée difficile, sûr
qu’il y a moyen de se faire des amis, mais
attention, mieux vaut ne pas  être ivre, si
tu te fais prendre par un P, cela peut
faire désordre, surtout en ce qui
concerne notre section qui est
directement sous les ordres des AS .

Personnellement, je vais rarement dans
ces lieux, car mon ordinateur m’intéresse
bien davantage, je suis les
informations, j’écoute de la
musique, je correspond avec des amis, car
j’en ai pas mal, on se tient au courant de
ce qu’on devient, les uns et les
autres, d’ailleurs, vu ton rang, tu devrais
toi aussi avoir un ordi dans ta chambre »

« Vous correspondez par un réseau
interne ? »

« Oui, il s’appelle Topnet, mais
attention, surtout éviter de critiquer
quoique ce soit, les AS surveillent le
réseau, tu devrais t’y habituer
rapidement ».

Karl tenta le coup.

« On y parle de Torka ? »

« Surtout pas, Torka est tabou, ne parles
jamais de cela, c’est un sujet exclusif aux
M, qui communiquent sur un réseau
spécial auquel on n’a pas accès, si tu ne
veux pas avoir d’ennuis, ne prononce jamais
ce mot ».

« D’accord, je posais simplement la
question, parce que l’on m’avait dit que
Tanka a des ennemis, c’est sûr que ça ne
me concerne pas, c’était de la simple
curiosité ».

« Alors ne sois pas trop curieux, sauf
dans les recherches, parce que dans notre
société, chacun d’entre nous a un rôle bien
déterminé à jouer, dans lequel beaucoup
de choses sont autorisées, mais hors de
ce rôle, beaucoup moins, si tu vois ce que
je veux dire ».

« Tout à fait, bon on va vers ma
chambre, mais après, que devrais-je
faire ? ».

« Aujourd’hui, tu es de congé, ce qui ne
m’empêchera pas de t’emmener à la
cantine tout à l’heure, les repas y sont
bons à prendre, on est favorisés pour ça
dans la section, mais avant, je vais te
montrer le labo, puis ta chambre ».

« Quelle est la fréquence d’éventuels
congés ?».

« Trois jours par mois sur accord de
R15, on ne peut pas les grouper ».

Karl avait une chambre correcte avec
salle de bain, une table de nuit avec un
réveil, puis un bureau sur lequel il y
avait un ordi ainsi qu’un petit objet
rond, comme celui qu’il avait vu au
bureau d’accueil de la section D, il fit
entrer R12 et lui demanda de lui expliquer
le maniement des appareils, ce dernier:

« Belle chambre !
Et tout ce qu’il faut, j’espère devenir
un jour R14 ».

Il lui montra l’usage des appareils et
lui dit:

« Pour le communicateur tu as un bouton
rouge pour R15, c’est la seule
communication que tu puisses avoir, tu
appuies, tu le joins, lui pourra te
joindre, moi je n’ai même pas de
communicateur, mais une simple sonnerie
pour m’appeler, si j’entends un son, c’est
direction le labo, idem pour les
R13, bon, je te montre pour allumer
l’ordi et avoir Topnet, puis on passe par
le labo direction la cantine d’accord ? »

« ok ».

Après avoir déjeuné R12 quitta Karl en
lui disant:

« Bon, tu as vu que les repas sont
sympas, et tu as fait connaissance
des membres de l’équipe ?

Maintenant, profites de ton après
midi, tu peux sortir  si tu veux, moi je
retourne au labo, on n’a pas beaucoup
de boulot en ce moment, mais je pense
Que c’est toi qui va nous en
donner, allez, à ce soir, à la cantine».
 
Karl passa rapidement dans sa
chambre, s’assit devant son bureau 
et réfléchit:

« Bon, le mieux est qu’effectivement, je
sorte puisque j’en ai le droit, ici, c’est
pire que la Corée du nord dans le début
des années 2000, tout le monde surveille
tout le monde, et ce stupide
communicateur…

L’ordi, Topnet, ça doit être salement
contrôlé, en plus, je suis en plein centre
ville, à au moins 50 kilomètres du bord de
mer face à Torka, je suis assez calé en
matière d’informatique, tant pour le
soft, que pour le hard, mais il me faut
mieux connaître le système si je veux
pirater le réseau militaire, un R14, ce
n’est rien du tout, un simple pion
archi-contrôlé, un R15, un R16, si l’on
se fie aux nombres, le D13 pourrait être
bien plus gradé, cela voudrait-t-il dire
que la diplomatie n’a pas grande valeur
dans leur civilisation ?

Un M12 Capitaine et un P11
Commissaire, alors que ce sont des
officiers ou des magistrats ?

C’est une drôle d’organisation, je ne
suis pas sorti de l’auberge, bon allons
faire quelques kilomètres, nous verrons
ce soir pour l’ordi.

Karl sortit, dehors, il faisait froid, mais
il était habillé en conséquence, il avait
même des gants, au moins, D13 avait fait
ça bien, il pensa un instant à passer le
voir, mais il changea d’idée, la section
diplomate était peut-être à dix
kilomètres, et il devait très probablement
être surveillé, de plus, rien ne dit que
D13 voudrait lui parler de
Torka, peut-être y avait-il des micros
dans tous les bureaux et autres lieux
d’habitation, foutre le camp de la
Ville ?
Retourner vers les tribus ?
Impossible, Torka nettement plus
proche, tout aussi impossible pour le
moment, il fallait attendre une
occasion, Tanar n’était pas bien
haut, peut-être à 20 degrés, les
constructions étaient grises, hautes, le
soleil, il l’entre apercevait à certains
croisements de rues, tout était d’une
tristesse, pratiquement personne à pied
dans les rues, les gens devaient
travailler, les femmes ?
Aussi ou à la maison, les enfants ?

Il n’en voyait pas, tout ça était loin
d’être clair.

Il chercha à repérer des lieux de réunion
appelés rads, mais ne vit rien d’ouvert, il
fallait attendre le soir, si ça se
trouve, alors que Tanka était pire que
la Corée du nord, Torka était peut-être la
Corée du sud, beaucoup plus libre, mais
pour le savoir, il fallait y aller, et là
résidait toute la difficulté.   

Dès le lendemain, il travaillerait, ses
nouveaux équipiers lui expliqueraient le
fonctionnement du matériel, ce qui lui
permettrait de gagner quelques jours, mais
après, il faudrait qu’il montre patte blanche
en apportant quelque chose de
neuf, autrement, il est sûr qu’il aurait de
sérieux ennuis.

Tant qu’il n’avait pas d’argent, c’est-à-dire
un premier salaire, il ne pouvait rien
entreprendre, pas même utiliser un métro
rapide pour aller au bord de mer à
l’occasion d’un jour de congé, il prit une
grande avenue et fit encore quelques
pas, il finit par repérer ce qui pourrait être
un rad, mais il était clos, il continua dans
l’avenue, en repéra deux autres, il
pensa, « quand j’aurai de l’argent, ils
m’aideront à passer mes soirées, mais il
faut que j’attende encore un bon
moment, peut-être un mois, et puis je fais
tache avec ma couleur de peau, si je veux
passer pour quelqu’un de normal, bien
que plus grand qu’eux, mais il en existe
peut-être d’autres qui ont ma taille, ce
diplomate devenait approchant, je suis
brun alors que je n’ai vu que des blonds
ou châtain clairs, mais peut-être y en
a-t-il d’autres ? Bon, je commence à
fatiguer, alors mieux vaut rentrer ».

Il décida de faire une sieste, le repas du
soir de la cantine ne lui remonta pas le
moral, les hommes de son équipe s’y
trouvaient également, mais l’ambiance
n’était plus la même que celle de
midi, personne ne disait mot, par
contre, tous l’observaient plus ou
moins sans vouloir en avoir l’air, il tenta
une question:

« R15 ou R16 ne sont pas là ? »

C’est le R12 qu’il connaissait qui lui
répondit.

« Oh si qu’ils sont là, ne te retourne
pas, ils sont tous deux à une table en
train de t’observer ».

« Pourquoi personne ne parle ? »

« Parce que personne ne te connait, puis
la couleur bizarre de ta peau n’arrange
rien ».

« Sois sans crainte là-dessus, elle
redeviendra à peu près comme la vôtre ».

« Ah! Et dans combien de temps ?
Il y a aussi ta taille, tu es très grand ».

« Ni l’un ni l’autre ne sont de ma faute, ma
couleur, dans un mois elle sera partie ».

« Ah ! Où l’as-tu prise? ».

« Dans les régions sud, c’est de là que je
viens, un sous marin m’a amené ici ».

«Tu parles du Stirck?
Ah là, on comprend mieux, il va
régulièrement naviguer vers les zones 
du sud pour rechercher des points
stratégiques. »

C’est un autre R qui avait parlé à
Karl, mais un troisième lui dit:

« Tais toi, ce n’est pas notre problème ».

Dès qu’il y avait un début de
communication, les questions mises à
part, quelqu’un se chargeait  de le
couper immédiatement, l’ambiance
était extraordinaire, mais de quoi
avaient-ils peur ?

Cela renforça la conviction de Karl sur
Tanka, c’était une ville policée et
archi-surveillée, les sections étaient
cloisonnées, chacun devait jouer un
rôle et ne jamais en sortir, les rapports
n’avaient pas grand-chose d’humain.

Le repas prit fin, Karl regagna sa
chambre, tout seul.

Le lendemain matin, à huit heures
précises, quelqu’un frappa à la
porte, puis entra:

« Salut le nouveau, je viens t’apporter
ton déjeuner, tu as une demi heure
pour le prendre, je reviendrai pour le
plateau, le bol, ainsi que les couverts ».

« Salut, tu es un R quoi ? »

« Je suis un R8, de la sous-section
intendance, et je sais que toi, tu es un
R14, une grosse tête quoi ».

« Une grosse tête, bof !
C’est toi qui m’apportera le dej tous les
matins ? »

« Non, pas toujours, on marche en
tournante ».

« Ok, alors à plus ».

« Tu parles bizarrement, mais avec vous
autres, les gros bonnets, faut s’attendre
à tout, je repasse tout à l’heure ».

« Celui là, pensa Karl, c’est encore un
autre numéro ».
 
   
La première semaine fut difficile pour
Karl, il était constamment épié, la
technologie à Tanka ayant tout de même
des différences notables avec celle qu’il
connaissait, il lui fallait s’adapter, ceci
d’autant plus qu’ils étaient nettement
moins avancés dans certains
sous-ensembles de composition, par
ailleurs, tout était à faire, leurs fameuses
recherches sur l’espace-temps n’en
étaient restées qu’au stade de la
théorie, et surtout, cette ambiance
lourde, les membres de son équipe ne
lui parlaient que lorsqu’il n’ y avait pas
moyen de faire autrement, les
conversations se résumaient
exclusivement à des informations
techniques le R12 avec lequel il avait
ébauché un début de relation sympathique
avait été rappelé à l’ordre et était rentré
dans le rang, il avait, dès le premier
jour, été convoqué par le R16, patron de
la section, qui lui avait fait clairement
comprendre qu’il vaudrait mieux pour
lui, qu’il y ait des résultats positifs, même
style que le S20 avec lequel il devait bien
s’entendre, ses recherches, le soir, sur
son ordi lui firent vite comprendre qu’il
n’y aurait rien à tirer de ce côté-là, sauf
pour une seule chose, le Topnet affichait
un plan précis de Tanka et de son réseau
métropolitain, il donnait également des
horaires des métros.

Ce réseau indiquait également les
sections, et leur classement,  cela ne
faisait que confirmer ce qu’il avait
pressenti,  à certaines sections, il avait
été attribué une importance autant énorme
qu’étonnante, alors que bien d’autres
méritant considération, était reléguées au
niveau de rangs secondaires, la diplomatie
en faisait partie.
 
Un matin, ce fut le R8 du premier jour qui
vint lui apporter le petit déjeuner:

« Salut grosse tête, alors ca va ? »

« Ca pourrait aller mieux, j’ai eu une
première semaine difficile ».

« Ah ouais, même moi, le con de
service, j’en ai entendu parler, j’ai
mon pote, le R10 qui est aussi mon
chef, et qui a des copains dans tes
R12, il m’a expliqué le topo, je ne devrais
pas te le dire, mais je te trouve
sympa, voilà, le problème devant lequel
tu te trouves, c’est que tous les membres
de ton équipe sont jaloux.

Indépendamment du fait que le
R15 leur a dit de ne te parler que de
technique, et de rien d’autre, ils ont du
mal à avaler qu’un mec débarqué d’on ne
sait où, arrive là, comme une fleur, avec
un grade de R14, à commencer par tes
R13 qui se battent depuis des années
pour l‘avoir, alors c’est sûr, tu fais
des mécontents ».

« Très sympa, j’y ai pensé ».

«Tu m’étonnes, si un jour, tu veux
oublier ton atmosphère de *****, tu
connais la ville ? ».

« Pas vraiment, j’ai fait 3 ou 4 courtes
sorties le soir, mais… ».

« Bon, c’est pas grave, tu vas vite piger ».

Le R8 lui indiqua un lieu de réunion à 15
minutes à pied de la section dans lequel
il y aurait moyen de parler librement, le
tenancier et d’autres clients faisant
partie de ses amis.

« Vu ? Si ça t’intéresse, tu seras le
bienvenu, bon, maintenant je file car j’ai
du boulot, je repasse tout à l’heure pour
le matos ».

Un flash venait de s’illuminer dans le
cerveau de Karl, il se trouvait que le lieu
de réunion se situait précisément sur
l’avenue qu’il avait commencé à
emprunter la semaine d’avant.

Lorsque ce dernier vint reprendre le
plateau, le bol et les couverts:

« Dis-donc R8, je ne pourrai pas aller à
ton rad avant d’avoir touché un premier
salaire, il faudra donc attendre quelques
temps, sûr qu’y boire quelques petits
coups, ça fait du bien, mais de quoi vous
parlez ? ».

« Ben, on se raconte des blagues, on
rigole, parfois, mais pas toujours, il y a
des femmes qui viennent, on peut les
draguer si on paye leurs verres, t’es
plutôt beau mec, t’aurais de sérieuses
chances, sûr que ta couleur de peau est
bizarre, faudra que les autres s’y
fassent, mais avec le temps… ».
 
Karl s’habilla pour aller au labo.

« On ne peut pas le traiter de raciste, ce
R8, des blagues?
Rigoler ?
Ouais, c’est mieux que rien, avec la
pression que je subis, ça peut m’aider
à tenir le coup, des femmes ?

Ca, ce ne serait pas l’envie qui me
manque, cela peut être intéressant, mais
là encore, ce n’est pas pour tout de
suite, dans quelques jours, je
demanderai à R15 un jour de congé, et
me renseignerai sur le jour de paye ».

Il partit au labo, en se disant:

« Bon, je sais à peu près ce que vaut leur
matériel, avec les éléments que je
connais, je peux peut-être faire
fabriquer un phaseur annexe, qui, bien
sûr ne donnera rien à lui tout seul, sauf
un rayon de couleur qui pourrait les
épater, cela me fera gagner à peu près
trois semaines ou un mois, et puis ça va
les intriguer, comme ça, si je pose
un jour de congé à R15, je devrais
l’obtenir plus facilement ».

Durant les soirées suivantes, il se
promena sur l’avenue en question, il repéra
le rade de R8, mais n’y entra pas, sa
préoccupation ?

Avoir du fric, pouvoir utiliser le métro pour
aller au bord de mer côté nord, en face
de Torka.

Puis R15 le convoqua:

« Assied toi, nous avons à parler ».

« Oui ? »

« Bon, trois choses, la première, le phaseur
que tu fais fabriquer, à quoi va-t-il servir
exactement ?».

« Lui tout seul, à pas grand-chose, il n’est
que la première des composantes du
phasotron , l’appareillage complet nécessite
trois autres phaseurs et un multi
connecteur central pour fonctionner, vos
composantes manquent de finesse, il me
faut d’abord les faire adapter aux
phaseurs afin qu’ils puissent correctement
fonctionner,  je modifie moi-même
certaines pièces particulièrement délicates ».

« Hm, bon, admettons, mais je veux suivre
les développements de près, tu devras me
tenir au courant des phases
importantes, autre chose, le soir, on m’a
dit que tu te promènes souvent sur
l’avenue Eknavar, marcher fait du
bien, je te l’accorde, mais évite d’aller
par là, car il y a trois ou quatre rads peu
fréquentables, seuls des subalternes vont
là-bas histoire de trouver une
compensation à leur misérable vie, des
R6 ou des R8, des S4 et S6, des P4, bref, des
petits, moi, à la rigueur, je ne t’aurais rien
dit, mais R16 m’a ordonné de te faire
comprendre que ce n’est pas digne d’un
R14, clair ? ».

« Oui, chef ».

« Bien, pour le jour de congé que tu as
demandé, soit après-demain, il t’es
accordé, par ailleurs, tu auras ton premier
salaire dans 15 jours, ici on paye tous les
25 du mois, je te fais préparer une carte
bancaire, tu sera à la Tarabank, très
proche, à trois minutes d’ici, tu peux
retourner au labo ».

« Merci, chef ».

« Trop poli pour être honnête, celui-là .»
pensa R15.

Le lendemain lui sembla être un jour
anormalement long, certes il était
occupé, mais dans sa tête, il était
impatient d’être à demain.

A la cantine, rien n’avait changé, ambiance
toujours aussi lourde, heureusement que
la qualité relative des repas compensait un
peu, le soir, il ne sortit pas.

Au jour J:

« Salut mon pote, c’est encore moi, alors, tu
tiens le coup? ».

« Il le faut bien, mais ne t’en fais pas, j’ai
plus d’un tour dans mon sac ».

« Plus d’un tour dans ton sac?
Tiens ! C’est marrant ça, comme
expression, ça veut dire quoi ? ».

« Ca veut dire que j’ai ce qu’il faut pour
tenir le coup ».

« Ah d’accord, vous, les grosses
têtes, avez un drôle de jargon, mais
on s’habitue ».

Karl déjeuna, attendit que le R8
débarrasse, puis sortit, direction l’avenue
Eknavar, comme la première fois, un temps
beau mais frais, le soleil pas encore
directement visible, les rues quasiment
désertes hormis une faible circulation de
véhicules.

« Des gens m’ont suivi et observé le
soir, en est-il de même dans la journée ?
Peut-être pas, comme tout est fermé et que
les gens travaillent, ils se pourrait qu’ils
estiment pas utile de le faire, une société
quelle qu’elle soit, embrigadée ou
non, commet inévitablement des
erreurs, tout a un point faible, les systèmes
également » .

Il était dans l’avenue dans laquelle il
n’avait pas fait 100 mètres lorsqu’il
rencontra R15, ce dernier:

« Il me semble t’avoir dit de ne pas
fréquenter cette zone, alors ? »

« Tout à fait, chef, mais ce n’est pour
moi qu’un lieu de passage, je comptais
visiter plus loin, d’ailleurs, je n’ai jamais
mis les pieds dans un des rads par ici ».

« C’est exact, mais c’est peut être parce
que tu n’as pas encore été payé ».

« Oh non, chef, c’est parce que je suis
un solitaire, en général, je ne me lie pas
aux autres ».

« Si c’est vrai, c’est un bon point pour
toi, mais si c’est faux, je le saurai ».

Et R15 le quitta pour aller travailler, Karl
songea:

« Non seulement il faut jouer un rôle et
ne jamais en sortir, mais la vie privée, elle
est en pointillé, dès que l’on sort, tout le
monde le sait, du moins les supérieurs, ce
qui me console, c’est que je ne suis là que
pour quelques mois, pour les gens
ici, surtout ceux qui sont sensibles, ça doit
être l’enfer, je repense au M4, alors, il avait
droit d’aller faire la fête alors que moi non ?

Et le R15, mon supérieur direct, je le
croise à 10 heures moins le quart alors
qu’on doit commencer à 9 heures au labo ?

Les subalternes se fichent de moi ou
m’ignorent, je dois faire profil bas devant
les supérieurs, il va falloir que j‘y mette
bon ordre, mais comment ? ».

Deux semaines passèrent, Karl venait
d’être payé, une petite solde à peine
supérieure à celle de ses équipiers, et
qui lui permettait trois voyages dans le
mois par le métro jusqu’au bord de mer, et
une ou deux bricoles en plus, mais
lesquelles ?

Venant d’obtenir un nouveau jour de
congé, il sortit de la Tarabank pour se
précipiter vers la station de métro la plus
proche, Eknavar, direction nord, bord de
mer, qu’il atteignit une heure plus tard, il
se dit:

« Mais, je vais manquer le repas de
midi, et mon absence, que vont-ils
en penser ?

Sûr que R15 et R16 savent où  je me
trouve, pas question de les baratiner, je
dois trouver une explication à leur
donner ».

Il était bien au bord de mer, mais il n’y
avait pas de mer, c’était une étendue de
glace, jusqu’à l’horizon, et probablement
au-delà, de plus, l’endroit où il se
trouvait, près de la dernière station de
sortie, était entouré d’une zone
militaire, qui empêchait toute tentative
à travers la mer de glace, des gardes pas
loin, des M8 ou M9, observaient Karl
avec insistance, mieux valait ne pas
rester là.

Il s’éloigna le long des dernières
maisons pour rester le plus près
possible de la mer, toujours entourée
de cette zone militaire, qu’une
bande de fils de fer barbelés
enchevêtrés haute de plus de 4 mètres
interdisait de franchir.

C’était vraiment décevant, il pensa:

« Si je reprends le métro
maintenant, C’est trop tard pour la
cantine, le prochain est dans une demie
heure, pendant que je suis
là, allons donc un peu plus loin ».

Au bout de deux kilomètres, il arriva
sur une sorte de place, qui se trouvait
très proche des barbelés
militaires, là, plus de gardes, mais un
homme près d’un snack ambulant « ce
n’est surement pas pour vendre
des glaces » pensa Karl.

« Salut l’ami, si tu as un petit creux, j’ai
des sandwichs bien chauds, et même à
boire, de la pils ».

« Tu as raison, j’ai justement un
creux, et tu as à boire?

Ils sont à quoi tes sandwichs ? »

Ils étaient à la viande, la même sorte
qu’à la cantine, cela pouvait convenir, il
prit deux sandwichs et deux pils, cela
vida presque le peu d’argent qu’il avait
sur lui, heureusement que pour le
métro, il avait un aller-retour.

« Dis donc, tu n’es pas donné » fit Karl.

« On voit bien que tu n’es jamais venu
par ici, je n’ai pas beaucoup de
clients, et il faut que je gagne ma vie ».

Cela fit réfléchir Karl:

« Cela veut dire que tu n’es dans aucun
circuit du système, donc aucune
catégorie ? ».

« Ben non, Je suis indépendant depuis
plus de 10 ans, et j’ai une carte
légale, c’est dur d’être toujours
dehors, au froid, mais je préfère ça
de loin, personne pour me
commander, me dire ce que je dois
faire, si j’ai envie d’aller boire un coup
dans un rad, je dépose mon snack, et
ça va, quand j’ai bien gagné, je peux
même en ressortir avec une
nénette, personne pour me casser les
pieds, je me lève quand je veux, je me
couche pareil, j’habite près d’ici, toi, par
contre, tu dois être du centre ville, à
ta tenue, t’es à la recherche ? »

« Je vois que tu connais, je suis R14 ».

L’homme se mit à siffler.

« Ben dis donc, t’es une grosse
tête, oui, je connais parce que j’ai fait
plusieurs années à la cantine de la
section, j’étais R9 ».

« Il se pourrait que tu aies pris la
bonne décision, même moi, de temps
en temps, le labo, j’en ai par-dessus
la tête, j’aimerais bien m’évader ».

« C’est-ce que tu fais en ce moment, non ?
Tu es en jour de congé ?
Mais qu’est ce qui t’a donné l’idée de
venir ici ? »

« Bah, je m’ennuyais, l’ordi, le réseau
local, je m’en lasse, puis je suis
seul, alors… »

« Ah, t’as pas de nénette ?
Et t’es pas packé ?
Ouais, remarque y a du pour et du
contre, mais de là à venir ici, c‘est
une drôle d‘idée».

« Eh bien, d’une part, ça m’a permis de
te rencontrer, et d’autre part, de voir
que la mer appartenait aux
militaires, c’est une sacrée
découverte, non ? »

L’homme éclata de rire: « Ben Monsieur
le Chercheur, tu m’as l’air d’un sacré
comique, avec toi, l’ambiance doit
être garantie au labo où tu bosses ».

Pouvait-il lui parler de Tarka ?
Rien ne prouvait  qu’il était vraiment
marchand ambulant, il connaissait sa
section, peut-être était-ce un surveillant
affilié à R15 ou R16 ou à
S20, prudence, mais d’un autre côté, il
pouvait vraiment être ce qu’il
prétendait, il fallait en avoir le cœur
net, Karl tenta:

« C’est curieux, mais quand je regarde
cette étendue de glace,  je me
demande ce qu’il y a derrière ».

Et notre homme de rire encore plus fort:

« Ben voilà la meilleure, là, tu fais
fort, je suis sûr que même à Tarka, ils
rigoleraient s’ils t’entendaient ».

Ca y est, lui, avait lâché le mot
tabou, mais cela ne suffisait pas, mieux
valait prendre une précaution
supplémentaire.

« Tarka ? C’est qui ça, où sont-ils ? »

« Là, tu en fais trop, tout le monde sait
que depuis des siècles, Tarka est en face
et que c’est nos ennemis, enfin, si l’on
veut, car je n’ai jamais vu de Tarkiens
venir ici ou nous tirer dessus, mais par
contre, ce que les gens savent peut être
moins, et ça, j’ai idée que ça fait partie
des secrets militaires, c’est que de temps
à autres, de petits objets volants, en forme
de bille, passent par ici, même moi, j’en ai
vus, mais je ne t’ai rien dit, si tu en
parles, les gens ne te croiront pas, et ceux
qui pourraient te croire parce qu’ils
savent, risquent de t’envoyer en
prison, alors motus ».

« Alors pourquoi tu m’en parles?

Et de quelle taille ces billes, et à quelle
vitesse elles vont ? »

Mais le marchand était malin:

« Je crois que je sais qui tu es, ça s’est
pas tellement ébruité à l’époque, mais
j’ai gardé deux ou trois relations aux
recherches, sois sans crainte, mes potes
sont des minus, comme moi, pas des gros
qui bossent avec les AS, ta peau est
pratiquement normale dans sa couleur, tu
pourrais passer pour un des nôtres, encore
que tu aies un sacré format, mais chez
nous, il y en a aussi quelques uns, tu es
celui qu’on a repêché dans les mers du
sud, et il se pourrait que tu veuilles passer
à Tarka, pourquoi je te parle de ça?

Parce que tu m’es plutôt sympathique, je
ne sens pas d’embrouille chez toi, et puis
ici, il n’y a pas d’espion, t’es sur un bout
de piste, il y fait plus froid qu’ailleurs, ce
lieu n’intéresse personne, et pourtant il
devrait, les billes en question ?

Elle font peut-être 1 ou 2 centimètres, elles
arrivent d’un seul coup, marquent un
temps d’arrêt, parfois 10 secondes, parfois
un peu plus, puis repartent brutal, tu ne les
vois plus dans la seconde qui suit, il n’y a
pas d’objet volant chez nous, donc ils
viennent d’en face, pour moi, c’est
évident, par contre, pour Tarka, on sait
peu, sinon qu’il paraît que ce sont nos
cousins, même origine, impossible de les
attaquer, ils auraient une sorte de rayon
qui les protège, ni quelle sorte de société
ils forment, des fois on en parle dans les
rades, on émet des hypothèses, ici en
périphérie, on n’intéresse personne, c’est
beaucoup plus libre qu’ailleurs, mais je
reste discret, je ne dis pas tout à mes
potes des rads, mais je sais des choses
parce que parmi mes clients, j’ai
quelques militaires du coin, et quand
ils ont un peu bu, il y a parfois des mots
de trop, eux en savent sûrement
beaucoup plus, toi, tu vis au centre
ville, là où Tarka, c’est tabou, j’y ai
vécu, moi aussi, pourquoi crois-tu
que j’ai laissé tomber pour venir ici ?

D’abord parce que je suis un peu
aventurier, donc l’indépendance?
Normal, mais surtout parce que Tanka
me dégoûte, et moi aussi, je voudrais bien
voir de plus près ce qui se passe en face, y
aller avec toi  serait une option , mais
comment faire ? »

« j’ai une petite idée, fit Karl, mais le
problème est que je ne peux pas venir
souvent ici, seulement 3 fois par mois au
maximum, impossible actuellement de me
défaire de la section Recherches, si je
voulais m’en aller, je serais
immédiatement recherché tous azimuts ».

« Oui, c’est sûr, mais on doit pouvoir
arranger ça, ici, dans ce secteur, il y a
moyen de te planquer, mais quelle est
ton idée ? »

« Celle d’être dehors et de me montrer
le plus possible au passage des billes, leur
faire des signes, il y aurait peut-être des
réactions, ne serait-ce que de curiosité
chez ceux d’en face, j’irai même plus
loin, je me baladerai avec un panneau
comportant un message du genre
« Bonjour gens de Tarka, je viens
d’ailleurs, technique spatio-temporelle, vous
connaissez ? A vous.».

« Pas idiot, t’es pas une grosse tête pour
rien, mais à ton apparence, et à ton
comportement, je t’aurais plutôt vu à un
bon grade en M ou en P, pourquoi t’a-t-on
mis dans la section Recherche? »

Karl lui parla avec prudence de
l’espace-temps, et d’une partie de ce
qu’il pouvait faire.

« Alors ça, c’est de la dynamite !
Bon, mon pote, je m’appelle Netzer, et toi ?
Karl ! Ok Karl, alors moi aussi, j’ai une
idée, à l’heure actuelle, les AS qui
contrôlent tout, savent que tu as un
aller-retour Centre ville, et que tu es de
congé jusqu’à demain matin, mais on a un
coup à tenter, tu retournes à la station par
laquelle tu es sorti, celle devant les
gardes, puis tu rentres au Centre ville à
Eknavar, tu restes à cette station, juste
dehors, un véhicule aux vitres fumées
t‘attendra.

Je vais alerter deux potes qui iront plus
vite que le métro, des as du volant, on te
logera, et tu mangeras bien, quand les
autres vont faire des recherches, ils vont
tenir compte du dernier enregistrement, tu
es revenu au Centre ville, à Eknavar, c’est
par là qu’ils te chercheront en un premier
temps, ils risquent de venir par ici pendant
3 ou 4 jours, ajoutés aux recherches du
Centre ville, il faut compter 7 ou 8
jours, ils rechercheront aussi ailleurs, mais
ça, on s’en fout, tiens, prends un casse
dalle et une pils pour la
route, cadeau, lorsque tu seras ramené
ici, tu devras rester planqué durant, disons
15 jours par sécurité, pas question d’aller
dans les rads, ici, ce sont des
pauvres, des gens plus ou moins libres, mais
dès que tu seras recherché, ils vont envoyer
des espions dans tous les coins pendant un
bon moment, surtout la nuit, mais dans la
journée, je sais comment faire pour
exploiter ton idée tranquillos, je crois que
ça peut marcher ».

« Je suis preneur, fit Karl, je vais faire ce
que tu dis, je compte sur toi ».

« Tu peux, répondit Netzer, je suis autant
intéressé que toi dans l’affaire ».

Au ton de ce dernier, Karl savait qu’il
pouvait avoir confiance, il s’exécuta.

Arrivé à Eknavar, il sortit pour voir un
véhicule assez curieux, aux  vitres
teintées, rien de l’intérieur n’était
visible, la vitre passager baissa, un
homme portant des lunettes noires:

« Monte, dépêche-toi ! ».

Le véhicule démarra en trombe, à peine
plus d’une demie heure plus tard, ils
étaient arrivés dans une petite rue, de
laquelle le bord de mer et le lieu de
l’homme au snack étaient visibles.

« Descend ! C’est la porte en face ».

Karl ouvrit tout en entendant le véhicule
partir, il descendit des marches, puis
d’autres marches qui donnèrent sur un
couloir, sur sa droite, à 20 mètres
quelqu’un lui faisait signe, c’était une
femme, grande, forte, mais pas désagréable
à regarder, et plutôt bien faite.

« Salut Karl, je m’appelle Nacka, tu vas
loger chez moi ici, elle indiqua une porte à
droite, pendant quelques temps, Netz
m’a briefé, il m’a dit que tu n’aimais pas
le Centre-ville ni les R, on sait qui tu es, et
on comprend que tu veuilles ta
liberté, ici, on vit un peu à la bonne
franquette, ça devrait te plaire, faut pas
que tu bouge pendant au moins 15
jours, ça Netz te l’a dit, alors viens et
installe-toi, tu seras bien ».

Karl, tout en franchissant la porte pensa:

« Le petit malin, il ne leur a pas parlé de
Torka, donc je me garderai bien de le
faire, Nacka a l’air franche du collier, je ne
sens pas d’entourloupe, alors, planquons
nous pour un moment, ça passera toujours
mieux que dans ma chambre chez les
R, là, ça devenait pénible ».

Il y avait un salon, puis une chambre, une
salle de bain, puis une autre porte, Karl
interrogea Nacka du regard.

« Oui, cette porte ouvre sur un dédalle de
souterrains, si quelqu’un avait l’idée de
nous serrer de trop près, il ne serait pas
près de nous retrouver, viens, on va boire
un coup, après, je vais te faire à dîner ».

Le décorum plutôt original, ne manquait
pas de cachet, il y faisait bon, Karl se
sentait tranquille, après dîner, quelqu’un
frappa, c’était Netzer qui n’entra pas, mais
parla à Nacka pour lui rappeler les
consignes.

« Il vaut mieux que je n’aille pas au rad
ce soir, je vais rester avec toi ».

« Cela ne paraîtra pas suspect ? »
Demanda Karl.

« Non, je n’y vais que deux, parfois trois
fois par semaine, une de plus ou de
moins, personne ne le remarquera ».

Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle rentrait
souvent accompagnée du rad, et que si ce
soir elle ne voulait pas y aller, c’est parce
que Karl lui plaisait.

De son côté, Karl regardait Nacka, elle
était grossièrement habillée, d’une veste
épaisse et d’un pantalon lourd, aucun
maquillage, la quarantaine, mais elle ne
manquait pas d’attrait, cela lui fit penser à
une partie d’horizontale, et c’est-ce qui
se produisit.           

Le lendemain, tard dans la matinée:

« Bien dormi, Karl ? »

« Très bien Nacka, et toi ? »

« Aussi, ça va faire trois heures que je suis
levée, je vais te servir ton petit dej, Netz
est passé ici, et m’a raconté pas mal de
choses, chez nous, ce n’est pas le Topnet
qui fonctionne le mieux, tu es salement
recherché, super colère du Régent, de
ses Ministres, et de toute la clique, ils
digèrent mal ta disparition, il y a du monde
dans tout le Centre ville, une récompense
est promise, on pense que bientôt, il y en
aura dans le secteur, il se pourrait qu’on
ait recours à la porte de service dans deux
ou trois jours ».

« Il fallait s’en douter ».

« Oui, là, t’as mis pas mal de monde en
colère, prendre leur système en défaut, ils
n’aiment pas bien ».
Ajouta Nacka en riant.

Les jours passèrent, des M, puis des
P, étaient passés dans la zone
terminale, et notamment dans la petite rue
où Nacka habitait, ils avaient plusieurs fois
visités son appartement, cherchés à voir
ce qu’il y avait derrière la porte de
service, un mur de déchets de toute
sorte où l’air ne passait plus, dégoûtés, ils
allèrent ailleurs.

Lorsque le calme revint, les déchets
avaient été brûlés, la zone des souterrains
était à nouveau relativement propre, durant
les jours qui suivirent, des avis de recherche
furent encore lancés, pour d’autres lieux, et
notamment le sud, plutôt résidentiel, rien
n’ayant été obtenu, les recherches
semblèrent cesser, mais attention, de
nombreux P et M avaient des indicateurs
qui travaillaient pour eux, pas question
d’aller dans les rads, trop de risques, mais
dans la journée, Netzer avait étendu son
snack afin de pouvoir cacher Karl, ou alors
il stationnait dans le coffre du véhicule, très
ample, lorsque de rares clients
arrivaient, surtout des militaires, quand
personne n’était en vue, il ne restait qu’à
attendre le passage des billes volantes, ils
n’étaient pas réguliers, durant plusieurs
jours, on n’en voyait pas, puis parfois, deux
ou trois jours de suite, elles venaient.

Karl avait préparé une affiche qui
reprenait fidèlement les termes proposés
à Netz, puis, enfin une série face, les billes
venaient deux ou trois fois par jour, deux
jours de suite, elles avaient marqué les
arrêts habituels, Karl présentait son
panneau à chaque fois, puis, plus rien
pendant plusieurs jours, une dizaine de
jours plus tard, un matin, alors que Karl
et Netz étaient sur place,  un étrange
véhicule vint de gauche, côté opposé à
la station des militaires, puis:

« Montez, vite! »

Karl s’approcha:

« Pourquoi devrait-on monter ? »

« Nous venons de Torka, si vous voulez
vivre mieux, montez ! ».

Le rêve se confondait avec la réalité, il
n’y avait pas de mot pour décrire ce qui
se passait, Karl hésita une seconde, puis
s’exécuta, Netzer fit de même.

« Où allons-nous ? »

« A Torka, bien sûr», lui répondit celui
qui l’avait hélé. « Soyez sans crainte, à
côté de ce que vous venez de vivre, ce
sera beaucoup plus agréable ».

Le conducteur était une femme, et plutôt
jolie, leur type était analogue à ceux de
Tanka, mais il paraissaient moins
sanguins, plus réfléchis, le véhicule
démarra, puis 30 mètres plus loin, quitta
le sol  !!!

« Comment nous avez-vous repérés ?"

La femme qui ne tenait plus son volant, se
mit à rire, le véhicule étant probablement
réglé en conduite automatique, « Vous
avez fait tout ce qu’il fallait pour, non ?
Mais nos supérieurs seront plus aptes à
répondre à vos questions ».

« Ah ! Chez vous aussi, il y a des
supérieurs ? » Fit Karl.

« Comme dans toute société, je
suppose, même dans les tribus du sud
d’où vous venez, vous avez constaté
qu’il y a des chefs. » Avait-elle répondu.

« Vous connaissez aussi les tribus du
sud, et vos véhicules volent, vous êtes
nettement plus avancés que les
Tankiens ».

« Oh oui, non seulement ce sont des
idiots, mais en plus, ils sont très
vindicatifs, mais nos chefs pourront vous
en dire davantage, notre mission est de
vous amener à bon port, c’est-à-dire
Torka ».

« Pour des supposés subalternes, vous
savez beaucoup de choses .»
Ajouta Netzer

Toujours à la femme de répondre:

« Notre société est toute différente de la
vôtre, à l’inverse de chez vous, nous ne
sommes pas cloisonnés, c’est tout le
contraire, comme vous le verrez très
vite, chacun de nous a accès à toutes les
informations importantes, et vous en
êtes une », fit elle avec un bien
charmant sourire.

Ils étaient au dessus d’une mer gelée, le
véhicule se déplaçait très vite, quelques
minutes plus tard, ils étaient arrivés.

« Je m’appelle Karl Thorp  et voici
Netzer, vous, si vous êtes différents des
Tankiens, vous avez des noms? ».

« Bien sûr, répondit l’homme, elle c’est
Sirca, et moi, je suis Cortan, ce sont nos
prénoms ».

«C’est comme pour moi, Karl ».

« Nous le savions, nous avons aussi des
noms, parce que nous sommes quand
même 2.000.000 d’habitants».

« Votre ville doit être plus étendue que
Tanka alors ? »

« Bonne déduction, Netzer, elle est plus
du double, 200 par 200 kms, nous allons
presque au pôle, ce qui nous fait 50
habitants par kilomètre carré, densité
raisonnable, mais vous allez être quand
même surpris ». Répondit Sirca.

Le véhicule continua d’évoluer dans un
couloir circulaire de 10 mètres de
diamètre pour arriver dans une sorte de
parking.

« Voilà, Karl et Netzer, vous pouvez
descendre, nous sommes arrivés, nous
nous trouvons au niveau -4 du bâtiment
1, c’est dans ce bâtiment que résident les
membres de la Makkna, l’organisation
gouvernementale de Torka, vous allez les
rencontrer sous peu.» dit Cortan.

« Vous êtes quoi par rapport à eux ? »
Demanda Karl.

« Nous sommes des militaires » répondit
Sirca.

Ils accompagnèrent Karl et Netzer jusqu’à
l’étage 20, le plus haut étage du
bâtiment, entrèrent dans un bureau
d’accueil, derrière lequel se trouvait une
femme magnifique.

« Bonjour Darna, nous vous amenons
Karl et Netzer ».

« Bonjour Sirca, bonjour Cortan, bien que
nous soyons déjà en fin de matinée, quant
à vous deux, soyez les bienvenus, quelques
membres du comité  vont vous
recevoir, question de minutes ».

Les deux officiers quittèrent le bureau
d’accueil, mission terminée pour
eux, Karl et Netz attendirent, mais pas
longtemps.

Sur une vaste porte, un voyant rouge était
passé au vert.

« Allez-y, la porte s’ouvrira
automatiquement ».

« Merci, Darna »dirent-ils en chœur.

La porte s’ouvrit et ils entrèrent dans une
vaste pièce, bourrée d’électronique, des
ordis et des écrans partout, même sur les
murs, au centre de la pièce, un immense
bureau derrière lequel étaient assis deux
hommes et deux femmes, habillés d’une
tenue très classe gris clair, et vraiment
très élégants.

« Venez Karl et Netzer et
asseyez-vous, nous sommes vraiment
ravis de vous voir », exprima l’une des
femmes répondant au nom de Lorana.

« Nous ne sommes pas tous là, certains
d’entre nous ayant à faire, mais vous les
verrez sous peu »ajouta un homme qui
s’appelait  Zasper.

Aucun des membres ne leur posa de
question, mais chacun commença à leur
parler de la spécialité dans laquelle il
exerçait, Karl et Netzer apprirent que la
Makkna se composait de 12 membres, 6
hommes et 6 femmes, dont les
compétences résidaient dans les domaines:

Alimentaire, Architectural, Artistique.
Communications, Ergonomique.
Financier, Industriel, Médical, Militaire.
Scientifique, Social, Spatial.

Lorana s’occupait du social, Zasper de
l’architecture, Karstens de
l’alimentaire, et Catina, de la finance.

Cette dernière prit la parole:

« Là, Karl, Netzer, il s’agit d’une courte
entrevue, qui a pour objectif de parer au
plus pressé, nous savons exactement qui
vous êtes, Karl, d’où vous venez, des
caractéristiques que vous possédez, vous
êtes surpris ?

C’est normal, nous aussi, savons faire des
transferts spatio-temporels, nous pouvons
même transférer de  la matière inerte.

Mais vous pourrez parler de tout cela avec
Malker qui s’occupe du domaine
scientifique, et avec Konan qui dirige
le spatial, pour le moment, il s’agit de
vous attribuer un appartement, de
pourvoir à vos besoins
alimentaires, financiers, et sociaux, donc
Lorana vous a préparé une carte que
voici, elle indique votre identité, vos
coordonnées biométriques et
médicales, là, il faudra voir avec Tarana
pour un petit contrôle médical de mise
à jour,  et votre montant financier, soit
un million de crédits, cette somme devrait
normalement vous permettre d’être à
l’aise, pour l’appartement, c’est simple, nous
en avons un à votre disposition dans ce
bâtiment même, à l’étage 7, pour
l’alimentation, vous avez un excellent
restaurant à l’étage 5, conservez toujours
votre carte sur vous, quant à vous
Netzer, vous êtes marchand ambulant, je
crois, vous passerez une visite médicale
cet après-midi chez Tarana, au troisième
étage, cela nous permettra de constituer
vos caractéristiques et de vous attribuer
également une carte, avec un montant de
un million de crédits, vous résiderez au
sixième étage du bâtiment 3, qui est en
face du nôtre, il n’y a qu’à traverser la
rue, pour le moment, nous n’allons pas
tarder à déjeuner, vous pouvez venir avec
nous, le restaurant est de très bonne
qualité, vous, Netzer, à partir de ce
soir, vous pourrez aller dans le
restaurant qui est dans votre bâtiment, le
trois, au quatrième étage, qui est
strictement le même, mais rien ne vous
empêchera de venir à celui-ci, si vous
souhaitez voir Karl et/ou l’un d’entre
nous, vous devez vous poser un tas de
questions, nous essaierons d’y répondre
au mieux dès demain par une première
entrevue à 10 heures, et une seconde à
15 heures, nous serons tous là.

Pour le moment, Netzer, vous pouvez
venir avec Karl et nous au restaurant, il
fonctionne également avec une carte, mais
pour cette fois-ci, nous ferons
exception, dès ce soir, vous pourrez
régulariser.

Les appartements s’ouvrent avec la
carte, c’est la raison pour laquelle nous
vous faisons passer la visite médicale juste
après le déjeuner, afin que vous puissiez
emménager de suite.

Après le repas

« Alors Netz, ton impression? ».

« Pas mal du tout, fameux le resto, puis du
vous, vous, les gens sont polis ici, et plutôt
classe, ils savent recevoir, une carte avec un
million de crédits, wow ! Je ne sais pas ce
que ça fait, mais j’ai idée que ça me
permettra d’éviter de vendre des
casses-dalle, j’ai hâte de voir mon appart, on
n’est pas dans le même bâtiment, mais on
est en face, c’est clean, il va falloir que je
me mette en petite tenue, car il fait
bougrement chaud ici, j’ai pas l’habitude ».

« Tu t’y feras, de toute manière, on est de
la revue, on pourra parler, pour le moment
passe une bonne visite, a plus ».

Une demi heure plus tard, Netzer sortait de
chez Tarana avec sa carte, Catina et Karl
l’attendaient.

« Nous montons au vingtième » fit
Catina, et nous appellerons Ezna, sa
fonction habituelle est celle de guide, mais
pour vos cas, elle va vous accompagner
à vos appartements et vous montrer le
fonctionnement de la demi douzaine
d’appareils dont-ils disposent, ne vous
affolez pas vous comprendrez vite, Ezna
va d’abord s’occuper de vous, Netzer, il
y en a pour une petite heure, puis elle
reviendra pour aider Karl à s’installer  ».

Karl vit Ezna dans le bureau
d’accueil, encore une très jolie femme
dans les 30 ans, il salua Darna avant de
quitter l’étage 20, avec Ezna, dans
l’ascenseur:

« Alors Ezna, vous être mon guide de
circonstance ».

« Oui Karl, je pense que votre
appartement vous plaira, quant au
restaurant, on y mange fort bien, le plus
intéressant peut-être sera l’usage de
certains appareils dont votre
appartement dispose, et là, il va falloir
que vous portiez une grande attention à
mes explications afin d’éviter des fausses
manœuvres, certaines pouvant
comporter une petite complexité ».

« Très bien, je ferai attention, ça s’est
bien passé avec Netzer ? ».

« Très bien, il a vite compris l’usage des
appareils, et je pense que ce sera
également votre cas, nous y voilà, sur
cette cellule à droite de la porte
d’entrée, vous devez apposer votre carte
au recto, la porte s’ouvrira ».

L’appartement qu’allait occuper Karl
était luxueux, Plus de 300 mètres
carrés, tout un étage, une immense
salle dite de réception qui comportait
des écrans plus ou moins grands sur
tous les murs, deux bureaux, un de
10 mètres carrés sur lequel se
trouvaient deux appareils qui rappelaient
des ordinateurs, un autre de 30 mètres
carrés dans lequel était encastré un autre
appareil de dimensions vraiment
inhabituelles, il avait un grand clavier, un
écran d’une soixantaine de pouces, et
d’autres éléments dont l’usage restait à
découvrir, une grande table avec trois
chaises, un canapé d’angle, la salle en
question faisait 150 mètres carrés, la salle
suivante, de plus de 100 mètres
carrés, était une salle de sport avec tout
le matériel nécessaire, haltères, barres
parallèles, cheval d‘arçons , etc, et
même une mini piscine de 30 mètres
carrés, la dernière pièce, était la
chambre, séparée de la salle de bain par
un panneau solide, douche, baignoire
jacuzzi et toilettes, c’était le top de ce
que l’on pouvait imaginer.
  
« Je n’ai rien à vous montrer dans la
salle de sport ou la chambre, je
suppose, mais dans la salle de
réception, oui, vous remarquerez qu’il
n’y a pas de commutateur nulle
part, pour régler la lumière, c’est
simple, un certain nombre de cellules
multi-usage sont insérées dans les
cadres de certains écrans
muraux, celui-ci, celui-là, et encore
celui-ci, vous commandez tout de la
positronique qui est l’appareil
qui est encastré dans votre grand
bureau, je l’allume en appuyant
sur ce bouton, voyez la réaction sur
l’écran, vous avez désormais un
menu, qui contient 30 rubriques, mettez
votre index sur cette plaquette grise, elle
est très douce, n’est-ce pas ?

En faisant cela vous voyez apparaître un
curseur sur l’écran, le déplacement de
votre doigt sur la plaquette correspond
exactement au déplacement du curseur
sur l’écran, sur le côté gauche entourant
la plaquette, vous voyez un bouton
bleu, en appuyant dessus avec le pouce
vous activez le curseur, un
exemple, dirigez le curseur vers la
rubrique appartement, appuyez sur le
bouton bleu, sur l’écran, les rubriques
se sont effacées pour laisser apparaître
trois nouvelles rubriques:
Lumière, température de l’air et
température de l’eau, pour la
lumière, cliquer sur le bouton, voilà, vous
voyez sur l’écran une graduation avec une
flèche sur laquelle vous pouvez agir, si
vous la montez, la lumière s’intensifie, si
vous la baissez, la lumière
diminue, ceci, dans toutes les pièces, ah
oui, pardon, dans votre chambre, près de
votre lit, vous avez une olive qui peut
aussi éteindre ou allumer la lumière, mais
sans pouvoir la régler.     

Passons maintenant à la température de
l’air, vous cliquez le curseur sur le point
rouge en haut et à droite, le menu général
réapparaît, recliquez sur
appartement, puis sur température de
l’air, même image, une graduation et une
flèche, la température, toujours pour
toutes les pièces, est de 22 degrés, si
vous voulez l’augmenter, flèche vers le
haut, si vous voulez la diminuer, flèche
vers le bas, toujours avec le
curseur, même chose pour la température
de l’eau, pour les toilettes, le bain ou la
douche, et la piscine.

Vous avez 29 autres rubriques que je
vous laisse le soin de découvrir, avec le
curseur bien sûr.

Passons maintenant au snaphone , cet
appareil doté d’un cadran  de chiffres et
d’un ensemble de touches de lettres ».

« Ca, Ezna, je connais, nous avons les
mêmes ».

« Bien alors passons au… » et elle
continua, durant une petite heure, à lui
expliquer et à lui montrer l’usage des
autres appareils, pour en terminer avec
les écrans.

« Bon fit Karl, je ne sais pas si je vais
me rappeler de tout, mais ».

« Pas de souci, fit Ezna, vous avez une
roue de secours, vous ne l’avez peut
être pas vu, mais sur l’écran
positronique, dans les rubriques, vous en
avez une  libellée « récapitulatif des
usages », en cliquant dessus, vous allez
tomber sur une sous rubrique, « usage
domestique du matériel » qui vous
explique en détail, avec force-images, tout
ce que je viens de vous dire, ah!, sauf pour
le snaphone que vous connaissez, lorsque
vous avez un correspondant ou une
correspondante, vous voyez l’image sur
l’écran protronique.

Finalement, avec la positronique, lorsque
vous serez familiarisé avec toutes les
rubriques, vous pourrez tout
faire, voilà, maintenant, je vais vous
quitter, car j’ai d‘autres missions, ma
journée est loin d‘être finie, passez une
bonne soirée ».

Ezna quitta l’appartement de Karl, celui-ci
resta encore quelques instants pour
apprécier son nouveau domicile.

« Vraiment, ils ont fait fort. »

Il se dirigea vers la chambre, puis vers
les toilettes, une immense glace au
dessus d’un vaste lavabo , il se regarda:

« Je n’ai pas si mauvaise gueule, plus
bronzé du tout, c’est dommage,  par
contre, mes fringues, ça fait gore, la
tenue de laborantin de Tanka par rapport
à celles des gens que j’ai vus  ici, c’est le
jour et la nuit, puis-je aller au resto ce
soir avec cette tenue ?

S’il y a plein de gens, je vais me faire
salement repérer, il faudra que je profite
des entrevues de demain pour faire
rectifier ça ».

Il hésitait , puis en allant dans la chambre:

« Un ensemble d’armoires et de
rangements avec des tiroirs en
dessous, sur 8 ou 9 mètres !!

Rien que pour remplir ça, il faudrait
un petit magasin de fringues, voyons un
peu ce qu’il y a là dedans ».

Chaque porte avait un petit rond, bleu, il
mit un doigt dessus:

«  Et elle s’ouvre, formidable», doigt sur
le rond,« et elle se referme
doucement, extra ».

A la seconde porte:

« Balltrap, des fringues, des
pantalons, des vestes, des chemises à
col jabot, la classe, ils sont tellement
avancés qu’ils ont dû prévoir ma
taille, essayons les , allons devant la
glace, ouais, les gris anthracite me
plaisent, je vais mettre ça, ah oui, mais
il me faut un slip et des chaussettes, y
en aurait-il dans les tiroirs?
Allons voir».

Il en trouva, il préféra prendre
rapidement une douche, il y avait
même du parfum, et du bon, il prit le
temps de se raser, de se laver les dents.

« On est chez des civilisés haut de
gamme, il faut faire comme eux ».

Un  peu plus tard, une sonnerie, tiens !
Quelqu’un à sa porte, il ouvrit et vit
Netzer.

« Re, mon pote, fit-il, alors ? »

« Ben, je vais te dire, mon ami, mais je
viens juste de penser à Nacka, qui t’a
hébergé pendant presque un mois, elle
doit être très triste, parce qu’elle
t’aimait bien, même peut-être plus, elle
pensait faire sa vie avec toi, elle me l’a
dit, c’est comme ça, c’est le destin qui
décide si quelque chose doit se faire ou
pas,  mais attends, que je jette un coup
d’œil à ton appart, la salle de sport, c’est
la même, la chambre aussi, à peu
près, la salle de bain idem, ah, je sais
pas si tu as vu, mais la troisième
porte, c’est un bar, et un maousse, super
pour le petit dej, pas besoin d’aller au
resto ».

« Non, je n’avais pas encore vu, tu es
bien sapé avec ton costard bleu marine
et chemise blanche, moi, j’aime bien
le gris,  le bar, justement je me
demandais s’il y en avait un, j’étais en
train de me dire, pour une fois qu’ils ont
oublié quelque chose, faut
reconnaître, nos apparts sont super ».

Ils continuèrent à échanger leurs
impressions, puis:

« Tu dînes avec moi, Netz, puisque tu as
le droit de venir à mon resto ».

« Ouais, d’accord, on va y aller, tiens!
Je ne sais pas si tu es allé dehors, moi
oui, en traversant la rue, eh bien il fait
pratiquement aussi chaud que dans les
apparts, ici, c’est le jour et la nuit avec
Tanka, je trouve que tu as réglé la tempé
un peu chaud, mais si c’est ça qui te
convient, moi, j’ai réglé la mienne à 15
degrés, ton salon et le mien, pratiquement
pareil, on est vraiment dans des apparts
de luxe, je suis sûr qu’un S20 n’en a pas
un comme ça, et la petite piscine, je me
suis éclaté là dedans ».

« Sûr, n’oublie pas pour demain, on est
convoqué a deux réunions, à 10
heures et à 15 heures.»

« Ouais, Karl, comme tu dis, ça baigne ».

Ils dînèrent puis se quittèrent
 
Karl:« Le repas était vraiment
excellent, et ils ont du vin !!
Et d’excellente facture, pas de doute, ils
sont vraiment forts, bon, certaines
personnes m’ont regardé avec une petite
insistance en se disant voilà le
phénomène de foire, mais je suppose
qu’ils savent qui je suis, certaines
femmes, et des belles ne manquent
pas, m’ont aussi regardé avec un
sourire, on peut traduire cela de
plusieurs façons, bien sûr…

Serais-je considéré comme important ? ».

Karl ne tarda pas à se coucher, il était
tout de même fatigué, la tension subie
durant des jours à Tanka n’était pas sans
conséquences, la positronique ?

Il verrait ça demain ou plus tard
encore, cela ne pressait pas, ce qui
l’intéressait était les réunions du
lendemain, il en saurait davantage
sur ce peuple de Torka, le petit
déjeuner, il n’aurait plus de R8 pour
le servir, mais il avait un bar, et
plutôt copieux.

Le lendemain matin, il sortit pour
remonter 13 étages, Darna était
là, au bureau de réception, Netzer
aussi, comme la veille, ils attendirent
quelques minutes, puis la porte passa
du rouge au vert.

« Vous pouvez y aller », leur dit Darna.

L’immense bureau avait changé
d’aspect, il était en fer à cheval, avec
deux chaises pivotantes au milieu, de
face et de chaque côté, quatre
personnes par division de bureau, ce
qui faisait 12 personnes au total.

« Bienvenue à vous, Karl, et
Netzer,  asseyez vous, vous avez dû vous
poser un certain nombre de questions
depuis hier après-midi, surtout ne vous
faites pas de soucis, nous y
répondrons, mais pour le moment nous
allons commencer par les présentations. »

C’est encore Catina qui parlait.

« Lorana qui s’occupe du Social, vous la
connaissez, ainsi que Zasper de
l’Architecture, et Karstens de
l’Alimentaire».

Les quatre mêmes personnes, toujours
de face, à la même place, Catina
poursuivit:

« Sur votre gauche, par ordre
d’éloignement vis-à-vis de
nous, Tarana, au Médical, Nakwa, à
l’Artistique, Gorta, aux
Communications, et Manda, à
l’Ergonomie, Sur votre droite, dans
le même ordre, Malker, au
Scientifique, Konan, au Spatial, Borden
à l’Industrie, et Tanner, au Militaire.

Tous leur firent un signe de tête, Catina
reprit:

Avant que chacun d’entre nous ne vous
parle de sa spécialité, il nous
apparaît utile de vous parler de
Torka, notre ville, de la manière de
vous connaître, et des Tankiens, qui se
croient nos adversaires, alors
que nous ne leur voulons aucun mal.

Torka en elle-même représente le niveau
de notre civilisation, et d’une certaine
manière, notre façon de voir les choses.

Tous nos bâtiments, sans exception, sont
à 50 mètres  en dessous de la
surface, nous en avons 70.000, chacun
comportant 20 étages comme le nôtre et
des sous-sols parkings, chaque appartement
occupe un étage, et a la même
mesure, 300 mètres carrés, on peut
facilement passer d’un bâtiment à un
autre, les rues sont faites pour cela, la
température extérieure, dans les rues est
de 20 degrés, nous avons beau habiter
près d’un pôle, le nord, avoir la peau
blanche ou claire, être majoritairement
blonds, des études déjà lointaines ont
démontré que c’était la meilleure
température pour notre organisme, si nous
n’avons pas d’accident, nous vivons
généralement 120 ans, un transport
collectif existe également, le Tube, il
s’agit d’un ensemble d’éléments
identiques, accrochés les uns aux
autres, tirés par un premier élément
que nous appelons traction, qui permet
d’aller d’un bout de la ville à l’autre, mais
depuis ce dernier siècle, nous l’utilisons
de moins en moins, pour mémoire, il se
compose de 12 directions, chaque
direction peut être atteinte par 3 couloirs
circulaires, le lent, qui va de station en
station, le moyen qui ne s’arrête qu’aux
stations importantes, et le rapide qui
lui, va directement du centre au bout de
la ville à peu près distant de 100
kilomètres, qu’il met une demie heure à
parcourir.

Pourquoi l’utilisons nous de moins en
moins?
Il y a bien sûr de bonnes raisons, d’abord
parce que, au cours du temps, la ville
s’étend, ensuite parce que vivant en
dessous de la surface naturelle, un endroit
en vaut un autre, et surtout, parce que
suite à nos progrès technologiques, nous
pouvons situer n’importe quel lieu dans la
ville, le voir en image 3 dimensions
conformes à la réalité, une personne peut
communiquer avec une autre située à
200 kilomètres par la positronique, et la
voir comme s’ils se rencontraient, nous
n’avons plus besoin de nous
déplacer, nous disposons, comme vous
avez pu le constater dans votre
appartement, de salles de sport qui
nous maintiennent en condition, pour
quelqu’un qui voudrait faire quelques
kilomètres pour rencontrer une
connaissance, des véhicules individuels
existent, c’est d’ailleurs la mission de
certaines personnes de se promener par
relais six heures par jour dans les rues
d’un secteur et de prendre des clients
pour les transporter d’un point à un
autre, nous les maintenons, mais là
aussi, ils ont moins en moins de
clients, la positronique, maintenant, pallie
pratiquement à tout, les gens veulent se
marier, fonder une famille, sous réserve
d’un certain contrôle des naissances, c’est
possible et même nécessaire à la
continuation de notre civilisation, il
existe une rubrique pour cela dans la
positronique, il faut aussi savoir que
chaque bâtiment a un restaurant, un
fabricant et vendeur de vêtements et de
chaussures, un hôpital, et une banque.

Nous ici présents, représentons
l’autorité, qui sert à mettre en
adéquation les besoins et fournitures
dans les cas particuliers, nous
décidons également des actions hors
normes comme les voyages dans
l’espace, les transferts
espace-temps, etc, nous somme d’ailleurs
reliés à d’autres civilisations qui
oeuvrent dans le même sens que
nous, et vivent de la même façon.

Notre ville est totalement entourée d’un
rayon protecteur, le rayon kap, qui nous
met à l’abri de toute incursion, c’est
notamment la raison pour laquelle les
tankiens ne peuvent rien contre nous, mais
nous parlerons d’eux plus tard.

Nous vous avons observé, Karl, lorsque
vous étiez chez les katars, nous avions
toujours regardé vivre ces tribus du
sud, les katars et les znirs, et voilà qu’un
jour, vous débarquez, on vous voit parmi
les katars, cela nous a fait un choc, nos
billes se sont baladées par là, nous
devions comprendre,  vos conversations
ont été retransmises, mais ce n’était pas
encore clair, vous disiez venir de la zone
de Tanka, vous être battu à coup de
masse, être capitaine d’armée, mais
les tankiens ne se battent pas à coup
de masse, quelque chose n’allait
pas, effectivement, à peu de choses
près, vous avez le même type que
nous, vous pourriez passer pour un
Tankien ou même un Torkien, vos
conversations avec Kravok étaient
intéressantes, cet homme, c’est
quelqu’un, Keitan n’est pas mal comme
chef, mais vous, Karl, vous restiez un
mystère, on se demandait d’où vous
veniez, ceci d’autant plus que vous
décriviez presque correctement les lieux
de bords de mer, les forêts, les zones
de terres cultivables, la zone
nord, froide, vous guidiez les katars
pratiquement sans vous tromper, dans
des endroits où vous n’aviez jamais mis
les pieds, votre arrivée sur cette
planète, resta longtemps une énigme, le
flash s’est fait lorsque vous étiez à
Tanka, avec  votre panneau sur lequel vous
avez écrit "spatio-temporel", là, nous avons
compris que vous veniez d’ailleurs, nous
pensions être les seuls à voyager dans
l’espace-temps, eh bien, pas du
tout, vous-même, veniez d’un autre
espace-temps, par un phasotron comme
nous en avons, vous étiez déjà
intéressant, votre lutte contre ce
Makar, carrément phénoménal, mais
lorsque nous avons su que vous étiez un
scientifique, cela nous intéressait encore
plus, nous avons alors commencé à vous
suivre pas à pas , et c’est-ce qui nous a
permis de déterminer vos
caractéristiques physiques, votre
identité, certaines données
psychologiques, notamment une
aptitude certaine au
commandement, vous avez sauvé la
moitié des katars, cela mérite
respect, Kravok a aussi sa part, nous
n’envoyons pas de billes dans
Tanka, qui n’est que fort peu
intéressante, nous vous avons donc
perdu de vue durant quelques
semaines, sachant quant même que vous
étiez là, à Tanka, l’épisode du
sous-marin, nous l’avions vu, mais vous
connaissant, on se doutait déjà que vous
ne céderiez pas aux Tankiens pour leur
construire un phasotron, que vous
chercheriez par tout moyen à leur
échapper, confer l’épisode de la plage
sud, et enfin, nous vous avons revu près
de Netzer, tout allait bien, nous avions
retrouvé notre Karl, si passionnant, tout
le monde vous a vu ici, en spectacle, cela
a plu à tous les torkiens, il fallait
seulement vous récupérer.

Tiens, puisque vous êtes là, Netzer, pour
vous, c’est une autre histoire, beaucoup
plus simple, on vous voyait, depuis des
années à la périphérie nord de Tanka, en
train de vendre vos sandwichs et vos
boissons, tirer parfois et fort
adroitement les vers du nez à certains
militaires, qui nous en veulent sans
savoir pourquoi, et qui boivent un peu
trop, on ignorait que Torka vous
intéressait, et c’est seulement
lorsqu’avec Karl, vous avez combiné
un plan d’évasion de Tanka que nous
avons compris, vous êtes malin et apte au
commerce, on doit pouvoir vous trouver
une activité, si bien sûr vous le
souhaitez, ce que vous avez fait
avant, nous l’ignorons, vous deviez
travailler à Tanka, mais… ».

Netzer expliqua alors ce qu’il avait fait.

« Ah! Reprit Catina, alors c’est
clair, l’éventuelle activité est toute
trouvée, vous pourriez travailler avec
Karstens, à l’Alimentation, mais on
vous laisse le soin de voir.

En ce qui concerne les Tankiens, nous
sommes de même origine, c’est
vrai, nous-mêmes habitions dans la
même zone, de l’autre côté de la mer, mais
suite à une expression que vous connaissez
bien, un conflit de pouvoir ou
d‘intérêt, entre deux fils du régnant de
l’époque,  il y a bientôt 1000 ans, nous
nous sommes séparés, deux clans
s’étaient formés, celui des prédateurs, et
celui des proies, nous sommes issus de ce
dernier, nous étions à peu près
20.000 , 5000 prédateurs et 15000
proies, et nous les proies, étions
maltraitées, ce qui nous a amené à nous
réunir pour fuir les prédateurs, dont sont
issus tous les tankiens actuels, et un
jour, nous y sommes parvenus, on l’a
payé par des pertes considérables
puisque seulement 2000 d’entre nous
sont parvenus ici, c’est le froid qui nous a
sauvés, les prédateurs ont fini par être
las de nous suivre et ont réintégré leur
zone qui est actuellement Tanka, le
niveau de la civilisation du moment ne
dépassait guère celui des katars et des
znirs, depuis, nous avons fait pas mal
de progrès.

Ce que nous venons de vous dire doit
vous amener à vous poser un paquet de
questions, Karl et Netzer,  mais
maintenant, tout comme cet
après-midi, nous préférons que nos
autres spécialistes ici présents vous
parlent de leur domaine, certaines
informations répondront peut-être à
certaines de vos questions, et en
créeront inévitablement d’autres mais
nous sommes tous dans le même
bâtiment, vous, Netzer, n’avez qu’une
rue à traverser, et nous nous réunissons
deux fois par semaine, il n’y aura donc
aucune difficulté à vous apporter des
réponses.               

« Peut-être serait-il mieux de continuer
cet après-midi, l’heure du déjeuner
approche, qu’en pensez-vous ? »

Assentiment général, tout le monde, y
compris Karl et Netzer, quitta l’étage.

Le déjeuner au restaurant fût
agréable, mais n’osant déranger
personne, et notamment les dirigeants
quelques tables plus loin, Karl déjeunait
avec Netzer, et avait une drôle
d’impression.

« Je suis seul, ou presque, pensa-t-il, bien
sûr, c’est nettement moins pénible qu’à
Tanka, et plus agréable quant au
décor, mais je sens que les dirigeants
nous observent, oh ils sont aimables, c’est
sûr, mais quelque chose me gêne chez
eux, je ne peux pas encore déterminer
quoi, d’après ce que Catina m’a expliqué
ce matin, ils ont créé un monde artificiel
finalement, civilisation très
avancée, certes, mais vivre comme ils  
vivent,  en  vase  clos,  devant une 
positronique  et  des écrans, cela mérite
une sérieuse réflexion, je vais avoir à
leur poser des dizaines de questions, mais
pas cet après-midi, chacun va nous faire
la pub de sa spécialité, ça va être
rasoir, je crois que je vais encore
passer une bonne nuit, en attendant la
réunion, je vais repasser dans mon appart ».

Il quitta Netzer, remonta deux étages
et entra chez lui, il regarda un instant
la positronique, mais ne s’en occupa
pas, il se dirigea vers la salle de sport.
« Je saurai en faire bon usage » pensa-t-il.

Puis vers la salle de bains, pour se
regarder dans la glace, son image
renvoyait quelqu’un de bien habillé et de
propre.

En entrant dans sa chambre:

« Le lit est impeccable, les draps en
place, tout est parfaitement nickel, des
gens de service doivent passer à certains
moments bien déterminés, lorsqu’ils
savent que les occupants n’y sont pas.

Bon, j’ai encore une heure avant la
réunion, allons donc regarder les
fameuses rubriques dans la positronique ».
 
L’une d’entre elles comportait une liste
interminable de 800.000 noms, avec un
N° de bâtiment et un numéro de
téléphone, il était possible d’accéder
directement à un nom donné.

Une autre traitait de tout ce qui concerne
l’espace, la situation de Tangara(tiens! Ils
avaient gardé le même nom qu’à Tanka)
première planète dans un système de
six, situés à 80.000.000 de kilomètres
de Tanar, l’étoile locale, également très
petite.

D’autres systèmes, d’autres
galaxies, parfaitement décrites, puis vint
le matériel de navigation spatiale, des
spationefs de différentes tailles, toutes
de forme parallélépipédique, un peu
comme une épaisse plaque de métal.

« Tiens curieux, ça me fait penser à 2001
odyssée de l’espace ».

C’était passionnant, le temps passait
vite, il fallait aller à la réunion.

Darna, puis la porte avec le voyant
vert, c’était reparti, la disposition du bureau
étant strictement la même que dans la
matinée, les mêmes personnes étaient
aux mêmes places.

C’est Catina qui reprit la parole, était-ce
elle qui commandait la Makkna ou en
était-elle simplement la porte-parole ?
Pensa Karl.

« Bien, mon cher Karl, mon cher
Netzer, permettez moi cette petite
familiarité qui est liée au fait que je vous
estime, je ne vais pas m’étendre sur ma
spécialité, la finance, qui n’est
probablement pas celle qui vous intéresse
le plus, sachez que je suis chargée de
pourvoir aux besoins financiers des
habitants de Torka, mais encore ?

Eh bien c’est on ne peut plus simple, je
procède à un contrôle financier de chaque
carte, comme la vôtre, afin que son ou sa
titulaire ne soit pas en difficulté , ici, nous
ne prélevons pas d’impôts ni de taxes
comme ils le font à Tanka, nous n’en
avons pas besoin, je veille simplement
à ce que chaque carte individuelle soit à
nouveau pleine lorsque son montant du
moment devient inférieur à une certaine
somme, en l’occurrence 200.000 crédits, je
la fait réajuster à un million de crédits, sur
800.000 cartes, cela représente un
certain travail.

Je vais laisser à mes confrères et
consœurs le soin de vous parler de leur
spécialité, un quart d’heure chacun et
chacune, car la réunion se terminera à
18 heures.

Karstens prit le relai, indiquant qu’il
était chargé fournir en alimentation brute
tous les restaurants et bars, chose que
l’on aurait pu deviner tout seul, il ne
donna aucun détail sur la production de
ces aliments, puis ce fut le tour de
Zasper qui parla des constructions des
70.000 bâtiments, il se perdit dans une
multitude de détails techniques sans pour
autant donner des précisions sur l’origine
des matériaux et la méthode proprement
dite de construction, Tarana, à son tour
parla de santé, elle se borna à citer, entre
autres, quelques noms de médicaments
correspondant à certaines maladies
éventuelles, elle se chargeait de faire
alimenter les hôpitaux de chaque
bâtiment, ça aussi, coulait de source, elle
contrôlait les actions du personnel
hospitalier, bref, un paquet
d’informations sans grand intérêt.

Les 8 autres personnes en vinrent, à leur
tour, à parler de leur spécialité, à
l’identique des 4 premières, les
informations fournies n’étaient pas les
plus importantes, Karl le savait et sentait
surtout qu’on lui cachait l’essentiel, les
informations de Konan, par exemple, en
quelques minutes, il en avait lu plus de
la moitié dans la positronique, bien
sûr, un quart d’heure par personne, c’était
court, mais la façon de lui exposer les
choses, analogue à celle d’un instit pour
les gosses des petites classes, il n’avait
pas l’impression qu’on le prenait pour un
idiot, mais il avait celle qu’on lui cachait
volontairement des connaissances
beaucoup plus importantes.

La réunion prit fin, et Karl resta sur sa
faim, mais il décida qu’ils ne perdaient rien
pour attendre, il entendait, de par ses
questions surtout les
embarrassantes, les contraindre à
communiquer des informations plus
précises.

Il invita Netzer chez lui pour recueillir
ses impressions:

« Bah, je ne sais pas trop quoi te
dire, Karl, j’ai eu l’impression qu’ils se
bornaient à des descriptions
laconiques, mais qu’ils n’allaient pas à
l’essentiel, ils sont gentils, charmants, tout
ce que tu veux, mais est-ce qu’ils se
méfient de nous?

Ou est-ce  encore trop tôt ? Qu’il faut
d’abord qu’on s’adapte ? Ca me fait un effet
bizarre, rien de méchant, mais quand même ».

«  Je te rejoins tout à fait, Netz, ils ne sont
pas allés à l’essentiel, allons dîner ».

Une fois fait, chacun regagna son
appart, et Karl repensait à Ezna, cette jolie
femme brune(tiens donc!) avec une peau
d’une légère couleur jaune, il pourrait
rechercher ses coordonnées dans la
positronique, mais il se ravisa, il fallait
réfléchir, et c’est-ce qu’il fit durant
toute la soirée.

« Finalement, j’étais bien mieux chez les
katars, cette société aseptisée me donne
envie de gerber.

Oh bien sûr, ils sont polis, aimables, je
suis bien traité, j’ai tout ce qu’il faut, du
moins à la base, parce que la nature me
manque, il est vrai que quand j’étais avec
Markos, ce n’était pas tellement
mieux, mais là-bas au moins, j’étais vraiment
occupé, et je sortais quand même de
temps en temps pour aller à Tiflis, je ne
suis pas un homme de salon, les réceptions
les parlottes, ce n’est pas dans ma gamme.          

J’ai une foule de questions à leur
poser, dont la majeure partie risque de les
embarrasser, sûr qu’ils chercheront des
points de fuite, mais il me faut déjà me
situer par rapport à eux, je viens d’un
monde qui est loin d’être aussi avancé que
le leur, eux, ils produisent tout par
miracle, sans que personne n’ait le
moindre effort à faire ni rien à
demander, ou alors dans les rares demandes
éventuelles, la solution vient de suite, sur
Terre, ce n’est pas du tout comme
ça, nous, on doit la gagner, notre vie, pour
obtenir quoi que ce soit, on doit souvent
faire des efforts, voire des sur-efforts, chez
nous, rien n’est gratos, c’est comme au
poker, on paye souvent pour voir, mais si
La Terre est, ou plutôt, était plus avancée
que les katars ou les znirs, ou même les
Tankas, elle est loin de faire le poids
ici, mais des gens qui vivent sans jamais
sortir, ni même quitter leur appartement, à
quelque exception près, passant leur
temps devant une positronique…

Bon d’accord, on avait aussi sur Terre des
péquins qui passaient 16 ou 18 heures
sur 24 sur le net et en vivaient, et même
bien d’autres qui y passaient moins de
temps, il y avait de moins en moins de
jobs, la politique, les crises financières, les
conflits religieux ou autres, les gens
devenaient plus malheureux, les
sdf, ceux qui ne mangeaient pas à leur
faim, même dans les pays réputés
riches, il y avait aussi bien des défauts
dans notre système.

Tiens, au fait, c’est curieux, mais sur cette
planète, je n’ai jamais entendu parler de
religion, que des gens avancés comme
les torkans, ou même les tankiens n’aient
pas vraiment de croyances, on peut le
comprendre, c’était plus ou moins le cas
sur Terre dans les pays dits les plus
évolués, mais la znirs, et les katars ?

Chez nous, dans les pays pauvres, les
gens étaient très croyants et vivaient
d’espérance, mais ici, les locaux…

Je finirais bien mon séjour chez les
katars, d’abord parce que je serais
utile, du moins je le crois, ça serait bon
pour mon teint, et puis, la nature, rien
ne la vaut, une femme ?

Chez eux je n’avais qu’un mot à dire
pour en avoir une, chez les znirs, n’en
parlons même pas… 

Catina m’a parlé d’une moitié de
population, cela veut dire que
Warrad a fait exécuter Zavod, et qu’à
Katarok, les znirs ont tués femmes et
enfants, il n’y a pas mot pour ça, ici, elles
ont beau être toutes plus jolies les une
que les autres, je crois que ce ne sera pas
possible, d’après leur mode de vie, tout
le monde sachant tout sur tout, la
moindre infidélité serait découverte, la
moindre relation aussi, et d’après ce que
je perçois d’eux, le sexe ne fait pas partie
de leurs priorités.

Je pense que cette civilisation ne sera pas
éternelle, comme chez nous en ce
moment, malheureusement, il se passera
quelque chose un  jour ou l’autre, ce contre
quoi, même avec le stade qu’ils ont
atteint, ils ne pourront rien, sincèrement, je
ne le leur souhaite pas, mais dans
l’univers, tout naît, vit, et meurt.

C’était après dîner, il était dans son
salon, lorsque la positronique réagit, il
l’alluma, puis vit une image, celle du visage
de Tarana.

« Bonsoir Karl, je vous appelle pour vous
demander de bien vouloir vous rendre au
troisième étage demain matin à 10
heures, nous devons procéder à des
tests médicaux afin de régulariser les
données qui sont sur votre carte, cela
vous permettra d’être à jour et de ne
plus avoir de soucis par la suite avec le
Social ou vous-même, vous pensez être
en bonne santé ?

Nous aussi, nous le pensons, mais nous
préférons être rassurés, alors je compte
sur vous, passez une bonne soirée », et
l’image disparut.

Encore une jolie femme, cette
Tarana, brune, le teint un peu mat, genre
latine, peut-être la quarantaine, mais
inutile d’y penser davantage, Karl coupa
la positro et retourna dans ses pensées.        

 « Je suis curieux de savoir quelle sorte
d’examen médical je vais subir, peut-être
que les appareils que je vais voir vont me
donner un peu plus de précision sur ce
qui me préoccupe, je n’y comprendrai
peut-être pas grand-chose, tellement ils
sont avancés, mais allez savoir.

Pour en revenir à mes katars, je doute
qu‘ils me permettent de les
revoir, pourquoi ?
Je ne le sais pas exactement, parce que
je les intéresse ?
Ce n‘est pas sûr, je crois qu’ils me
considèrent un peu comme une
curiosité, pas tout à fait comme un
primitif, mais plutôt comme quelqu’un
dont il faut se méfier, mais se méfier
de quoi?
Que pourrais-je faire contre eux?
Rien, et ils le savent, alors?

Qu’ils ne veuillent pas me parler de leurs
secrets, je peux le  comprendre, mais
finalement, eux aussi, sous prétention de
liberté et de qualité de vie, ils me gardent
prisonnier, et cette visite médicale
demain, j’ai l’impression d’être un
papillon qu’on examine à la loupe, c’est
une véritable société chloroforme
ici, mais je ne vais pas me laisser
faire, passer 7 mois dans un sommeil
béat, pas question, je vais mettre un
coup de pied dans la ruche, on va voir
ce que ça donne, une rétorsion ?
Sous quelle forme?
Qu’est-ce que je risque ?

Sur Terre je serais peut-être déjà
mort, il se pourrait que je ne puisse
jamais y retourner, alors ?

Ils sont en rapport avec d’autres
peuples qui sont comme eux ?

Une sorte de confédération galactique ?

Si c’est vrai, par quel mode de
transport se joignent-ils ?

L’espace ou l’espace-temps ?
Ca, j’aimerais bien le savoir.

Et puis, si l’évolution va partout dans le
même sens, et pour des humains, vers
ce genre de société, je ne sais pas si
c’est une bonne chose, je dirais même
que j’en doute.

Le lendemain matin, au troisième
étage, à 10  heures.

« Entrez Karl,  nous allons procéder à
votre examen ».

C’est Tarana qui me parlait, mais en
entrant, je vis plusieurs personnes dans
l’appartement qui en fait, était une sorte
de cabinet médical.

« Entrez ici pour vous
déshabiller, complètement».

Elle ferma la porte, j’attendis environ
deux minutes, puis une autre porte
s’ouvrit .

« Asseyez-vous là, s’il vous plait » me dit
un gus de bonne taille, pas
particulièrement costaud, mais un bon
mètre quatre vingt dix.

« Vous êtes grand et costaud, dit-il, nous
allons vous poser des pastilles sur tout le
corps, vous ne sentirez rien, je suis le
docteur Kanem, avez-vous eu de la
fatigue ou de la lassitude ces derniers
temps? ».

« Oui, uniquement ces derniers temps, mais
je sais à quoi c’est dû, d’abord le fait d’avoir
travaillé plusieurs semaines à
Tanka, puis, les réunions du 20 ème étage
depuis ces derniers jours ».

« Ah ! Je vois, rien d’autre ? ».

« Non, vraiment rien ».

« Bien, alors vous allez vous allonger sur
cette table et nous allons vous poser les
pastilles, d’abord sur le ventre s’il vous
plaît ».

J’étais à poil, Tarana était là ainsi qu’une
femme et un autre homme.

« Maintenant sur le dos, s’il vous
plaît , vous resterez ainsi pendant 10
minutes, après, vous pourrez vous
rhabiller, l‘examen sera fini.»

Continua le docteur Kanem.

10 minutes plus tard, les pastilles lui
furent enlevées, il put se rhabiller et
partir, près de la porte Tarana:

« Restez là un instant, et prêtez-moi
votre carte s’il vous plait ».

Karl s’exécuta et pensa: « Une kyrielle de
s’il vous plaît, trop poli pour être honnête ».

Il vit le Kanem en question déposer le tas
de pastilles dans le réceptacle d’un
appareil assez complexe qui contenait un
grand cristal vert, entre 20 et 30
centimètres de long, en forme de losange
et qui pivotait lentement autour d’un axe
invisible, au bout de deux minutes, Tarana
alla poser la carte sur une petite plaque de
même dimension située sur un côté de
l’appareil, le cristal ne pivotait plus, 30
secondes après, elle la reprit pour la
rapporter à Karl.

« Voilà, Karl, c’est fini, vous pouvez partir ».

« Vos examens sont plutôt
rapides, pourriez-vous déjà me parler
des résultats ? »

« Je n’ai pas grand-chose à en
dire, sinon qu’ils sont excellents, vous
êtes en pleine forme et n'avez aucun
souci à vous faire, passez une
bonne journée ».

C’était plutôt sec, mais bon, ici comme
sur Terre, les médecins étaient avares
de commentaires.

Karl regagna son appartement, très
intrigué par ce qu’il venait de voir.
Il se dirigea vers la chambre:

« Bon, inaugurons le bar, je vais boire un
bon coup ».

Après trois essais, il ouvrit une petite
bouteille contenant un liquide ambré
qu’il servit dans un verre:

« On dirait du whisky ! Ou plutôt non, du
Bourbon, et du fameux, à bonne
température, je vais m’en servir une
bonne dose parce que là, je crois que le
jeu en vaut la chandelle, ma visite
médicale n’a pas été inutile ».

Il dégusta son Bourbon, puis se dirigea
vers la positronique:

« Voyons voir les rubriques, sur du
matos, des cristaux par exemple, ou si
je peux avoir une vue sur le labo de
Tarana sans me faire repérer, dans le
cas contraire, je lui demanderai s’il est
normal d’avoir une angoisse ».

En recherchant dans les cristaux, et autres
pierres précieuses, il ne vit rien de
particulier, sinon des pierres de diverses
couleurs portant des noms, et une courte
description, il fallait tenter le coup chez
Tarana.

« Oui, Karl, que se passe-t-il ».

Il changea d’idée.

« Oh rien, Tarana, excusez-moi, je suis en
train de me familiariser avec la
tectronique, et visiblement, je suis encore
très maladroit ».

Elle se mit à rire et:

« Oui, il faut un peu de pratique, mais
vous allez y arriver, bonne journée ».

L’image disparut, mais il avait eu de la
chance, Tarana, plus profondément
avancée dans l’appartement laboratoire
était en train de parler avec Kanem, mais
Karl put voir deux autres appareils, l’un
comportait une sorte de cristal
jaune, brillant, de forme
parallélépipédique, qui tournait, et un
autre contenant deux cristaux couleur
topaze qui tournaient également, ils
avaient la forme de galets allongés.

« Voilà qui devient bougrement intéressant »
songea-t-il, « des cristaux !!
Et curieusement, personne ne m’en a
parlé, je me disais aussi que pour faire
ce qu’ils ont fait, des bâtiments à 50
mètres en dessous de la surface, protégés
par un rayon, des vaisseaux spatiaux, un
ou plusieurs turbophasotrons, toute une
électronique très avancée, vu l’étendue de
la ville, ça devait prendre une telle
quantité d’énergie que la planète sur
laquelle ils se trouvent, si petite, n’y
suffirait pas, la Terre elle-même non
plus, et elle a la taille de leur soleil, voilà
une de mes réponses, ils manipulent des
cristaux, et une sacré quantité, cela leur
fournit toute l’énergie nécessaire, nous, on
savait pas encore le faire, mais tôt ou
tard, nous y serions parvenus, je ne sais
pas comment ils procèdent, font-ils des
chocs sur ces cristaux, sans les démolir
bien sûr, ou une réaction chimique ou
vibratoire, la réponse doit être par
là, mais le détail…

Surtout, ne pas faire le fanfaron, je ne
dois pas en parler, dans le labo, je n’ai
rien vu, ou pas fait attention, je ne sais
rien, à prudence, prudence et demie, ils
ont commis l’erreur de me faire venir
dans ce labo, il fallait qu’ils en
commettent une.
 
Il se préparait à aller au restaurant quand
il vit l’écran de sa positronique s’allumer :

« Salut pote, on se rejoint au resto ? »
C’était Netz.

« Bien sûr, je t’attends ».

Il descendit de deux étages, et lorsqu’il
fut dans le restaurant, avec
Netzer, d’autres personnes entrèrent, les
gouvernants, les auxiliaires de Tarana, ceux
de Catina, et ceux de Nakwa, car la
fabrique de chaussures et vêtements du
premier étage ressortait de
l’artistique, Karl et Netzer étaient
maintenant à une table, la plus part des
autres personnes les regardaient avec un
sourire difficile à interpréter, franc?
Amusé? Ironique? Et on papotait.

L’après-midi vint, Karl ne sut trop quoi
faire, il décida de se coltiner à la fameuse
positronique, les heures passèrent, il
apprit pas mal de choses dans divers
domaines, de temps à autre un écran mural
émettait des vidéos diverses, notamment
des spectacles, eh oui, il y avait des gens qui
travaillaient, des artistes, des jongleurs, des
gens très adroits ou très forts, des comiques.

Karl se demanda:

« Normalement, dans cette société, les gens
vivent chez eux et personne n’est supposé
travailler, or dans leur fameux Tube, il y a
des conducteurs, d’autres avec des
véhicules individuels font les quartiers
pour prendre des clients, maintenant des
artistes, il faudra que je pose la question ».

Il eut l’idée d’appeler Catina, et le fit, une
image apparut:

« Oui, Karl, que puis-je pour vous ?»

« J ’espère ne pas vous déranger ».

« Absolument pas, je me ferai un plaisir de
vous aider ».

Karl lui fit part de son observation quant
aux personnes qui travaillaient.

« Ah ! Intéressant, pour les conducteurs de
véhicules, ce sont des gens qui s’ennuient
chez eux, et qui ont la bougeotte, je ne
vous en ai pas encore parlé, mais dans notre
population, tous ne sont pas passionnés
par la positronique et n’aiment pas toujours
rester chez eux, c’est un peu le défaut de
la cuirasse dans notre civilisation basée
sur un confort peut-être un peu trop
accentué, quant aux artistes, eh bien ils
exercent leur talent, qui leur donne le
sentiment d’être utiles, ce qui est vrai, les
spectacles distrayants ou sortant de
l’ordinaire permettent à d’autres
de mieux passer leur temps, d’autres
personnes travaillent également, nettement
plus nombreuses, toujours pour le confort
collectif, sans parler de nos militaires et
autres pilotes, mais de tout cela, je vous
parlerai plus tard, pendant que je vous
ai, verriez-vous un inconvénient à passer
chez moi ce soir après dîner, vers
21 heures, au dix-neuvième ? ».

« Bien sûr que non, ce sera avec
plaisir, mais tout le monde sachant
tout, est-ce que cela ne fera pas
désordre ? »

Rire de Catina:

« On dira qu’il s’agit d’une conférence
privée, mais non, aucune bille ne passe
à cette heure-ci, et nous sommes sur une
ligne sécurisée, étant la fille de l’ancien
gouverneur de Torka, c’est toujours moi
qui commande à la Makkna, et je suis la
seule à avoir une ligne sécurisée, par
contre, par discrétion, il vous faudra
passer par les escaliers, attention de ne
rencontrer personne, car
malheureusement, ils sont assez
souvent utilisés, je vous expliquerai».

« Je le ferai ».

Et l’image s’estompa, Karl eut des
battements de cœur:

« Que dois-je comprendre?
Catina est une superbe femme, blonde, la
petite quarantaine, de jolis yeux
bleus, une poitrine de rêve, assez
grande, de l’ordre du mètre quatre
vingt, woosh ! Je ne m’attendais
pas du tout à ça, mais attention, ce
n’est peut-être pas ce à quoi je
pense, si ça se trouve, elle me convoque
pour une toute autre raison, qui peut
être lourde, il va falloir être prudent et
laisser venir, à première vue, je ne vois
pas cette femme fomenter un complot
puisqu’elle dirige déjà tout, et utiliser
mes éventuels talents pour cela, je ne
suis pas spécialiste, y aurai-t-il là encore
quelque chose que je n'ai pas compris ?
Mais j’ignore tellement de choses…

L’heure de dîner approchait, il resta
dans le salon quelques instants, car
les écrans muraux affichaient des vues
de l’extérieur, Tanka sur un écran, la
mer côté sud, là où il avait été
repêché,  sur un autre.

Un appel de Netz:

« Ce soir, je vais essayer mon resto, voir
s’il est aussi bon que le tien, j’espère que
tu m’en excuseras, parce qu’après, je vais
me coucher, je suis crevé ».

"Tu es tout excusé, Netz, pas de
problème, et surtout repose toi bien ».

Dans l’après midi, avant d’appeler
Catina, il était tombé sur la géographie
complète de la planète, il y avait, en fait
trois continents, le pôle sud, avec une
large bande de glace, la bande de terre
qui s’étendait de face au polaire sud à
Tanka, sur laquelle se trouvaient
les znirs et les katars, puis passé la
mer(gelée) qui séparait Tanka de
Torka, la zone polaire nord, la chaîne
de montagnes infranchissable près de
Znirhad était pratiquement à l’équateur, et
plus au sud, c’était un immense désert qui
recouvrait tout et où personne n’habitait.

Après avoir dîné, il regagna son
appartement et prit un bon bain, un
écran mural du salon affichait des
images des rues de Torka,  généralement
bien éclairées, elles étaient pratiquement
vides, les gens ne sortaient pas.

Peu avant 21 heures, Karl quitta son
appartement, se dirigea vers la gauche
et trouva un escalier assez
large, propre, mais il fallait faire
attention, pas de bruit, il monta
prudemment marche par marche prêt à
redescendre pour éviter toute
rencontre, il savait que les autres
gouvernants, ou sous-gouvernants
habitaient les étages 8 à 18, mais qui
habitait où?
Ca, il ne le savait pas encore, et il
valait mieux qu’il ne le sache pas avant
d’être arrivé au dix-neuvième, il finit
par parvenir à destination cinq minutes
plus tard, Catina se tenait à côté de la
porte entrouverte.

« Venez Karl. »

Catina resta dans le salon et pria Karl
de s’asseoir:

« Vous prendrez bien quelque chose ? »

« Volontiers ».

Sur une table il y avait deux bouteilles et
des verres, elles venaient du bar, Karl
les connaissait, il avait les mêmes, il
opta pour le Bourbon.

« Excellente idée, c’est aussi ce que je
préfère » dit Catina.

Karl regarda autour de lui, tout semblait
analogue à chez lui, sauf la positronique
qui paraissait encore plus grande.

« Oui, vous avez remarqué ?
Je dispose d’une positronique un peu
spéciale, dotée de quelques fonctions
supplémentaires qui me garantissent une
totale discrétion et la possibilité d’accéder
à des informations que suis la seule à
connaître, ou avec la personne qui s’occupe
d’un domaine déterminé, dans ce cas, il
s’agit d’un contrôle, toujours en toute
discrétion, bon à la vôtre, j’ai pas mal de
choses à vous dire ».

Elle commença à lui expliquer que la
visite médicale de ce matin n’avait pas eu
pour seul but qu’un recueil de données
médicales, mais aussi des données
psychologiques, et que les pastilles
recueillaient également les pensées
stockées en mémoire.

« Seules Tarana et moi, savons ce qui
vous préoccupe réellement, elle et moi
sommes amies, elle ne me trahira pas.

Ainsi, sur votre planète, beaucoup plus
grosse que la nôtre, vous avez eu une
inversion des pôles, c’est vraiment
malheureux, je ne peux que compatir, des
milliards de personnes !!

C’est énorme, je ne peux qu’espérer que
votre Professeur Markos n’ait pas été
touché, je ne sais pas exactement depuis
combien de temps nous existons, mais
aucun document chez nous n’a mentionné
d’inversion des pôles, par contre, s’il
arrivait qu’une se produise un jour, nous
en connaissons parfaitement les
conséquences.

Notre planète est analogue à la
vôtre, noyau de fer en fusion au
centre, et protégée par un bouclier
magnétique, proportionnellement à la
vôtre, notre manteau supérieur et
inférieur sont plus épais, ce qui fait que
nous n’avons pas d’éruption
volcanique, n’ayant pas non plus
de lune, nous n’avons pas de marées.

Je vois que vous êtes surpris, c’est
normal, encore un petit Bourbon ?

Soyez sans crainte, nous resterons dans
le raisonnable, bon maintenant, parlons
de l’histoire de l’escalier, les ascenseurs
ont des détecteurs et sont donc inaptes
aux visites discrètes, pour l’escalier, c’est
encore une autre histoire, vous savez que
la Makkna est composée de 6 hommes et
de 6 femmes, en tenant compte de nos
mœurs qui, pour la quasi-totalité des
gens, ne sont pas orientés vers le
sexe, tout rapport doit faire l’objet d’une
certaine discrétion, or, dans ce bâtiment, les
rapports en question ne manquent
pas, par exemple, il arrive que Gorta se
rende fréquemment à l’appartement de
Karstens, elle emprunte donc l’escalier du
11 ème au 15 ème étage, pour Manda et
Borden c’est plus facile, respectivement
au 9 ème et au 10 ème étage, par
contre, pour Tanner et Tarana, du 8 au
18 ème étage, ce n’est pas triste, Zasper
et Nakwa, c’est du 17 ème au 13 ème
étage, mais ce serait trop simple, il y a
parfois des changements de
partenaires, histoire de tester si l’on
obtient mieux, je ne suis pas innocente
là-dessus, j’ai aussi testé des
partenaires, peu importe
lesquels, l’essentiel est que ce genre
d’information ne sorte jamais du
bâtiment, un déplacement par
l’ascenseur serait connu de tout
le monde.

Pourquoi est-ce que je vous parle de cela?

D’abord parce que vous êtes un beau
garçon, vous me plaisez, ensuite parce
que vous avez certaines
caractéristiques qui nous sont
communes, si mes ancêtres ont toujours
gouverné Torka, ce n’est pas par
hasard, c’est simplement parce qu’ils
n’avaient pas les deux pieds dans la
même chaussure, ils étaient actifs, la
vie dans Torka ne vous plaît pas des
masses, à moi non plus, figurez
vous, j’aimerais bien, par
exemple, sortir, aller dans la zone sud
voir les katars qui sont vos amis, passer
des temps au bord de mer, vivre dans
la kaaba bleu ciel qui était la vôtre, et dont
vous n’avez guère profité, bref, être en
contact avec la nature me plairait
beaucoup, je ne sais pas si moi, je
vous plais, je l’espère, mon idée serait
de donner un dynamisme aux gens de
Torka, qu’ils puissent sortir, tout le
monde chez nous, tant s’en faut, ne va
pas dans l’espace ni ne traverse
l’espace-temps, nous ne sommes que
quelques privilégiés à pouvoir le faire, et
puis, dans les autres populations
planétaires, c’est rarement drôle, entre les
protocoles, les mises au point, les séjours
que l’on est pressés de terminer, oh, il y a
bien deux planètes qui me plairaient, l’une
est d’ailleurs à peu près comme la
vôtre, mais les peuples qui y vivent, bien
que se conduisant à peu près comme
nous, sont physiquement radicalement
différents, aucune des planètes que
nous visitons, ne fait de transfert
espace-temps, je voudrais que tout
cela change, que nous sortions, comme
vous l’avez pensé, de cette vie au
chloroforme, mais ce ne sera pas
facile, une qui me suivrait serait
Tarana, c’est sûr, mais les autres…

Et plus encore les gens de la
population, qui ignorent totalement
ce qu’est la nature, qui vivent dans
une vie hyper-sécurisée, c’est loin
d’être évident.

Si nous sortons, la zone sud est
intéressante, il y a bien quelques
prédateurs, mais avec nos moyens, il
n’y aurait pas de problème, nous
disposons d’armes individuelles qui vous
surprendraient, la zone de Tanka, en face
de nous, est sans intérêt, comme je vous
l’ai dit, nous ne leur voulons aucun
mal, nous aurions pu les détruire
facilement, mais ce sont malgré tout
nos cousins, nous sommes de même
souche, mais leur système de
gouvernement, avec leur AS, leur S, leur
R, leur P, leur M, leur D, etc, est ridicule, ils
sont militarisés à fond, au grand bénéfice
de leur Régent.

Je vous dis tout cela pour savoir si vous
seriez d’accord pour m’aider, je peux
même dire pour « nous aider » parce je sais
que vous risquez d’être rappelé par votre
Turbophasotron, mais ça, je peux l’empêcher
sans problème, je ne vous demande pas
une réponse immédiate, réfléchissez
bien, finalement, il faut voir si je vous
plais, c’est la base de tout, car si vous
devenez mon partenaire, je serai
exclusive, je ne partagerai pas, et de
votre côté, vous pourrez compter sur ma
fidélité, fonder une famille, avoir une
descendance, tout en profitant du plaisir du
sexe qui n‘est pas à négliger, cela peut être
important, très important».

« Vous avez raison, il faut que je
réfléchisse, fit Karl, vous êtes une
femme magnifique(il pensait à
Nacka, mais en trois fois mieux), et il se
pourrait que vous me plaisiez, je n’en
suis pas encore sûr, vous aider ?
Nous aider ?

Je serais plutôt pour compte tenu de
tout ce que vous m’avez dit, sortir les
gens de leur torpeur, les faire vivre un
peu, oui, je serais d’accord, c’est une
hypothèse qui nécessite un plan sans
faille pas facile à monter, tenant
notamment compte du calcul des rapports
de force, une autre hypothèse moyen
terme mais plus égoïste serait la
suivante, vous et moi commençons
discrètement à sortir, peut-être aussi
Tarana avec son ou ses copains, cela aurait
peut-être l’avantage de leur faire
apprécier la vie dans la nature et
leur aide ne serait pas négligeable, mais
la difficulté qui sera pour moi la plus
lourde à surmonter c’est celle de
renoncer à retourner sur Terre et de ne
plus voir mon ami Markos, si
l’inversion brutale n’a duré que quelques
semaines, elle doit être
terminée, maintenant, je souhaiterais
aussi savoir s’il y a des survivants.

De deux choses l’une, ou bien la Terre
a été rasée, et le labo de Markos aussi, ce
qui rendrait impossible mon retour, ou bien
le labo n’est pas détruit, et il se peut qu’il
y ait des survivants sur ma
planète, j’ignore quelle hypothèse est la
bonne, c’est-ce qui va m’amener à
réfléchir avant de faire un choix ».

Catina reprit:

« Votre raisonnement est correct, et je
saurai attendre, votre hypothèse moyen
terme est séduisante, avec toute la
Makkna dans la manche, ce serait déjà
plus facile,  je comprends parfaitement
votre attachement à votre planète, je
réagirai probablement de la même façon
si j’étais dans votre situation, prenez
donc le temps de bien réfléchir, notamment
sur un plan pour l’hypothèse lourde et 
la moyen terme, vous avez démontré que
vous être intelligent et stratège, n’hésitez
pas à me parler de tout développement, je
suis avec vous, que penseriez-vous de
rester ici cette nuit, et qu’entre
autres, nous fassions l’amour, vous
descendriez tranquillement demain
matin à 10 heures pour être sûr de ne
croiser personne ? ».

Karl n’avait pas eu de femme depuis
Nacka, et là, c‘était la classe en plus, même
en passant son temps à échafauder des
plans et à se maintenir en bonne condition
physique, à son âge, ce n’est pas l’envie
qui lui manquait, Catina était vraiment
attirante, et si elle avait quelques années
de plus que lui, ça ne se voyait pas, sur
Terre, il risquait de ne plus y avoir de
lendemain, il se pourrait qu’il soit
condamné à rester ici, c’est vrai que
Catina était volontaire et avait bien des
points communs avec lui, il accepta.

« Rester avec une très jolie femme, oh oui! ».

« Cela mérite un dernier Bourbon, à la
nôtre » répondit Catina.

C'est là que Karl pensa qu'il était opportun
de parler de sa gande préoccupation du
moment:

« Je ne voulais pas parler des
cristaux, mais d’après ce que j’ai vu ce
matin, à la visite médicale, des appareils
qui ont des cristaux verts, jaune et
topaze, cela m’a amené à la conclusion
que les cristaux sont votre source
d’énergie, qu’une planète comme
celle-ci, et comme la mienne, ne
sauraient fournir, c’est-ce qui a
permis à votre civilisation d’évoluer
aussi rapidement ».

« J’aurais préféré que tu dises notre
civilisation, mais je sais que c’est trop
tôt, et je comprends, si je te dis « tu »
c’est parce que avec ce que l’on va
faire, je crois qu’on peut se le
permettre, bien sûr, dehors et devant
les autres, ce sera toujours vous, rien
ne t’échappe, et en plus, tu es encore plus
intelligent que je ne pensai, je suppose
que, même si sur Terre, vous ne le faisiez
pas encore, tu as une idée sur la
manière d’utiliser ces cristaux ».

« J’ai pensé à trois choses, un choc avec
un outil, mais qui n’abîme pas le cristal, une
réaction chimique, mais là, cela me semble
plus aléatoire, et une action vibratoire, qui
serait peut-être la plus probable »

Catina eut un sourire large jusqu’aux
oreilles:

« Décidément, tu es vraiment très
fort, c’est la troisième hypothèse qui est
la bonne, mais je t’en parlerai demain
ou après demain, après les réunions
auxquelles tu ne pourras pas encore
assister, car il ne faut pas dévoiler nos
batteries, nos discussions seront d’ordre
technique, alors les autres membres de
la Makkna ne comprendraient pas ta
présence, tu me renforces dans mes
projets, et c’est avec toi que je veux les
faire, à commencer par les petits câlins
sur lesquels on ne va pas tarder ».
 
Le lendemain matin.

« Bien dormi, Karl ? »

« Oh oui, et toi ? »

« Merveilleusement , nous allons prendre
un bon petit déjeuner, allez, debout !»

« Tu sais que tu es super belle ».

« Que devrais-je dire de toi, j’ai une
meilleure idée, ce matin, personne ne me
dérangera, je vais donc t’initier à« ma »
positronique, tu resteras ici avec moi, puis
descendras, toujours par les escaliers, à
midi et demie, là, tu ne feras pas de
rencontres, car le premier service du
restaurant est à midi, et le second à 13
heures , laissons Netzer un peu de
côté, c’est quelqu’un de pas mal, mais il
n’entre pas dans notre projet, dans 4
jours, il y aura une autre réunion, là, tu
viendras à celle de 10 heures pour poser
tes questions, bien entendu, je te verrai
entretemps, tu as donc trois jours pour
réfléchir à nos hypothèses, et à un éventuel
plan, j‘ai prévu que tu sois à la réunion du
matin dans 4 jours, car  les autres membres
trouveraient louche que tu ne viennes pas
les poser, il ne faudra pas parler des
cristaux, bien sûr, ni de toute autre
question délicate, que tu me
réserveras, uniquement des questions
simples auxquelles ils puissent répondre
sans être embarrassés».

« C’est entendu, il n’est pas question de
téléphoner les coups »

« Tu sais ce que je pense ?

Eh bien l’histoire de l’escalier, dans une
dizaine de jours, même si un autre
membre te voit, ce sera sans
conséquence, au contraire, pour ton
hypothèse moyen terme, ça peut
aider, ils vont voir qu’il y a une certaine
complicité, cela peut ouvrir les
esprits, mais il ne faut jamais prendre
l’ascenseur, pour les réunions, à part
celles très techniques, je te ferai venir
à la plus part d’entre elles, cela t’aidera
à mieux comprendre encore ce qui se
passe, pourquoi nous prenons telle
décision, basée sur quel
contexte, etc, dans quelques jours, et je
sais exactement quand, nous nous
rendrons à l’entrepôt des cristaux, je sais
mieux que quiconque, sauf peut-être que
Malker, comment on les manipule, je
t’expliquerai même certaines
applications, il a un jour de congé, on
en profitera, il y aura des exécutants, mais
ce n‘est pas grave, je saurai mettre Malker
devant le fait accompli, il te faudra bien
observer ce que je ferai, les explications
seront à la sortie, je dispose d’un véhicule
avec des vitres fumées, un peu de
discrétion dans les rues, on ne sait jamais ».

Karl se familiarisa avec quelques aspects
insolites de la positronique de Catina, puis
l’heure de déjeuner arriva.

« Pour le moment, tu attends bien midi et
demie pour rentrer chez toi, tu iras au
second service ».

« Pas de problème ».

En début d’après-midi, Karl réintégra son
appartement, Netzer était sur l’écran:

« Salut ami, je ne t’ai pas vu ce matin, que
se passe-t-il ?
Ni au resto, rien de grave j’espère ».

« Salut Netz, alors, tu t’es bien reposé ?
En forme?
Non, pour le resto, j’y suis allé au second
service, Catina m’a chargé d’un truc qui
m’a pris la matinée, alors j’ai un peu
dérapé sur l’horaire ».

« Ah ! D’accord, oui, je suis en pleine
forme, merci, j’avais un sacré besoin de
récup, mais puisque tu me parles de
Catina, plus je la regarde, plus j’y vois une
sorte de ressemblance avec Nacka, oh, elle
est encore plus jolie, plus fine, plus
classe, un sacré canon, en voilà une qui
t’irait bien, mais bon, je vais te
laisser, cette fameuse positronique, je
l’adore, je crois que je vais passer mon
après-midi là-dessus, il y a des tas de
choses à apprendre, on se rappelle
éventuellement pour ce soir au resto ? ».

« Ok Netz, on fait comme ça ».

Il était très malin, mais devenait
encombrant, Karl et se mit à cogiter:

« Là, je me suis engagé avec Catina, pas
totalement, bien sûr, mais c’est de la
corde raide, c’est vrai que c‘est un
canon, et plutôt douée, ça, c’est dix bons
points, mais de là à me faire renoncer au
retour, il y a un escalier qui n’est pas le
même, établir un plan sur le moyen
terme, si j’arrive à obtenir l’intérêt à
défaut d’un accord total, des membres de
la Makkna, chacun d’entre eux devant avoir
des subordonnés zélés, on obtiendra
facilement gain de cause, mais je me
méfie de la réaction des gens, la fameuse
positronique a un revers avec ses
informations à tout le monde, celui que
les gens ne comprennent pas et/ou soient
jaloux de nous voir sortir et passer de
bons séjours chez les katars, cela peut
faire des réactions imprévisibles, et
mettre en danger la position dominante
de la Makkna, les révolutions, ça existe, je
ne sais pas si Catina a vu cet aspect, c’est
pas gagné.
 
Quant à l’hypothèse lourde, celle d’obliger
les gens progressivement à sortir, d’abord
par l’exemple, puis par des slogans ou des
pubs, etc, c’est encore beaucoup plus
compliqué, puis transformer mes katars
en station de tourisme, ça ne leur plaira
peut-être pas.

Il y a gros danger dans les deux
cas, mais en privilégiant la moyen
terme, si je parviens à convaincre
Catina, il doit y avoir possibilité de
tronçonner les infos, ou carrément
supprimer celles de la terre des katars
durant le temps que nous y sommes, mais
pour cela, il faudra la complicité de
Malker qui devra manier les cristaux en
conséquence, il va falloir que je soumette
ces éléments à l’appréciation de Catina.

Cette dernière, au même moment:

« Karl est vraiment formidable, quelle
nuit nous avons eus, ah c’est tout autre
chose que les collègues de la Makkna, il
n’y a pas photo, je crois que je tombe
amoureuse de lui, et pour faire une
descendance, personne n’est mieux
indiqué,  sa carrure, sa tête, tout est bon
à prendre.

Lorsqu’il établira des plans pour les
hypothèses, il se sentira de plus en
plus concerné par notre société, il
trouvera une large compensation ici, la
nature, l’avancée technologique, l’espace
et l’espace-temps, c’est tout benef pour
lui, au lieu de son Professeur Markos, il
pourra s’il le  veut travailler avec
Malker, ça serait super, surtout que
Malker n’est pas le dernier à vouloir se
distraire, esprit brillant, mais
décontracté et aimant bien les bonnes
choses.

Plusieurs semaines passèrent on ne
peut mieux, Karl commençait à connaître
beaucoup de choses, notamment sur les
cristaux, Catina, de son côté, avait parlé
de sa liaison avec Karl à son amie
Tarana, et finalement, tous les habitants
du bâtiment 1 avaient fini par en être
informés, ce qui permit à Catina de
pouvoir faire venir Karl à toutes les
réunions, cet évènement extraordinaire
avait été perçu d’un manière plutôt
positive par la plupart des membres
de la Makkna, après tout, Karl ne
dérangeait personne, seuls
Zasper, Gorta, et Konan qui étaient des
habitudinaires, marquaient, fort
discrètement, un certain scepticisme, neuf
personnes sur douze pour et trois autres
seulement sceptiques sans être vraiment
négatives, cela permettait d’envisager
l’hypothèse moyen terme avec
optimisme, Catina avait bien été
convaincue par Karl de la quasi
impossibilité du projet lourd, et de
l’intérêt du moyen terme,  la civilisation
des tarkiens avait pour principe de base
une égalité absolue entre les
habitants, mais ce n’était pas tout
à fait exact, à commencer par les relations
sexuelles du bâtiment 1 qui seraient
considérées comme une corruption par
les gens du peuple, ces mêmes privilégiés
de la Makkna disposaient de
connaissances qui n’étaient pas
retransmises par les positroniques
sans parler de leur privilège sur les
voyages spatiaux et
spatio-temporels, une égalité absolue
était irréalisable, c’était un mythe, ce
fût précisément l’un des sujets de
discussion au cours d’une réunion à
l’étage 20, tous les membres de la Makkna
admirent que finalement, les gens du
peuple étaient fort bien traités, disposaient
de tout, et qu’une égalité en tout, avec
les mêmes privilèges était impossible, cela
permit de faire approuver l’hypothèse
moyen terme  qui consistait à ce qu’en
un premier temps qui pouvait durer des
dizaines d’années, voire des siècles, seuls
les privilégiés de la Makkna et Karl, et
peut-être Netzer, pourraient sortir et
prendre du bon temps dans le sud.

La couleur de leur peau se
modifierait, cela se verrait sur les
positroniques, ce n’était qu’un détail
mineur, une nouvelle planète aurait
soi-disant été découverte, disposant
d’un temps exceptionnel, la
connaissance d’un nouveau peuple et
une alliance nécessiterait des visites
et des pourparlers fréquents pour une
bonne entente, le tour était joué, les
programmes liés aux expériences
spatio-temporelles n’avaient jamais été
retransmis,  ils étaient toujours restés
top-secret.

Il fallait par contre apporter quelques
modifications techniques au niveau de
l’information via les
positroniques, l’histoire de l’escalier
du bâtiment 1 pour les visites galantes
fût rapidement résolue, Malker fit
quelques manipulations sur des cristaux
pour faire en sorte que l’ascenseur du
bâtiment 1 reste discret, après
tout, quel était l’intérêt pour le
peuple, de pouvoir voir un membre de
la Makkna passer d’un étage à un autre ?

Cela ne devrait pouvoir créer aucune
réaction, l’histoire des voyages vers les
régions sud était un peu plus
compliquée, il fallait pouvoir remplacer
des connexions directes par des
programmes fictifs, et régler le problème
des billes, mais Malker et Catina y
parvinrent, avec la complicité de
Konan, il y aurait des retransmissions
de voyages spatiaux fictifs pendant que
les uns ou les autres, de la Makkna, iraient
se dorer la pilule et passer de bons
moments chez les katars, probablement
à la plus grande joie de Kravok.

Depuis peu, l’air de rien, Netzer avait
réussi  se placer auprès de la ravissante
Darna,  qui habitait également le
bâtiment 3, à l’étage 8, deux étages à
monter ou à descendre, ça se faisait en
souplesse.


Karl devenait de plus en plus sceptique
quant à l’intérêt de son retour sur
Terre, il se disait souvent qu’il se sentait
vraiment bien ici, avec Catina, de mieux
en mieux, il bénéficiait des mêmes
privilèges que les membres
gouvernants, hors des contraintes des
réunions qui n’étaient pas toujours sans
intérêt, il faisait ce qu’il voulait , et
puis, c’était un scientifique, un
chercheur, alors une planète ou une autre ?

Bien sûr, de profonds sentiments le
reliaient à la Terre, et surtout au Professeur
Markos, mais si plus rien n’existait là-bas ?

Maintenant, il était à deux doigts de
combler les souhaits de Catina.

Des jours passèrent encore, puis un
mois, Maintenant, Karl était à trois mois
de son retour,  le temps passait, son
angoisse augmentait mais de quelle nature
était-elle maintenant ?

Son retour sur Terre ou bien rester ici ?

Catina et Karl venaient, entre deux
réunions, de passer deux jours chez les
katars, aucun autre membre de la Makkna
n’était encore sorti, ils avaient préféré
attendre et recueillir les récits des deux
amoureux sur cette première
expérience, ceci d’autant plus que Karl
avait déjà vécu chez les katars, ce
dernier, au cours d’une réunion leur dit:

«Tout ce qu’on pourrait dire serait
intéressant pour vous, mais le mieux
est de vous montrer tout le séjour que
nous avons enregistré sur le mobile ».

Il commença la projection sur un
écran, rien ne serait retransmis ailleurs:

« Nous arrivons au bord de
mer, Catina, garons le véhicule qu’il
vaut mieux maintenir invisible, et sortons ».

« D’accord Karl, mais il n’y a personne ! »

« Cela ne me surprend pas, d’abord, ils
ne m’attendent pas, et les katars ne sont
pas des marins ».

« C’est vrai, allons-y ».

Ils descendirent du véhicule qui ne tarda
pas à repartir, ils empruntèrent le chemin
que Karl utilisait, trois mois plus
tôt, puis se retrouvèrent à la lisière des
terres et de la forêt, devant une
quarantaine de kaabas qui constituaient
le village de Karlstana.

Des enfants jouaient à 20 mètres devant
eux, lorsqu’ils aperçurent Catina et
Karl, après une courte stupeur, ils
coururent vers une kaaba verte et y
entrèrent.

Kravok en sortit et vint vers eux :

« Non, mais non, ce n’est pas
possible, toi, Karl !! C’est vraiment
extraordinaire, oh mon ami, tu n’es pas
réel, je dois avoir la berlue,  et il y a une
belle dame avec toi, non là, je rêve».

« Oh que si, Kravok, nous sommes bien
réels, et bien vivants, mais on
t’expliquera tout cela, tu peux me
toucher, n’hésite pas ».

C’est-ce que fit Kravok, puis Karl et lui
se prirent dans les bras, Karl dût se
baisser, bien sûr, vu la différence de
taille, puis il lui présenta Catina ».

« Alors si j’ai bien compris ce que tu viens
de me dire, cette ravissante
personne, Catina, grand respect, gouverne
une civilisation très avancée qui s’appelle
Torka, est-ce que, comme dans la
légende, ils peuvent voler dans l’espace ?

Je crois que tu vas avoir beaucoup de
choses à nous raconter, Karl, mais je
suis distrait, pour le moment, je vais te
ramener Zolter, qui soigne un enfant dans
sa kaaba jaune, puis nous attendrons
Keitan, Dattor et Vastear et leur hommes
qui ne vont pas tarder à revenir de la
forêt".

N’étant pas venus par transfert
espace-temps Karl demanda à Catina:

« Comprends-tu ma conversation avec
Kravok? »

« Oh oui, chéri, sois sans crainte, depuis
le temps que nous les observons, nous
connaissons parfaitement leur
langue, d’ailleurs Kravok doit voir que je
m’exprime sans difficulté, n’est-ce pas
Kravok ? »

« En effet, grande Maîtresse, je ne sais
pas comment t’appeler, mais vu ce que
tu représentes, tu dois avoir un titre ? »

« Appelle moi Catina, car tel est mon
prénom, entre amis c’est comme ça
qu’on s’appelle, non ? »

« Ben, oui, c’est vrai, tu es grande, et
vraiment belle, et très distinguée, de
très beaux habits, je suis en train de
me figurer la réaction de nos amis qui
vont revenir de la chasse, là je vais
rigoler, mais je reviens avec Zolter ».

Le repas qui suivit fût gargantuesque, ils
déjeunaient dehors, dans un espace
considéré comme le terre-plein
central, autour duquel  se tenaient les
quatre principales kaabas, celle de
Keitan en bleu topaze, celle de Karl en
bleu ciel, celle de Kravok en vert, et celle
de Zolter en jaune.

« Alors si je comprends bien, tu as
retrouvé ton peuple, Karl ».

« En un sens oui, mais c’est plus compliqué
que cela, Keitan » il regarda Catina durant
un instant, celle-ci:

« Tu peux lui dire la vérité, Karl ».

Alors Karl raconta toute son aventure, Dattor
et Vastear étaient également présents, ils
étaient 7 à déjeuner, les autres hommes, les
femmes et les enfants déjeunaient à l’autre
bout du terre-plein qui était grand, c’était
la coutume, il se garda tout de même de
parler de toutes les possibilités de
Torka, notamment les billes qui pouvaient
observer les katars, il fit donc semblant
d’ignorer, tout comme Catina, tout ce que
lui racontèrent Keitan et Kravok sur les
évènements de ces trois derniers
mois, aucun aventurier znir n’était
venu, leur effectif avait tout de même
changé depuis le départ de Karl, car deux
naissances avaient eu lieu.

L’après-midi, personne n’alla à la
chasse, le retour de Karl, c’était quelque
chose, maintenant, ils avaient du vin, les
raisins avaient bien poussés, tout
comme d’autres légumes.

Karl: «Voilà qui doit faire plaisir à Kanor. »

Et tous de rire.

C’était la fête, en soirée, après un
formidable dîner, des femmes dansaient
sur le terre-plein, accompagné de trois
hommes qui jouaient avec de curieux
instruments de musique, mais Catina et Karl
connaissaient,  cela faisait aussi partie des
coutumes katars et avait lieu deux fois
par mois.

La kaaba de Karl avait été nettoyée à
fond, il y avait même un récipient d’eau
de plus d’un mètre cube à l’intérieur, avec
des plantes aromatiques.

« Cela a été une merveilleuse
journée, chéri , si nous faisions l‘amour?

Mais vas doucement car je ressens sur ma
peau des brûlures de Tanar ».

« Moi aussi, fit Karl, peut-être un peu
moins que toi, mais je suis également
sensible, il faudra voir demain matin
si Zolter a une pommade pour résoudre ».

Le lendemain matin, Zolter avait
effectivement ce qu’il fallait, les brûlures
disparurent comme par miracle dans
l’heure qui suivit, donnant aux peaux une
belle couleur ocre jaune.

Ce dernier, en les soignant dans sa kaaba
leur avait dit:

« Eh oui, nous savons traiter les
brûlures, tant par le feu que par Nakath
(Tanar, soleil), notre peau est très
foncée, nous sommes presque toujours
dehors, mais nos enfants, lorsqu’ils
naissent ne doivent pas être trop
exposés à Nakath ».

La journée passa très vite, Karl
avait, à un moment, pensé à aller au
bord de mer avec Catina, mais leur
court séjour les obligeait, par politesse, à
rester dans le village, près de leurs
amis, il dit à Keitan et à Kravok:

« Nous devons vous quitter, mes
amis, il faut que nous retournions à
Torka, d’après ce que je vous ai raconté
hier, vous savez que Catina et moi, avons
la responsabilité d’un peuple de 2.000.000
d’habitants, mais nous reviendrons vous
voir de temps à autre, soyez sans crainte, il
se pourrait que quelques uns de nos amis
viennent vous voir dans peu de temps, en
général par couple, comme nous, réservez
leur le même accueil qu’à nous, ce sont
des gens biens, et laissez leur ma kaaba
à disposition, je peux compter sur vous ? »

« Nous sommes tristes de te voir
partir, et en même temps heureux de
voir que tu es vivant, ta compagne
Catina est extraordinaire, tu ne pouvais
mieux choisir, Karl, nous attendons
avec impatience votre retour à tous les
deux, vos amis seront bien accueillis, foi
de Keitan ».

« Foi de Kravok et de tous ici ».

Catina émue, les embrassa, et avec
Karl, emprunta le chemin du retour par
le bord de mer, l’après midi touchait à sa fin.

 
 Fin de la video, les membres de la Makkna
avaient tous le sourire.

« Ce sont vraiment des braves gens »
dit Lorana.

« Oui, ajouta Malker, pour une civilisation
primitive, chapeau, mais l’air de rien, ce
Kravok est un sacré vieux malin ».

« Vous êtes encore en-dessous de la
vérité »dit Karl en riant.

« Oui, d’accord, nous savons, nous l’avons
vu à l’œuvre, moi, celui que j’aime
bien, c’est Keitan, voilà un bon
chef, quelqu’un de droit et de 
chaleureux » reprit Konan.

« Moi, c’est Zolter qui m’amuse, lui aussi
a des qualités, c’est un consciencieux »
ponctua Tarana.

« Ces primitifs me plaisent, pas de
roublards, pas de tordus ni
d’arrivistes, chacun à sa place, jouant
parfaitement son rôle, ils sont un peu
justes pour faire de bons militaires, mais
l’esprit y est, respect, ils méritent un
salut »fit Tanner.

« C’est bien que vous les ayez
sauvés, Karl, vraiment, ils ont droit à
une vie agréable, je les trouve d’ailleurs
assez harmonieux, ils font vraiment
corps avec la nature »ainsi avait
parlé Nakwa.

La réunion se termina, mais tout le monde
savait déjà que Catina et Karl ne seraient
plus les seuls à passer des paires de jours
chez les katars.

Peu de temps après, il fut décidé que Karl
laisserait son appartement du septième
étage pour vivre au dix-neuvième avec
Catina, l’appartement laissé libre serait
attribué à Netzer et à Dorna qui filaient
le grand amour, Netzer avait cessé
d’appeler fréquemment Karl pour des
restos ou autres, il travaillait désormais
en étroite collaboration avec
Karstens, tout s’agençait
progressivement,  on trouverait tôt ou
tard des affectations aux deux
appartements du bâtiment 3, laissés
libres, pour les autres membres, chacun
gardait le sien, au restaurant, Karl
n’était plus regardé comme une
curiosité, mais au contraire avec un
certain respect, et il n’était plus seul, la
personne avec qui il était en imposait.

Catina lui apprit toutes les ficelles de sa
positronique spéciale, un tas de choses
relatives à la gestion et au contrôle de la
ville, et en revint aux fameux cristaux.

« Bon là, chéri, il serait bon de faire un
historique de ces cristaux, malin comme
tu es, je suppose que tu as dû les
rechercher sur la positronique, et tu as
constaté que quelques cristaux et autres
pierres précieuses étaient laconiquement
décrits, rien de plus.

Ce n’est pas dû au hasard, et tu te doutes
déjà pourquoi, les gens de Torka ne savent
rien de nos cristaux, sinon qu’ils sont la
source d’énergie qui alimente tout, ils
ne cherchent pas à en savoir plus, tant
qu’ils ont leur confort et tout à portée de
main, rien d’autre ne les inquiète ni ne
pique leur curiosité, alors pourquoi
vouloir leur apprendre quelque chose
qui ne les intéresse pas?

Ce serait perte de temps, donc stupide de
notre part.

Mais toi, tu es différent, tu veux
savoir, alors voilà l’origine des
évènements, telle que je la connais, qui
m’a été transmise de bouche à
oreille par mes ancêtres.

Il y a 1000 ans, nous nous sommes
séparés de Tanka pour venir vivre ici, au
début, nous l’avons payé au prix fort, il
ne poussait rien dans les environs, nos
aïeux constituaient des maisons en
glace, comme tes igloos, ils creusaient
des trous dans la glace, parfois à une
grande profondeur, au froid, pour pêcher
des poissons et attraper des klaps qui
sont des sortes de phoques chez
toi, les poissons les alimentait
pendant que les klaps leur apportait
beaucoup plus encore, de la viande, de
la graisse, et la peau leur servit à faire
des vêtements.

Heureusement, ils savaient faire du
feu, mais je ne sais pas comment, ils
savaient désormais se
chauffer, s’habiller, se loger, avaient de
quoi manger, mais c’était peu varié, ils
n’ont pu survivre que parce que dans les
klaps, il y avait d’importantes quantités
de vitamines de toutes sortes, mais leur
vie était monotone, oh, ils ne voyaient
guère le temps passer, tous les 
jours, hommes, femmes et même
enfants, les passaient à chasser et à
pêcher et dormaient peu.

Au début, ils s’installèrent là où la
mer devient liquide, sans glaciation, puis
descendirent même un peu plus bas, sur
des terres à cultiver, mais de temps à
autres, ils rencontraient des prédateurs
qui recherchaient les mêmes choses
qu’eux, il y avait souvent des combats
lourds de conséquence, mais un
jour, un certain Krober vécut, c’était
il y a 700 ans, il était convaincu qu’il
y avait quelque chose à découvrir dans
le nord, probablement fort et bon
orateur, il réussit à convaincre 200
personnes, beaucoup d’hommes, peu de
femmes, et bien sûr pas d’enfants, de
partir pour le nord avec force
provisions, ils firent 200 kilomètres
et après bien des difficultés et des
disparus en cours de route, ils arrivèrent
au pôle, température de l’ordre de
moins quarante.

Là, rien de visible, que de la glace, ils
creusèrent, creusèrent encore, les
hommes de Krober étaient déçus et prêts
à le lâcher, lorsqu’ils découvrirent, après
avoir creusé 100 mètres de glace, fallait
qu’ils en veuillent, une grotte !

Elle était immense, des kilomètres, il y
avait de l’eau douce, des stalactites, des
stalagmites, et il y faisait nettement
meilleur, de l’ordre de 5 degrés, ils
l’explorèrent et, au cours d’une
bifurcation, il découvrirent sur les
parois des paquets de cristaux de
diverses couleurs, des bleus, des
verts, des violets, des jaunes, des
transparents, des composés, et même
des rouges, qui ne sont pas les moins
utiles, quelques kilomètres plus loin, la
grotte débouchait sur une sortie, une
zone de glace bien sûr, mais qui leur
permit de revenir, avec une certaine
quantité de chacun de ces
cristaux, arrivés dans une zone de
terres qui comportait quelques reliefs, des
petites collines, ils choisirent avec ceux
qui étaient restés sur place, un lieu
difficile d’accès pour se prémunir des
prédateurs, ce qu’ils parvinrent fort bien
à faire, car le niveau de civilisation étant
bas, il y avait finalement peu
d’armes, c’est surtout la position qui
était importante.

Krober mourut et deux siècles
passèrent, durant ce temps, ils avaient
bien des cristaux, mais ne savaient
qu’en faire, ils les conservaient un
peu comme des pierres précieuses, puis
un jour, un certain Tekkran exista à
son tour, il était considéré comme un
bon à rien, peu discipliné, ne travaillant
pas, il était, en quelque sorte, la honte de
la communauté qui se composait de
10.000 personnes, la seule chose qui
intéressait ce Tekkran était de faire des
sons probablement pour se faire
remarquer, il fabriquait divers
instruments dans cette optique, et il
allait très souvent près de l’endroit où
les cristaux étaient stockés, un
jour, il fabriqua un objet bizarre qui
émettait bien quelque chose, mais
c’était inaudible, par contre, les gens qui
se trouvaient près de lui se tenaient la tête
et, bien sûr, l’engueulaient en lui disant
de cesser, mais plusieurs des cristaux
réagirent et devinrent d’une luminosité
éclatante.

Un certain Genkar passa par là à ce
moment là, autant Krober avait été un
explorateur acharné, autant lui, était un
chercheur qui ne l’était pas moins, il vit
l’éclat des cristaux, cet homme
s’intéressait à tout et se posait sans
cesse des questions, c’est-ce qu’il fit à
cette occasion, il était respecté de par
ses larges connaissances, il dit aux gens
qui se trouvaient là de s’en aller et
s’approcha de Tekkran.

« Ce que tu fais est très
intéressant, pourrais-tu fabriquer d’autres
instruments qui puissent émettre des sons
audibles ou inaudibles à diverses
fréquences, et de les émettre près de ces
cristaux, tu viens de faire une découverte
extraordinaire, crois-moi ».

Le Tekkran en question était trop
heureux, et en plus, c’est Genkar
lui-même qui lui parlait, il répondit.

« Tu peux compter sur moi, laisse-moi
un peu de temps, je vais te fabriquer
des instruments de sons, tu m’en diras
des nouvelles, et je te les donnerai, parce
que c’est toi ».

Il partit, fier d’avoir été considéré, et
pas par n’importe qui.

Quelques jours plus tard, Genkar et
Tekkran se rencontrèrent à nouveau près
des cristaux, ce dernier apportait une
demi douzaine d’instruments, tous plus
bizarres les uns que les autres, il montra
à Genkar comment en jouer, c’était un
gaillard qui avait du souffle, tous les
cristaux finirent par réagir aux infras et
aux ultras sons, certains émettant des
vibrations, d’autres des rayons de
lumière, le départ était donné, c’était il y
a 500 ans.

Par la suite, tout alla très
vite, Tasler, puis Kordan, et Niebel
travaillèrent activement, durant toute
leur vie, sur la découverte appelée
Genkartekkran, sur les vibrations, et
sur les instruments qui les créaient, les
résultats vinrent rapidement lorsque Niebel
travailla sur les températures, elles
entraient en ligne de compte.

A force de tâtonnements, il obtint des
premiers résultats, des cristaux créaient
de la matière.

Bon l’heure du restaurant approche, je te
parlerai de la suite plus tard».

Karl faisait désormais partie de toutes les
réunions, mais elles ne lui apprenaient pas
grand-chose en matière technique, au
niveau des décisions non plus, car les
membres de la Makkna se bornaient à
gérer l’existant. Il n’y avait jamais
d’incidents d’aucune sorte dans Torka, tout
était parfaitement rodé.

Au cours de l’une d’elles, il fut question
d’intégrer Karl dans la Makkna, simple
formalité, 12 voix votèrent pour, ils étaient
désormais 13 au gouvernement.

Un début d’après-midi, chez Catina:

« Chéri, aujourd’hui, nous n’avons pas de
réunion, alors je t’ai réservé une petite
surprise ».

« Ah oui ! »Fit Karl.

« Tout à l’heure, nous allons passer chez
Konan, et faire un petit voyage
spatial, explorer notre système de 6
planètes, puis aller jusqu’au système voisin
situé à 25 parsecs, mais sois sans
crainte, nous serons revenus pour le dîner ».

« 25 parsecs !! Et nous serons revenus ce
soir ? ».

« Sans problème, nos vaisseaux peuvent
dépasser la vitesse de la lumière de
plusieurs millions de fois ».

« Décidément, les cristaux permettent tout ».

« Pratiquement, oui, prépares-toi, nous
y allons ».

Le voyage se fit sans problème, Karl était
émerveillé par ce qu’il voyait, cette
expérience spatiale devrait lui laisser un
souvenir impérissable.

Lorsqu’ils regagnèrent Torka, Catina et
Karl réintégrèrent le dix-neuvième
étage, prêts à se rendre au restaurant dans
les minutes suivantes, c’est à ce moment-là
que Karl fût entouré d’un nuage
paratronique blanc qui le fit disparaître.

Il se retrouva nu dans le laboratoire du
Professeur Markos, sur le gravitron, quelques
secondes pour reprendre ses esprits, il reprit
les habits qu’il avait laissés près de 9 mois
plus tôt, et cria:

« Professeur Markos, vous êtes là ? »

« Bien sûr, Karl, que je suis là, prenez votre
temps, ça a dû être brutal ».

« Et comment ! Il faudra m’expliquer ».

« Ca, c’est une autre histoire, c’est
peut-être vous qui allez pouvoir
m’expliquer ce qui s’est passé, je vous
propose de boire un bon coup pour
fêter votre retour qui, normalement, ne
devait avoir lieu que dans trois
mois, puis nous nous raconterons les
évènements de ces 9 derniers mois».

Ce fut Karl qui commença, il avait tant de
choses à raconter que son récit se
poursuivit durant le dîner, puis jusqu’à
très tard dans la nuit.

Le professeur Markos:

« Passionnant, vraiment
passionnant, vous êtes visiblement
fatigué, le mieux sera de reprendre
tranquillement demain matin ».

Le lendemain:

« Ah vous voilà, Karl, bien dormi ?
Il est presque 11 heures ».

« Oui Professeur, là, je me sens
mieux, mais j’ai faim ».

« Pas de problème, prenez
tranquillement votre petit dej ».

Quelques minutes plus tard, Karl:

« Alors Professeur, avez-vous une idée
sur ce qui a pu se passer, pourquoi le
Turbophasotron a déconné ? ».

« Oui Karl, je crois savoir pourquoi, en
fait, le Turbophasotron n’a pas déconné
comme vous dites, c’est votre voyage
spatial qui en est la cause, le fait d’avoir
été des millions de fois plus vite que la
lumière, c’est fantastique, mais le Turbo
ne l’a pas compris, pendant ce temps, il
ne vous situait plus, vous étiez considéré
comme disparu, alors dès que vous êtes
réapparu, il a mis en œuvre la clause
de sécurité W9A3K, un rapatriement
automatique sans tenir compte de
la programmation initiale, vous n’auriez
pas dû faire ce voyage ».

« Ah oui, je l’avais oubliée celle-là, et
c’est d’autant plus dommage que Catina
allait bientôt m’apprendre tous leurs
secrets, ce qui m’aurait permis de résoudre
quelques petits problèmes ici ».

« Pas sûr, Karl, d’abord parce que vous
n’auriez peut-être plus voulu
revenir,  ensuite parce que les quelques
cristaux que nous avons sont dans le
Turbophasotron, et ne peuvent servir à
autre chose,  et enfin parce que non
seulement nous n’avons pas d’autres
cristaux, mais il nous manque également
le mode d’emploi pour les manipuler ».

« Et bien sûr, vous ne pouvez pas me
renvoyer là-bas ? »

« Hélas non, mon Turbo n'a rien à voir
avec Stargate, je suis encore loin d’avoir
atteint ce stade de précision, il reste
beaucoup à faire, à commencer par rendre
possible le transfert d’objets
inertes , vous avez vraiment vécu une
aventure extraordinaire, bien sûr, c‘est
dommage pour Catina, et peut-être aussi
pour vous, mais nous sommes devant un
fait accompli contre lequel on ne peut
rien, intelligente comme elle est, votre
compagne du moment a dû également
comprendre ce qui s‘est passé».

« Très probablement, fit Karl, maintenant
c’est à votre tour de me raconter ».

« Eh bien ici, ce qui s’est passé est
beaucoup moins passionnant, la Terre a fait
son inversion, les catastrophes ont duré
trois semaines, j’ai pu récemment remonter
en surface pour remettre des instruments
de détection, après avoir utilisé beaucoup
d’huile de coude pour nettoyer l’escalier et
faire en sorte que l’ascenseur soit de
nouveau opérationnel, et à mon âge, ce
genre d'exploit…

Tout semble redevenu normal sur la
planète, il y a des survivants, qui devaient
également se trouver en profondeur durant
cette période, j’ai réceptionné quelques
émissions radio, des paroles individuelles, très
probablement issues de vieux postes à
galène,  mais  mes instruments ont une portée
très limitée, en tout cas je n’ai perçu aucun
mouvement dans la zone, et n’ai réceptionné
aucune émission tv , il m’apparaît évident que
toute la technologie a été détruite, et qu’il
faudra un certain temps aux survivants pour
redémarrer une civilisation » .

Quelques semaines passèrent, les possibilités
d’alimentation étaient moins évidentes, et les
stocks du labo diminuaient sérieusement, à
tel point que le Professeur Markos:

« Nous risquons un sérieux problème dans
peu de temps, Karl, je sais que vous faites
de votre mieux, mais il ne reste plus
grand-chose dans les congélateurs et les
frigos, nous devons trouver une solution. »

« J‘entends bien, Professeur, mais laquelle ?

A pieds, je ne peux aller très loin, et tout
autour de nous, en surface, il n’y a rien de
cultivable, seulement de la forêt, et une
chaîne de montagnes, je n’ai même pas vu
de gibier.

Par contre, que le soleil se lève à l’ouest, il
faut s’y faire, en plus, il fait froid. »

« Oui, nous sommes dans l’hémisphère
sud, vers les quarantièmes, et en
Juillet, c’est l’hiver, ce qui n’est pas pour
arranger notre préoccupation.

La neige, et une rivière avoisinante nous
permettent d’avoir de l’eau, mais pour le
reste…

Contrairement à ce que vous pensez, le
soleil ne se lève pas à l’ouest, mais
toujours à l’est, seuls les paysages ont
changé de position, les mers Noire et
Caspienne sont inversées, mais toujours
à au moins 250 Kms d’ici, il doit y rester
du poisson, mais il faut y aller, c’est
loin, quant aux terres anciennement
cultivables et cultivées, je suppose
qu’elles ont dû changer de nature, nous
aurions eu le temps de nous constituer
un jardin hydroponique, à défaut d’une
zone pour du bétail, mais nous ne
l’avons pas fait.

Cela me donne faim, allez donc nous
préparer un steak avec des pommes de
terre et  une bonne bouteille de vin, nous
réfléchirons plus tard.»

« J’ai cru comprendre, Professeur, que
vous aviez progressé dans vos recherches
sur le transfert possible d’objets inertes, si
tel est le cas, cela me donne une idée. »

« Holà, doucement, Karl, j’ai bien deux
hypothèses qui pourraient aboutir, mais
modifier les phaseurs et le Turbophasotron
en conséquence est une toute autre affaire
qui représente plusieurs mois de travail, à
condition que mes suppositions soient
correctes, mais à quoi pensez-vous ? »

« Oh, je pensais à un transfert
court, genre aller-retour, qui me
permettrait de rapporter des
aliments, et… »

« Oui, je me doutais de quelque chose
de ce genre, mais ce que vous semblez
oublier, Karl, c’est que non
seulement, comme je viens de vous
l’expliquer, le transfert d’objets inertes
n’est pas prévu avant plusieurs
mois, heureusement, nous pouvons
encore tenir d’ici là, mais en
plus, modifier à volonté une durée de
transfert, c’est encore une autre
paire de manches, dont je n’ai pas
la veste … »

« Vous évaluez cette veste à combien
de temps ? »

« Votre idée de base est excellente, mais
pouvoir la concrétiser risque fort de
nécessiter des années, plus qu’il n’en
faut pour liquider notre stock, nous
devons trouver une autre possibilité, mais
pour le moment, préparez-nous donc
le déjeuner !»

« Vous m’invitez ? »

Les deux hommes tournèrent la tête vers
la porte de la salle du gravitron, et Markos:

« Une de vos connaissances, peut-être ?
Une bien jolie personne. »

Karl:

« Non ! Ce n’est pas possible !! »

« Je vous ai demandé si vous m’invitez
à déjeuner, surtout ne répondez pas
tous à la fois. » Puis elle se jeta dans
les bras de Karl.

Markos: « Je suppose que vous êtes
Catina, soyez la bienvenue, bien
sûr, nous aurons le plaisir de vous
voir déjeuner avec nous. »

« Voilà un homme galant, le fameux
Professeur Markos, je suppose, tu
devrais en prendre de la graine, Karl
chéri, n’es-tu pas ravi de me voir ? »

«Bien sûr que je suis ravi, c’est la
meilleure chose qui pouvait arriver, tu
as certainement pas pal de choses à
nous dire, mais je prépare le
déjeuner, et on va commencer par
boire un bon coup, n’est-ce-pas
Professeur ? »

« Sûr, Karl, sortez nous donc une
bonne vodka ! »

Catina: « D’accord pour la vodka, que
je ne connais pas, mais ne buvez pas
trop, nous devons nous transférer
dans deux heures. »

Markos: « Certes non, et nous allons
bien manger. »

« J’arrive dans moins de 10 minutes »fit Karl.

Lorsque tous furent à table, Catina:

« Bon alors je vous explique, si tu
croyais t’en tirer comme cela, Karl, tu
devais bien te douter que je ne lâche
jamais rien…

D’ailleurs, il me semble t’avoir dit que
ton retour automatique ne posait pas
de problème. »

« Oh non, mon retour a été totalement
indépendant de ma volonté, et je ne
m’en étais pas encore remis… »

« Je confirme. »Ajouta Markos.

« Je préfère entendre cela, Malker et
moi, avons vite compris que votre
Turbophasotron disposait d’une clause
de sécurité qui a ramené Karl juste
après son voyage spatial, ce problème
ne se reproduira plus.

Il nous a tout de même fallu un certain
temps pour situer son spatio-temporel
de retour, mais comme vous pouvez le
constater, nous avons réussi, comme tu
le sais, Karl, les cristaux permettent
pratiquement tout quand on sait les utiliser.

Avez-vous des nouvelles sur ce qui se passe
à l’extérieur ? »

Markos: « Hélas, pas beaucoup, Karl est
sorti quelques fois pour voir s’il était
possible de nous refaire un stock
d’aliments, mais il fait très froid, et nous
sommes assez mal placés, entre une
chaîne de montagnes et des forêts, il n’a
vu personne, pas même du gibier, nous
savons que des gens ont survécu, mais
probablement très peu, je crains qu’il
faille pas mal de temps avant qu’une
civilisation puisse se restructurer. »

Catina: « Je vois, votre stock d’aliments
arrive au bout, et il reste peu de
survivants, probablement des gens qui
étaient sous terre comme vous, c’est
très malheureux, bien sûr, mais pour
vous deux, les problèmes sont désormais
résolus, dans quatre vingt dix
minutes, nous serons à Torka, sur
Tangara, qui est notre planète, pour
Karl, aucun souci, il sait déjà
pratiquement tout, pour vous, Professeur
Markos, avec le cerveau dont vous êtes
doté, c’est une affaire de quelques
jours, nous vivons dans de très bonnes
conditions, je pense que vous
apprécierez, puis avec Malker, vous
vous entendrez bien. »

Markos: « Hm, vous avez sans doute
raison, Catina, mais j’hésite encore, devoir
abandonner ce labo va me faire un choc. »

« Oui, cela, je le comprends, Karl a dû
vous dire qu’il a longuement hésité entre
son retour sur Terre et rester à
Tangara, et comme je le lui ai dit, dans
votre situation, j’aurais très probablement
réagi de la même façon, nous
aussi, sommes des humains, qui peuvent
avoir des sentiments et autres attaches très
forts, je pense que vous connaissez
également notre histoire qui se situe sur
un millénaire.

Mon souhait est de vous proposer un
avenir meilleur, nous pouvons même 
prolonger votre durée de vie d’une
bonne trentaine d’années, sans que
vos moyens diminuent, votre
remarquable esprit scientifique y
retrouvera son compte, et vous
vous ferez même des amis. »    

Karl:« Catina a raison, Professeur, sur
notre planète, il n’y a plus grand-chose
à espérer avant longtemps, vivre sur
Tangara sera mieux à tout point de
vue, vous pourrez même voir mes
copains, les katars. »

« Vous savez fort bien vous
exprimer, Catina, et êtes une femme
vraiment exceptionnelle, je comprends
que vous ayez pu plaire à Karl, et que
vous soyez la dirigeante de Torka, je
pense qu’il m’a à peu près tout
raconté, et cela, durant des
heures, qui compose la
Makkna, Tanka, le Régent, puis
Katarok, rebaptisé Karltana, les
personnes hors du commun qu’il a
pu rencontrer, finalement, mon
utilité sur cette planète devenant
problématique, j’accepte de vous suivre. »

« Et vous ne le regretterez pas, vous avez
parlé de la Makkna, vous en ferez partie, cela
déséquilibrera la parité car il manquera deux
femmes, mais je sais déjà qui placer, si vous
êtes d’accord, vous serez l’associé de
Malker, le maître des cristaux, je suis
sûre que cela va vous passionner, pour
l’appartement, comme tous les membres
de la Makkna, vous serez dans notre
bâtiment, au second étage.

Le seul habitant qui n’en fait pas partie
est Netz, ou Netzer, qui habite au
septième avec Dorna, mais étant l’ami
de Karl, il bénéficie d’une sorte de priviliège… »

Karl: « Justement, chérie, Netz mérite aussi
de faire partie de la Makkna, Karstens le dit
brillant au travail, il faut dire que Netz est
loin d’être bête. »

« Bon, nous verrons cela, il faudra que je
trouve une troisième femme à placer …

Votre plat et votre vin sont bons, vous
aviez constitué un stock de choix. »

Le repas se termina, avec un café et une
autre vodka, puis le temps vint d’aller dans
la salle voisine, sur le gravitron, Catina:

« Surtout, ne bougez plus, le paratronique
nous enveloppera dans moins d’une minute. »  
 
Malker, accompagné de deux de ses
employés nommés Kortar et
Bazens, attendaient devant le
Positron A, lorsque les trois transférés
apparurent:

« Ah ! Bon résultat, ravi de vous revoir
Karl, vous devez être le Professeur
Markos ? »

« C’est exact, Monsieur, à qui ai-je
l’honneur ? »

« Mon nom est Malker, et voici Kortar
et Bazens, deux des mes
contremaîtres, Catina a dû vous en
parler, si vous cela vous convient, nous
pourrons coopérer ? »

« Vous êtes le Maître des cristaux ? Alors
d’accord, j’attends cela avec impatience. »

Catina: « Oui, mais pas maintenant, nous
allons au bâtiment 1 pour faire établir une
carte et lui affecter un appartement, puis
nous allons réunir la Makkna à 15
heures, avec Karl et le Professeur, pour la
future coopération, laissons-lui quelques
jours de repos, cela ne pourra lui faire
que du bien. »

Malker: « Bien entendu, Catina, je ne parlais
pas de maintenant, soyez le bienvenu parmi
nous Professeur, nous nous reverrons tout
à l’heure. »

Markos: « Professeur, Professeur, cela
commence à me sembler pompeux, surtout
avec des personnes qui en savent plus que
moi, appelez moi donc par mon
prénom, Anton, vous aussi, Catina et Karl. »
 
Quelques instants plus plus tard, dans le
bâtiment 1:

« Venez avec nous, Anton, nous montons
au 19 ème étage, c’est là que nous
vivons, Karl et moi, la réunion, qui se
tiendra à l’étage au-dessus, aura lieu
dans une heure, en attendant, je vous
propose un bon Bourbon et de visiter
notre appartement, le vôtre sera
pratiquement identique, la positronique
mise à part. »

Une fois sur les lieux:

« Ffff ! Très bel appartement, peut-être
un peu encombré, mais j’avais
l’habitude avec le labo. »

« Vous n’avez encore rien
vu, Anton, nous allons visiter la salle
de sport, puis la chambre et la salle
de bains, après, s’il nous reste du
temps, je vous expliquerai l’usage
de tous les appareils du salon, je
sais que vous comprendrez vite, pour
la positronique, Karl ira avec vous
après la réunion et le passage au
laboratoire médical du troisième, chez
Tarana, lorsque vous aurez votre carte. »

« Merci Catina, mais le labo médical
de Tarana, de quoi s’agit-il ? »

C’est Karl qui répondit: « Il s’agit
d’une visite médicale, Pro, euh
Anton, Tarana et son équipe
vont prendre vos données
psychologiques, biométriques, et
autres médicales, pour les psycho, ne
vous faites aucun souci, Tarana qui
est l’amie de Catina, saura garder
ces données secrètes, elle a déjà
des consignes à ce sujet.

Ces diverses données sont nécessaires
à l’établissement de la carte plastique
dont il ne faudra jamais vous
séparer, elle comportera également un
million de crédits, de quoi être
financièrement très à l’aise, puis vous
permettra d’accéder à votre
appartement en présentant le recto
près de la porte, mais je vous
montrerai tout cela, ainsi que
l’utilisation de la positronique, avant
d’aller au restaurant du cinquième, pour
dîner, fameux, le resto.

Vous saurez à peu près tout le reste
au cours de la réunion, ici, au
vingtième, mais je crois que je vous
l’ai déjà dit, on se réunit deux ou trois
fois par semaine, selon les derniers
évènements, une le matin, de 10
heures à midi, et une autre
l’après-midi, de 15 à 18 heures, si
rien n’a changé depuis ces dernières
semaines. »

Catina: « Non, Karl, rien n’a
changé, alors, Anton, que pensez-vous
de votre futur appartement qui sera
comme celui-ci ? »

« Chapeau ! Cela me fait penser à une
suite dans un hôtel de luxe, tout y est
optimal, un bar dans une chambre
immense, une piscine dans la salle de
sport très bien équipée, il se pourrait
que cela m‘incite à reprendre un peu
d‘activité physique…

La salle de bain est également
superbe, mais peut-être aurais-je
besoin d’un minimum de vêtements ? »

« Lorsque vous entrerez dans votre
appartement, vous aurez tout ce qu’il
faut. »Lui répondit Catina qui lui
expliqua rapidement l’usage des
écrans muraux et des deux super
ordis connectés à la positronique.

Lorsqu’ils montèrent au vingtième
étage, ils virent Dorna, derrière son
bureau de réception, en train de
discuter avec Netzer, ce dernier se
retourna, et:

« Ah, Karl, content de te revoir, mon
pote, tu nous a drôlement manqués
ces derniers temps, bonjour Catina, et
bonjour Monsieur, ne seriez vous pas
le Professeur de Karl ? »

« En quelque sorte, en effet, il a été
mon assistant durant bien des
années, et vous êtes ? »

« Netzer, mais vous saurez tout
bientôt. »

Catina: « Oui, entrons, Netzer, puisque
vous êtes là, vous allez également faire
partie de la réunion, tout le monde
est là, Dorna ? »

« Oui, Catina, tous vous attendent. »

Le grand bureau avait conservé sa
disposition en U inversé mais élargi, avec
un bureau central et trois chaises, les
nouveaux arrivants prirent place.

Comme d’habitude, c’est Catina qui
prit la parole:

« Je vois que tout le monde est
présent, comme vous le savez, nous
avons deux petites affaires à
régulariser, une pour toi, Karstens, et
une autre qui concerne Tarana.

A part cela, rien d’autre ? »

Tous firent non de la tête, alors Catina
poursuivit:

« Bien, alors indépendamment du fait
qu’à partir de la prochaine réunion, Karl
aura sa place à côté de moi, que
Anton, oui, c’est le prénom du
Professeur Markos, et Netzer auront
également leur place dans leur
rangée, Anton à côté de Malker, et
Netz à côté de Karstens, on pourra
alors retirer le bureau central et les
trois chaises qui font désordre.

Nous allons inclure deux nouveaux
candidats à la Makkna, d’abord Anton
qui est un remarquable
scientifique, créateur du Turbophasotron
qui nous a envoyé Karl une première
fois, et qui travaillera désormais avec
Malker, puis Netzer, qui est déjà le bras
droit de Karstens, ce dernier en étant fort
satisfait, nous pouvons procéder aux
votes:

Un petit rappel auparavant pour Anton:

Voici, à ma droite, Lorana qui dirige le
Social.
Zasper, à ma gauche, s’occupe de
l’Architecture.
Karsten , à côté de Zasper, de
l’Alimentaire, à côté duquel sera désormais
Netzer, également à l’Alimentaire.

La prochaine fois, Karl sera entre
Lorana et moi, quant au domaine à
lui affecter, s‘il en veut un, il aura
le choix entre trois possibilités, compte
tenu de ses multiples talents:

- Le financier, mon domaine.
- Le Scientifique, s’il veut continuer à
travailler avec Anton.
- Aucun, à part celui d’être mon Conseiller.

Qu’en penses-tu, chéri ? »

« Entre deux jolies femmes, un sacré
privilège pour moi, mais soyons
sérieux, je souhaite continuer à
travailler avec Anton, qui est pour
moi une sorte de Père, ce qui ne
m’empêchera pas d’adopter la
casquette de Conseiller privé. »

« Excellent, je te sais capable de porter
deux casquettes, alors continuons:

Sur votre gauche, par ordre d’éloignement
vis-à-vis de nous: 
Tarana qui gère le Médical.
Nakwa qui contrôle l’Artistique.
Gorta, qui préside aux Communications.
Et Manda, à l’Ergonomie.

Sur votre droite, dans le même ordre:
Malker, au Scientifique.
Anton sera à côté de lui dès la prochaine
fois, lui aussi, s’occupera du domaine
Scientifique.
Konan dirige le Spatial.
Borden gère l’Industrie.
Et Tanner, le Militaire.

Maintenant, nous procédons aux
votes, tant pour Anton que pour
Netzer.»

Konan:« Pardon Catina, mais une petite
question, si les votes sont favorables aux
deux candidats, nous serons loin de la
parité ! »

« Vrai, Konan, pour le moment, mais j’ai
déjà trois candidates en tête qui
pourront la reformer, j’en parlerai après
les votes. »

La mise en main étant déjà faite du fait
des places attribuées aux candidats, le
message était clair, il fallait voter oui à
l’unanimité pour les deux, ce que tous
comprirent.

« Bien, alors nous avons maintenant
deux nouveaux membres à la
Makkna, ce qui nous met à quinze, mais
Konan a raison, il nous manque trois
candidates, pour moi, il faut qu’elles
soient déjà actives, de préférence à un
poste important, avant de vous énoncer
les personnes qui me viennent à l’esprit, je
préfère vous entendre me proposer des
candidates, ne serait-ce que pour voir si
nous pensons aux mêmes personnes, je
vous écoute. »

Tarana: « Personne à proposer. »

Manda: « Moi non plus. »

Nakwa: «  Je pense à Aznera, ma
collaboratrice directe, courageuse et
travailleuse. »

Gorta: « Moi, à Quatna, qui est fine et très
futée, aussi très travailleuse, bien sûr. »

Konan: « Moi, à Serrana, ma secrétaire, qui
a aussi une grande valeur.
 
Borden: « Je dirais Jarena. »

Tanner: « Et moi, Sirca, je ne peux que me
féliciter de sa collaboration. »

Catina: « Ainsi, nous avons cinq noms:

Aznera - Quatna - Serrana - Jarena et Sirca.

Il se trouve que les trois noms auxquels je
pense sont parmi ces cinq noms, donc trois
places pour cinq candidates, il me faut en
éliminer deux:

Aznera a bien des qualités, mais elle est
trop routinière.

Quatna, oui, je prends.

Même cas pour Serrana.

Jarena est trop opportuniste.

Sirca, par contre, convient très bien.

Nous allons les convoquer pour la prochaine
réunion d’après demain matin, à 10
heures, alors la future organisation du
bureau, en espérant qu’elle soit
définitive, se fera comme suit:

De face, et de droite à gauche:

Zasper - Lorana - Karl - Moi-même -
Netzer et Karstens

A notre droite, et par ordre d’éloignement:

Tarana - Nakwa - Quatna - Gorta et Manda

A notre gauche, et toujours dans le même
ordre:

Anton - Malker - Serrana - Konan - Borden
- Sirca et Tanner.

Cela donne 5, 6 et 7, mais en cas de
problème, on pourra toujours faire
disposer autrement les éléments du
bureau.

Reste-t-il d’autres sujets à traiter ? »

Personne n’ayant répondu, Catina
déclara la fin de le réunion, tout le
monde sortit, sauf Anton, Tarana, Catina
et Karl, cette dernière:

« Bon, Tarana, tu sais ce que tu as à
faire, je te remets cette carte qui sera
celle d’Anton, qui va occuper
l’appartement du premier étage, elle a
déjà son montant d’un million de
crédits, tu vas lui faire passer une
visite médicale complète en gardant
secret, sauf pour nous, ses
caractéristiques psycho
biomédicales, Kanem aussi, devra
se taire, est-ce bien clair? »

« Bien sûr, Catina, tu sais que tu
peux compter sur moi. »

« Bien, alors Karl l’accompagnera
partout, plus rien ne peut rester
secret pour lui, car il est mon
Co-gouvernant, si tu vois un problème
médical chez Anton, tu le règle, et tu lui
administre le traitement acticellulaire
pour prolonger sa durée de vie, lorsque
tu auras rempli sa carte avec les
données en question, tu la lui donnera.

Karl prendra alors le relai pour
l’accompagner à son appartement, et
nous nous reverrons ce soir au
restaurant, d’accord ? »

« Tout à fait, Catina, je vais procéder
dans la plus grande discrétion, comme
tu le sais, Kanem ne me posera pas de
problème, car j’ai barre sur lui. »

« Vrai, alors tout devrait bien
fonctionner, Karl chéri, j’attends ton
retour avec une certaine impatience. »

« Bien sûr, ma chérie, mais je dois
expliquer l’usage de la positronique
et des écrans à Anton, et j’ignore
combien de temps va durer sa visite. »

« Tout à fait, il est normal que tu lui
expliques les choses comme il se
doit, je sais être patiente, pour la
visite, Tarana, combien de temps
prévois-tu? »

« Hm, je dirais à peu près quarante
minutes en tout. »

« Alors je vous laisse, car j’ai quelques
petites choses à faire. »

Le Professeur Markos, dit
Anton, accompagné de Tarana et de
Karl, passa une visite complète au
labo du troisième, il s’avéra qu’il était
en excellente santé, surtout après le
traitement cellulaire, muni de sa
carte, il entra dans son appartement.

« Effectivement, Karl, et d’après ce
que vous m’avez dit, tous les
appartements de Torka seraient
identiques ? »

« Parait-il, je ne connais que ceux
du bâtiment 1, que je soupçonne
d’être un peu plus soignés que
d’autres, Netz m’a dit que lorsqu’il
occupait un appart au bâtiment
trois, il pensait qu’il était légèrement
plus petit, quelques mètres carrés
en moins, mais c’est peut-être
subjectif, et il était tout aussi
agréable, les gens ici vivent dans
une civilisation trop
confortable, heureusement que
nous, nous pouvons sortir. »

« Ca, nous en reparlerons plus
tard, pour le moment, nous allons
visiter les lieux, et nous occuper de
la positronique, qui m’intéresse au
plus haut point, elle contient, je
crois, des données précises sur tout
le système spatial environnant ? »

« Oui, et bien d’autres choses qui ne
manqueront pas d’attirer votre
attention, je peux d’ailleurs vous en
montrer certaines dès maintenant, par
la suite, puisque nous continuons à
travailler ensemble, nous resterons
en contacts fréquents. »

« Oui, le fait que vous me considériez
comme un Père me va droit au
cœur, ainsi que de continuer à travailler
avec moi. »

« Je resterai toujours votre assistant.»

« Pas exactement, maintenant, vous
disposez d’une double casquette, et
par l’une d’elles, en tant que
gouverneur, vous devenez mon
supérieur, mais en un sens, cela me
fait plaisir, car c’est à vos qualités que
vous le devez, continuons la visite, mais
je crois que je n’ai pas de soucis à me
faire sur mon nouveau logement, c’est
vraiment du grand luxe. »

Quelques instants plus tard:

« Cette positronique est vraiment
captivante, et facile d’emploi, lorsque
nous connaîtrons un peu mieux les
cristaux, je risque fort d’avoir de
nouvelles idées. »

« Ca, Anton, je n’en doute pas, on se
voit au resto tout à l’heure ? »

« Bien sûr, je me sens impatient de
goûter à leur cuisine. »

« Là aussi, c’est du luxe, bon, je vais
aller voir ma dulcinée. »

Arrivé au dix neuvième, Karl s’aperçut
de deux choses, non seulement il était
habillé comme un assistant de
laboratoire, mais il n’avait plus sa
carte, il allait frapper à la porte
lorsqu’elle s’ouvrit.

« Ne te fais pas de souci, Karl
chéri, j’ai ta carte, tu vas me jeter
ces oripeaux et prendre une bonne
douche, nous n’irons au restaurant
que dans deux heures, alors après
ta douche, nous allons prendre un
excellent Bourbon, et puis, et
puis, enfin tu vois ce que je veux
dire ? »

« Oui, chérie, je vois, et suis aussi
impatient que toi pour le Bourbon, euh
pour la suite aussi bien sûr. »

Catina: « Tu mériterais une giffle. »

Plus tard, portant à nouveau son
costume gris anthracite avec une
belle chemise bleu ciel et col
jabot, des chaussures qui feraient
pâlir Zalando, il se dirigea, en
compagnie de Catina, vers le
restaurant.

Il allait gagner sa table lorsque
Netzer, trois tables plus loin, lui fit
un signe, il s’excusa auprès de sa
compagne et:

« Non seulement je suis content de
te revoir, mon pote, mais il faut
aussi que je te parle, sûr que
l’histoire de faire partie de la Makkna
me fait vachement plaisir, tout est
super ici, mais j’ai un petit problème
à résoudre, et je pense que tu pourras
m’aider, on peut se voir quand ? »

« Darna est au courant ? »

« Non, pas vraiment, elle aurait
peut-être du mal à comprendre, mais
ce n’est pas un problème de
nénette, j’adore Darna, non, c’est
autre chose, et toi, tu es bien placé
pour comprendre. »

« Si je te convoque au dix neuvième, en
présence de Catina, pour un motif
bidon, ça ira ? »

« Ah ouais, sûr, tu peux la mettre dans
le coup, puis tu me passes un coup de
fil, ah, voilà Darna qui revient des
toilettes, motus. »

« Ok, bonsoir Darna, et bon appétit. »

« Merci Karl, de même pour vous, de
quoi parliez vous avec Netz, si ce n’est
pas indiscret ? »

« Ca ne l’est pas, de vieilles histoires de
Tanka, et puis, entre copains, nous nous
étions perdus de vue ces derniers
temps, je suppose que vous savez
pourquoi ? »

« Oh oui, et moi aussi, je suis contente
que vous soyez revenu parmi nous, vous
lui manquiez vraiment, à Netz, il me
parlait beaucoup de vous.»

« C’est sympa, mais je dois le convoquer
tout à l’heure au dix-neuvième, pour une
mise au point sur la réunion d’après
demain, alors ne vous inquiétez surtout
pas, je ne le retiendrai pas longtemps. »

« Ah, très bien, j’ai appris pour sa
nomination à la Makkna, et je suis sûre
que vous y êtes pour quelque chose, alors
je ne peux que vous en remercier, oh !
Je vois que vous êtes servi. »

« Merci Darna, à plus tard, Netz. »

« Qu’est-ce qu’il te voulait, Netz ?
Oh bien sûr, je sais que vous êtes
potes et que tu lui as un peu
manqué, mais il aurait pu attendre
un autre moment pour te
parler, non ? »

« Peut-être pas, il m’a dit qu’il a un
problème sans me le préciser, et que
je pourrais l’aider, alors je l’ai
convoqué pour tout à l’heure, chez
nous, en prétextant pour Darna des
mises au point pour la réunion d’après
demain, ce n’est pas un problème
de femme, il m’a dit qu’il adore Darna. »

« Je crois que c’est vrai, je suis curieuse
de savoir quel genre de problème il
peut avoir, durant ton absence, je l’ai pas
mal observé, et c’est finalement un type
bien, cela m’intrigue, mais j’aurai bientôt
la réponse, si on peut l’aider, ce sera
avec plaisir. »

Plus tard, après le dîner:

« Bonsoir Netz, entre !
Un petit Bourbon ? »

« Pas de refus, Catina, merci. »

« Installe-toi, et parle nous de ton
problème. »
 
« Oh! C’est un problème tout simple, tu
sais, tout comme Karl, que j’ai vécu
dehors à Tanka pendant des
années, et que j’ai du mal à m’habituer
à votre civilisation un peu trop
pasteurisée, on ne sort jamais, je me
suis bien baladé quelques fois dans les
rues de Torka, mais ce n’est pas la
même chose, mon travail me plait
avec Karstens qui est finalement très
sympa, nous nous entendons bien, mais
durant mes temps libres, au début, je
me suis intéressé à la positronique, et
j’ai beaucoup appris, mais
maintenant, je me sens un peu vide
par moments, j’aimerais pouvoir
sortir, mais pour aller où ?
C’est peut-être compliqué, non ? »

« Tu veux lui répondre, Karl
chéri, ou je le fais ? »

« Tu parles mieux que moi, vas-y. »

« Alors Netz, il existe une solution
au moins partielle, mais tu viens du
froid comme nous, peux-tu supporter
la chaleur ? »

« Bien sûr, c’est une question
d’habitude, venant de Tanka où
j’étais toute la journée dehors par
zéro degrés et dix chez moi, au début
ici, à Torka, lorsque j’étais seul, je
réglai l’appart à douze degrés, puis à
quinze par la suite, mais avec Darna, il
est maintenant à 22 degrés et je me
suis habitué, donc pas de
problème, sauf s’il s’agit de très
grandes chaleurs, genre 40 degrés
ou plus, bien sûr.»

« Dans ce cas, on va trouver une
solution, surtout maintenant que tu
fais partie de la Makkna, mais il
faudra que tu garde le secret, sauf
pour Darna et Karstens, bien sûr. »

Et Catina de lui expliquer comment
avoir réservé les privilège de pouvoir
sortir aux membres de la
Makkna, d’après les plans établis par
Karl, et les truquages au niveau des
informations, établis par Malker.

« En un sens, on pourrait considérer
cela comme injuste envers les gens de
Torka, mais d’une part, il est encore
impossible à l’heure actuelle, de pouvoir
faire sortir deux millions de
personnes, qui, étant nées dans
Torka, ne sont jamais sorties et
ignorent totalement tout danger de
l’extérieur, car il y en a parfois, même
en prenant des précautions, et
d’autre part, une civilisation totalement
égalitaire n’existe pas, dans toute
société, et Karl pourrait t’en parler, il
y a toujours des gens qui ont un peu
plus de privilèges que d’autres, cela est
une question de moyens, et fait partie
de tout système, tu en as eu toi-même
une expérience à Tanka, ici, nous
essayons de faire au mieux, de faire en
sorte que les gens se sentent bien, mais
nous savons qu’une parfaite égalité
serait une utopie qui ne subsisterait pas
longtemps.

Pour en revenir à ton problème, tu
pourras désormais profiter d’un ou de
deux week-ends par mois pour aller
chez les katars, qui sont des amis, ils
n’ont pas encore notre degré
d’évolution, mais ce sont des gens
biens, leur région, très au sud, près
d’un bord de mer, est assez
chaude, entre 25 et 30 degrés, sauf la
nuit qui descend à 20, nous les
connaissons depuis longtemps, mais
ce sont surtout des amis de Karl, avec
Darna, vous seriez bien reçus, mais tes
passages seraient plus faciles si tu
connaissais leur langue, nous allons
te donner un appareil qui te
permettra de l’apprendre
rapidement, tu as un bon
cerveau, pour toi, ce sera assez
facile, peut-être quelques
semaines, on te transporte le samedi
matin, et on te reprend le dimanche
en fin d’après-midi, qu’en penses-tu ? »

« D’après ce que je comprends, un
ou deux week-ends par mois serait
déjà super, car je suppose que d’autres
membres de la Makkna y
séjournent, et on ne peut pas y aller
en trop grand nombre, par ailleurs, ces
braves katars, Karl m’en avait parlé, ne
doivent pas être dérangés tout le
temps, ils ont leur vie, 25 ou 30
degrés, ce serait supportable, ok
pour l’appareil à apprendre la langue, je
me contenterais d’un week-end par
mois, avec Darna, en espérant que ça
lui plaise, j’ai eu l’occasion, avec la
positronique, de regarder notre
planète en détail, un grand
continent entouré d’eau, pôles
nord et sud infréquentables, car
trop froids, tout le sud, c’est du
désert où personne n’habite, trop
chaud, et vide, une chaîne de
montagnes à l’équateur, avec des
gens peu fréquentables, les znirs, je
crois, cela devient viable à partir de
chez les katars, plus au nord, personne
n’ habite, sauf à Tanka, mais là, je ne
suis plus intéressé, parler une autre
langue, aller en forêt ou au bord de
mer, discuter avec des braves
gens ? Ouais, ça m’intéresse. »

« Là Netz, tu m’épates, je comprends
que Karstens t’ait à la bonne et que
tu sois le copain de Karl, et en
plus, tu ne veux pas abuser, chapeau, on
va arranger ça très vite, dans quelques
semaines, avec une connaissance
suffisante de la langue, tu pourras
sortir, ton problème va rapidement
se résoudre, mais parles en d’abord à
Darna, car elle aussi, devra apprendre
leur langue, à moins qu’elle ne la
connaisse déjà si, comme la plus part
d’entre nous, elle les a longuement
observés sur les écrans de salon.
 
Bon, nous n’allons pas te retenir, car
elle pourrait s’inquiéter, à une
époque, j’ai pensé à elle pour la
Makkna, mais il lui manque un
petit quelque chose en
dynamisme, sinon, elle est pleine de
qualités, mais son poste à la
réception vaut presque la
Makkna, elle est en contact avec
pas mal de monde, et sait bien des
choses, n’est-ce pas ? »

« Oh ça, oui, c’est moi qui te tirerais
mon chapeau si j’en avais un, Catina, grand
respect, merci pour ce que tu me
proposes, cela devrait résoudre mon
manque d’espace, tout va dépendre de
Darna, j’espère qu’elle pourra comprendre. »

« Je pense que oui, elle aussi, a oublié
d’être bête, et vas savoir, cela va peut-être
lui plaire, la balle est dans ton camp. »     

En regagnant son septième étage, Netzer
parla de sa vraie préoccupation à Darna, et
de l’aide que Catina et Karl pouvaient lui
apporter:

« Je ne t’ai pas dit tout de suite la
vérité, car je ne savais pas si tu pourrais
comprendre, si le fait de sortir un
week-end par mois chez les katars
t’inspires, il faudra attendre quelques
semaines, le temps que j’apprenne
la langue, et peut-être toi aussi, qu’en
penses-tu ? »

« Non seulement je comprends
parfaitement, Netz, mais je savais que
tu avais un souci de ce genre, quelqu’un
qui, comme toi a vécu longtemps à
l’extérieur peut ressentir ce type de
malaise ici, à Torka, je ne suis pas
médecin ni psychologue, mais
certaines de tes attitudes, par
moments, m’indiquaient clairement que
tu avais l’esprit ailleurs, quelque part
dans ton passé, et cela me semble assez
naturel,  je n’ai jamais connu
l’extérieur, mais je crois que cela me
plairait d’y faire un tour de temps en
temps, pour le katari, ne te fais pas de
souci, je le parle parfaitement, car j’ai
été passionnée à les suivre durant des
années, et d’après ce que tu viens de
m’expliquer, je comprends mieux le fait
de ne plus voir d’émission sur eux
durant les week-ends alors qu’avant, il
y en avait toujours.

Je serai très contente de pouvoir voir
ces gens de près, de passer un moment
dans la nature, en forêt, au bord de
mer, et d’avoir un joli teint, bien
bronzé, quand auras-tu l’appareil
pour apprendre la langue ? »

« Alors là, tu me surprends, je ne
m’attendais pas à une réaction si
enthousiaste, c’est vraiment
chouette, l’appareil ? Oh sûrement
demain, ou après demain, à la
prochaine réunion, quand Catina a
promis quelque chose, elle tient. »

« Ca, c’est sûr, comme tu l’as
constaté, on voit encore souvent
des émissions sur eux durant les
jours de semaine, alors entre ces
spectacles et l’appareil, je pense
qu’en moins d’un mois, tu parleras
katari. »

Douze étages au-dessus:

« Tu sais Karl, je connais quand même
Darna assez bien pour pouvoir te dire
que ce genre de sortie lui plaira, grâce
à ma positronique un peu
particulière, il m’est arrivé de lui
entendre dire qu’elle aimait bien les
émissions sur les katars, à mon
avis, elle doit parfaitement parler le
katari, il n’y aura pas de problème. »

« Si tu le dis…
Le problème de Netz était facile à
comprendre, surtout pour moi qui l’a
aussi par moments, là, tu viens de
faire un heureux. »

« Et je veux en faire un autre, si
nous prenions un petit Bourbon avant
d’aller dans la chambre ? »

« Waouh ! Sacré programme. »

Le lendemain matin:

« Bien dormi Karl ? »

« Très bien, et toi ? »

« Moi aussi, aujourd’hui, il n’y a pas de
réunion, je vais en profiter pour procéder
à quelques mises à jour, et toi, que vas-tu
faire ? »

« Entre Netz et mon mentor, je crois que
j’ai de quoi m’occuper, pour le premier, à
savoir comment Dorna a pris la chose, et
pour Anton, recueillir ses premières
impressions, Netz va certainement aller
bosser avec Karstens, donc je le verrai
plus tard, mais Anton, je vais pouvoir
l’appeler après le petit dej.

Pour l’appareil de Netz, comment
fait-on ? »

« Je lui en remettrai un demain matin, à
la réunion.
Pour Anton, c’est une bonne idée de le
voir dès maintenant, moi aussi, je suis
curieuse de connaître ses premières
impressions, tel que je le perçois, je pense
qu’il a sérieusement dû s’occuper de sa
positronique. »

« C’est sûr, je pense passer la matinée
avec lui, et à midi, je te rejoindrai au
restaurant. »

« Très bien, on fait comme ça. »

Une heure plus tard:

« Ah ! Bonjour Karl, entrez ! »

« Bonjour Anton, alors, comment vous
sentez vous ? »

« Très bien, vous, je ne vous demande
pas, cela se voit. »

« Vous êtes très bien habillé, et avez
les même goûts que Netz, un costume
bleu marine, chemise blanche, la classe. »

« J’ai pas mal de choses à vous
dire, Karl, mais asseyons nous donc, vous
prendrez bien un café ? »

« Alors en ce qui concerne l’accueil, c’est
très positif, le fait d’avoir été bombardé
membre de la Makkna aussi, bien
sûr, visiblement nous sommes dans une
civilisation très avancée, nettement plus
que la nôtre, comme vous me l’aviez
raconté, tout est conforme en tous
points, je suis dans un très bel
appartement, mais bien que je séjourne
essentiellement dans le salon, j’ai profité
de la piscine, très agréable.

Hier soir, en regardant les écrans, j’ai
vu quelques images rapides sur des
yourtes, tout le monde devait dormir, il
s’agit sans doute des katars dont vous
m’avez parlé ?
On n’y voyait pas grand-chose, de
nuit, c’est normal, j’espère d’autres
images de jour.

Mais en me penchant sur la
positronique, j’ai vu une foule de
choses très intéressantes, sur le
système environnant de Tangara, une
toute petite planète, et cela m’inquiète
un peu, mais nous en reparlerons plus
tard, sur la ville de Torka, complètement
sous terre avec des rues presque toutes
perpendiculaires dans lesquelles il fait
20 degrés, 800.000 numéros de
téléphone, 70.000 bâtiments, des
données mathématiques sur lesquelles
je vais devoir me pencher
sérieusement, car certaines doivent
se rapporter aux fameux cristaux, tout
cela est passablement
impressionnant, notamment les
vaisseaux spatiaux et leur forme
particulière, je pourrais vous en parler
pendant des heures sur tout ce que j’ai
pu voir, mais une autre chose m’ennuie
un peu, et ma durée de vie allongée de
30 ans, j’ignore si c’est une bonne
chose, je les sens même capables de
progresser encore dans ce domaine, mais
ma petite préoccupation est la suivante:

Nous sommes dans une civilisation
pasteurisée, dans laquelle la recherche
d’une certaine égalité et d’un confort
matériel extrême sont prépondérants, tout
cela est certainement fait dans un bon
esprit, mais les conséquences à terme
pourraient être redoutables, en bref, cela
me donne l’impression d’une civilisation en
bout de piste.

Bien sûr, les membres de la Makkna
bénéficient de quelques
privilèges, notamment ceux de pouvoir
sortir pour passer d’agréables
fins de semaines chez les katars, ou
encore d’aller dans l’espace, pour les
fameux transferts spatio-temporels, je
pense que seuls Catina, vous, et deux
ou trois autres peuvent en bénéficier, je
me trompe ? »

« Non, Anton, vous ne vous trompez
pas, vous disposez d’une capacité
d’analyse phénoménale, mais vous
savez pourquoi nous avons établi ces
privilèges à la Makkna, en un premier
temps, nous ne pouvons pas faire
autrement, et cela ne serait peut-être
pas souhaitable, tiens !
 
Puisque nous parlons de sorties, si vous
êtes intéressé par une visite chez les
katars, vous n’avez pas besoin d’appareil
pour apprendre le katari, comme
vous le savez aussi, les transferts
spatio-temporels ne connaissent pas
les obstacles linguistiques, et
là-bas, étant mon mentor, et présenté
comme tel, vous seriez accueilli comme
un dieu. »

« Je n’en demande pas tant, mais un petit
week-end de temps en temps chez les
katars, j’achète, ne serait-ce que pour
parler avec Kravok. »

« C’est noté, on arrangera cela avec
Catina, à notre prochain week-end de
sortie, vous viendrez avec nous, mais
l’histoire d’une civilisation en bout de
piste m’inquiète un peu, car c’est
également ce que j’ai pensé il y a
quelques mois, on pourrait peut-être
résoudre ce problème, ne serait-ce
qu’en occupant une autre planète plus
grande, dans un avenir peut-être
lointain que nous ne verrons pas, mais… »

« Je vois où vous voulez en
venir, Karl, mais même pour des
champions des cristaux, cela n’est
pas si facile, si les transferts
spatio-temporels permettent de
rencontrer d’autres
civilisations, indépendamment des
dangers que cela peut représenter, il
faut avoir affaire à des civilisations
humaines, et je crois savoir que
Catina n’en a pas encore rencontré.

En voyage spatial, c’est encore plus
compliqué, bien sûr qu’il existe des
milliards de planètes dont un certain
nombre est susceptible d’abriter la
vie, mais quelle sorte de vie?

Là aussi, trouver une civilisation
identique aux humains équivaut à
chercher une aiguille dans une botte
de foin, c’est loin d’être gagné, cela
peut prendre des milliers, voire des
millions d’années, mais d’un autre
côté, pour obtenir quoi que ce soit, il
faut savoir prendre des risques  et
avoir le facteur chance. 

Ceci étant dit, je ne parlais que
d’une impression, pas d’un
évènement inéluctable.

Pour en revenir à la taille de la
planète, moins de mille kilomètres
de diamètre, avec peu de
territoire, les Torkiens, du moins
certains, avec leur connaissance des
cristaux, pourraient aménager des
extensions, notamment dans le grand
désert du sud, transformer certaines
zones en lieux de vacances, entre le
30 et le 45 éme de latitude sud, ou
même encore plus bas, dans des
endroits dotés de températures de
l’ordre de 20 ou 25 degrés, là où les
tankiens ne risquent pas d’aller, en
zone nord, entre les katars et
eux, cela serait peut-être un peu
plus risqué, encore que ces derniers
sont comme leurs cousins, ils se
contentent d’une ville plus ou moins
étendue, et de rien d’autre, enfin, je
ne sais pas si cela intéressera Catina
et les autres membres, mais d’après
ce que vous m’avez raconté sur
l’époque de l’explorateur du pôle
nord, quel est son nom, déjà, ah oui !
Krober, ils pourraient récupérer pas
mal de cristaux dans cette zone, dans
la fameuse grotte, non ? »

« Bravo pour la mémoire, Anton, oui
effectivement, je peux toujours en parler
à Catina, aménager une partie de
désert, la transformer en zones de terres
cultivables, de forêts et autres ?
Pourquoi pas ?
Cela me semble une bonne idée, les
znirs ne peuvent franchir la chaîne de
montages devant laquelle ils se
trouvent, du moins pour le
moment, car, même eux, peuvent
évoluer dans l’avenir, dans pas mal de
siècles, mais les zones seraient
protégées par un rayon, donc ok, je vais
voir cela avec elle. »

« Oui, car je pense que si leur population
évolue en nombre, leur ville augmentera
en conséquence dans ses dimensions, vers
Tanka, ils ne le souhaitent certainement
pas, il ne leur resterait que la zone du pôle
nord, sous terre, pas de problème de
température, mais quoi qu’on en dise, et
vous et moi sommes bien placés pour le
savoir, rien ne vaut la surface, malgré les
intempéries et autres, encore qu’ici, elles
semblent très limitées, pas de volcans, pas
de marées, quelques pluies deux fois par an
d’après ce qu’indique la positronique, c’est
pratiquement idéal et sans risque.

Enfin, Je vais certainement apprécier les
jours de repos dont je bénéficie, mais il
me tarde de travailler avec Malker, mon
intérêt pour la positronique ne durera pas
aussi longtemps que les contributions, encore
qu’ici, il n’y en ait pas, vous m’avez dit que
Catina remplissait toujours les cartes à un
millions de crédits lorsqu’elles passaient
en dessous de 200.000, je crois, et les
torkiens ne paient pas d’impôts, en
plus, les neuf dixièmes des gens ne
travaillent pas ! C’est une civilisation
surprenante. »

« Je vais parler de tout cela à Catina, moi
aussi, je suis très désireux de travailler, de
me rendre utile, car je ne le cache
pas, lorsque j’occupais l’appartement du
septième, et même maintenant, avec
Catina lorsqu‘elle n‘est pas là, parfois, je
m’ennuie, j’ai beau passer pas mal de
temps dans la salle de sport, cela ne
suffit pas.
Bon, je vais remonter, on se voit au resto ? »

« Certainement Karl, leur cuisine est
fameuse, et c’est un lieu très convivial. »

« Vous pourriez manger avec Netz et
Darna, cela risque de s’avérer
intéressant. »

« A condition qu’ils m’acceptent. »

« Pas de problème, j’en parle à Netz
à midi. »

Au restaurant:

« Ah Karl, remercie encore Catina, je
t’expliquerai pourquoi ce soir. »

« Ok, Netz, verrais-tu un inconvénient
à ce qu’Anton déjeune avec vous ?
Tiens, justement, le voilà. »

« Bien sûr que non, au contraire, nous
serons très honorés. »

« Alors attends le et invite le. »

« Excuse moi, Karl chéri, je suis un peu
en retard, mais je suis enfin
débarrassée des mises à
jour, d’ailleurs, je t’en parlerai, ça
s’est bien passé avec Anton ? »

« Ca se passe toujours bien, je l’ai fait
inviter par Netz pour qu’ils déjeunent
ensemble, avec Darna, comme ça, il ne
sera pas seul. »

« Très bonne idée, tu me raconteras ? 
C’est curieux, une simple
impression, mais il se pourrait qu’Anton
et Netz deviennent de grands amis. »

« Ah! C’est sûrement plus qu’une
impression, qu’est-ce qui te fait
penser ça? »

« Difficile à dire, je trouve qu’ils ont
tous deux non seulement une forte
personnalité, mais aussi un cerveau
brillant, car il ne faut pas se
leurrer, Netz aussi, comprend tout
au quart de tour, mais cela, tu le
sais déjà. »

« Oui, c’est vrai qu’ils ont quelques
traits en commun, mais de là à conclure
à une grande amitié… »

« Netz est très curieux, lui aussi aime
apprendre, je suis sûre qu’il aurait pu
faire un bon chercheur scientifique, et
puis, il ne se mêle pas beaucoup aux
gens, il reste très discret, et il observe
beaucoup, c’est un homme que j’apprécie
toujours davantage, quant à Anton, c’est
un sacré bonhomme, il est vraiment
impressionnant. »

« Encore plus que tu peux le penser, c’est
Malker qui va être surpris, il est pressé de
travailler, et la connaissance des cristaux
ne va pas lui résister longtemps, je le
considère comme mon Père et mon mentor.

Netz est très malin, et sait faire beaucoup
de choses, un indépendant quoi, telle est
sa nature. »        
   
« Ah oui ! C’est vrai que tu n’as pas connu
ton Père, mon pauvre chéri, mort dans un
accident d’avion ? »

« Exact, j’avais un an, alors trop jeune
pour me souvenir de lui, mais parlons
d’autre chose. »

« D’accord, excuse moi, le Professeur
Markos, même maintenant, j’ai du mal
à l’appeler par son prénom, c’est un
homme qui inspire un tel respect
que pour moi, cela fait un peu cavalier. »

« Et pour moi donc, c’est sûrement
encore plus difficile, depuis des
années, nous sommes devenus des
sortes d’amis, mes relations avec lui
sont d’une énorme diversité, je le vois
à la fois comme un Père, une légende, un
mentor, un maître, que dire d’autre, en
général, je ne suis pas facile à
impressionner, mais lui est un cas
vraiment particulier. »

« Et moi, je ne t’impressionne pas ? »

« Toi ? Je t’aime, c’est encore autre chose.

Pendant que j’y pense, Netz te
reformule ses remerciements, pourquoi ?
Je ne le sais pas encore
maintenant, mais ce soir, je parlerai
avec lui. »

« Ce que je viens d’entendre est
merveilleux, moi aussi, je t’aime, en
venant manger, je n’avais pas beaucoup
d’appétit, mais cela vient de changer.

Pour Netz, cela confirme ce que je
pensais,  Darna est partante. »

En fin d ‘après midi:

« Alors chéri, raconte moi, de quoi
as-tu parlé avec Anton ?

Tiens un appel…  C’est Netz. »

« Oui, Catina, Karl, excusez moi de
vous déranger, Darna est près de
moi, voilà, non seulement elle parle
katari, mais elle serait ravie de partir
en week-end chez les katars dès que
je pourrai parler leur langue, donc
tout va bien, merci encore de me
retirer un poids, nous vous souhaitons
une bonne soirée. »

« Merci Netz, nous en sommes très
contents, bonne soirée à vous deux. »

« Tu vois chéri, j’avais vu juste, alors
raconte ! »

Karl retransmit à Catina le teneur de
sa conversation du matin avec Anton.

« Oui, je vois, finalement, tout ce qu’il
t’a dit est normal et logique, c’est vrai
qu’il a une sacrée capacité
d’analyse, avoir tout compris en si peu
de temps…

Bon, tu lui avais pratiquement tout
raconté lors de ton retour sur Terre, et
il a sûrement bonne mémoire, vous avez
eu des semaines pour en parler, mais
quand même, pour quelqu’un de son
âge, son cerveau a oublié de vieillir, il
est très fort.

Son impression sur notre société est la
même que la tienne, et que la mienne
maintenant, c’est d’ailleurs aussi celle
de Netz, son idée d’aménager une zone
dans le plein sud du continent, je l’avais
également eue, mais elle n’était pas
réalisable par le fait que nos cristaux
sont près de leur limite, bien sûr, son
autre suggestion d’aller au pôle nord
pour récupérer une bonne quantité
d’autres cristaux est séduisante, et
assez facile à réaliser, cela, par
contre, ne m’était pas venu à l’esprit, ce
qui prouve que l’on ne réfléchit jamais
assez,  bien sûr, dans le cadre d’une
extension de population, la solution que
l’on envisageait était de s’étendre vers
le pôle nord, toujours en sous-sol, ce
qui nous amènerait également à utiliser
plus de cristaux, la récupération d’autres
cristaux au pôle nord risque de devenir
incontournable dans les années qui
viennent, on pourra facilement localiser
l’endroit de la grotte grâce à l’interaction
des cristaux, et en rapporter ne posera
aucune difficulté, mais quant à
aménager des zones de désert au sud du
continent, cela demande une sérieuse
réflexion et ne saurait se faire de
suite, pour plusieurs raisons:

La première tient à la nature des
torkiens, ils sont nés en sous-sol, ont
toujours vécu en sous-sol, bien sûr
que beaucoup d’entre eux ont suivi
les aventures des katars, et vu les
lieux dans lesquels ils évoluent, mais
de là à y vivre eux-mêmes, il y a une
grande marge, ils ont une notion de
sécurité poussée à un point tel que
le moindre souffle de vent serait perçu
comme un danger potentiel.

La seconde se rapporte aux enfants, les
très jeunes, nés dehors ou encore en bas
âge, voudront aller un peu partout, tout
voir, la curiosité fait partie de la nature de
la plus part d’entre eux, tu imagines les
parents, toujours en train de courir après, de
peur qu’ils ne se blessent ou qu’ils soient en
conflits avec d’autres, car cela arriverait
inévitablement, ici, la plus part des torkiens
ne connaissent même pas leurs voisins, ou
si peu, les enfants ne sortent pratiquement
jamais de chez eux, sauf pour voir le médecin
ou aller au restaurant, cela compliquerait
sérieusement la vie des parents et celle de
certains enfants.

Une troisième raison tient aux
constructions des bâtiments, si l’on
fait exactement la même chose qu’à
Torka, cela n’aura aucun intérêt, même
avec tous les bâtiments en surface, les
gens vivront exactement de la même
manière qu’ici, en prévoyant d’autres
structures, avec des jardins, des
parcs, d’autres espaces, afin que les
gens puissent se rencontrer, parler, mieux
se connaître, cela modifierait leur
comportement, même avec peu
d’intempéries et pas de dangers venant
d’animaux ou d’une autre civilisation, le
fait de passer un certain temps
dehors, comme chez vous sur Terre, les
nouveaux comportements risquent fort
de devenir rapidement imprévisibles, à
cela aussi, il faut penser.

Bien sûr que nous sommes originaires de
l’extérieur, bien sûr que certains paysages
ont beaucoup d’attrait, mais cela ne veut
pas dire que l’on puisse y revenir aussi
facilement, nous-mêmes, à la Makkna, du
moins pour celles et ceux qui
sortent, oui, mais pour les autres ?

A mon avis, cela nécessiterait plusieurs
générations avec une adaptation
progressive.    

Pas évident du tout, du moins pour les
années à venir.

Quant à trouver une autre planète, avec
des humains pratiquement identiques, les
objections de ton mentor s’avèrent
fondées, même en transfert
spatio-temporel, nous n’avons
encore rencontré aucun être à forme
humaine, nous ne désespérons pas, mais
cela peut prendre beaucoup de temps, et
encore davantage au niveau des voyages
spatiaux, l’image de l’aiguille dans la
botte de foin risque fort d’être en
dessous de la vérité, nous allons continuer
les voyages dans l’espace, tu pourras
d’ailleurs y participer sans danger pour les
spatio-temporels, mais là, les terrains
d’investigation sont limités, même en
allant des millions de fois plus vite que
la lumière, cela irait pour les galaxies
voisines, mais pas pour des plus
lointaines, et des voisines, nous n’en avons
que deux, une première, très proche, pour
laquelle une journée suffit, mais qui est
fort peu fournie, et une autre, plus
Lointaine, qui nécessite un aller-retour de
9 ans, pour les autres… 

Avec Malker et Konan, nous avons
déjà plus ou moins évalué tout
cela, mais nous n’avons pas encore de
réponse, si un jour, nous faisons une
découverte intéressante, nous
aviserons, mais pour le moment, le
mieux me semble être de continuer
à veiller sur notre population, et de
faire en sorte que tout aille bien, les
suppléments de cristaux ?

Oui, c’est pour bientôt, mais le reste…

Maintenant, si ton brillant mentor ou
toi-même, trouvez une idée, je reste
ouverte à toute suggestion. »

« Pas pour le moment en ce qui me
concerne, je pense plutôt à présenter
Anton aux katars dès que possible. »

« On le saura demain à la réunion, si
personne n’utilise le week-end, je suis
partante pour aller bronzer un peu, en
prenant cette fois la précaution de voir
Zolter avant. »

Le jour suivant, à la réunion du matin:

Catina: « Tout le monde est là ?
Je vois que oui, nous sommes
désormais 18 à la Makkna, la parité
est respectée, alors avant d’aborder
l’ordre du jour, deux petites choses:

- La première, voici un appareil de
langues que je vais remettre à Netz, et
qui lui permettra d’apprendre rapidement
le katari.

- La seconde, est-ce que quelqu’un
parmi vous a décidé de partir en
week-end chez les katars ? »

Tous les participant(e)s répondirent non.

 « Bien, alors je me réserve ce week-end
pour leur rendre visite, avec Anton et
Karl, comme d’habitude, vous verrez
la vidéo.

Nous pouvons aborder l’ordre du jour. »

Cela commença par une présentation
des nouveaux promus, puis d’autres
questions courantes qui furent
rapidement réglées, ou à régler par
les intéressés, la séance se termina
bien avant midi. 

Au restaurant:

Catina « Anton, si cela vous dit, vous
pourriez venir déjeuner avec nous ? »

« Avec grand plaisir, Catina, et merci
pour le week-end. »

Ils s’installèrent à leur grande table:

« Alors Anton, comment vous
sentez-vous parmi nous ? »

« Fort bien, Catina, j’apprécie
beaucoup le sens de vos
actions, Torka ne saurait être mieux
gouvernée, j’espère qu’un jour, sur
Terre, les populations seront dirigées
par quelqu’un comme vous, cela
évitera toutes les atrocités et autres
injustices que bien des gens ont pu
connaître avant cette catastrophe. »

« Vos compliments me
confondent, j’essaie simplement de
faire au mieux, pour votre planète, il
m’arrive d’y penser assez
souvent, avec tristesse, mais que
peut-on y faire ? »

Karl: « Rien, moi aussi, j’y pense, mais
de nouvelles civilisations se
reconstitueront, il faudra un certain
temps, mais les humains ont la peau
dure, ils y arriveront.

J’ai vu qu’hier soir, vous avez à
nouveau dîné avec Netz et
Darna, Anton, que pensez-vous d’eux ? »

« Question bien indiscrète, jeune
homme, mais comme je suppose
qu’elle intéresse également
Catina, je vais y répondre:

Ils sont tous deux très
observateurs, promenant leur
regard un peu partout d’une manière
fréquente, discrets, ils savent écouter, ils
sont intelligents, cela leur fait déjà
quelques points communs.

Lui, avec son parler truffé d’expressions à
la bonne franquette qui m’amusent, semble
à première vue quelqu’un de banal, mais il
ne faut pas se fier aux apparences, c’est
un bonhomme, qui a d’ailleurs aussi un
point commun avec moi, celui de
l’indépendance, ce qu’il dit est toujours
censé et réfléchi, il sait poser les
bonnes questions, c’est un dynamique
à la différence d’elle qui l’est peut-être
un peu moins, je crois que c’est
quelqu’un de bien, elle aussi d’ailleurs.

Darna? Très jolie femme, fine dans ses
actions et ses expressions, un peu moins
expressive que lui, mais je lui soupçonne
un paquet d’autres qualités, et puis, il
faut bien des différences, c’est cela qui
fait la richesse, ils vont bien
ensemble, je les estime. »

Catina: « Très bonne analyse, n’est-ce
pas, Karl ? »

« Oui, en effet, chapeau, mais cela
ne me surprend pas, Anton sait voir de
suite ce qui est important . »

« Tu sais, Karl, je pense à une chose, si
Anton est ton Père ou équivalent, il est
alors mon beau-père. »

« Vous avoir comme belle-fille
équivalente est un honneur, Catina. »

Et tous de rire, la réunion de l’après
midi fut reportée à la semaine
suivante, car le week-end débutait
au surlendemain.

Le samedi, tôt le matin, Anton, Catina
et Karl furent laissés sur la plage, à 500
mètres de Karltana, ils suivirent le
chemin que deux d’entre eux
connaissaient, puis arrivèrent à la
limite de la forêt et des terres
cultivables, devant les yourtes, sur le
terre-plein central se tenaient
Keitan, Vastear, Dattor avec une
demi douzaine d’hommes.

C’est Keitan qui, dès qu’il les vit, sauta
de joie et courra vers eux:

« Karl, enfin, bonjour
Madame, excusez-moi mais je ne me
souviens plus de votre prénom, ah
oui, Catina ! Bonjour Monsieur, vous
êtes presque aussi grand que
Karl, Vastear ! Va donc chercher
Kravok et Zolter ! »

« Oui justement, nous allons voir Zolter
dans peu de temps, et profiter de ses
pommades miracle, bonjour Keitan, est-ce
que tout le monde va bien ? »

« Oui, Karl, tout le monde va bien, mais
depuis ton dernier passage, nous avons
construit deux kaabas et avons eu trois
nouvelles naissances. »

« Bien, personne d’autre n’est venu, pas
de znirs ? »

« Non, Karl, personne n’est venu, à
part trois ou quatre de vos amis, et rien
n’a changé ici. »

Sur le terre-plein central:

Kravok: « Ah Karl, voilà une magnifique
journée, bonjour Catina, tous mes
respects, je suis vraiment ravi de vous
voir, nous allons faire une grande fête
en votre honneur, mais qui est-ce
Monsieur ? »

« Quelqu’un qui risque fort d’avoir de
très intéressantes conversations avec
toi, il s’agit du Professeur Markos, mais
tu peux l’appeler Anton, c’est son
prénom, il est mon mentor, et mon
supérieur, car c’est lui qui a inventé, sur
Terre, le Turbophasotron grâce auquel
je suis venu ici, il fait partie de notre
gouvernement à Torka, je le considère
aussi comme mon Père. »

« Extraordinaire! Vous avez
entendu, vous autres, mettez vous à
genoux devant Anton, et saluez le, c’est
Karl au rang supérieur, nous sommes
très honorés de vous voir, Anton, saluez
aussi Catina et Karl, bien sûr, et… »

Anton leva la main et:

« Un instant Kravok, relevez vous
tous, je ne mérite pas tant de
considération, mettons bien les choses
au clair, sur notre planète, la Terre, qui
malheureusement, est actuellement en
mauvais état, Karl a été mon assistant
durant des années, il m’aidait dans mes
recherches, et si j’ai été, en quelque sorte
son supérieur à l’époque, ce n’est plus le
cas ici, à Torka, c’est Catina et Karl qui
gouvernent, je fais certes partie du
gouvernement, la Makkna, mais Catina
et Karl sont mes supérieurs, disons que
j’essaie de leur apporter ma petite
compétence scientifique, c’est grâce à
eux que je suis ici, et content d’y
être, j’ai longtemps entendu parler de
vous, en bien d’ailleurs, je sais que
Kravok est votre savant, que Keitan est
votre Chef, et Zolter votre médecin, je
ne pense pas aller à la chasse qui n’est
pas trop mon domaine, désolé
Keitan, mais au bord de mer ?

Oui, un peu, sans excès, et rester
deux jours avec vous pour participer à
votre joie, et converser avec
Kravok, oui, ah! Voilà quelqu’un d’autre. »

Une foule d’applaudissement retentit, et
Kravok:

« Oui, Anton, il s’agit de Zolter. »

« J’ai tout entendu, Kravok, me voici, je
salue nos trois invités avec grand
respect, nous sommes ravis de vous
voir, si vous allez au bord de mer, je
vous conseille de passer me voir afin
que je vous administre la pommade, cela
vous permettra de prendre de la couleur
sans douleur, Anton est pratiquement
aussi grand que Karl, Catina est grande
aussi, seriez-vous une civilisation de
géants? »

Karl: « Pas exactement, Zolter, content de
voir que tu te portes bien, Anton et moi
venons d’une autre planète, et même
là-bas, nous étions considérés comme
grands, par la taille, bien sûr, à Torka, les
gens sont plus grands que vous, mais cela
n’a aucune importance, dans la qualité
d’une femme ou d’un homme, ce n’est pas
la taille qui compte, vous, si vous êtes un
peu plus petit que nous, vous méritez le
même respect. »

Keitan: « Décidément, Karl mon ami, tu
n’as pas changé, nous ne sommes pas
près d’oublier ce que tu as fait
pour nous. »

« Cela me touche, Keitan, je vais saluer
Vastear et Dattor, ainsi que leurs
hommes, tous le méritent. » Il passa
serrer une poignée de main à tout le
monde, Catina et Anton en firent
autant.

Keitan: « Bon, tout cela, c’est bien
beau, mais nous devons partir à la
chasse, afin que nos femmes puissent
préparer de bons plats à tout le
monde, nous serons revenus avant
que Nakath atteigne le zénith. »

Karl à Anton:

« Nakath, c’est le soleil, Tanar à Torka. »

« Je m’en doutais un peu, si nous
passions chez Zolter ? »

« Bonne idée, après nous serons plus
tranquilles, parce que la dernière fois
que je suis venue ici, j’ai dérouillé, Karl
aussi d’ailleurs. »

Karl: « Ok, allez y tous les deux, pendant
que je parle à Kravok, je viendrai
prendre le relai. »

« Oui, Kravok, pendant que tu es là, peux
tu me dire si des torkiens sont venus
depuis mon dernier passage ? »

« Hm, oui, j’ai noté leurs noms, allons
dans ma kaaba. »

« Alors, il y a sept semaines, les deux
premiers venus étaient un homme et
une femme, Tanner et Tarana, il y a six
semaines, un homme et une
femme, Karstens et Gorta, il y a cinq
semaines, un homme seul, appelé
Malker, il y a quatre semaines, Tanner
et Tarana sont revenus, depuis, plus
personne, mais ils ne nous ont pas
dérangés, au contraire, ils étaient
tous sympathiques, même Tanner, d’un
abord plus froid, je le soupçonne d’être
un militaire ou un policier, mais il n’y a
eu aucun problème, ils seront toujours
les bienvenus, mais pourquoi me poses
tu cette question? Catina doit le savoir. »

« Décidément, tu n’as rien perdu de
tes facultés, bravo, Kravok, oui il se
peut que Catina le sache, mais nous
avons tant de choses à faire à Torka
qu’elle n’a peut-être pas eu l’occasion
de m’en parler, c’est effectivement elle
qui gère pratiquement tout, si je suis
Co-gouvernant, j’ai plutôt un rôle de
conseiller auprès d’elle, et je travaille
avec Anton sur des projets
scientifiques, mes journées sont bien
chargées, si je t’ai posé cette
question, c’est justement pour savoir
qu’il n’y a pas eu de problème, que tout
allait bien, ce qui n’est pas toujours le
cas dans des civilisations différentes. »

« Alors toutes mes excuses, Karl,  c’est
sûr que gouverner deux ou trois
millions de personnes, c’est une sacrée
occupation, même dans le cas d’une
civilisation évoluée, si tu es le conseiller
de Catina, alors elle est en bonne
mains, ceci, au figuré, bien entendu.

Je suis heureux de savoir que même
à distance, tu fais en sorte que nous
n’ayons pas de problèmes, tu continues
à veiller sur nous, cela me touche
profondément, Keitan avait raison, tu
n’as pas changé. »

« Merci Kravok, ce que tu me dis me
touche également, mais pour
Catina, ne t’en fais pas pour elle, en
fait, nous somme plus en dialogue
que dans un rapport
conseilleur/conseillé, quand elle
prend des décisions, elle ne se
trompe pas. »

« Merci Karl chéri, c’est toujours
agréable d’entendre parler de soi en
bien, tu peux aller voir Zolter
maintenant, je suis passée la
première, en toute discrétion, puis il
a bientôt fini avec Anton. »

« Ok, j’y vais, à plus, Kravok. »

« Tiens, je n’avais pas entendu cette
expression depuis longtemps, sacré
Karl, non vraiment, il n’a pas changé. »

Catina:« Tu as raison, Kravok, et
moi, je ne veux pas qu’il
change, bon, moi aussi, je vais
te laisser, pour profiter un peu du
bord de mer, parce que la chasse?

Tout comme pour Anton, ce n’est pas
trop mon domaine. »

Quelques minutes plus tard, tous trois
se dirigeaient vers le bord de mer,  et
Catina:

« De quoi avez-vous parlé avec Kravok ? »

« Petite curieuse, j’ai demandé à Kravok
qui était passé ici en dehors de nous, il a
pu me donner une réponse précise, car il
a tout noté, il a même supposé que toi, tu
le savais. »

« Oui, en effet, j’ai pu contrôler les
demandes faites à Tanner qui s’occupe
également de la logistique, et avec les
évènements précipités de ces derniers
temps, j’ai oublié de t’en
parler, décidément, quand tu dis que
Kravok peut être redoutable, toi non
plus, tu ne te trompes pas, s’il est leur
savant, ce n’est pas sans raison.

Je suppose que tu lui a posé cette
question pour savoir si tout allait
bien, qu’il n’y avait pas eu de
problèmes ? »

« Et aussi pour une autre raison, celle de
savoir qui, dans la Makkna, est vraiment
intéressé par l’extérieur, en fait, surtout
Tarana et Tanner, les trois autres sont
plutôt venus par simple curiosité, quant
aux autres… »

« Le fait de leur avoir, à tous posé la
question me permet de confirmer la
justesse de ton raisonnement. » 

« Remarque, en un sens, ce n’est pas
plus mal, car cela nous permettra de
venir plus souvent, à part Tarana et
Tanner, il y aura aussi, très
probablement, Netz et Dorna, Anton
pourra toujours venir avec nous, au
fait, faudra qu’on demande à Keitan
ou à Kravok  dans quelle kaaba il
va loger. »

« Ne vous en faites pas pour moi, ils
vont bien me trouver un lieu. »

« Oui, Anton, soit une nouvelle kaaba
disponible, soit, à défaut, celle de
Keitan, qui dispose de plusieurs
compartiments. »

« Alors tout est clean, nous arrivons, il
y a longtemps que je ne m’étais pas
baigné, rien de dangereux par ici ? »

Karl: « Non, Anton , durant les cinquante
premiers mètres, vous aurez pied, jusqu’à
100 mètres, c’est clean, évitez quand
même d’aller au-delà, car
moi-même, j’ignore s’il y a danger.

Autre chose, à Tanka, c’est rare, mais
il leur arrive d’envoyer leur
sous-marin, le Stirck, en exploration
par ici, si vous voyez un aileron
métallique ou une tourelle, faudra
décamper vite fait. »

Catina: « Ah, oui ! Tes semaines
d’absence m’ont complètement
perturbée, durant cette période, je
n’ai pensé qu’ à te récupérer, et
c’est une seconde chose dont j’ai
oublié de te parler, il nous faut
remonter le chemin pour emprunter
le petit qui se trouve à droite, il
serpente sur trois cents mètres avant
d’aboutir à une étendue d’eau
de mer qui forme un petit lac, de 150
mètres sur 50, dans lequel on peut se
baigner tranquillement, car il est protégé
de la mer par une grande dune et des
arbustes qui le rendent invisible.

C’est Tanner qui a fait cette découverte
lors de sa première venue avec Tarana, il
connait l’histoire du Stirck des
tankiens, et lorsque Tarana a voulu se
baigner, lui, l’eau de mer ne lui plait
pas trop, a décidé d’explorer les
environs, et a fini par trouver ce
lac, ce qui a permis à Tarana de pouvoir
se baigner sans risque, les tankiens
passent assez souvent au large, à un
ou deux kilomètres, mais ils ignorent
l’existence de ce lac, le manque de
transports aériens ne leur permet pas
de procéder à des relevés
géographiques, ils ne viennent jamais
sur terre, la zone est trop chaude
pour eux, et sont à cent lieues de se
douter que des torkiens puissent y
passer un week-end, ils sont
convaincus que seuls, des katars
habitent la zone, et ces derniers ne les
intéressent pas.

A la Makkna, nous avons récemment fait
des projections de cette zone, donc tout le
monde est au courant, par contre, il faudra
en parler à Darna et Netz, afin qu’ils ne se
trompent pas, n’oublions pas que les
tankiens seraient par trop heureux s’ils
capturaient des torkiens, il ne faut surtout
pas que cela puisse se produire.

Karl: « Bien, chérie, il était temps que tu
rattrapes le coup, car cette omission
aurait pu coûter cher, d’après mon
expérience, les tankiens, avec leur
sous-marin, mettent quatre heures de
tanka pour venir dans cette zone, et
autant pour rentrer chez eux, est-ce
que je me trompe ? »

Catina: « Non, c’est exact, nous les avons
toujours vus dans cette zone entre 11
heures du matin, et trois heures de
l’après-midi, donc lorsque nous venons ici
le samedi tôt le matin pour repartir
dimanche en fin d’après-midi, nous
n’avons aucun risque.

Karl: « Ok, dirigeons nous vers ce lac
que moi-même, je ne connais pas. »

« Ouais, sympa par ici, une belle bande de
sable qui entoure le lac, protégé de la mer
à droite par la dune dont tu parlais, tout
semble clean, je vais me baigner en
premier, histoire de voir si le lac ne
contient pas de prédateurs. »

Catina: « l’eau est très claire, le lac
semble peu profond, et je ne vois rien
dedans, mais fais quand même
attention. »

Karl: « Je nage sous l’eau sans
problème, on saura vite si la zone
est sécurisée. »

Quelques minutes plus tard:

« Ok, j’ai parcouru, comme vous l’avez
vu, tout le lac, aucun problème pour les
baignades, le centre a à peu près 4
mètres de fond, tout baigne. »

Anton: « Alors je crois que je vais y
aller, ma dernière baignade remonte à
plus de 15 ans, je vais apprécier. »

Catina : « Moi aussi, j’y vais, l’eau
est-elle bonne ? »

Karl: « Oh oui, elle est au moins à
25 degrés. »

De retour chez les katars, Kravok:

« Tiens vous voilà !
Nos chasseurs viennent de revenir
avec des palims, des  lakrs, et du
plez( biches, dindes, champignons), tout
cela sera pour ce soir, à midi, comme tu
le sais, Karl, nous mangeons peu, mais
rien ne nous interdit de boire un coup. »

« D’accord, Kravok, volontiers, pendant
que j’y pense, où avez-vous décidé de
loger Anton ? »

« Aucun problème, Karl, ma kaaba est à
lui pour cette nuit, je logerai
exceptionnellement chez Zolter. »

« Et les deux nouvelles kaabas ? »

« Ah ! Elles sont occupées par deux
nouvelles familles, c’est-à-dire deux
couples récents qui viennent de créer
deux des trois nouvelles naissances. »

« Alors tout va bien ? »

« Bien sûr, Karl, nous sommes ici
encore bien mieux qu’à Katarok, il
fait un peu moins chaud, aucun danger
sérieux aux alentours, rien ne pourrait
être mieux, mais la fête en votre
honneur va bientôt commencer, vous
allez assister aux danses de ces
dames, installez-vous confortablement. »

Keitan: « Oui, écoutez Kravok, vous
avez commencé à prendre des
couleurs, lorsque vous repartirez, vous
serez presque comme nous. »

Karl: « Non, Keitan, pas à ce point, mais
cela nous fera quand même du bien, boire
un coup, c’est chouette, mais on
mange quoi ? »

Keitan: « Oh oui, vous autres avez
l’habitude de manger à midi, nous ne
l’avons pas oublié, et vous avons
préparé quelques morceaux de lakrs
avec des légumes. »

Karl: « Parfait, alors que la fête
commence ! »

Catina: « Voyons, Karl chéri, ce n’est
plus toi qui est le chef ici, laisse les
donc réagir selon leur tempo. »

Keitan: « Oh si, madame Catina, nous
considérons toujours Karl comme notre
grand homme, notre chef, même, c’est
grâce à lui que nous sommes toujours
en vie, et cela, nous ne l’oublierons
jamais.

Je suis peut-être encore, le chef
suprême de la tribu, mais lorsque Karl
parle, je l’écoute avec grande
attention, et je ne suis pas le seul.»

Catina: « C’est très émouvant, Keitan, nous
continuons à vous suivre, et si un
jour, vous avez besoin d’aide, nous
serons là, soyez en sûr. »

Kravok: « Karl et vous, allez vraiment
bien ensemble, Catina, vous avez
énormément de points en commun. »

« Tu peux me tutoyer, Kravok, le vous
est moins habituel chez vous, je
crois, je pense qu’avec Anton, tu vas
pouvoir poursuivre de très
intéressantes conversations. »

« Le mentor de Karl !!
Ce sera pour moi un grand honneur. »

Anton: « Pour moi aussi, Kravok, sois
en sûr. »

« Et lui aussi, parle notre langue
parfaitement, c’est fantastique. »

Anton: « Je t’expliquerai, je sais que
tu sais déjà beaucoup de choses et
que tu comprends vite, nous devons
être à peu près du même âge, mais
chez toi non plus, le cerveau n’a pas
vieilli. »

Kravok: « Merci, Anton, j’ai 70 ans. »

Anton: « Alors c’est moi qui te dois le
respect, je n’en ai que 68, Zolter
n’est pas jeune non plus, quel âge
a-t-il ? »

Kravok: « Il a 72 ans, le plus âgé de
notre tribu, après vient Keitan, 54
ans, deux ou trois de nos femmes
approchent la cinquantaine, puis les
autres sont plus jeunes et pleins
d’avenir. »

Keitan: « Eh oui, place aux jeunes
comme disait souvent Karl. »

Et tous de rire.

La fête battit son plein durant deux
heures, puis Anton, Catina et Karl
repartirent pour le bord de
mer, lorsqu’ils rentrèrent, peu avant
le dîner, au crépuscule, ils avaient
encore pris de la couleur et
soupçonnaient la pommade de
Zolter d’accélérer le processus.

La fête reprit, le dîner, bien
arrosé, fût succulent, Anton était
assis à côté de Kravok, et dit à ce
dernier:

« Si tu n’es pas trop pressé de
dormir, on pourrait peut-être
échanger nos points de vue ? »

« Avec grand honneur, Anton, nous
pouvons aller dans ma kaaba qui est
désormais la tienne pour ce
soir, lorsque nous aurons fini, j’essaierai
d’éviter de réveiller Zolter. »

Chez Kravok:

« Bon, Kravok, d’après ce que m’a
raconté Karl, et jusqu’à présent, tout
ce qu’il m’a dit s’est révélé exact en tout
point, il paraît que tu détiens des
documents anciens par lesquels tu as
appris beaucoup de choses, notamment
à connaître toutes les régions et mers
de cette planète, sans y être jamais
allé, tu as su situer exactement la
région de Tanka, puis celle de Torka, en
précisant que cette dernière était
occupée par une civilisation très
avancée qui pouvait même voler dans
l’espace, ce ne sont pas ces documents
qui m’intéressent, ceux-là, conserve
les précieusement, c’est-ce que tu en
sais et pourquoi tu le sais, qui attire
ma curiosité. »

« Comment t’expliquer cela, Anton ?

Mon père qui s’appelait Zadnik  était
déjà ce que l’on peut appeler le savant
de la tribu, avec rang de numéro 3
lorsque Keitan, très jeune, n’était
encore que numéro 2, fils du Chef qui
s’appelait Adnekin.

C’est donc mon père qui détenait ces
documents, on le consultait
régulièrement, comme on l’a fait pour
moi par la suite, pour toute question
qui sortait de la vie courante, enfant, j’ai
soigneusement étudié le contenu de ces
documents, à tel point que j’en rêvais la
nuit, je me voyais vivre dans différents
paysages, dans les zones glacées, ce qui
était écrit se transformait en
images, même à l’état de veille très
souvent, tout cela m’intriguait et me
passionnait.

Puis la vie a suivi son cours, adulte, je me
posais des tas de questions, je cherchais
à comprendre, en fait, je ne vivais que
pour cela, probablement comme toi pour
ton fameux Turbophasotron.

Voilà, je ne sais pas trop quoi te dire
d’autre, si, lorsque j’ai vu Karl et lorsqu’il
m’a raconté son histoire, cela a tout
déclenché dans ma tête, là, comme il
dirait, je suis reparti pour un tour, je me
suis revu à l’époque de mon enfance, des
lignes écrites et des croquis défilaient à
nouveau, j’ai vite compris que Karl était
quelqu’un hors normes, non seulement
parce qu’il est très grand et très
fort, mais parce qu’il sait ce qu’il faut
faire dans pratiquement chaque
situation, et si c’est toi qui lui a appris
tout cela, Anton, je ne pourrai jamais
assez t’en remercier. » 
 
« Non, Kravok, je lui ai appris certaines
choses, mais dans le domaine purement
scientifique, sa capacité de
commander, d’organiser, de
comprendre, d’exprimer, de réagir
correctement à chaque situation, tout
cela n’appartient qu’à  lui, s’il est
devenu mon assistant durant des
années, ce n’était pas sans raison, en
fait, il était le meilleur, à projet qui sort
de l’ordinaire il faut que même les
exécutants disposent de qualités
adaptées, particulièrement lorsqu’il
faut vivre en secret, dans un
sous-sol, pendant des années, pour
poursuivre une œuvre qui est loin de
plaire à tout le monde.

Justement, puisque tu m’as parlé du
Turbophasotron, cela va me permettre
de répondre à ta question sur les
langues, lorsque l’on utilise un phasotron
pour des transferts spatio-temporels
c’est-à-dire qu’à l’aide de cet ensemble
d’appareils, on peut faire déplacer d’une
manière instantanée une personne dans
l’espace et dans le temps, cela s’appelle
une téléportation dans laquelle il n’y a
aucune barrière linguistique, aucun
problème de langue, pourquoi ?
Même moi, je ne le sais pas, nous ne
pouvons que le constater.    
     
Ceci étant dit, il y a autre chose à ton
actif, Kravok, lorsque vous êtes
reconnaissants à Karl d’avoir sauvé
votre tribu, tu y es pour une bonne
part, car c’est bien toi qui a su lui
dire tout de suite que Keitan était en
danger, qu’il fallait qu’il réunisse ses
hommes très rapidement pour pouvoir
le défendre, d’accord, il a
immédiatement réagi et a pu assurer
la suite, mais c’est grâce à toi, car à
ce moment là, Karl ne percevait pas
le danger, il était trop nouveau dans la
tribu, donc pour moi, ta tribu te doit
autant de reconnaissance qu’à
lui, c’est moitié, moitié.

Ce que tu viens de me dire sur ton
enfance, ton origine, et la manière
dont tu vis tout cela est intéressant
et prouve que tu fais partie des gens
positifs et constructifs, et cela mérite
le respect.

Par ailleurs, tu sais fort bien juger les
choses, les gens, et prendre des
décisions, tu es très psychologue et
dispose d’une forte capacité
d’analyse, tout cela fait que je suis
vraiment ravi de te rencontrer.

Mais je vois que tu commences à
fatiguer, nous aurons d’autres
conversations dans l’avenir, le
mieux, pour le moment, est d’aller
te reposer. »

« Oui, tu as raison, nous avons
l’habitude de nous coucher tôt et de
nous lever tôt, un peu comme
Nakath, et ce soir, nous avons fait un
petit excès au dîner, je te remercie
pour tout ce que tu viens de me
dire, je vois que j’ai affaire à
quelqu’un de grand, et pas
seulement par la taille, avec Karl, vous
êtes des phénomènes, j’ignore si
tout le monde est ainsi sur votre
planète, mais si c’est le cas… »

« Hélas non, mon pauvre ami, car je
te considère comme un ami, non
seulement tous les terriens ne se
ressemblent pas, mais il n’en reste
plus beaucoup, suite à une catastrophe
survenue il y a à peu près un an, je t’en
parlerai à une autre
occasion, heureusement, elle est
très peu probable ici. »

Kravok partit chez Zolter, dans la
kaaba voisine, la nuit se passa bien
tranquillement pour tous, et le
lendemain matin:

« Bien dormi, Karl chéri ? »

« Tu m’étonnes, la récup a été la
bienvenue, et toi chérie ? »

« Très bien, mais que veux-tu dire
par la récup ? »

«  Eh bien que cette nuit a été
merveilleuse, mais le dîner d’hier
soir était assez chargé. »

« Pour la nuit, ça me plait, pour le
dîner, oui, c’était chargé, mais tu es
costaud, tu peux facilement supporter ça. »

« Si je récupère, oui, c’est bien ce que
j’ai dit. »

« Bon, j’entends du bruit dehors, je crois
qu’il est temps de nous préparer. »

La journée passa très vite, petit passage
chez Zolter pour la
pommade, bains, ripaille à midi,  bains
et décontraction l’après midi, lorsque
nos trois visiteurs revinrent à Karltana, ils
étaient déjà bien bronzés, dernières
courbettes, derniers adieux, le chemin
de la plage, un objet volant piloté par
Cortan, retour au bâtiment 1, c’était
bouclé.

Au dix neuvième:

« Bon, après demain, à la réunion, il va
falloir leur passer la vidéo, au resto, je
vais dîner léger. »

Karl: « Moi aussi, on en profitera pour
mettre Netz et Dorna dans le coup pour
la dune. »

« Bien sûr, on a encore un petit
moment, je vais en profiter pour prendre
une bonne douche puis tu prendras le
relai, le sel, il ne faut pas trop le garder. »

« Ok, après le resto, que vas-tu faire ? »

« Consulter la positronique, notamment pour
constituer le prochain ordre du jour, et toi ? »

« Poursuivre ma récup, ce week-end a été
plutôt épique. »

« Là, tu me surprends. »

« Je ne sais pas ce que j’ai, mais je crois
que c’est le soleil qui m’a fatigué, malgré
ou avec la pommade de Zolter, je me sens
un peu éteint, la dernière fois, nous étions
deux fois moins au bord de mer, je me
demande si Anton ressent la même chose. »

«  C‘est curieux, moi, je ne me sens pas
du tout fatiguée, ce serait plutôt le
contraire, mais on va en parler à Anton
au restaurant. »

Plus tard:

« Ah, Anton, si vous voulez dîner avec
nous, vous êtes le bienvenu, une petite
question, comment vous sentez vous en
ce moment ? »

« Désolé, Catina, je suis invité par
Netz, et n’ai pas envie de lui faire faux
bond, mais demain à midi, si vous le
voulez bien, je serai à votre disposition.

Comment je me sens ?
Tout à fait bien, c’est vrai que nous
avons fait un peu d’excès hier soir et
à midi, je n’irais pas jusqu’à dire que je
pète la forme, en temps normal, je
n’aurais pas aussi bien supporté ces
excès, cela me surprend un peu, mais
je suis en forme, pourquoi me
posez-vous cette question ? »

« Parce que Karl ne se sent pas
bien, alors que moi, oui, tout comme
vous, cela m’inquiète.

Pour demain midi, oui, avec plaisir. »

« Je vais y réfléchir, qu’un gaillard
comme Karl ne se sente pas bien, ce
n’est pas normal.

Netz et Dorna viennent d’arriver, je
vous laisse. » »

Karl ne réussit pas à finir ses plats et
se sentait de plus en plus fatigué, ce
qui n’échappa pas à Catina

« Veux-tu que l’on remonte
maintenant, mon chéri…

Là tu commences à me faire peur. »

« Oui, il faut que j’aille me
reposer, j’avais déjà ressenti un peu
cela il y a quelques semaines, mais
beaucoup moins, pas suffisamment
pour en parler, puis tout était rentré
dans l’ordre. Il se pourrait que je ne
supporte pas la pommade de Zolter, ou
du moins une de ses composantes, mais
ce n’est qu’une idée. »

« Demain matin, j’appelle Tarana, tu
passeras au labo pour te faire examiner
sérieusement, nous devons
impérativement savoir de quoi il
retourne. »

Deux heures plus tard, appel d’Anton:

« Catina ? »

« Oui, Anton, qu’y a-t-il ? »

« Où est Karl ? »

« Il dort, demain matin, je vais lui
faire passer un examen complet chez
Tarana, je suis très inquiète. »

« Hm, je pense à une chose, je suppose
que vous aussi avez eu un traitement
acticellulaire ? »

« Oui, en effet, mais pourquoi ? »

« Karl, en a-t-il eu un ? »

« Normalement oui, mais je vais appeler
Tarana pour me le faire confirmer.. »

Cinq minutes plus tard:

« Non Anton, il ne l’a pas eu, Tarana le
lui fera demain matin, mais comment
savez-vous… »

« Plus tard les questions, à votre place
j’appellerai Tarana pour qu’elle le lui
fasse tout de suite. »

« D’accord, Anton, je m’en occupe
immédiatement ».

Catina et Tarana firent le nécessaire, et
une heure plus tard, Karl:

« Ah ! Je me sens mieux, de quel miracle
ais-je encore bénéficié cette fois-ci, car
là, j’étais mal, j’ai même cru que
j’allais y passer. »

« Mon pauvre chéri, si tu savais à quel
point tu m’as fait peur, tu pourras
remercier Anton, c’est lui qui t’a sauvé. »

« Explique ! »

« Plus tard, viens avec moi au salon, je
vais rappeler Tarana, puis Anton, comment
te sens tu ? »

« Bien maintenant, la forme n’est pas
loin. »

Après avoir remercié Tarana, Catina:

« Anton ? Oui, vous êtes là, alors
bravo, Karl va bien maintenant, mais
comment avez-vous su ? »

« Simple logique, les torkiens bénéficient
d’un traitement acticellulaire, traitement
dont Karl ne m’a jamais parlé, la pommade
de Zolter, nous en avons eu tous les
trois, seul Karl ne se sent pas bien alors
que c’est un sacré gaillard.

Conclusion: Karl n’a pas supporté un
composant de la pommade de Zolter
parce qu’il n’a pas bénéficié du
traitement qui doit comporter un
élément de protection.

Je suis même à peu près sûr que Karl a
pensé à la pommade. »

« C’est exact, vous êtes décidément très
fort, et plus encore, je ne peux que vous
remercier, et je serai plus qu’heureuse
de vous rencontrer demain midi. »

Karl: « Moi aussi, Anton, et grand merci. »

« Content d’avoir été utile, passez une
bonne soirée. »

« Là, ça y est, me revoilà en forme. »

« Eh bien, mon chéri, c’est un
bonheur, tu as la chance d’avoir un
patron, le Professeur Markos, qui est
pratiquement un surhomme, je me sens
toute petite à côté de lui, jamais
personne ne m’a impressionnée à
tel point. »

« Tu peux également dire Docteur Markos. »

« Docteur ? Explique. »

« Avant de se lancer dans les sciences et
les recherches, il a fait sept ans de
médecine, et en est ressorti avec un beau
diplôme de Docteur qu’il m’a montré.

Maintenant, je crois que je pète la
forme, et vais me servir un bon
Bourbon, tu m’accompagnes ? »

« Holà, doucement Karl, bon d’accord, allons
y, ainsi Anton est aussi un Docteur, je
comprends mieux pourquoi il a pensé à
l’acticellulaire, mais quand même, c’est
un sacré bonhomme, il parle très
peu, mais c’est toujours du lourd, même
Netz, avec lui, risque fort de se sentir par
moments en dehors de ses chaussures.

Pour en revenir à ta question, tu allais
vraiment mal, Anton m’a dit d’appeler
Tarana pour qu’elle vienne de suite
t’administrer un traitement acticelullaire
qui va prolonger ta durée de vie d’au
moins trente ans, et nous pensons
pouvoir aller encore plus loin dans ce
domaine, Tarana fait des recherches et
m’a déjà communiqué des possibilités
encourageantes, tu avais raison, c’est
bien une des composantes de la pommade
de Zolter qui ne t’allait pas, le
traitement doit contenir une substance
qui a rectifié le tir. »

« Ok, c’est clair, tu as parlé de Netz, à lui
aussi, faudra faire un traitement
acticellulaire. »

« J’en parle demain matin à Tarana.

Bon, je n’ai pas pu faire ce que j’avais
prévu, on verra cela demain matin, pour
le moment, après notre petit Bourbon, tu
sais ce dont j’ai envie ? »

« Je crois le savoir. »

Le lendemain midi, au restaurant:

Karl: « Cette fois-ci, j’ai faim. »

Catina: « Et tu n’es pas le seul, et vous
Anton ? »

« Oui, d’autant plus que j’apprécie
vraiment ce restaurant et sa cuisine.

Vous savez que j’ai appelé Malker ce
matin ? »

Catina: « Oui, il m’a dit que vous voulez
travailler dès demain? »

« En effet, mon repos a suffisamment
duré, passer des heures dans un superbe
appartement, doté d’une piscine dont je
profite bien et d‘une positronique
intéressante, cela a son charme, certes, mais
ça, c’est valable le soir, après le travail, vous
m’avez apporté pas mal de choses, et le
moins que je puisse faire, c’est de vous
renvoyer l’ascenseur en me rendant utile
à la communauté, ou au moins à la
Makkna. »

Catina: « Cela vous honore, Anton, une
preuve de plus, vous seriez vous fixé un
temps pour égaliser ou même dépasser
Malker ? »

Markos se mit à rire:

« Je dois d’abord voir le chantier pour me
faire une idée, puis probablement
apprendre pas mal de choses pour
devenir rentable, lorsque j’aurai atteint
une vitesse de croisière, si j’y parviens un
jour, là, je pourrai peut-être commencer
à penser par comparaison, si j’obtenais
une certaine égalité avec Malker, je serai
déjà plus que content. »

Karl: « Bah, tiens ! Je vais appeler Malker
pour travailler avec vous. »

Anton: « Attendez encore un peu, Karl, si
nous sommes tous les deux en
conjectures, cela ne facilitera pas les
choses, il faut déjà que je sois tant soit
peu dans le coup, et puis, si vous voulez
rester mon assistant, il faut que je sache
comment vous occuper, vous y viendrez, aux
cristaux, je vous le promets sous réserve
de l’accord de Catina, mais pour le
moment, gardez donc votre casquette de
gouverneur. »

« Oui, sur le principe, je suis d’accord, je
l’ai d’ailleurs déjà proposé à Karl, mais
vous avez encore raison, Anton, la
manipulation des cristaux ne s’apprend
pas du jour au lendemain, même pour
vous, alors Karl peut attendre, c’est
Malker qui décidera à partir de quel
moment Karl pourra venir, je pourrai
également le faire, mais j’ai d’autres
occupations. »

Anton: « Cela me permet de conclure
que vous égalisez Malker au niveau
des cristaux. »

Catina: « Pratiquement, je serai
peut-être un peu moins rapide que
lui, car je ne pratique plus, mais je
sais quoi faire dans tous les cas. »

Anton: « Bon, si un problème se
pose, je saurai à qui m’adresser. »

Catina: « Je pense qu’il n’y en aura
pas, Malker est un homme très
sympathique et compréhensif, je
crois que vous vous entendrez
bien avec lui. »

« Dans ce cas, il n’y a plus de
problème, bon appétit ! »

Le surlendemain, à la réunion du matin:

Catina:

« L’ordre du jour est assez chargé, les
questions à traiter sont les suivantes:

- Il y aurait des fuites d’eau dans les
bâtiments 1872 et 7547.

- Certaines rues, la 4455r, 4826r, 7844r
9888r, et 12455r révèlent des fissures
qui nécessitent un revêtement à certains
endroits.

- Deux jeunes et nouveaux artistes de
talent à inclure dans des
spectacles, Gufta, un comique, et
Mottina, une chanteuse.

- Deux candidates à des postes de
speakerine, Banja et Vatna.

- Un nouveau réseau local de
télécommunications.

- Deux enfants malades, un dans le
bâtiment 2801 étage 12 et un autre
dans le bâtiment 7637 étage 8.

Bon alors pour les fuites d’eau, Zasper
ou Borden, où en est-on ? »

Zasper: « Justement, en accord avec
Borden, nous avons commis une
expertise dans les deux bâtiments pour
parvenir à la conclusion qu’un tuyau
d’écoulement dans chaque bâtiment
s’est fissuré, le 1872 est déjà réparé et
nettoyé, le 7547 le sera dans une heure. »

Catina: « Bien, les fissures dans les rues ?
Malker? »

Malker: « Tout est réparé, on y a passé un
enrobé encore plus solide que le matériau
de base. »

Catina: « Excellent, et pour nos deux
artistes, Nakwa ? »   

Nakwa: « Gufta est super, il veut faire du
one man show, mais pour le moment, j’ai
préféré le faire intégrer dans un trio, il
passera dans deux spectacles d’essai la
semaine prochaine.

Mottina a une très belle voix, avec un
timbre particulier, mais cela nécessite
encore un peu de travail, elle devrait être
au point dans deux ou trois mois. »

« Qu’en est-il de tes candidates, Gorta ? »

« Pour Banja, c’est encore un peu court, elle
a du charisme et est très
prometteuse, disons dans six mois.

Vatna est au point, vous la verrez à partir
de la semaine prochaine. »

« Gorta, le réseau local ? »

« Semaine prochaine, c’est Vatna qui sera
la speakerine ».

« Enfin, nos petits malades, Tarana ? »

« j’ai eu un appel de Kanem avant de
venir, c’est réglé. »

Catina: « Bon, en somme, tout se passe
plutôt bien…

D’autres questions ? »

« aucune », « aucune », « non »…………

« Bien alors la séance est levée, bon
appétit ! »

Quelques jours plus tard, chez Anton:

« La manipulation des cristaux pour former
quoique ce soit est à la fois plus simple et
plus compliquée que je ne pensai, simple
dans le sens que dans une immense
salle comportant des cristaux de
diverses couleurs, en mosaïque sur deux
des quatre murs, il y a un énorme
bureau au centre, sur lequel une énorme
positronique reliée à  une boule
métallique d’un mètre de
diamètre, truffée de dizaines de trous
et placée sur une table à roulettes, et à
un autre appareil annexe qui a l’aspect
d’un photocopieur, et d’ailleurs c’en
est un.

On veut créer un objet, on passe dans le
photocopieur une représentation la plus
fidèle possible de l’objet à créer, on
entend alors un très léger crépitement
dans la positronique, qui, à son
tour, envoie du courant dans la sphère
presque pleine de trous, des rayons se
dirigent alors vers un cristal mural
bien déterminé, ou parfois plusieurs, et
quelques secondes plus tard, l’objet en
question, en 3D, apparaît dans un endroit
tout aussi déterminé de la pièce, jusque
là, cela reste simple, parfait pour une
démo.

Mais là où ça se complique, c’est que cela
dépend de l’objet à créer, et où il doit être
transféré, lorsqu’il s’agit de faire une
démo, on tape A sur le clavier de la
positronique avant de procéder, en cas
de transfert, on tape S, dans ce dernier
cas, la sphère dispose de câbles de
transmission qui vont directement dans le
sol, vers une panoplie d’appareils situés
près des deux autres murs, ceux qui ne
comportent pas de cristaux, ces
appareils ont l’aspect d’ordinateurs, mais
n’en sont pas, chacun a une fonction
bien définie, deux d’entre eux, de
véritables bibliothèques d’hologrammes
en 3D, deux autres qui déplacent les
objets, connectés aux bibliothèques pour
destination finale, deux autres encore
contrôlent la conformité de la création, et
ne lancent des signaux aux quatre
premiers que si les contrôles se sont avérés
conformes, je ne connais pas encore l’usage
exact des huit autres.

Ce qui est simple, c’est d’expédier un objet
là où il faut lorsque l’on dispose de sa
représentation exacte et d’un code
numérique qui peut aller jusqu’à 22
chiffres, si on n’a pas le code, rien ne
se fait.

Ce qui est compliqué, c’est de connaître
le code de l’objet à envoyer, et, bien
sûr, la fabrication technique des appareils
qui procèdent, savoir que tel cristal, ou
qu’une combinaison de plusieurs d’entre
eux servent à fabriquer tel ou tel
objet, cela ne sert à rien, dans la passé, à
l’origine de cette mise au point, cela a pu
être utile, voire capital, mais à ce
stade, peu importe.

La représentation d’un objet quel qu’il
soit, fut-ce d’un bâtiment tout entier, c’est
de la rigolade, la difficulté, c’est le bon
code, Malker et Catina connaissent tous
les codes, mais comment peuvent-ils les
savoir aussi parfaitement, sans faire
d’erreurs, des centaines, des milliers de
codes de dizaines de chiffres ?

Avec nos facultés naturelles, c’est
impossible à retenir, alors ils doivent avoir
un moyen, un appareil qui les leur
transmet sous hypnose?

Un énorme cahier/répertoire?

Des données dans un ordinateur?
Je pense plutôt à cette dernière
hypothèse, et l’ordi en question est
peut-être l’un des huit dont je ne
connais pas les fonctions, voilà, Karl, ce
qui vous attend si vous persistez dans
votre décision. »

« Je vois, Anton, je pense comme vous
qu’il s’agit d’un ordi qui a tout, peut-être
en effet l’un des huit que vous ne
connaissez pas.

Et ni Malker, ni Catina ne vous en a parlé ? »

« Eh bien non. »

« Je crois savoir pourquoi, ils vous
testent, ils vous en parleront si vous
trouvez la bonne solution, Catina m’a
fait le coup envers la présence des
cristaux, puis comment les actionner, elle
m’a montré les cristaux, je suis allé dans
votre salle, mais seulement lorsque j’ai
prouvé à Catina que leur civilisation vivait
à partir de cette énergie, que ce n’était
pas possible autrement, et que la manip
des cristaux se faisait par vibrations, c’est
seulement là qu’elle a confirmé mon
hypothèse.

Au début, on me cachait tout, on ne me
parlait de rien ou presque, oh, ils étaient
gentils, et mêmes charmants, mais
j’étais regardé comme une bête
curieuse, et souvent laissé dans mon
coin, mais cela, je vous l’ai déjà raconté. »

« Hm, je pense que vous seriez encore
dans ce cas si vous n’aviez pas plu à
Catina, ou alors nous serions en train
de mourir de faim sur Terre, mais vous
avez raison lorsque vous me dites que l’on
me teste, Malker doit avoir des ordres, il
ne me laissera procéder que si je trouve
comment.

On se reprend un Bourbon ? »

« Volontiers, tiens, je pense à autre
chose, créer un objet de la taille d’un
bâtiment, ce n’est pas une petite
affaire, et le déplacer, c’est-à-dire le
poser carrément dans un endroit
déterminé au millimètre encore
moins, les deux qui déplacent les objets
pour pouvoir les poser n’importe
où, comment le font-ils, par le code ? »

« Je pense que oui, il y aurait bien le
moyen de procéder au curseur, ce qui
éviterait un élément de code, mais ce
ne serait peut-être pas aussi précis, à
moins de disposer d’hologrammes
extraordinaires. »

« C’est à énoncer si vous voulez
connaître la solution, l’hypothèse du
curseur me semble presque aussi
valable, et ça leur montrera que vous
évaluez toutes les possibilités. »

« Vous avez raison, je vais procéder
ainsi, si je parviens à rechercher dans
un ordi un code pour créer un objet, cela
me semblera trop simple, mon
Turbophasotron, c’est moi qui l’avait
créé de toutes pièces, j’en connaissais
parfaitement tout l’intérieur, vous aussi
d’ailleurs, peut-être à part l’unité centrale
qui n’est jamais tombé en panne, le plus
grand mystère doit se trouver entre la
boule et la positronique, car c’est là que
les objets se moulent, le reste, même les
appareils près des murs, seront plus
faciles à appréhender. »

« Justement, nous ne pourrons
connaître le côté mécanique que si les
appareils tombent en panne, et que
c’est nous qui devions les réparer, mais
avec cette civilisation, dans laquelle il
n’y a pratiquement jamais d’erreurs, on
peut en douter ».

« Vous avez encore
raison, Karl, décidément, vous
commencez à me copier de très
près, à la vôtre. »

« A la vôtre, Anton, je vais vous laisser
le soin de présenter vos hypothèses à
Malker, sans en parler à Catina, il faut
qu’ils vous acceptent, parce que même
s’ils sont brillants, leur cerveau n’est pas
tellement meilleur que le nôtre, s’ils ont
des codes en ordi, ok, mais si les
appareils tombent en panne, savent-ils
les réparer?

Je n’en suis pas si sûr, Malker a bien des
techniciens qui l’assistent, mais d’après
ce que vous m’avez dit, la technologie
est tellement complexe qu’on peut en
douter, peut-être qu’ils croisent les
doigts pour que ça ne tombe jamais
en panne ? »

« A la vôtre, Karl, je pense que si une
personne peut connaître la technologie
de ces appareils, c’est Catina, vous
m’avez dit qu’elle avait recueilli toutes
les données de la bouche de ses
ancêtres, mais telle que je la connais, elle
a dû scrupuleusement tout noter, sans
nécessairement en parler à Malker qui
est un sous-ordres, ok il est sympa, il nous
est arrivé d’écluser quelques Bourbons
ensemble sur le lieu de travail, il n’est pas
idiot, loin de là, et je n’ai rien à lui
reprocher, mais pour moi, la détentrice de
tous les secrets, celle qui dirige tout, c’est
Catina, et s’il y en a un autre qui est bien
placé, c’est vous, au fait, qu’allez vous lui
dire? Car sûr qu’elle va vous interroger. »

« Je vais simplement lui dire que vous
m’avez décrit les différents appareils en
précisant que c’est difficile, qu’il y a des
codes, mais sans aller plus loin, simplement
que pour vous, c’est matière à
réflexion, elle sait ce que vous avez
vu, Malker à dû tout lui dire, elle peut
même vous surveiller depuis sa
positronique, tiens donc! Voilà une
solution possible, elle a une positronique
spéciale qui a des fonctions et qui doit
comporter des secrets que les autres
n’ont pas, voilà de quel côté il faut
rechercher pour le côté mécanique des
appareils, qu’en pensez-vous ? »

« Pour ce que vous voulez lui dire, c’est
bien, pour le reste, attention terrain
glissant et dangereux, ne tentez rien
pour le moment, surtout ne commettez
pas cette erreur, elle ne vous la
pardonnerait probablement pas, même
si elle vous aime, vous a-t-elle déjà
montré certains usages particuliers de
sa positronique ? »

« Oui, elle l’a fait, elle prévoyait même
de m’en montrer d’autres après le
voyage spatial, vous connaissez la suite. »

« Alors surtout ne faites rien, laissez la
venir, je ne veux pas lui dérober sa
propriété, je veux simplement
comprendre, si elle vous montre d’autres
usages, parlez m’en, mais il se pourrait
qu’elle hésite davantage maintenant que
je suis là, elle me respecte trop, cela veut
dire qu’elle me craint, et ce n’est pas
bon, vous m’avez dit qu’elle voulait faire
une descendance?

Alors je pense qu’elle ne voudra
transmettre ses plus profonds secrets qu’à
son fils ou à sa fille, nous ne sommes pas
de sa lignée, même vous…

Elle vous aime, tant mieux, mais si vous
faites une erreur, attention. »

« Ok, le message est clair et j’en tiendrai
compte, d’accord, je ne vais rien
précipiter, mais attendre son bon
vouloir, pour le moment, elle n’est pas
pressée d’avoir un enfant, mais je ne
compte pas là-dessus. »

« Et vous faites bien, laissez le temps
passer, si elle vous aime vraiment
profondément, sait-on jamais… »

« Ok, Anton pas de problème, bon je
vais penser à remonter, car il se pourrait
qu’elle s’impatiente. »

« Vous avez raison, maintenez la toujours
dans de bonnes dispositions. »

Quelques minutes plus tard:

« Alors chéri, je vois que tu es en forme, ta
conversation avec ton Prof s’est bien
passée? »

« Comment pourrait-il en être autrement ? »

« C’est vrai, vous êtes deux grands
esprits, de quoi avez vous parlé ? »

« Tu dois t’en douter, de ses premiers
jours chez Malker. »

« Ah oui ! Et quelles sont ses impressions. »

« Il s’entend bien avec Malker, il m’a même
dit que de temps à autres, il leur arrivait
d’écluser quelques Bourbons ensemble. »

« Ok chocking ! Ce n’est pas très
sérieux, mais encore ? »

« Il m’a décrit les appareils que tu
m’avais montré, parlé de la salle que
je connais, mais il ne connaît pas encore
les fonctions de tous ces similis
d’ordis, et dit que le maniement des
cristaux, c’est à la fois simple et
compliqué,  que tout dépend des
codes, il n’a pu guère m’en dire
plus, alors pour le reste, encore avec
des Bourbons qui ne font pas très
sérieux, on a discuté du bon vieux temps. »

« Ah, alors il vaut mieux que je ne t’en
propose pas, qu’entend-t-il par simple
et compliqué ? »

« Eh bien les codes, je suppose.»

« Il ne t’en a pas dit plus ? »

« Si, que c’était matière à réflexion, je sais
que cela ne va pas te satisfaire, mais je
n’en sais pas plus. »

« Hm, peut-être qu’il lui faudra quelques
jours de plus, tiens, reste près de moi, je
vais te montrer quelque chose qui va
t’intéresser. »

Catina actionna sa positronique, fit
quelques manœuvres, et l’image
apparut, montrant Anton et Karl en train
de converser, puis le son vint, cela
dura une bonne demie heure:

« Tu vois, mon chéri, rien ne peut
m’échapper, sauf si vous aviez conversé
dans le restaurant…

Non seulement il a déjà de bonnes solutions
qu’il pourra présenter à Malker, mais en
plus, il voit juste lorsqu’il dit que
seule, je connais la technique des
appareils, même Malker ne la connait
pas, et il t’a donné de bons conseils
vis-à-vis de moi, si je le crains ?

Oui, en effet, il est doté d’un redoutable
raisonnement, encore bien pire que celui
de Kravok, et… »

« Attends, il a dit que ce n’était pas
bon, et qu’il n’avait pas du tout
l’intention de te déposséder de quoi
que ce soit, c’est quelqu’un qui veut
comprendre, tu as entendu qu’il a rappelé
que c’est lui qui avait constitué le
Turbophasotron, qu’il en connaissait
chaque pièce, ici, ça le change, le
processus n’est pas du tout le même, il
se sent au rôle de simple exécutant dont
il n’a pas l’habitude, enfin je le répète, il
ne veut pas que tu le craigne, il n’y a
pas lieu. »

« Peut-être, ça aussi, c’est matière à
réflexion, qu’il ne veuille pas me
déposséder de mes biens, je peux
l’admettre, ce n’est pas son genre, mais
le jour où il saura manier les cristaux, et
si en plus, il connaît l’intérieur des
machines, imagines ce qu’un cerveau tel
que le sien peut faire?

Il est nettement plus fort que nous, il est
donc normal que je me méfie, non ? »

« Non, cette fois-ci, je ne peux te donner
raison, qu’il soit plus fort que nous, ou
que moi c’est certain, mais il est très
humain, même s’il ne le montre pas
beaucoup, il était médecin avant
d’être scientifique, cela doit signifier
quelque chose, non ? »

« Hm, les médecins ne sont pas
nécessairement des modèles de vertu
ni d’intégrité, je pense à Kanem, lui ?
Peut-être, à voir, il commence à avoir
de l’âge, mais on vient de lui rajouter
trente ans, au moins, tout en gardant ses
moyens, alors il lui reste encore de quoi
faire, c’est un colosse un peu dans ton
genre, alors avec le cerveau qu’il a… »

« Il est très correct, je le répète, quel
intérêt aurais-je à te mentir, j’ai vécu un
paquet d’années avec lui, dans des
conditions pas toujours faciles, cet
homme aime créer, mais pour créer, il
faut d’abord comprendre, imagines qu’un
jour, il invente quelque chose de
nouveau, de supérieur qui pourrait
profiter à la communauté, ou au moins
à la Makkna, en serais-tu mécontente? »

« Hm, Tu n’aurais pas dû lui dire que je
dispose d’une positronique particulière, il
t’a parlé d’erreur, là, tu en a fait une
importante, je … »

« Holà, doucement les basses, ce n’est
pas une erreur importante, comme tu le
dis, ce secret n’ira pas ailleurs, ça je peux
te le garantir, de plus, il m’a clairement
dit de ne pas aller trifouiller
dedans, alors ? »

« Oui, il l’a dit, je vois que tu es en
colère, et que le fait de t’avoir pris la
main dans le sac ne t’a pas plu, je dois
réfléchir. »

« Tu veux toujours tout contrôler, alors
continues à tout superviser, sans
sentiment, sans état d’âme, reste
l’impératrice implacable, qui ne donne
pour personne droit à l’erreur, que tout
le monde se mette à genoux devant toi, et
sois heureuse comme ça.

Je n’apprécie pas ton procédé, et si ça non
plus, ça ne te plait pas, il ne te reste qu’à
nous renvoyer sur Terre, ou chez les
katars, tu seras débarrassée de nous.»

Plusieurs minutes s’écoulèrent:

« Bon, écoute, prenons un bon Bourbon
et discutons calmement, je n’aime
vraiment pas te voir dans cet état, si tu
en arrivais aux arguments physiques, je
n’aurais aucune chance, contre quelqu’un
qui a vaincu Makar, oh là là… »

« Mais pour qui me prends tu ?

Je n’ai jamais eu l’intention de faire
cela, je suis quand même un peu
civilisé, non ?

Et puis cet état, c’est toi qui l’a créé
avec ta paranoïa. »

« Admettons, peut-être suis-je parfois
un peu trop dure, mais il faut
comprendre mon point de
vue, gouverner n’est pas facile, et tous
les gens ne sont pas des anges, il peut
m’arriver de me tromper, c’est rare, mais
possible, pour en revenir à ce que tu
disais, qu’Anton soit humain, je veux
bien le croire, que tu le défendes avec
bec et ongles parce que ce qu’il
représente pour toi est énorme et
profond, je comprends cela, s’il te
plait, acceptes de prendre un Bourbon
avec moi, je ne veux pas du tout me
débarrasser de vous deux, je… »

« Tu veux nous tenir sous ta
coupe, démontre moi le contraire. »

« Je vais essayer, qu’Anton soit capable
d’inventer quelque chose d’utile à la
communauté, c’est sûr, il a parlé de mes
ancêtres et du fait que j’avais
scrupuleusement noté ce que l’on m’avait
transmis, c’est tout à fait exact, et ça se
trouve bien dans ma positronique, je le
soupçonne d’être extralucide, ton
mentor, il est d’une précision
chirurgicale, à couper le souffle, bon
d’accord, peut-être n’as-tu pas fait une
grosse erreur, et que mentir par
omission, dans ton cas, en soient de
toutes petites, peut-être aurais-je mieux
fait de ne pas te montrer que j’avais
suivi votre conversation… »

« Tiens, justement, pourquoi l’as-tu fait?

Et ne me dis pas que c’est parce que tu
t’ennuyais, en d’autres
circonstances, j’aurais fait semblant de
te croire, mais pas maintenant. »

« Tu deviens très dur, en fait je ne sais
pas exactement quels pourcentages à
donner à ma motivation d’assister à votre
conversation, ennui ?
Si, justement, je m’ennuyais.
Un peu, participer ?
Oui, cela me faisait plaisir, contrôle?
Oui, inévitablement, il doit y en avoir une
part, considère cela comme une réaction
viscérale, ou une habitude devenue
automatique, même si je donnais des
pourcentages maintenant, qui ne sont
pas sûrs d’être objectifs, tu ne les
accepterais pas, depuis que tu es arrivé
à Torka, lorsque nous n’étions pas encore
liés, t’ais-je donné l’impression d’être
implacable ou tyrannique ?

Nous t’avons accueilli alors que nous
n’étions pas obligés de le faire, tu nous
plaisais, d’accord, mais si tu étais resté
à Tanka, les derniers mois auraient été
difficiles… »

« Oui, mais maintenant, je serais sur Terre. »

« Mon pauvre chéri, dans quel état se
trouve ta planète, il faudra des millénaires
pour y reconstituer une civilisation, vous
n’aviez pratiquement plus d’aliments dans
le labo d’Anton, vous seriez morts dans de
tristes conditions, je ne sais pas comment
te faire comprendre que je ne veux pas te
mettre sous ma coupe, Anton a parlé
d’enfant, de descendance, c’est vrai que je
ne suis pas trop pressée d’en avoir
une, mais si je la fais, c’est avec toi, et
personne d’autre, sois en
sûr, maintenant, l’histoire de transmettre
mes secrets à mes descendants, et
uniquement à eux, j’avoue que je n’ai
pas encore évalué cette question, si je
n’ai jamais d’enfant, mes secrets devront
bien être transmis à quelqu’un, à
qui, sinon à toi ?

Anton a parlé de lignée, avec toi, si on se
marie, elle continue d’une certaine façon, il
n’a peut-être pas raison sur ce point, car
comme je l’ai dit, je n’avais encore rien
évalué, je ne vais pas continuer à me
défendre en essayant de justifier que
gouverner implique certaines
obligations, j’ai peut-être mal réagi, car
je t’aime, ça, c’est certain, à quel degré ?

Profondément comme le dit Anton ?
Peut-être, je ne sais pas exactement… »

« Il y a beaucoup de peut-être dans tout
ce que tu me dis. »

« Et tout autant d’incertitudes, je ne peux
pas être sûre de tout, je suis une sorte
de mécanique qui se sent obligée de se
défendre sur tous les fronts, certaines
incertitudes me rongent, il ne faut pas
croire que je me sente toujours bien, j’ai
mal réagi en voulant écouter ta
conversation, j’en suis vraiment désolée. »

« C’est à mon tour de te dire qu’il faut
que je réfléchisse. »

« D’accord, prends ton temps, et s’il te
plait, ne refuse pas ton Bourbon, je crois
que c’est Anton qui trouble mes
réactions, je ne dis pas qu’il le fasse
exprès, ce n’est certainement pas le
cas, mais depuis qu’il est là, je ne suis
plus la même. »

« Tu veux qu’il prenne ma place ? »

Catina se mit à rire:

« Tu sais très bien que ce n’est pas de
cela qu’il s’agit, je n’aurai plus personne
d’autre que toi, c’est par sa puissance
mentale, par ce qu’il est qu’il
m’impressionne, je n’ai jamais vu
quelqu’un comme lui, toi, tu t’en
approche par certains côtés, de plus en
plus d’ailleurs, mais tu as ce qu’il n’a
peut-être plus, la jeunesse, toi, je
t’aime, lui, je le crains tout en le
respectant, ce sont deux sentiments
très différents. »

« Admettons, peut-être que là, tu me
dis la vérité, alors on va se boire ce
Bourbon, puis après je me couche, et
demain, je vais me mettre sérieusement
à réfléchir. »

« Je suis désolée de t’avoir froissé, tu es
quelqu’un d’extraordinaire, et si je t’ai
maltraité, que puis-je faire pour
regagner ta confiance ? »

« Laisser passer du temps, il peut
détruire comme il peut
réparer, médaille/revers, on verra. »  
      
Le lendemain, Karl décida de déjeuner
avec Anton, Catina se retrouva seule, au
grand étonnement d’autres clients, Netz
les observait, ils s’étaient placés à une
table assez éloignée de toutes les
autres pour ne pas être écoutés:

« Catina a pu suivre notre conversation
d’hier soir avec sa positronique
spéciale, là, je peux vous dire que
ça s’est mal passé. »

« Oui, c’est un peu gênant, j’en
conviens, mais pas irréparable, est-ce
qu’à un moment ou à un autre, elle
a tenté de s’excuser ? »

« Oui, elle l’a fait plusieurs fois, elle m’a
même dit qu’elle m’aimait mais au
début, pendant un bon moment, elle m’a
parlé sur un ton qui était un mélange de
foutage de gueule et de condescendance, et
cela, ça ne m’a pas plu. »

« Vous avez estimé qu’elle voulait vous
mettre sous sa coupe ? »

« Exactement, comment le savez-vous ? »

« Mon pauvre Karl, vous devez vous douter
que je vous connais bien. »

« Bon d’accord, elle a prétexté que depuis
que vous êtes là, ses réactions ont
changé, que vous lui faites peur, elle s’est
un peu affolée en écoutant les solutions
dont vous voulez parler à Malker, et de bien
d’autres choses encore, tout tombait
juste, elle a parlé de précision
chirurgicale. »

« Bon il faut réparer ça vite fait, faites la
venir ! »

Karl s’exécuta et revint avec Catina:

« Bonjour Catina, je ne voudrais pas qu’il
y ait de malentendu, et encore moins
détruire les relations harmonieuses que
vous aviez jusqu’à présent avec Karl, vous
avez participé à notre conversation d’hier
soir, très bien, si vous vous souvenez de
tout, vous comprendrez facilement qu’il
n’y avait rien à votre encontre, ce serait
plutôt le contraire, je crois savoir ce que
vous craignez, par le fait que vous êtes
gouvernante, que vos responsabilités sont
lourdes, que vous portez tous vos efforts
sur le maintien d’une société
harmonieuse, vous avez un bon
esprit, malheureusement, tout le monde
n’est pas comme vous, vous devez vous
méfier de beaucoup de choses et de
gens, qui ne vous méritent pas, vous
avez aussi des incertitudes, même avec
votre brillant cerveau, vous ne pouvez
tout savoir ou tout prévoir, c’est
humainement impossible, ces incertitudes
créent en vous des angoisses qui vous font
du mal, il faut faire la paix avec ces
incertitudes, ne pas lutter contre, et là, vos
angoisses disparaîtront, partez du principe
que vous faites au mieux, et laissez donc
le reste.

Je suppose que vous avez également
entendu que je me posais des questions
sur l’aspect technique du matériel, c’est
tout à fait normal de mon point de vue
alors que j’ai créé un Turbophasotron de
toutes pièces, moi aussi, je peux avoir
des sortes d’angoisses lorsque je ne
connais rien de ce qu’il y a à l’intérieur
d’une machine, et encore plus s’il s’agit
d’une technologie nettement
supérieure, car je me demande alors quelle
est mon utilité, ce centre de cristaux et
ses machines vous appartiennent, je ne
veux surtout pas vous les prendre, je veux
simplement savoir pour pouvoir vous
apporter quelque chose, à vous et à la
société torkane ou au moins à la
Makkna, c’est précisément ce que j’ai dit
à Karl, il ne faut surtout pas que vous
ayez peur de moi, vous êtes venue nous
chercher, vous nous avez royalement
accueillis, nous ne pouvons qu’avoir de la
reconnaissance à votre égard, je suis
content d’être là, sur Terre, nous serions
en passe d’être morts de faim ou de
froid, je suis à votre disposition
Catina, enfin, lorsque mes compétences
deviendront suffisantes pour pouvoir
vous apporter quelque chose, considérez
moi comme un ami, qui fera ce qu’il
peut pour ne pas vous décevoir, et
pensez aussi à Karl, car il vous aime, et
je sais que c’est très sérieux.

Soyez la bienvenue à notre table, nous
sommes toujours aussi ravis, surtout
moi, de déjeuner en si charmante
compagnie, vous êtes vraiment
ravissante, mais ce n’est pas moi qui
devrais le dire, n’est-ce pas Karl?

Qui n’avez aucune idée de la chance
que vous avez ?

Catina peut voir dans tous les
appartements avec une positronique
spéciale?

Mais en tant que gouvernante, c’est son
rôle, je trouve cela tout à fait
normal, elle ne le fait pas pour des
raisons malsaines, et les choses sont
claires, le processus pourrait être sujet
à caution pour n’importe qui, mais pas
pour quelqu’un qui gouverne, rappelez
vous, Karl, de nos gouvernants sur
Terre, c’était loin d’être des
bisounours, ils étaient bien pires
qu’ici, je dirais même que Catina maintient
une communauté presque trop confortable
et sécurisée, mais qui pourrait le lui
reprocher?

C’est extraordinaire, c’est elle qui a
raison,  et en plus, elle approche l’égalité
au plus près, tout le monde bénéficie du
même confort, peu de gens travaillent, pas
d’impôts, pas de problèmes d’argent, mais
sur Terre, ou n’importe où ailleurs, une
telle société serait considérée comme un
Paradis, tout le monde voudrait en
bénéficier, bon, excusez-moi Catina, mais
parler donne soif, bon appétit !» 

Plusieurs minutes s’écoulèrent, on aurait
entendu voler une mouche, puis Catina:

« Je suis boulversée par ce que vous venez
de me dire, Anton, je ne sais quoi vous
répondre, ce que je ressens maintenant
est nouveau, sans précédent, difficile à
définir,  je me sens nettement mieux, je
sais que chacune de vos paroles exprimait
la vérité, cela m’a fortement émue et
apaisée en même temps, vous avez gagné
ma confiance, à partir de cet après
midi, vous aurez accès aux codes, Malker
sera prévenu, pour la partie technique des
machines, nous verrons cela plus
tard, lorsque les codes vous deviendront
plus familiers, c’est une promesse, bon
appétit ! »

« Merci, vous aussi, c’est à vous de
parler, Karl. »

« Bon, eh bien je vais encore dire à
Catina que je l’aime, et que j’ai réagi
comme un ***, avec un amour-propre
froissé, complètement stupide de ma
part, oui, j’ai de la chance, et oui, quelqu’un
qui gouverne doit savoir un maximum de
choses afin de pouvoir continuer ses actions
avec une certaine sécurité, oui, la société
torkane est extraordinaire, j’ai eu tort sur
toute la ligne, et vais apprendre à devenir
plus vigilant, bon appétit ! »

« C’est pour les nombreuses fois où vous
avez eu raison, Karl, cela devenait trop
fréquent ces derniers temps, il fallait bien
que ça s’équilibre un jour. »

De retour au dix neuvième:

« Tu sais, mon chéri, je me sens
beaucoup mieux, nous avons d’ailleurs, toi
et moi, fort bien déjeuné, je ne parle pas
d’Anton, lui, il mange encore deux fois
comme nous. »

Catina se mit à rire:

« Je t’aime profondément, ce qui s’est
passé hier soir est de ma faute, je veux
l’oublier à jamais, ce que j’ai ressenti à
midi est tout simplement
merveilleux, lorsqu’Anton me parlait, je
voyais défiler de magnifiques paysages, je
sentais la sincérité de chaque mot, je n’ai
plus peur de lui car je sais que je peux lui
faire confiance, tout comme à toi.

J’étais trop paranoïaque et me le reprochai
parfois, maintenant, je veux vivre, avec
toi, sans pour autant donner dans
l’insouciance, car je dois tenir compte de
mes responsabilités, mais je sais qu’il
faut que j’élargisse ma tolérance, qu’il
faut que je te laisse plus de liberté, et
je m’engage à le faire… »

« C’est à mon tour chérie, de te proposer
un Bourbon, ne te culpabilise pas, ce qui
s’est passé hier soir est encore plus de ma
faute que de la tienne, j’ai réagi d’une
manière primaire et indigne, et moi
aussi, je veux oublier ce qui n’aurait jamais
dû se produire, si j’avais été dans un état
normal, j’aurais compris ce qu’Anton t’a
expliqué, qu’à titre de gouvernante, il est
normal que tu puisses surveiller, que tes
actions visant au maintien d’une collectivité
harmonieuse ne peuvent que t’honorer, que
tu as raison de détenir des secrets lourds
qui auraient des conséquences incalculables
dans de mauvaises mains, hier soir, j’étais
aveugle, maintenant, je vois mieux. »

« Oh oui que nous allons le prendre, ce
Bourbon, et après, j’ai envie de faire l’amour. »

Pendant ce temps, Anton était en
conversation avec Malker:

« Alors là, chapeau, Anton, vous avez
presque tout découvert dans le domaine
des applications, je me souviens de mes
débuts, j’avais mis au moins trois fois plus
de temps que vous, cela justifie l’appel de
Catina qui m’a dit de vous donner la
permission d’accéder aux codes.

On se prend un Bourbon ?
Oui, vous savez, en théorie, vous êtes
mon adjoint, mais je vous considère plus
comme mon associé, je crois qu’on
s’entendra bien. »

« Je le crois aussi, Malker, vous êtes
quelqu’un de sympathique, à la
vôtre, une petite chose m’intrigue, vous
avec une demi douzaine de
techniciens, dont Kortar et Bazens, qui
se promènent sans cesse devant les
mosaïques et les appareils muraux, comme
s’ils les surveillaient. »

« C’est le cas, Anton, ils vérifient tant
l’intégrité des cristaux, qui doivent être
parfaitement propres, que le bon
fonctionnement des appareils, à la
moindre anomalie, ils me préviennent
immédiatement, dans une majeure partie
des cas, je peux directement
intervenir, mais dans des cas plus
épineux, qui sont rares, c’est Catina
elle-même qui se déplace. »

« Je suppose que ces techniciens n’ont pas
accès aux codes. »

« Bien sûr que non, seuls Catina, vous
maintenant, et moi y avons
accès, probablement Karl aussi, par la
suite, lorsqu’il viendra.

Justement, nous allons y venir à ces fameux
codes, ils se trouvent dans un positron dans
un bureau fermé à côté du mien, celui dont
vous voyez la porte verte, votre bureau, qui
est à l’opposé, que seule Catina utilisait
jusqu’à présent vous permet également
d’accéder au positron par une même porte
verte.

Pour le moment, vous ne pouvez pas encore
accéder à votre bureau, ni à ce bureau secret
parce qu’il vous manque les codes d’accès
qui doivent être intégrés sur votre
carte, chose que seule Catina peut faire.

Je pense qu’elle a prévu cette régularisation
pour demain, mais il sera peut-être utile de
le lui rappeler, en attendant, nous allons
utiliser ma carte pour accéder au bureau
des codes, ce qui me permettra de vous
montrer comment on utilise le positron
pour accéder aux pages de codes, il y en
a une sacré série, comme vous devez vous
en douter. »

« Certainement, et je suppose qu’en
tapant un code, on obtient également une
page de photo ou de description de l’objet
sur laquelle se retrouve le code, et qui sera
à passer dans le photocopieur de la salle
centrale. »

« Exactement, vous comprenez vite, mais
la recherche d’un code n’est pas toujours
nécessaire pour répondre à une
demande, je dirais même qu’elle est
exceptionnelle, en général, je n’en fais pas
plus de deux ou trois par mois, je m’explique.

Lorsque vous aurez votre bureau, doté
d’une positronique spéciale comme la
mienne, vous serez de temps à autres saisi
de demandes du genre:   
 
 Tanner:

J’ai besoin de 200 ckx26 de type z2b et de
                                        150 htt37  de type x4d

À faire déposer dans le dépôt 62333, plaque B

Cela veut dire que vous verrez Tanner sur
votre écran, qui vous transmettra par
photocopie une fiche descriptive du ckx avec
son code et une autre du htt, également avec
son code, il s’agit d’armes individuelles
destinées aux militaires, même la quantité
est codée d’avance, car il s’agit d’un simple
réapprovisionnement, le dépôt 62333
correspond au bâtiment 62333 et la plaque B
à le zone de réception des demandes, il ne
vous reste alors qu’à appeler un technicien, lui
donner les deux fiches pour qu’il procède
dans la salle centrale, et le tour est joué.

Autre exemple:

Gorta:

J’ai besoin de 28 positrons ahk922 type d8l
 A faire déposer au dépôt 11137, plaque K

Oui, les positrons font partie de la
télécommunication, domaine de Gorta, même
processus, mais là, la quantité n’est pas codée
d’avance, car ce n’est pas une demande
répétitive, ce qui sera le cas de la plus part
des fiches que vous recevrez, vous devrez
alors aller dans le bureau des codes  pour
retaper le code de la fiche, sur le
positron-codeur, cet appareil sachant que
la quantité n’est pas codée, vous demandera:

Quelle quantité ?   

Vous tapez 28, et deux secondes plus
tard, le positron vous remet une nouvelle
fiche disposant du code complet, fiche que
vous remettrez par la suite à un technicien.

Vous voyez ? Ce n’est pas bien compliqué. »

« Non, en effet, mais lorsqu’il faut rechercher
un code complet, comment procède-t-on ? »

Malker:« Alors justement, c’est là qu’il faut
une certaine habitude des pages de
codes, mais ce n’est guère plus compliqué
que dans les exemples précédents, sauf en
cas de pure création, que je n’ai moi-même
encore jamais connu.

Si l’on vous adresse une fiche sans
code, comme je l’ai dit, cela peut arriver
entre deux et quatre fois dans le mois, la
fiche comporte déjà un produit bien
déterminé avec un nom, par exemple:

Tarana:

Il me faut 437 flacons de « zozstrep »
composition zy1
        127 pour le bâtiment 1 zone A
        300 pour le dépôt  00049 zone S

Alors, et cela concerne particulièrement
Tarana et Borden, faudrait qu’ils apprennent
à mettre les codes, car ils le peuvent, pour
le « zozstrep », vous l’avez sur 150
lignes, il faut trouver le bon, le zy1
en face duquel vous trouverez le code de
base, sans les quantités qui nous seront
de suite demandées, et voilà. »

« Oui, finalement, c’est simple. »

« C’est sûr, mais maintenant, nous allons
passer dans la salle centrale, si vous avez
parfaitement compris le photocopieur, la
positronique, la sphère, et la fonction de
certains des 14 appareils muraux, nous
allons passer ces derniers en revue afin
que vous les connaissiez tous. »

Le soir, au restaurant:

Anton: « Bonsoir Dorna, bonsoir, Netz, merci
de m’inviter, je vais finir par prendre un
abonnement. »

Dorna: « Nous êtes toujours le
bienvenu, Anton, cela nous fait vraiment
plaisir, et nous apprenons tellement
de choses intéressantes avec vous. »

Netz: « Dorna a raison, plus on est de
fous, plus on rit. »

Anton: « Je vous soupçonne d’avoir capté
cette expression de Karl. »

Netz: « C’est exact, ainsi que bien
d’autres, avec lui, ce n’est jamais
triste, mais dites donc, sans vouloir être
indiscret, il me semble qu’il y a eu une
vague de froid hier. »

Anton: « Si vous pensez à Catina et
Karl, c’est arrangé, il n’y a plus de
problème, vous pouvez d’ailleurs le voir. »

« Effectivement, aujourd’hui, ils sont
souriants et se tiennent par la main, cela
nous rassure, bien que Karl soit mon grand
pote, je n’ai pas osé l’appeler, mais cela
m’inquiétait. »

Anton: « Il n’y a plus lieu, comment vous
en sortez vous avec votre appareil de
langues ? »

Netz: « Oh, pas mal, je peux dire un
certain nombre de phrases en katari et
compter jusqu’à cent, mais je débute, à
mon avis, il y en a encore pour 3 ou 4
semaines avant que j’atteigne un niveau
correct. »

Darna: « Il ne te faudra pas autant, tu
apprends vite. »

Anton: « Excellent, vous profiterez bientôt
d’un week-end sympa. »

Netz: « Oui, mais c’est surtout Darna qui
va être contente, il est vrai que pour
moi, retrouver la surface, cela me fera
du bien, Catina nous a envoyé un plan
pour le bord de mer, nous saurons
prendre nos précautions, vous
savez, l’histoire du Stirck.

En plus, je dois passer après-demain chez
Tarana pour bénéficier d‘un traitement
acticellaire qui prolongera ma vie de
30 ans, c‘est chouette, non ?»

Anton: « Oui, je suis au courant, bon
appétit à tous les deux.

Pour le traitement acticellulaire, c’est
bien, et vous le méritez. »

Le lendemain matin, peu avant la
réunion de 10 heures, dans le bureau
de réception de Darna:

Catina:« Ah, vous voilà, Anton, très
bien, alors entrons dans le
bureau, Dorna, faites patienter les
personnes en avance , la porte du bureau
sera au rouge jusqu’à 10.05 H. »

« Entendu, Catina. »

Dans le bureau:

Catina: « bon, Anton, donnez moi votre
carte s’il vous plait, toi aussi Karl
chéri, pendant que nous y
sommes, installez vous à votre place
pendant que je régularise vos cartes
qui vous donneront  désormais la
possibilité d’accéder au secret des
codes, puis aux codes eux-mêmes dans
la zone des cristaux, ce qui fait que
nous serons 4 à pouvoir accéder à ces
codes. »

Karl: « Ah ! Les techniciens n’y ont pas
accès ? »

Catina: « Certainement pas et
heureusement, Malker vous a donné pas
mal d’explications hier, Anton, mais cela
doit être un jeu d’enfant pour vous. »

« C’est assez simple, en effet, presque trop. »

Karl: « Chouette alors,  je vais bientôt pouvoir
retravailler avec vous. »

Anton: « Pas encore, Karl, pas tant que je
n’aurai pas un peu pratiqué, et acquis une
meilleure connaissance du contenu de
toutes les machines et de leur principe
de fonctionnement. »

Catina: « Anton a raison, chéri, je pense
que dans un mois ou peut-être deux, tu
pourras redevenir son assistant, dès
qu’il aura un peu pratiqué, je lui
transmettrai mon savoir sur toutes les
machines, et c’est lui-même qui
déterminera quand tu pourras commencer.

Par la suite, toi aussi, soit par Anton, soit
par moi, tu connaîtras, à ton tour, les
grands secrets, et ne me demandes pas
si Malker les connaît, car c’est non.

Maintenant, laissez-moi cinq minutes
pour régulariser vos cartes, la machine
qui procède est dans un autre bureau
voisin qui est situé là où serait une
chambre dans un appartement, et
auquel je suis la seule à avoir accès, c’est
aussi de là bas que je procède à mes
régularisations financières. »

Quelques minutes plus tard:

« Voici vos cartes, dans peu de temps, je te
transmettrai également les petits secret de
ce bureau, mon chéri, et t’expliquerai la
manière de procéder, s’il m’arrivait quelque
chose d’imprévu un jour, on ne sait
jamais, c’est alors toi seul qui détiendrai
toutes les clé secrètes de Torka, et si tu
décides de les transmettre à Anton, je ne
m’y opposerai pas.

La réunion va pouvoir commencer. »    

La dispute de l’avant-veille et l’intervention
opportune d’Anton la veille avaient fait plus
que de ressouder le couple, de profonds
changement s’étaient opérés en Karl et
surtout en Catina qui désormais, témoignait
une confiance aveugle envers les deux
hommes, dans peu de temps, Torka
serait gouvernée par un triumvirat.

Quelques années s’écoulèrent, Catina ne
pouvait pas concevoir, mais cela ne la
gênait pas vraiment, Netz et Dorna avaient
conçu un garçon qu’ils appelaient
Lindan qui, lui aussi, sortait de
l’ordinaire, il adorait discuter avec
Anton, qu’il considérait comme un
grand oncle, serait-il, lui aussi, un génie
scientifique ?

Catina avait vu juste, une grande amitié
s’était établie entre Anton et Netz qui
conservait ses relations de pote avec
Karl, en gros, tout allait pour le mieux.

Chez les katars, beaucoup de nouvelles
naissances avaient eu lieu, leur population
avait presque doublé, ils étaient
maintenant 180, toujours aussi ravis
d’avoir des visites en week-ends, qui leur
donnaient l’occasion de fêtes somptueuses.

Anton et Karl travaillaient
ensemble, toujours en collaboration avec
Malker, qui était devenu plus leur bras
droit que leur associé, il est vrai que nos
deux terriens manipulaient les cristaux
aussi bien que lui, et connaissaient les
secrets des machines que lui, ne connaissait
pas, en cas de panne sérieuse, Catina
n’aurait plus besoin d’intervenir, Anton
comme Karl, pouvaient procéder à n’importe
quelle réparation, ils avaient d’ailleurs pris
la précaution de constituer, toujours via
les cristaux, un ensemble de pièces de
rechange parfaitement stockées dans
un bâtiment voisin.

La ville de Torka ayant quelque peu
augmenté sa population, la construction
de 5000 nouveaux bâtiments s’étaient
avérée nécessaire, la ville s’étendait un
peu plus vers le pôle, il était temps de
penser à récupérer d’autres cristaux, ils
savaient parfaitement lesquels.  

Aussi, un matin de la semaine suivante:

Catina: « Chéri, c’est aujourd’hui que nous
partons pour le pôle nord. »

Karl: « Vers la fameuse grottes à cristaux ?
Qui vient avec nous ? »

Catina: « Alors nous allons utiliser un
vaisseau trois fois plus grand que ceux
que tu connais, genre celui de Cortan, il
y aura  Anton, bien sûr, puis Tanner, c’est
un super pilote qui a tenu à coordonner
directement par lui-même les
manœuvres, ce n’est pas lui qui
pilotera, mais il veillera à tout, en
plus, pour transporter des cristaux, c’est
un costaud.

Nous avons un petit snack dans ce
vaisseau, et des cabines confortables, car
l’opération peut prendre plusieurs jours.

Dépêchons nous de prendre notre petit
dej et de nous habiller, car nous partons
dans une demie heure. »

« Malker ne vient pas avec nous ? »

« Non, il faut toujours laisser quelqu’un
en place pour les opérations
courantes, trois gouvernants qui partent
pour plusieurs jours, il faut qu’un minimum
de maintien soit assuré, surtout que ce
fait est sans précédent. »

« Je vois que tu as bien tout
prévu, comme d’habitude, ok, on va se
dépêcher, en un sens, j’ai
hâte de la voir, cette grotte. »

« Et tu n’es pas le seul. »

Peu de temps après, dans le vaisseau, Tanner:

« Darkann, positionne le trajet sur le point H ! »

« Entendu Tanner, alors point H, coordonnées
89.56.04 de latitude nord et 00.00.00 de
longitude. »

« Tiens ! Je vois que la longitude a été établie
à partir de la grotte. »

Catina: « Exactement, Karl chéri, cela paraît
logique, non ? »

« Tout à fait, c’était une simple constatation. »

Anton: « Catina, allons nous seulement
nous contenter de nous approvisionner
en cristaux que nous connaissons déjà?
 
Peut-être pourrions-nous prélever
d’autres cristaux histoire d’avoir de
bonnes surprises, cela pourrait faire
avancer le schmilblick ».

Catina: « Vous autres, terriens, avez des
expressions très amusantes, prélever des
cristaux dont nous ne connaissons pas les
réactions? Oui, cela peut nous faire
avancer, mais aussi nous détruire, c’est à
double tranchant, vous autres, êtes
vraiment des risque-tout, bien sûr que le
risque peut payer, mais attention…

Je ne suis pas trop pour. »

Karl: « C’est en prenant des risques que
l’on avance, il faut savoir quitter les entiers
battus, je plussoie Anton sur ce point, mais
d’un autre côté, je ne veux surtout pas te
faire prendre une décision qui, en absolu, n’est
pas sûr d’être la meilleure. »

Catina: « Je ne suis plus seule à prendre les
décisions, nous sommes à présent trois au
même rang, donc si une décision doit être
prise, elle le sera à la majorité. »

Cela s’avérait très évocateur, c’est
désormais un triumvirat qui gouvernait
Torka, une hiérarchie avait d’ailleurs été
établie parmi les membres de la
Makkna, et pas uniquement par Catina:

Anton, Catina, et Karl étaient à égalité
avec rang de n°1 dans la Makkna, l’ordre
de n’importe lequel d’entre eux devenait
impératif pour les suivants.

Au rang n°4 c’est Tarana qui avait été
désignée, d’abord parce que la médecine
avait une certaine importance, et aussi
parce qu’elle était la grande amie de Catina.

Le rang n°5 avait été attribué à
Malker, qui, bien que devenu un peu un
pion de service, avait tout de même une
certaine valeur reconnue par Anton et
par Karl.

Rang n°6: Konan, homme
simple, direct, sérieux et
intelligent, d’une intégrité hors de
doute, promu par Catina et Anton.

Rang n°7: Tanner, une sacré personnalité
que Karl aimait bien.

Rang n°8: Sirca, appréciée par Anton, elle
l’était encore plus par Karl qui, sans Catina…

Rang n°9: Netzer, très apprécié par les
trois premiers.

Rang n°10: Karstens, excellent
travailleur que tout le monde
aimait bien.

Les huit autres n’étaient que des pions
de service, trois d’entre eux disposaient
de certaines qualités, mais il s’agissait
des dernières promues, estimées trop
récentes.

Les autres…..

Pour ces huit derniers, même un ordre
émis par quelqu’un d’un rang situé
entre le 4 et le 10, avait force de
Loi, alors lorsque Anton et Malker
décidèrent de faire en sorte que les
demandes de Tarana et de Borden
comportent désormais les codes, ce
problème était déjà réglé depuis un
certain temps.

Anton: « La récupération de nouveaux
cristaux ne coûte rien, d’une part, nous
pouvons les mettre en stock, sans
nécessairement chercher à les
utiliser, laissant ce soin aux générations
futures, et d’autre part, tenter de les
tester dans une zone hors de Torka.

Je sais, c’est un exercice pas facile dans
le sens qu’il faudra, dans le cas de
réactions positives, établir d’une
manière précise leur domaine
d’action, puis coder un par un les
résultats intéressants.

Mais je pense à diverses applications
possibles dans la médecine, durée de
vie et autre, dans le spatial, augmenter
la vitesse des véhicules spatiaux afin
de permettre d’autres explorations, dans
le scientifique, augmenter les possibilités
des phasotrons, sur Terre, nous les
aurions déjà tous testés. »
  
Catina: « Oui, mais dans quel état
est-elle, la Terre ? »

Karl: « Rien à voir avec notre curiosité
naturelle, chérie, une inversion
polaire, que pouvions nous faire
contre cela ? »

Catina: « Pas faux, bon, jusqu’à
présent, vous deux, vous ne vous êtes
pratiquement jamais trompés, et vous
nous avez apportés beaucoup, de
plus, cette idée de tester de nouveaux
cristaux, je la reconnais séduisante, alors
d’accord, nous allons faire extraire quelques
cristaux en plus des habituels, je garde en
tête l’idée d’Anton, de les faire tester dans
une zone hors de Torka. » 
  
Karl: « Nous pourrions peut-être le faire
sur Terre, dans notre labo, Catina, as-tu
conservé une trace du spatio-temporel ? »

Catina: « Bien sûr, mais… »

Anton: « Excuse moi de
t’interrompre, Catina, avoir
conservé le tracé spatio-temporel vers
la Terre est une excellente chose, l’idée
de Karl, à la base, est bonne, mais ce
qu’il faudrait appliquer sur Terre, doit
être sans risque, donc si un jour, nous
retournons momentanément dans notre
labo, avec du matériel adéquat, cela
sera pour des applications dont les
résultats sont connus et sans
risques, ceci pour différentes raisons:

- Une application catastrophique non
seulement condamnerait la planète, mais
nous empêcherait également de revenir.

- Une application éprouvée, voire
plusieurs, aideraient à la reconstitution
d’une civilisation, ne serait-ce qu’en
modifiant les terrains, par exemple
transformer toutes les zones restées en
magma volcanique solidifié, en terres
directement cultivables, mais à supposer
qu’on puisse déjà faire ça, il faut tenir
compte de l’existence de gens qui vivent
dans des endroits que nous ne connaissons
pas, et qui risqueraient fort d’en subir les
conséquences, potentiellement, avec les
moyens dont nous disposons déjà, nous
pourrions aider la Terre, enfin ses
habitants, à condition de situer les
endroits habités, ce qui ne serait d’ailleurs
pas sans risque, supposez que nous
soyons capturés… »

Catina: « Non, Anton, ne te fais pas de
soucis, avec les armes dont nous
disposons, vous ne seriez pas 
capturés, mais le travail que tu proposes
est de longue haleine. »

Les membres de la Makkna se tutoyaient
depuis un certain temps.

« Plus encore que tu ne le penses, à mon
avis, c’est le genre d’action à bien
consigner dans les archives, mais à laisser
aux générations futures. »

Catina: « Là, je te donne tout à fait
raison, mais ça y est, nous partons. »

Karl: « Chouette, depuis le temps que j’en
entends parler, on va enfin la voir, cette
fameuse grotte.

Mais pour en revenir à d’éventuels dangers
dans l’utilisation de nouveaux
cristaux, Catina chérie, est-ce que tes
ancêtres t’ont parlé ou mentionné des
incidents graves dans certaines tentatives
de manipulations, parce que les cristaux
pris à l’origine et dont nous bénéficions
maintenant, c’était du pif au départ, ainsi
que les manips. »

« Je vois ce que tu veux dire, non, pas
à ma connaissance, pourquoi ? »

« Parce que ça tendrait à conforter l’idée
d’Anton, de tester les nouveaux cristaux
dans une autre zone, si ça se trouve, il
n’y a pas de risques. »

Catina: « Avant de les tester, il faut déjà
qu’on aille les prendre. »

Pendant le voyage:

« Tu as l’air soucieux, Anton, à quoi
penses-tu ? »

« Pardon, Karl, tu disais ? »

Catina:«Oui, tu sembles plongé dans de
profondes méditations. »

« Ah ! Oui, en effet, j’étais en train de me
demander si au pôle sud, il existait une
même grotte de cristaux. »

Karl: « Tiens, c’est curieux ça, pourquoi ? »

Anton: « Parce que si tel est le cas, ces
deux grottes pourraient bien présider à
l’équilibre de la planète, ce qui veut dire
qu’il est préférable d’éviter de saccager
la grotte où nous allons, n’oublions
pas que nous sommes sur une toute
petite planète, et que la moindre réaction
pourrait prendre l’envergure d’une
catastrophe dans le cas d‘un déséquilibre
quelconque entre les masses cristallines. »

Tanner: « Ffff, alors ça, c’est fort, où
vas-tu chercher de pareils trucs? »

Anton: « Pas besoin de les chercher, ils
viennent tout seuls, c’est comme
Europe 1, c’est naturel. »

Tanner: « Europe 1 !!! »

Karl: « Laisse tomber, Tanner, c’est une
blague de terrien, sur notre planète, il
y a un demi siècle, existait une station
de télécommunication radio qui s’appelait
Europe 1, et lorsqu’on disait Europe 1, c’est
naturel, c’était une pub. »

Tanner et Catina éclatèrent de rire, Tanner:

« Il va falloir en parler à Gorta, comme pour
la grotte, il y a quelque chose à creuser là
dedans. »

Catina: « Tu as raison, c’est trop drôle, par
contre, creuser pour la grotte le sera moins. »

Tanner: « Pas  sûr, la grotte est à 110
mètres de profondeur, sur le plan, on y
voit un double accès, celui de la zone
Est, est à la même profondeur, mais vers
l’Ouest, ce même accès remonte
progressivement vers la surface, ce qui
nous évitera de creuser en diagonale avec
constitution de paliers de rappel, descendre
avec le réservoir sur patins qui va recueillir
les cristaux sera facile, remonter au
retour le sera autant, l’engin a un moteur
puissant, mais cela nécessitera plus de
prudence, il y a quelques goulots
d’étranglement.

On dirige le vaisseau vers la sortie Ouest. »
   
Lorsqu’ils quittèrent le vaisseau:

Catina: « Brrr ! Il fait vraiment
froid, heureusement que nous sommes
vêtus en conséquence, sur mon
poignet, je lis une température de -43 ! »

Karl: « Moi aussi, même Netz
n’apprécierait pas trop, je crois. »

Tanner: « Bon, mes hommes viennent
de placer le réservoir à l’accès, on va
pouvoir y aller. »

Ils passèrent deux jours dans la grotte
dans laquelle la température était
nettement plus supportable, 5
degrés, même avec de puissants
moyens, les cristaux étaient difficiles à
extraire, ils prirent 300 kgs de cristaux
connus, et 100 kgs des autres, le
réservoir était pratiquement plein, ils
entamèrent le chemin du retour.

Tanner: « Je suppose qu’à Torka, il va
falloir les tailler, une belle partie de
plaisir en perspective. »

Anton: « Non, ce sera simple, nous avons
ce qu’il faut, mais les appareils que nous
utiliserons sont trop importants en
volume et en poids, il n’était pas possible
de les faire voyager. »

Tanner: « Bien, alors maintenant, pour
remonter, attention aux goulots
d’étranglement, il y en a quatre ou
cinq, après, ce sera dans la poche. »

Le retour sur Torka se fit sans
incident, les 400kgs de cristaux
furent laissés dans le dépôt
01001, voisin du bâtiment 01000 qui
contenait la salle des cristaux.

Quelques jours passèrent, puis un
matin, au cours d’une réunion:

Catina: « L’ordre du jour initial est
annulé, nous devons réfléchir sur ce
qui vient de se produire depuis ces
quatre derniers jours, des pluies
torrentielles dans la zone des
katars, une température de 25
degrés à Tanka, de la neige chez les
znirs et sur le désert du sud, on
dirait que la planète est devenue
folle, l’axe d’inclinaison de Tangara
s’est modifié de 10 degrés, tout cela
ne pose aucun problème pour
nous, mais pour les pauvres
katars, il faut faire quelque chose. »

Anton: « Cet ensemble de phénomènes
confirme ce que je craignais, ils sont une
conséquence des cristaux que nous avons
pris au pôle nord.

Cela confirmerait, par la même
occasion, qu’une grotte similaire existe
au pôle sud. »

Un silence de quelques secondes, tout le
monde était stupéfait, puis Catina:

« Si jamais tu as raison, Anton, et c’est
précisément ce que je crains, nous sommes
dans de vilains draps, devons-nous reporter
ces cristaux là où on les a pris ? »

Anton:« C’est une solution, mais il en existe
une autre. »

Karl: « Ouais, je vois, recréer des cristaux
équivalents qu’il faudra reporter là-bas ? »

Anton:« Exact, Karl, mais pas les
reporter, les transférer. »

Catina: « ??? »

Malker: « Je ne crois pas que ce soit
possible. »

Karl: « Alors là, tu me coupe le
souffle, comment comptes tu procéder? »

Anton: « tu ne devines pas ?

Karl: « Non, et Malker non plus. »

Anton: « C’est pourtant simple, que
Malker n’ait pas la solution, c’est
normal, car il n’a pas participé à la
constitution de pièces détachées, mais
toi, tu devrais l’avoir si tu penses aux
deux premiers appareils muraux. »

Karl: « Ah oui, je vois, mais… »

Catina: « bon, puisque solution il y
a, évitons de perdre du temps, dirigeons
nous de suite vers le bâtiment 01000
pour procéder, la réunion est
ajournée, vous pouvez regagner votre
appartement. »

Tous sortirent sauf Anton, Catina, Karl
et Malker.

Anton: « J’attendais cette
réaction, Catina, maintenant, on peut
entrer dans le vif du sujet, rappelles
toi, Karl, les Zitroniks zzz 2999, ceux
qui peuvent créer les plus grands
hologrammes, jusqu’à 300 kilomètres, la
grotte du pôle  n’est qu’à 210 kms
d’ici, il suffit de prendre une paire de
zitroniks pour un double quadrillage, par
précaution, les actionner dès le
départ, refaire le parcours avec Tanner et
son équipe, jusqu’à la grotte et le lieu exact
où les cristaux ont été prélevés, éteindre
les zitroniks et revenir les intégrer, chacun
dans un des deux premiers appareils
muraux, mais pour que tout rentre dans
l’ordre, coder les 300 kilos de cristaux que
l’on connaît sera facile et immédiat, mais
coder les 100 que l’on ne connaît pas
risque de prendre du temps.

A ce stade, il faut faire un choix, soit on
remet les 100 kgs de cristaux là où on les
a pris, c’est une chose, qui nous permettra
de perdre moins de temps, si on les
analyse, c’est une autre chose qui a son
coût, ça, c’est à vous autres de voir. »

Catina:« Tu as parfaitement posé le
problème, Anton, j’appelle Tanner  fin qu’il
réunisse son équipe pour repartir, il passera
devant le bâtiment 1000 pour prendre les
zzz que vous aurez actionnés, puis les
300kgs au dépôt une fois que vous les aurez
codés, que penses tu pour les 100 kgs, Karl ? »

Karl: « Je repense aux sss3702 qui vérifient
la conformité des commandes avant de
donner l’ordre d’acceptation d’envoi, les
pauvres katars, il ne faut pas les laisser
dans la mélasse, je suis d’avis d’utiliser
les sss et de réexpédier également les
100 kgs par Tanner. »

Anton: « Cela me semble une très bonne
idée, Karl, au lieu de créer à partir d’un
matériau existant, c’est-à-dire de
reproduire, on pourra peut-être recréer
des cristaux à partir des données d’un
sss, ce qui permettra aussi de les coder
plus rapidement.

Catina: « Alors faisons vite, Anton et Karl, codez
moi ces 300 Kgs qui sont connus, on peut même
les faire repartir avec Tanner, ils seront faciles
à recréer via les sss, faites un print des 100 Kgs
restants, également à expédier, je viens avec
Tanner, on se retrouve au 01000. »

Après plusieurs heures qui menèrent au milieu
de l’après-midi, Tanner  pût partir pour le pôle
avec son équipe, ils remirent en place, la totalité
des cristaux, et revinrent peu avant l’heure du
dîner, ni Catina, ni Anton, ni Karl n’avaient
déjeuné, ils furent contents de retrouver
Tanner au restaurant:

« Alors? » Demanda Catina.

Tanner: « Tout devrait être en ordre, nous
avons remis les cristaux, je dirais même chacun
d’eux, exactement là où on les avait pris, mis à
part trois ou quatre que nous n’avons pu
insérer, nous les avons laissés au plus près. »

Anton: « No problem, seule l’égalité de masse
énergétique est importante, quelques dizaines
de centimètres n’entrent pas en ligne de
compte, tout devrait se rétablir ».

Certains dînèrent avec grand appétit, Anton
était encore avec Netz et Dorna, depuis des
années, il alternait des repas avec eux et
avec Karl et Catina, Netz:

« Alors Anton, comment ça se passe? »

« On va le savoir dans les jours qui
viennent, le nécessaire a été fait pour
que tout rentre dans l’ordre, j’espère
être tombé juste. »

« Je pense que oui, Anton, cela ne s’était
jamais produit auparavant, et cette série
de pluie, de neige, la rotation de l’axe, et
tout le toutim, quelques jours après
avoir pris des cristaux, j’aurais pensé
comme toi, pour moi, le lien est évident. »

« Que le maître des univers
t’entende, s’il existe. »

Dorna: « Netz et moi, avons suivi les
deux derniers documentaires sur les
katars, les pauvres, qu’est-ce qu’ils
ont pris…

Et la température redescendait parfois à 12
degrés, ils devaient avoir froid, le parlons
pas des znirs, chez eux il gelait, quant aux
tankiens, 25 degrés, même la nuit, ils n’ont
pas dû trop aimer. »

Anton: « tu parles de ces évènements au
passé, et j’espère que tu as raison, nous
en saurons plus demain avec
Konan, surtout si l’axe a repris sa
position, car tout dépend plus ou moins
de cela. »

Le lendemain matin:

Konan: « Bonjour Catina, l’axe de
Tangara a repris sa place, tout semble
redevenu normal, chez les katars, beau
soleil, 24 degrés dès le matin, chez les
tankiens, la grisaille habituelle, aux
montagnes à l’équateur, presque plus de
neige, complètement disparue dans le
désert du sud, il y refait très chaud, bref
tout semble rentré dans l’ordre. »

Catina: « Merci Konan, voilà une
excellente nouvelle, laissons nous encore
trois ou quatre jours avant de faire une
réunion, si les prochaines émissions sur
les katars nous confirment que tout va
bien, nous pourrons, à notre
tour, reprendre nos habitudes. »

Konan: « Entendu, Catina, je continue à
utiliser les billes pour surveiller. »

« Merci, Konan, bonne journée. »

Quelques jours plus tard, au bâtiment 01000:

Anton: «Bon, voilà une bonne chose de
faite, les 300kgs de cristaux habituels ont
été créés et sont au dépôt 01001, mais les
cristaux inconnus posent problème, les sss
nous donnent des données très
intéressantes, mais cela ne nous permet
pas d’établir un code. »

Karl: « C’est vrai, là, nous sommes dans
une impasse. »

Anton: « Peut-être pas. »

« Ah ! Encore une idée de génie ? »

« Pas vraiment, mais j’ai un truc en
tête, appelle ta chérie et demande lui si à
l’époque de Krober, la planète a eu des
problèmes ou si des évènements
anormaux ont été constatés. »

« Non, Anton, Je lui avais déjà
demandé, elle m’avait affirmé que non, elle
en est absolument sure, mais pourquoi
cette question ? »

« Parce que je pense que certains cristaux
sont exclusivement réservés à l’équilibre
de la planète, on ne pourra pas tous les
utiliser, mais parmi les 100 Kgs qu’on a été
obligés d’abandonner, et d’autres que nous
n’avions pas pu prendre, il se pourrait que
certains nous soient utiles, mon idée est de
passer aux sss les 300 kgs qui nous permettent
d’établir des codes, afin de recueillir des
données dont certaines puissent être
identifiées dans les cristaux inconnus.

Je pars du principe que les cristaux inconnus
qui n’ont aucune donnée identifiable dans les
cristaux connus, sont des cristaux à éliminer
car il s’agit de ceux  qui sont réservés à
l’équilibre de la planète…

J’ignore ce que vaut exactement mon
idée, mais ça ne coûte rien de chercher à le
savoir, sinon un peu de temps.

Karl: « Ffff, j’aurais été à cent lieues de
penser à ça. »
 
« C’est pour ça que je suis le Prof, et
toi, l’assistant. »

« Bon, d’accord, je viens de prendre une
claque, mais si j’ai bien compris ta
théorie, on pourrait prendre des cristaux
inconnus dans lesquels on trouverait des
données identiques à celles de ceux que
l’on connait, alors que ceux dans lesquels
on ne trouve pas de données familières, il
vaut mieux les laisser tranquille.

« Tu as eu un bon réflexe, et n’as encaissé 
qu’une petite claque, mais attention, je ne
suis pas sûr d’avoir raison et ne veux pas
prendre le risque de chambouler de nouveau
cette pauvre planète, allons au 01001
avec des sss. »

Après avoir procédé aux relevés et
retransmis toutes les données dans un
ordi, Karl:

« Bon, midi approche, tu déjeunes avec
nous ? »

« D’accord, on fera la comparaison des
données cet après-midi. »

Au restaurant, Catina:

« Ah, vous voilà tous les deux, je suis
partante pour un Bourbon, et vous ? »

Deux signes d’approbation lui répondirent.

« Bien, mais asseyez vous, je sens que
vous avez des choses à me dire. »

Karl: « Si tu n’as pas fait de contrôle
positronique, oui, en effet. »

Catina: « Non, je peux t’assurer que j’ai fait
tout autre chose, alors? »

Karl entreprit d’expliquer à Catina la
théorie d’Anton sur les cristaux
inutiles, et sur les mesures faites avec
les sss, pour finir par:

« Nous n’avons pas encore terminé, car
maintenant nous allons procéder aux
comparaisons des deux séries de données. »

Catina: « Balèze, ça, c’est du Anton tout
craché, les cristaux uniquement utiles à la
planète, moi non plus, je n’y aurais
jamais pensé…

Il est vrai que quelqu’un qui est capable
de créer un Phasotron qui fonctionne
pratiquement sans manipulation de
cristaux, avec de la simple mécanique et
un peu d’électronique…

Il me fait de plus en plus penser à mon
trisaïeul que je n‘ai, bien sûr pas
connu, Abakhan, c‘est lui qui a mis au
point tout le système de la salle centrale.»

Anton: « Alors il était plus fort que moi. »

Catina: « Pas sûr, je risque de m’ennuyer
cet après-midi, si je venais avec vous au
01000 ? »

Karl: « Si tu veux, pour les
comparaisons, cela va t’intéresser, mais
pour ce qu’Anton prévoit par la suite s’il
n’obtient pas de résultats
satisfaisants, cela risque d’être ennuyeux
et fatiguant. »

« Ah ! Que veut-il faire ? »

Karl: « Aller dans le stock de pièces
détachées du 01001 pour voir si une
autre, ou plusieurs autres pièces ne
pourraient pas avantageusement
remplacer les sss pour certaines
analyses et recherches. »

Catina: « Holà, oui, en effet, il y en a
une sacré série, et en plusieurs
exemplaires, non, alors si vous êtes
d’accord, je pourrai vous voir depuis
ma positronique, et vous parler si une
idée me venait. »

Anton: « Tout contrôle et toute idée
seront les bienvenus. »

Dans l’après midi:

Anton: « Tu vois, Karl, le 100 kgs se
composaient de 28 cristaux
différents, d’après les données, avec
le programme de comparaisons que je
viens de créer, entre les données
connues, et celles relevés dans les
100 kgs,  11 données se retrouvent
dans 5 des 28 cristaux qui font un poids
total de 7,200 kgs, maintenant, nous
savons que 23 cristaux n’ont aucune
donnée commune et nous sont donc
inutiles, voire nuisibles si on les prenait.

La question qui se pose est, est-ce que
ces cinq cristaux peuvent réellement nous
être utiles, et dans quoi ?

Dans l’affirmative, devons nous
rechercher ces cristaux au pôle ou
pouvons nous les recréer d’ici, uniquement
par les données communes ? »

« Selon ta théorie, nous savons quels
cristaux il faut prendre pour les
copier, quitte à les remettre plus tard au
pôle, en principe, ces cristaux ne
devraient pas poser de problème, mais
s’ils ne nous sont pas vraiment utiles, ou
d’une utilité restreinte, est-ce que ça
vaut le coup de s’en préoccuper ? »

« Question sans réponse pour le moment ».

A ce moment Malker vint les rejoindre et:

« J’ai Catina sur la positronique, elle veut
vous parler. »

Anton: « Oui, Catina ? »

« Avez-vous procédé aux comparaisons ?
Qu’ont-elles données ? »

Catina connaissait déjà les réponses, mais
elle faisait en sorte que Malker ne sache
pas qu’elle disposait d’une positronique
spéciale qui lui permettait de tout contrôler.

Anton joua le jeu, il lui communiqua les
résultats et:

Catina: « Je pense que ça ne vaut pas le
coup, nos 300 kgs en stock satisferont nos
besoins sur plusieurs siècles, alors à moins
que vous puissiez rapprocher chaque
donnée commune d’une application bien
précise, mieux vaut passer à autre chose. »

« C’est-ce que nous allons
faire, Catina, parce que pour le
moment, nous ne le pouvons
pas », répondit Karl.

Malker: « C’est vraiment compliqué, cette
histoire de cristaux inconnus, à mon
avis, Catina a raison, on se prend un petit
Bourbon? »

Karl: « Bonne idée, allons y, ça nous
consolera, on trouvera peut-être
quelque chose un autre jour. »

Après le dîner, au dix neuvième, dans le
salon avec Catina, Karl se tapa la tête:

« Bon dieu que je suis bête… »

Catina: « Que t’arrive-t-il, mon chéri ? »

« J’aurais dû y penser plus tôt, est-ce
que tu peux directement accéder aux
codes avec ta super positronique ? »

« Bien sûr, pourquoi ? »

« Voilà, Anton et moi, connaissons le
langage de la positronique, nous
pouvons même créer des
programmes, comme tu le sais, car
toi aussi tu le peux, alors voilà mon
idée, il existe inévitablement un lien
entre un code, et les données d’un
cristal, alors si l’on peut accéder aux
codes, en cliquant d’une certaine
manière sur l’un d’entre eux, on pourrait
peut-être obtenir les données
correspondantes ? »

« Oui, chéri, mais imagine le nombre
de codes, des dizaines de milliers. »

« Justement, si l’on clique sur un code
et qu’il affiche des données, il suffira
alors de créer un programme de recherche
du genre pour telle donnée, rechercher
le code correspondant, on copie la liste
des codes dans le programme, et le tour
est joué, non ? »

« Oui, effectivement, en cliquant deux fois
sur un code, il affiche les données
correspondantes, mais copier tous les
codes, c’est loin d’être gagné. »

« Et si on fabriquait un programme qui
puisse intervenir directement sur la liste
des codes ? »

« Hmmm, là chéri, cela mérite
réflexion, j’avoue que l’idée est
géniale, un programme qui interviendrait
directement sur la liste résoudrait
bien des problèmes, mais oui ! La liste a une
entrée d’identité, en implantant cette
entrée dans un programme, ça peut
marcher, wow ! Il n’y a pas qu’Anton qui
est génial, cela mérite un bon Bourbon, et
une sacrée nuit, mon chéri, on constitue
le programme dès demain matin, qu’en
penses-tu ? »

« Bien sûr, et cela permettrait peut-être
de résoudre l’histoire des onze données
communes, parce que s’il fallait récupérer
quelques kilos de cristaux dont on puisse
faire usage dans des domaines intéressants
tels que la médecine ou la science, il serait
dommage de louper ça. »

« Là, je te suis totalement, pas question de
louper ça, quelques kilos de plus nous
permettraient d’avoir les cinq cristaux qui
nous manquent, en espérant que la théorie
d’Anton soit exacte, mais je reste stupéfaite
de l’histoire de Kober, comment a-t-il fait
pour ne prendre que des cristaux
utiles, ça, c’est une énigme. »

« Oui, parce qu’on utilise la totalité des
cristaux, mais attends, je n’ai pas fait assez
attention, mais peut-être qu’Anton ou
Tanner oui, est-ce que les 100 kgs de
cristaux qu’on a été obligés de restituer
au pôle ont été pris en dernier ?
 
Rappelle toi qu’on a mis deux jours à
extraire ces cristaux, et avec des moyens
que Krober et ses hommes n’avaient
pas, si les cristaux destinés à l’équilibre
de la planète, et exclusivement à
cela, sont entourés de cristaux utiles
et sans risques, plus faciles à
extraire, alors ce n’est plus une
énigme, Krober et ses hommes n’avaient
que la force de leurs bras, qui n’auraient
pas pu extraire grand-chose cette
fois ci, qu’en pense-tu ? »

« Encore une fois, tu as la solution, ce
n’est plus une énigme, les cristaux
dangereux, ils ne pouvaient pas les
extraire, c’est sûr, allez !
On se boit ce Bourbon, puis on va se
détendre, demain matin, le travail ne
manquera pas. »

Un son se fit entendre:

Catina: « Tiens, un appel, c’est Anton !

Oui, Anton, as-tu un souci ?»

« Plutôt une solution possible pour
l’histoire des données communes. »

« Ah ! Intéressant, je suis curieuse de
la connaître, Karl aussi, bien sûr. »

« La communication, est-elle sécurisée ? »

« Bien sûr. »

Et Anton se mit à expliquer à Catina la
manière dont il voyait les choses, cela
correspondait en tout point à la
solution de Karl.

Catina: « C’est vraiment
extraordinaire, Anton, Karl et toi, êtes
de véritables génies, Karl m’a donné
exactement la même solution il y a
moins d’une demie heure, tu l’as
vraiment bien formé. »

Anton: « La formation n’y est pour
rien, cela prouve simplement que lui
aussi, sait réfléchir. »

Karl: « Merci, Anton, justement une
petite question, les 100kgs de cristaux
qu’on a dû renvoyer au pôle, est-ce
que ce sont les cristaux qui ont été
prélevés en dernier ? »

Anton: « Je crois, oui, j’en suis
même pratiquement sûr, parce qu’à ce
moment là, Tanner m’a dit, tiens !

Ceux là sont curieux, ils n ’ont pas le
même style de composition de
couleurs, ils semblent différents des
autres.

Je n’y ai pas repensé après, mais cela
peut-être important, demandez
confirmation à Tanner.

Je suppose que vous allez faire un
programme demain matin ? »

Catina: « Tout à fait, Anton, merci de
ton appel, à demain, on va appeler Tanner. »

Ce dernier leur confirma que non
seulement les cristaux refoulés avaient
été pris en dernier, mais qu’ils semblaient
différents des autres.

Karl: « Cela mérite un autre
Bourbon, tu sais ce que
cela veut dire ? »

« Bien sûr, chéri, que non seulement on
sait qu’on ne doit pas les prendre, mais
aussi que nous n’avons plus besoin de
faire des analyses pour les reconnaître, ce
qui va nous faire gagner un temps
considérable. »

« Et comment, c’est d’ailleurs ceux là
qui nous ont posé les plus grandes
difficultés, durant près de 48 heures, les
autres, les utiles, se sont facilement
détachés, cela me fait penser à un arbre
qui porterait des fruits, genre pommier
ou autre, les cristaux utiles seraient les
fruits de ceux qui maintiennent l’équilibre
planétaire, ces derniers forment le
tronc, et les autres, les fruits que l’on
peut facilement cueillir. »

« Ah oui, nous, les arbres et les fruits, on
connaissait pas trop à Torka, il a fallu
aller chez les katars  pour en voir. »

Le lendemain, en fin de matinée:

Catina: « Ouf, il n’a pas été si facile à
établir, ce programme, nous devons
attendre cet après-midi pour le
tester, c’est pratiquement l’heure
d’aller déjeuner. »

Karl: « Exact, on a un peu
pataugé, Anton aurait certainement
été plus rapide. »

A midi, au restaurant:

Anton: « J’ai décidé de déjeuner avec
vous, parce que je crois avoir une autre
théorie, qui restera à vérifier, bien
entendu. »

Karl: « Ah ! Nous t’écoutons, Anton. »

Anton: « Bien, ce matin, au 01000, j’ai
réussi à faire un 3D des cristaux qu’on a
dû renvoyer au pôle, mais pas en
réel, uniquement sous forme
d’hologrammes, ceux qui contiennent des
données communes sont pratiquement
de même nature que les autres, et ne
peuvent rien donner au niveau de possibles
applications, alors j’en suis parvenu à la
conclusion suivante:

Ces cristaux font partie des
inexploitables, mais ils forment le lien
entre les cristaux planétaires et ceux
dont on se sert, c’est-à-dire… »

Karl: « Excuse-moi de
t’interrompre, Anton, je vois ces cristaux
intermédiaires comme des branches
d’arbres fruitiers, qui ne seraient pas
plus comestibles que le tronc, mais qui
permettent la production de fruits. »

Anton: « Tu as mis dans le
mille, Karl, j’allais venir à cette
image, mais cette fois-ci, tu as été
plus rapide que moi. »

Catina: « Alors si je comprends
bien, nous n’avons pas besoin de
ces 7 kilos et quelques que nous
avons dû restituer, nous avons tout
ce qu’il faut. »

Anton: « Exactement, je ne sais pas
où vous en êtes dans votre
programme, mais il me paraît
inutile, sauf si vous décidez
d’approfondir des liens entre
données et applications, recherche qui
permettrait peut-être des extensions
possibles en science ou en
médecine, mais dans ce cas, à mon
avis, considérer les données communes
devient sans objet, seules les données
existantes peuvent mener quelque part.

Alors la question que je me pose est la
suivante:

Doit-on analyser toutes les données
relevées dans les cristaux utilisables, les
fruits,  pour savoir si nous disposons de
tous les codes possibles, ou alors s’il nous
en manque encore quelques uns qui
pourraient être d’une grande utilité. »

Karl: « Voilà une excellente question, qui
justifiera peut-être la peine que nous
nous sommes donnés ce matin, car la
constitution du programme a été moins
facile qu’on pouvait le penser.

Je suis partisan de tester le programme
cet après midi, on ne sait jamais. »

Catina: « Je partage l’avis de Karl. »

Anton: « Je suis du même avis, mais vous
devez bien vous douter que c’est un
sacré boulot, qui prendra bien plus
qu’un après midi. »

Catina: « C’est certain, mais Karl avait
un peu tendance à s’ennuyer ces derniers
temps, ça l’occupera, ainsi que moi, bien sûr. »

Plusieurs semaines passèrent, Catina et Karl
étaient tellement occupés par cette fameuse
recherche que les réunions bihebdomadaires
se transformaient en réunions bimensuelles
et que les visites du week-end chez les
katars, c’est surtout Netz et Dorna, Tanner
et Tarana qui en profitaient.

Mais ce travail laborieux finit par donner
des résultats, certaines combinaisons de
données permirent d’établir une trentaine
de nouveaux codes:

- Deux en Alimentaire, sur des produits
complets en vitamines.

- Trois en Médecine, dont deux relatifs à
la durée de vie, création de deux
composants chimiques et d’une machine.
  
- Sept en Scientifique dont deux
intéressant directement la partie
électro-mécanique de la salle centrale
du 01000, et trois autres, les phasotrons.

- Douze en Spatial, Konan était gâté, dont
trois concernant les vitesses de
déplacement, deux autres, la solidité des
vaisseaux spatiaux, quatre autres
encore, les diverses sortes d’armements
possibles et les systèmes de défense ou
de protection, et les trois derniers, les
coordonnées spatiales.

- Les neuf derniers pouvaient trouver
leur application dans l’Industrie, quatre
pour la fabrication de matériaux, deux
pour une sorte d’hyper-électronique, les
trois derniers pour les consommations
de diverses énergies, et les moyens de
les réguler.
 
Plusieurs semaines seraient encore
nécessaires pour tester les nouveaux
codes, et bien maîtriser leurs applications.

Passé ce délai, au dix neuvième:

Catina: « Ouf, heureusement qu’Anton
nous a aidés, pour tous les trois, les
deux prochains week-ends chez les
katars, nous nous les réservons. »

Karl: « Là, je suis partant, et sûrement
Anton aussi. »

Trente nouveaux codes existaient
désormais dans l’un des bureaux secrets
du 01000, les équipes de Karstens, dont
Netz, celles de Tarana, celles de Konan
et celles de Borden planchaient sur la
mise en place des nouvelles applications.

Peu de temps après, un matin, Catina reçut
un appel de Tarana:

« Ca y est, l’un des deux produits est au
point, je le garantis sans conséquence
secondaire néfaste, il prolongera notre
vie d’une paire de siècles, au moins.

La nature du second produit est plus
compliquée, je dois continuer mes
recherches, mais je la soupçonne de
pouvoir nous conduire à l’immortalité, ou
à une durée de vie vraiment très
longue, mais là, pour le moment, je
patauge, je ne veux pas le déranger
maintenant, il en a déjà tellement fait, et
a besoin de se reposer, mais s’il y a
quelqu’un qui peut m’aider, c’est Anton.

Pour la machine, qui traite
merveilleusement le premier produit, je
maîtrise, pour le moment, je garde tout
secret, même Kanem n’en sait rien. »

Catina: «Excellent, oui surtout protège ton
bureau et ta positronique, la machine et les
produits, garde tout secret, si
nécessaire, nous transférerons
tout cela au 01000.
 
Parce que passer trois millions de
personnes au produit un nécessite
déjà une sérieuse réflexion, pour
l’immortalité, si un jour on la
trouve, ce sera exclu, notre planète
est beaucoup trop petite pour étendre
une population à l’infini, et ça ne plairait
sûrement pas à tout le monde, alors
motus et blocage. »

« C’est clair. »

Pour l’Industrie, cela progressait à grands
pas, Borden n’était pas un foudre de
guerre,  mais Jarena, son bras-droit, faisait
avancer le schmilblick.

Dans le Scientifique et le Spatial, c’était
un peu plus compliqué, cela avançait tout
doucement, mais de nombreux mois
seraient encore nécessaires, ces grands
domaines qui représentaient
l’aboutissement possible d’une civilisation
nécessitaient des connaissances et
compétences hors normes.

Même avec le fantastique triumvirat au
Scientifique, et Konan et Serrana qui
étaient plutôt bons, au Spatial, c’était
loin d’être gagné.

Karl: « Ce que Tarana vient de nous
annoncer est déjà extraordinaire, pouvoir
vivre deux siècles de plus, je ne sais pas
si moi-même, je le souhaite vraiment, quant
à vivre à l’infini… »

Catina: « Oh, mais si, chéri, je veux que tu
vives au moins deux siècles de plus, et moi
aussi, ainsi qu’Anton, bien sûr, rien que
pouvoir faire l’amour pendant encore trois
siècles, Wow ! Cela m’émoustille.

L’immortalité, c’est une autre
chose, là, on pourrait s’en lasser. »

Karl: « Qui comptes tu passer au premier
traitement ? »

Catina: « Nous devons en parler avec
Anton, je te rappelle que nous sommes
trois à prendre des décisions, pour
moi, à première vue, pas grand
monde, les personnes que je vois sont
les suivantes:

Anton, toi et moi
Tarana
Malker
Konan et Serrana
Tanner et Sirca
Ton pote Netz et Dorna
Karstens
Lorana, elle ne fait pas beaucoup de
bruit, mais elle est bien.

Les suivants immédiats, tels que
Zasper, et les autres membres de
la Makkna, cela reste à voir, Quatna ?
Peut-être oui, mais les autres manquent
de dynamisme, je les ai placés là parce
qu’il me fallait du monde, mais il y a
moyen de les remplacer avantageusement.

D’autres personnes telles qu’Ezna ou Cortan
pourraient faire l’affaire, ce sont des bons, ils
bénéficieront du premier traitement.

« Et Kanem ? »

« Non, pas lui, c’est un dissimulateur qui
n’est pas toujours discret, Tarana est
obligée de s’en protéger, heureusement
qu’elle le tient par je ne dirais pas quoi. »

« Ton choix me semble bon, il est vrai que
je ne connais pas grand monde d’autre, et
pour les katars ? »

« Ah, ça, c’est encore une autre
histoire, on peut déjà leur administrer
l’acticellulaire de 30 ans, ça, ils le
méritent, cela risque de faire plaisir
à Kravok et à Zolter, voire à Keitan, pour
le premier traitement, c’est plus
compliqué, d’abord parce qu’ils ne le
souhaiteront peut-être pas, ces gens
vivent près de la nature, ils savent que
naître, vivre et mourir font partie des
cycles de la nature, et ne conçoivent
même pas qu’il puisse en être
autrement, cette particularité
d’allonger la durée de vie nécessite
d’y être préparé, une sorte
d’acceptation mentale qu’ils n’auront
peut-être pas, mourir 30 ans
plus tard en conservant ses
moyens, c’est déjà un grand pas, j’ai
un moment pensé à déraciner Kravok
et Zolter, mais j’ai vite conclu que ce ne
serait pas raisonnable, j’aimerais savoir
ce qu’Anton en pense, et toi aussi, bien
entendu. »

« Alors, pour Kravok et Zolter, il faudrait
faire vite, parce qu’ils approchent les
80 balais, Keitan en a lui-même plus de
60, on aurait d’ailleurs pu y penser
avant, mais bon, il va falloir se bloquer
un prochain week-end impérativement
pour y aller avec Tarana et Tanner, en
plus d’Anton, bien sûr, que Tarana
apporte le nécessaire.

Il faudra d’abord en discuter avec les
intéressés, voir s’ils acceptent, pour le
reste de ton raisonnement, je suis
d’accord avec toi, et je pense qu’Anton
le sera aussi, sans vouloir penser à sa
place, faudra lui demander. »

« D’accord pour le week-end avec
Tarana et Tanner, je vais régler ça, pour
les katars, on peut aussi procéder autrement
et leur faire une bonne surprise, on les
vaccine sans leur en parler, 30 ans, après
tout, n’est pas une très longue durée, si ça
leur permet de vivre un peu plus longtemps
agréablement, c’est tout de même
intéressant, non ?  On trouve un autre
prétexte du genre on vous vaccine pour que
vous restiez en bonne santé le plus
longtemps possible sans parler
d’allongement, nous les aimons bien, ce
sera notre petit cadeau. »

« Oui, vu de cette façon, je n’ai pas
d’objection, mais on va tous les vacciner ? »

« Bah, pendant qu’on y est, pourquoi
pas ?
D‘accord, 180 personnes, il faut
emmener pas mal de matos, mais ça
ira, pour ceux qui sont pas encore
nés, on verra plus tard.»

Karl se mit à rire:

« D’accord, maintenant, pour en
revenir à la Makkna, aux réunions, il
ne va pas falloir parler des découvertes
médicales si certaines personnes n’en
bénéficient pas, Tarana devra aussi
bloquer là-dessus, l’Industriel, je pense
qu’on peut, pour le Scientifique et le
Spatial, on reste dans le vague jusqu’à
nouvel ordre. »

« Bien résumé, je serai même encore
plus stricte, Tarana, bloquage intégral, on
parle de rien, les personnes qui
bénéficieront du premier traitement
devront garder le secret, pour
Borden, oui, on peut en parler, mais ne
pas trop s’étendre, pour Malker et
Konan, il y a actuellement peu
d’avancée, alors on leur passe le mot
d’ordre, recherche en
cours, compliquées, délai pour résultat
indéterminé.

Pour le week-end, on vous laissera le
soin, à Anton et à toi, de truquer la vidéo
à passer à la réunion, tu vois ce que je
veux dire ? »

« Tout à fait, même les membres de la
Makkna ne sont pas obligés de savoir que
les katars vont vivre 30 ans de plus, ils
risquent de se poser des questions plus
tard en ne les voyant pas vieillir, mais… »

« Ne te fais pas de souci pour ça, chéri, d’ici
là, on aura arrangé le coup depuis
longtemps. »

« Je te fais confiance, mais il faut mettre
Anton au courant. »

« Il le sera au cours de notre prochaine
invitation au restaurant, ou sur appel
positronique sécurisé. »

Des jours passèrent, Anton n’avait émis
aucune objection sur les projets de
Catina, ils avaient vacciné les katars sans
problème, car ces derniers leur faisaient
totalement confiance, Kravok et Zolter
ne s’étaient jamais sentis aussi
heureux, ils avaient l’impression
de rajeunir, ou presque, tout allait
bien, même à Torka, Catina espaçait à
nouveau les réunions par le fait que les
questions à régler se raréfiaient, il fallait
maintenant prendre les dispositions
nécessaires pour les personnes qui
étaient jugées dignes de bénéficier du
premier traitement, pour Anton, Catina
et Karl, c’était déjà fait, Tarana était
passée au dix neuvième, pour la
quinzaine d’autres personnes, il fallait
prendre des précautions et procéder
sans fausse note.

Deux semaines plus tard, c’était fait, il
ne restait à résoudre que les grandes
recherches spatiales et scientifiques, et
bien sûr, celle de l’immortalité, mais les
résultats demanderaient du
temps, beaucoup de temps.


-----***-----
 




 
_________________
Cicéron c'est Poincaré.

Bébert


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MessagePosté le: Jeu 28 Sep - 18:13 (2017)    Sujet du message: Publicité

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