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L040

 
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Kr
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MessagePosté le: Dim 1 Oct - 12:34 (2017)    Sujet du message: L040 Répondre en citant

En 2042, quelque part aux USA, un jugement qui
venait juste d’avoir lieu condamnait un certain
Diego Cortez à une détention à perpétuité pour
trafic de drogue, on était en période électorale, le
Juge, Gary Hamilton revendiquait le poste de
Gouverneur, un coupable, quel qu’il soit, lui
conférait un maximum de chances de l’obtenir.

Diego Cortez 22 ans préparait un Doctorat de
Sciences.

De parents d’origine mexicaine qui tenaient un
restaurant réputé, il s’efforçait de travailler dur
pour mériter son statut d’américain.

Victime d’une machination, il fit l’objet d’une
dénonciation anonyme qui amena la police du
Conté à fouiller sa voiture pour y trouver, dans
le coffre, plus de trois kilos d’héroïne, que
s’était-il réellement passé ?

Un dealer nommé Falcon Thompson, 32 ans, et
propriétaire de plusieurs boites de nuit, serré
d’un peu trop près et habitant dans le même
quartier aurait trouvé ce moyen pour se
dédouaner ?

C’était ce que pensait un certain Stanley
O’hara, Chef de la police locale, qui s’intéressait
depuis plusieurs années aux activités du
dealer, afin de pouvoir le coincer, mais il ne
pouvait pas le prouver, la paquet contenant
l’héroïne avait été soigneusement préparé afin
de ne laisser aucune trace, d’ADN ou autre, même
pas celles de Diego Cortez, mais dans le doute, vu
les circonstances…

Les parents de Diego avaient bien tenté de
rencontrer le Juge pour prêcher son
innocence, mais le magistrat n’avait même pas
daigné les recevoir, ils finirent par obtenir un
rendez-vous avec Stanley O’hara qui leur dit:

« Même si votre fils est innocent, ce qui reste à
prouver, je ne peux pas vous aider, il faut
comprendre que nous, la police, représentons un
certain pouvoir exécutif qui dépend du pouvoir
législatif, si notre mission est d’arrêter des
gens, ce n’est pas nous qui les jugeons, comme
vous le savez, un paquet conséquent d’héroïne
a été découvert par nos services dans le coffre
du véhicule de votre fils, c’était un motif
suffisant pour procéder à son arrestation, il a
fait l’objet d’un jugement sur lequel il n’est
actuellement pas possible de revenir sans
élément nouveau, et malheureusement, nous
n’en avons aucun.

Je ne peux que compatir à vos douleurs et
comprendre vos sentiments d’injustice, mais la
seule chose à faire maintenant, est de laisser
travailler le temps, et espérer que des faits
nouveaux puissent permettre une révision du
procès, c’est tout ce que je peux vous souhaiter. »

Lorsque les parents quittèrent son bureau, en
lui-même:

« J’ai pris connaissance du pédigrée de ce jeune
Diego, et je le crois innocent, la politique, tout
comme les guerres,  peut parfois produire des
dégâts collatéraux, le Juge Gary Hamilton a
désormais de fortes chances de devenir
Gouverneur de notre Conté, je suis pratiquement
convaincu que le Jugement de Diego a été
arbitraire, mais sans preuves, je ne peux rien
faire, et si un jour, je parviens à coincer
Thompson, le faire parler sera encore une autre
histoire, c’est un coriace. »   
 
Deux ans passèrent, on était en 2044, un savant
nommé Roger Underwood venait d’inventer et
de fabriquer un Turbophasotron, résultat de 30
ans de recherches, réputé comme un génie, il
était pratiquement sûr de pouvoir envoyer
quelqu’un dans un autre monde, et de récupérer
la personne au bout d’un certain temps, il
disposait bien, dans son Centre de Recherches
d’assistants et autres techniciens, mais il n’y avait
pas de volontaires lui permettant de procéder à
une première expérience.

Pour ce genre d’affaire, il n’était pas question de
recourir aux petites annonces ni à aucune
publicité, le savant avait informé les hautes
autorités du pays, c’était au Président et à son
équipe de lui trouver quelqu’un.

A cette époque, la rivalité entre les nations
dans le domaine de la recherche scientifique
battait son plein, les USA voulant à tout prix
continuer à caracoler en tête, la découverte
d’ Underwood prenait une importance toute
particulière, le Président du moment, Peter
Collins, 65 ans, n’hésita pas à convoquer ses trois
principaux Ministres pour une réunion
extraordinaire, dans le plus grand secret, il
s’agissait de:

Bryan Ward, 54 ans,  Ministre de la recherche 
                                      scientifique.

Matt Sanders, 59 ans, Ministre de la recherche
                                       médicale.

Et Thomas Barnes, 68 ans, Ministre des armées
                                                et de la police.

« Messieurs, je vous ai réunis en ce jour pour
une affaire d’une importance toute particulière
et sans précédent, vous savez ce dont il
s’agit, notre objectif est de trouver à Monsieur
Underwood un volontaire, pour ne pas dire un
cobaye, qui lui permette de procéder à son
expérience, dans quel sens orienter nos
recherches ?

J’écoute vos suggestions. »

Ward: « Pour moi, Monsieur le Président, je ne vois
qu’une possibilité, celle de promettre une forte
somme du genre 10 ou 20 millions de Dollars, afin
de motiver des volontaires, mais comme cette
affaire doit rester secrète, les modalités de
recrutement restent à déterminer. »

Sanders: « Oui, et ces modalités ne sont pas
évidentes, il faudrait peut-être rechercher quelqu’un
atteint d’une maladie que nous ne pouvons pas
encore traiter, mais qui disposerait d’un temps de
vie suffisant pour prévoir un retour, quitte à ce qu’il
décède peu après, enfin, c’est une idée un peu
tarabiscotée, mais je n’en vois pas d’autre. »

Barnes: « Contrairement à mes confrères, je
pense avoir la solution, ayant gardé en mémoire
la curieuse affaire Diego Cortez, je vais la
rappeler brièvement. »

Et le Ministre de reprendre les éléments de
l’époque, le Jugement, la sanction, pour
terminer par:

« Le Juge en question est devenu Gouverneur du
Conté, grâce à une décision qui pourrait être
qualifiée d’arbitraire, aucune preuve formelle
n’ayant été relevée à l’encontre du prévenu, cela
se passait en période électorale, il lui fallait
un coupable.

Le pédigrée du garçon m’étant parvenu peu
après, je l’ai regardé avec attention, un étudiant
de 22 ans qui préparait un Doctorat de
Sciences, un premier de classe réputé pour une
conduite irréprochable, dont les parents, d’origine
mexicaine tiennent un restaurant connu, fils
unique, il était même prêt à montrer son
patriotisme car il faisait partie du groupement
« US Patriots », grand défenseur de nos valeurs.

Ce jeune homme n’a pas le profil d’un dealer, cela
fait deux ans qu’il est dans un pénitencier pour la
vie, j’ai convoqué Stanley O’hara, le chef de la
Police du Conté, qui croit également à son
innocence, ce dernier m’a dit que Diego Cortez
était doté d’un fort caractère et continuait, tout en
sachant se faire respecter, à se conduire très
correctement, et bien sûr, à espérer une révision
de son procès en cas de faits nouveaux.     

Alors voilà mon idée, les parents de Diego Cortez
sont autorisés à lui rendre visite deux fois par
mois, je me propose de reprendre contact avec
Stanley O’hara, à qui on donnera juste les
informations nécessaires, qu’il saura tenir
secrètes, sauf pour les parents de Diego qui
demanderont à leur fils, moyennant une grâce
totale et une éventuelle révision du procès, de
devenir, en quelque sorte l’assistant du
Professeur Underwood pour l’expérience, je
n’aime pas le terme de cobaye, si par chance il
en revient, il pourra alors passer son
Doctorat, et poursuivre une vie
normale, blanchi de tout soupçon, tant pis
pour Gary Hamilton, réputé excessif et
impitoyable, et prêt à tout pour parvenir à ses
fins, à mon avis, il mérite une bonne leçon. »

Après deux minutes d’un silence sépulcral, Collins:

« Votre idée me semble excellente, Barnes, mais
il reste à savoir s’il acceptera d’être volontaire. »

« D’après son profil que je commence à bien
connaître, Monsieur le Président, surtout avec
une formation scientifique et un grand
patriotisme, je pense que ça l’intéressera. »

« Dans ce cas, allez-y, prenez contact avec
O’hara, et tenez nous au courant de la suite, la
séance est levée. »

Dans les jours qui suivirent, le Chef de la Police du
Conté fut mis au courant et convoqua les parents
de Diego Cortez, il leur expliqua qu’une
extraordinaire proposition lui était faite, contre
la liberté et une éventuelle réhabilitation, et
termina par:

« Madame, Monsieur, je ne sais pas si c’est une
bonne nouvelle que je vous apporte, mais je pense
qu’elle vaut quand même le coup, vous devez ne
rien révéler, à personne, de ce que je viens de
vous expliquer, c’est impératif, ces informations
doivent rester secrètes, il s’agit d’intérêts supérieurs
de l’état, sauf pour votre fils, bien sûr, duquel il
nous reste à attendre la décision. »

C’est Madame Cortez qui répondit avant de partir:

« Comptez sur nous, Monsieur O’hara, pour garder
le secret, nous pensons que c’est une bonne
nouvelle, même s’il ne revient pas, ce sera
toujours mieux que des dizaines d’années de prison
immérités qui gâcheraient sa vie, je suis sûre qu’il
acceptera, nous vous le confirmerons
après-demain, après notre prochaine visite. »

Il fallut deux semaines pour que Diego Cortez
soit libéré du pénitencier, après remise discrète
à qui de droit d’une lettre de grâce signée du
Président, le jeune homme se retrouva un matin
dans l’enceinte du Centre de Recherches du
Professeur Underwood, ce dernier lui serra
la main, et:

« Bien, vous vous appelez Diego Cortez, n’est-ce
pas ?

Vous allez devenir mon assistant pour une
expérience dont on a dû vous parler ?

Je vois que oui, on m’a raconté votre
histoire, vous vous prépariez pour un Doctorat es
Sciences ?

Elève très doué ?

Nous allons tester vos connaissances scientifiques, à
partir de maintenant, vous logez ici, serez nourri, et
aurez tout ce dont vous pouvez avoir besoin, dans
quelques jours, nous referons un point de votre
situation.

Je vais vous confier à Monsieur Josh Palmer, mon
premier assistant, qui va vous faire visiter les
lieux, et passer vos tests.» 

Trois jours plus tard, le Professeur Underwood:

« Je vous ai convoqué ici, Diego, pour vous parler
de vos tests, voulez-vous boire quelque chose ? »

« Un bon jus d’orange m’ira très bien, Professeur. »

« Parfait, je préfère un Bon Bourbon, ça a à peu
près la même couleur mais le goût est différent, pour
en revenir à vos épreuves, votre réputation n’est
pas surfaite, résultats excellents indiquant que vous
disposez de sérieuses connaissances scientifiques, en
d’autres circonstances, je n’aurais pas hésité à vous
admettre comme assistant principal, pas de
doute, vous êtes doué, et j’espère que l’expérience
réussira, perdre un génie serait dommage, durant
un mois, vous allez apprendre ici tout ce qui
concerne l’expérience proprement dite, mais rien
ne vous empêchera de consulter nos ordinateurs
pour parfaire votre savoir en divers domaines, vous
mesurez six pieds, me paraissez passablement
costaud, vous avez dû pratiquer beaucoup de sport. »

« Pas précisément, Professeur, du moins pas avant
mes deux ans de prison, mais il m’a fallu me mettre
à la page afin d’assurer ma tranquillité, car tous les
détenus ne sont pas des anges, là, j’ai pratiqué
l’haltérophilie, le karaté, parmi d’autres disciplines. »

« Cela se voit d’après votre musculature, et vous
sera probablement utile là où je vous enverrai, nous
disposons d’une bonne salle de sport ici même, vous
pourrez en profiter.

De mon côté, je vais vous enseigner tout ce que
vous devez savoir sur le Turbophasotron, comme vous
le voyez, il s’agit d’un appareil assez complexe qui se
compose d’une unité centrale et de quatre
phaseurs, ce sont ces éléments connexes qui créeront
un vortex dimensionnel qui vous expédiera dans un
autre monde, de préférence sur une planète
comportant des civilisations avancées, mais de
cela, je ne suis pas encore certain, car il s’agit d’un
essai sans précédent, votre retour sera programmé
pour dans un an, même date, même heure, vous
n’aurez pas à vous soucier du lieu, le Turbo vous
reprendra où que vous soyez, par contre, je suis
incapable de vous dire s’il transférera également de la
matière inerte, vous risquez d’arriver nu, et sans rien. »

« Je vois, Professeur, l’entreprise est à risques, mais
elle m’intéresse, mon rêve est, bien sûr, de pouvoir
revenir et de me réconcilier avec l’injustice que j’ai
subie, les gens finiront par comprendre que je suis un
véritable américain, je suis un pionnier, en quelque
sorte, l’Amérique a été constituée par des pionniers, et
ce sont eux qui font avancer les civilisations. »

« J’aime entendre parler comme cela, vous venez de
me confirmer que vous êtes quelqu’un, Diego, à part
un éventuel Doctorat, avez-vous une idée de ce que
vous comptez faire si vous revenez ? »

« J’avoue que je n’y ai pas encore vraiment
réfléchi, car durant mon temps de détention, j’avais
d’autres soucis, mais l’idée de devenir un Assistant
du célèbre Professeur Underwood  me
séduirait assez. »

« Là, vous me stupéfiez, vos tests ayant parlés pour
vous, il se pourrait, si vous revenez, bien sûr, que
si vous passez votre Doctorat, ce ne sera plus d’un
Assistant  dont j’aurai besoin, mais peut-être d’un
associé, je pense que vous en avez le profil, mais
évitons de trop anticiper, pour le moment, votre
objectif principal est de savoir un maximum de
choses sur mon Turbophasotron. »

« Lui avez-vous donné un nom ? »

« Oui, mais jusqu’à présent, personne d’autre ne le
connaissait, je l’ai baptisé T11, le chiffre pour le
nombre de dimensions actuellement connu dans
l’univers, car là aussi, je ne suis pas sûr que vous
retrouviez un monde 3D. »

Une certaine sympathie, que d’autres n’appréciaient
d’ailleurs pas, s’établit au cours des jours
suivants, entre le Professeur et Diego, ce
dernier, toujours en bon élève, s’efforçait
d’apprendre un maximum de choses sur le T11 et
dans bien d’autre domaines, mais le temps passa
très vite, le matin du départ arriva, le Professeur:

« Votre départ est proche, Diego, je dois vous dire
que votre capacité d’apprendre est hallucinante, vous
êtes plus qu’un simple scientifique, je crois que vous
êtes un génie, et j’aurais préféré expédier quelqu’un
d’autre, malheureusement, même nous, dépendons
de procédures que nous ne pouvons ni ignorer, ni
modifier, comment vous sentez-vous ? »

« Très bien, Professeur, avec un peu d’angoisse, bien
sûr, mais ça va. »

« Alors il me reste à croiser les doigts pour vous, prêt ? »

« Prêt, Professeur. »  

Roger Underwood appuya sur un bouton, au bout de
quelques secondes, un vortex blanc se forma autour
de Diego qui disparut.

Ce dernier était conscient de voyager à une vitesse
folle dans une sorte de couloir circulaire d’un blanc
immaculé, il ne voyait rien d’autre, pas d’étoiles ni de
galaxies, rien que du blanc, et il ne sentait rien, cela
sembla durer un certain temps, peut-être plusieurs
minutes, puis il eut l’impression de ralentir, une
kyrielle de couleurs apparut d’un coup, formant des
motifs plus étranges les uns que les autres, il
ressentait son corps, il pensait de nouveau, comme
s’il s’était matérialisé, le terminus ne devait
pas être loin.

Quelques secondes plus tard, il fit une chute assez
brutale mais amortie par de la terre meuble et
humide, il ouvrit les yeux, et:

« Je vais attendre un peu avant de me
lever, j’espère n’avoir rien de cassé, mais où suis-je ?

Il fait nuit, il y a des lampadaires qui éclairent cette
zone, des arbustes, un grillage métallique…

Mais.. Je suis dans une sorte de square, des maisons
autour, il semble assez grand, des gens dorment sur
des bancs pas loin, des clochards ?

Et comme je le craignais, je suis nu, et il ne fait pas
très chaud.

Comment vais-je me débrouiller dans un monde que
je ne connais pas?

Et quelle langue parlent-ils ?

Les choses ne vont pas être simples, les gens que je
risque de rencontrer vont être surpris de me voir sans
rien, que vais-je leur dire, ou leur faire comprendre?

Que l’on m’a dépouillé de mes habits, que l’on m’a
volé tout ce que j’avais ?

Oui, mais après…

De là à ce que je retourne en prison, il n’y a pas loin.

Je ne sens rien, donc je dois pouvoir me
lever, oui, ça va, j’y arrive sans problème, mais je
suis sale, et il ne fait pas chaud, enfin, ce n’est pas
le plus important, il y a des tas de questions, à
commencer par quelle ville ?
Quel pays ?
Quelle planète ?
Quelle époque ?

Mais si je demande tout cela aux gens, ils vont me
prendre pour un fou, s’ils paniquent j’aurais droit à
la police, ou dans le meilleur des cas à un hôpital ?

Je dirai que j’ai pris un coup, que j’ai perdu la
mémoire, je suppose qu’ici aussi, ça peut
arriver, comme sur Terre, enfin on verra bien, si je
ne fais rien, on va finir par me trouver, et cela ne
résoudra rien, le mieux est de prendre les devants. »

Diego fit quelques pas, pas de douleur, tout semblait
aller, il quitta la zone terreuse pour se diriger vers
des bancs:

« Aïe ! Le sol est plein de petits cailloux, déplaçons-
nous très doucement.

Allons vers le quatrième banc là-bas, parler à
quelqu’un qui ne dort pas. »

Quelques pas plus loin:

« Bonjour, ça va, où suis-je ? Que m‘est-il arrivé ?»

Il s’agissait bien d’un clochard qui éclusait un fond
de bouteille de gros bleu qui tache.

« Putain, il est à poil le mec…
D’où tu sors ?
De quel asile ? »

« Asile ?
Je ne sors pas d’un asile, mais je ne sais plus ce qui
m’est arrivé. »

« C’est marrant, mais même malgré la lumière, tu es
foncé de peau, avec les cheveux noirs, tu es un
irgane, c’est sûr, vous êtes pas en odeur de
sainteté, vous autres, ici, à ta place, je  décarrerai
vite fait. »

« Irgane ?
Je ne me souviens plus de rien, et où irais-je ? »

« Attends, si j’ai bien compris, t’as perdu la mémoire?
Et t’as plus rien ?

Ouais, je vois le topo, t’es tombé sur une bande de
kirzs ou de métallos, ils étaient combien ? »

« Plusieurs, peut-être cinq ou six, j’ai mal à la tête. »

« Cinq ou six ?
Ce sont des kirzs, ce qui m’étonne, c’est que tu sois
encore vivant, en général, ils ne laissent pas de
traces, ils t’ont tout piqué et foutu des coups sur la
cafetière ?

C’est bien leur méthode, moi, j’ai rien contre toi, mon
pote, mais vas pas à l’hosto, comme irgane, ils
préviendront la police, et eux, ils t’en foutront, des
coups.

Y a un dépôt pas loin d’ici, trois mecs y bossent la
nuit, ils te fileront des fringues et peut-être à
bouffer, y a justement un irgane parmi les trois, ça
te donne une chance. »

« C’est curieux, mais tu t’exprimes plutôt
bien, comment es-tu devenu clochard ? »

« J’ai été instit, mais j’en ai eu marre, beaucoup de
boulot, ça payait mal, fallait toujours être au ordres
d’un directeur d’école, mais je ne vais pas te
raconter ma vie pleine de trous, tu ferais mieux
d’aller au dépôt. »

« Où est-il ? Et dans quelle ville je suis ? »

« Bon, alors tu es à  Zeppak, capitale de
Sanara, notre continent, pas toi, mais nous
ici, sommes des zeppkiens, la planète, c’est
Toufk, deux pôles, et deux continents, Irgana et
Sanara, notre époque, merde ! Je sais même plus
en quelle année on est, j’ai oublié, mais dans une
heure, la police va passer par ici, tires-toi !

Ah oui, le dépôt, tu vois la rue là-bas, avec la
grande maison grise en coin, tu fais 100 mètres sur
la partie gauche, tu tournes à la première à
gauche, et 30 mètres plus loin, trottoir de
gauche, t’as une baraque avec un panneau gris et
écrit en bleu ’’Sanctuaire des pauvres’’, tu entres
franco, tout est ouvert.

T’as de la chance que personne ici, ne sorte la
nuit, à part ceux qui t’ont tabassé, alors ne perds
pas de temps. »

« Merci bien, et salut, peut-être qu’on se reverra. »

« Vas savoir, à la revoyure. »    
 
Diego suivit la rue indiquée et tourna à gauche
pour arriver devant une baraque qui ressortait plus
d’un hangar que d’une maison, elle était toutefois
entourée de murs apparemment solides et
surmontée d’un toit en accent circonflexe, on aurait
pu se croire sur Terre, à une ancienne époque, il
repéra le panneau, vit tout ouvert, et entra.

Une grande porte ouverte, celle du hangar, un couloir
sur 20 mètres, qui déboucha dans une grande
salle, dans laquelle trois hommes paraissaient fort
occupés, l’un triait des vêtements, un autre, des
provisions, et le troisième, qui écoutait les deux
autres, semblait tout noter sur une feuille de papier.

La température était nettement plus supportable
qu’à l’extérieur, d’immenses radiateurs sur deux
pans de murs en indiquaient la raison, l’un des trois
hommes, celui qui écrivait, aperçut Diego et:

« Holà, regardez qui vient !
C’est la première fois que je vois ça. »

Les deux autres hommes relevèrent le tête, et
l’un d’eux:

« Ouais, j’aurais nettement préféré une nénette, et
en plus, il est crade, qu’est-ce que tu viens faire
ici, mec ? »

Diego s’approcha d’eux, et raconta son histoire, il
parla également du clochard qui lui avait indiqué
le dépôt, le troisième homme était foncé de
peau, et lui ressemblait, mais il était plus petit.

« Toi, t’es de chez moi, je m’appelle Saldo, et voici
Tanek et Kartin, on bosse ici, pour pas cher, mais
il y a des compensations, si j’ai bien compris ton
histoire, tu t’es fait cogner par des kirzs ou des
métallos, qui t’ont piqué tes fringues et le reste, il
était dans quelle zone d’âge, ton clodo ? »

« Je dirais la cinquantaine. »

« Alors c’est Garpiz, un brave mec, celui qui a
été instit ? »

« En effet, c’est bien lui, il m’a expliqué où je me
trouvais, car je n’ai plus de mémoire. »

Tanek: « Ouais, t’as perdu la boule, mais tu n’as pas
l’air trop amoché, ça devrait revenir, en
attendant, prends la porte à gauche, là-bas, il y a
des douches, du savon, des serviettes, tout ce qu’il
faut pour te décrasser, après tu reviens ici, on te
file des fringues et des godasses, tu es plutôt
grand, surtout pour un irgane, tu dois avoir la dalle ?

On te filera à bouffer. »

Pendant que Diego prenait sa douche, il en profita
pour réfléchir:

« Bon, récapitulons, trois hommes bossent dans ce
dépôt, Saldo, Tanek et Kartin, Saldo est supposé de
même origine que moi, il va falloir que j’en sache plus
sur Irgana, et pourquoi ils sont mal vus ici, je suis à 
Zeppak, capitale de Sanara, ce continent, les gens
sont des zeppkiens, la planète, Toufk, deux pôles, et
deux continents, Irgana et Sanara , l’époque ?

J’aurais peut-être la réponse tout à l’heure, ah
oui, Garpiz, c’est le clochard, ne l’oublions pas, car
il m’a rendu service, à l’occasion, je sais où le trouver.

Maintenant, deux choses m’intriguent, Irgana, quelle
sorte de continent est-ce, sont-ils plus ou moins
avancés qu’ici ?

D’après ce que j’ai pu voir sur les véhicules garés au
bord des trottoirs, le style des maisons, et le
reste, j’ai l’impression d’être sur Terre avec 100
ans de retard, mais la deuxième chose, ce sont ces
trois gars, ils ne me connaissent ni d’Eve ni
d’Adam, mais spontanément, ils me prévoient des
vêtements et à manger, Pourquoi ?

Parler avec Saldo serait le plus intéressant, mais il
verra vite que je ne suis pas d’Irgana, pour le
moment, mon trou de mémoire me protège, mais
ensuite ?

Et même s’ils me proposent de finir la nuit
ici, demain, que deviendrais-je ?

Est-ce qu’aller sur Irgana serait plus intéressant ?

Visiblement, il me manque encore une série de
réponses.

La douche me fait du bien, l’eau est tiède, remarquable. »

Lorsqu’il revint de la douche, c’est à Kartin qu’il
eut affaire:

« Ah, te voilà, mec, ouais, tu présentes mieux, bon, c’est
moi qui m’occupe des fringues, tu mesures 9 mains
(6 pieds), mais tu es plutôt balèze, tu fais des poids ?

Ah oui, tu ne te souviens plus, voilà un pantalon qui
devrait t’aller, essaie-le pendant que je recherche une
veste, ah, les slips, en voici un, bon, il te va, le pantalon
aussi, c’est bon, voici une chemise et une veste, les
chaussettes et les godasses, faut voir, ta pointure ?

Je dirais une main et demie, essaie moi ça !

La chemise te va, mais pas la veste, en voici une autre. »

Lorsque Diego fût habillé, Kartin:

« Maintenant, tu vas voir Saldo pour la bouffe, c’est lui
le spécialiste. »

« Ouais, je suis en train de nous cuisiner quelque
chose de bon, tu vas te régaler, avec un bon vin, on
a tout ce qu’il faut.

Tu es d’où, à Irgana?

Moi, c’est de Taco, la capitale, ah oui, j’oubliais que tu
viens de perdre la mémoire, j’espère pour toi que tu
vas la retrouver, il faudra peut-être plusieurs jours, ou
même plusieurs semaines, c‘est vraiment con cette
histoire, mais ne te plains pas, avec des kirzs, tu
aurais pu y rester.

Quel est ton prénom et ton nom ?»

«Je ne me souviens plus, attends…
Un mot me trotte dans la tête, Diego, mais Diego
quoi ? Je ne sais plus.»

« Bon, Diego suffira, tu es bien de chez moi, pas de
doute, tu peux t’asseoir là bas, je prépare de dîner. »

 « Peux-tu m’expliquer comment se situe Irgania
par rapport à Sanara ? »

Saldo lui répondit, en irganien:

« Ouais, alors, c’est simple, par exemple, ici, à
Zeppak, il fait froid, ça dépasse rarement les 15
degrés pour atteindre zéro en saison froide, chez
nous, à Taco il fait 30 degrés en saison chaude, et
vingt, en saison froide, en plus, nous sommes au
bord de l’océan, sur l’autre continent, mais
loin, alors que Zeppak est ici, loin à l’intérieur, tout
cela pour t’expliquer que nous
autres, irganiens, aimons bien vivre, alors que les
zeppkiens bossent comme des malades, dans la
chaleur artificielle des bâtiments, et ils n’ont
généralement pas d’humour.

Ces circonstances les ont obligés à privilégier la
technique par rapport au naturel, ils sont donc plus
avancés que nous dans les constructions
diverses, bâtiments, moyens de transports, armes, et
ainsi de suite, il y a trois siècles, avec des
bateaux, ils ont traversé l’océan pour venir nous
coloniser, ils y ont trouvé leur intérêt par le fait
que chez nous, il existe des matières premières
qui leur sont très utiles dans bien des
domaines, mais ils ne nous ont pas remerciés
pour autant, en fait, ils nous considèrent comme
des inférieurs, des sous-développés, leur peau
blanche, c’est la panacée, la nôtre ne vaut rien, et
beaucoup de préjugés de ce genre, voilà pourquoi
nous sommes mal vus ici, ils considèrent être
partout à leur place, mais ont du mal à
reconnaître la nôtre ici, alors qu’ils viennent
jusqu’à Irgana pour embaucher des gens à faire
des sales boulots qu’ils ne veulent pas faire, on
m’avait promis une place de technicien ici, c’est
pour ça que je suis venu, regarde où je me
retrouve, encore que je n’ai pas à me plaindre, dans
le dépôt, on n’est pas si mal, bien mieux que
certains zeppkiens qui ne se réalisent pas dans leur
boulot, et qui font la gueule, nous ici, on a tout ce
qu’il faut, à la limite pas besoin d’argent, mais il en
faut un peu quand même, tu comprendras
pourquoi, le revers de la médaille, c’est qu’on bosse
le jour comme la nuit, on est d’utilité publique
surtout envers les pauvres, le jour, on leur file des
fringues, de la bouffe, comme pour toi, on essaie
de leur remonter le moral, et la nuit, il n’y a
normalement plus personne, mais il faut gérer les
stocks, alors on se repose par relai d’ailleurs avec
mes collègues, on va avoir une discussion à ce
sujet, pour bien faire, il nous faudrait un quatrième
gars, deux travailleraient de jour, les deux autres
de nuit, avec des relais à envisager, mais pour
convaincre Martez, notre patron, c’est une autre
histoire, bon, c’est pas le tout, mais nous allons
manger. »

Après un dîner acceptable, les trois gars du dépôt
dirent à Diego:

« Bon, toi, tu vas rester ici, personne ne viendra, mais
nous, on a une petite affaire à régler, alors on va dans
une salle à côté, si tu vois quelque chose
d’anormal, tu gueules, on t’entendra. »  

C’est Tanek qui avait parlé, les trois hommes
quittèrent les lieux pour se réunir dans une autre
salle, et Kartin:

« Alors, qui se sent apte à attaquer Martez sur
notre quatrième gus ? »

Saldo: « Bien, peut-être que Diego arrive au bon
moment, il sait poser de bonnes questions, il n’est
pas bête, Martez nous donne un petit salaire, mais
ne nous déclare pas, les gens croient que nous
sommes des bénévoles, pas question de faire du
chantage à Martez là-dessus, on y laisserait notre
place, mais embaucher un irganien, cela pourrait faire
une bonne pub pour les pauvres, le boss a
toujours dit:

« Embaucher un zeppkien présente un risque, il
peut ne pas être content, et nous occasionner des
ennuis, mais il n’a jamais pensé à un irganien, et
Diego en est un, si on lui en parlait ? »

Kartin: « L’idée est intéressante, il faut voir. »

Tanek: « Ouais, mais alors il va falloir le tester, ce
Diego, voir s’il est capable d’assurer le service, et
s’il est endurant, ce qui nous fera perdre pas mal de
temps, ce n’est qu’après qu’on pourra en parler à
Martez, pour obtenir quoi que ce soit ici, il faut
des billes. »

Saldo: « Et si Diego apprenait vite ? »

Tanek: « Hm ! Il ne me fait pas l’effet de quelqu’un
qui a inventé la poudre, mais il semble costaud, cela
pourrait impressionner ceux qui nous critiquent dans
la journée, parce que pour eux, rien n’est assez
bien, c’est toujours des zeppkiens, et les
remontrances, en nous portant sur les
nerfs, augmentent notre fatigue, il faut voir si on
peut lui faire jouer le rôle du mec qui ne se laisse
pas marcher sur les pieds, et qui peut les calmer, à
ce moment là, s’il remplit ces deux conditions, le mec
qui en impose et compétent, alors oui, ton idée sera
bonne, Saldo, Martez s’en met plein les poches en
fonction de nos distributions, si à quatre, on en fait
plus qu’à trois, c’est jouable. »

Kartin: « Tanek a raison, il faut le tester. » 

Saldo: « Alors, on peut lui dire de venir pour lui faire
la proposition ? »

Tanek: « C’est bon, appelle le ! »

Diego savait déjà de quoi ils allaient lui parler, mais fit
semblant de rien, c’est Saldo qui parla, et Diego
accepta, au moins, cela lui ferait gagner du temps.

A la fin de la réunion, Saldo lui dit:

«Je te conseille d’aller dormir, tiens !

Je vais t’indiquer ta chambre, car dès demain, c’est-
à-dire tout à l’heure, tu seras testé. »

Diego n’était pas fatigué, depuis combien de temps
était-il sur cette planète, deux heures, peut-être trois ?

Cela équivalait au milieu de la journée, il en profita
pour réfléchir:

« Bien alors Ingara aurait été colonisée par les
zeppkiens ?

Ce qui veut dire qu’elle est encore moins avancée
que Sanara, les gens y vivent mieux ?

Probablement parce qu’ils disposent d’un grand
nombre de produits naturels à portée de main, et que
leur coût est faible ?

Oui, mais pour le Professeur Underwood, cela
n’apportera pas grand-chose, tiens ! Il me semble
avoir vu un journal dans la pièce à côté, allons donc
y jeter un coup d’œil.

Oui, bien, je peux lire les nouvelles, mais il y a
quelques petites variantes, le 9 Navod 3996, à quel
mois correspond le Navod ?

Ont-ils une durée comparable aux nôtres ?

Et les années, sont-elles identiques ?

Dès que j’aurai un peu d’argent, j’achèterai un
livre, et pas n’importe lequel, en
attendant, continuons à faire profil bas, et à ne
pas nous souvenir, si au moins j’avais ma montre… »

Dès le lendemain, il pût obtenir une partie des
réponses auprès de Saldo, mais pas pour les
années, alors que son retour en dépendrait, il
apprenait très vite, et passa les tests avec
succès, il sut se montrer aimable tout en étant
ferme dans certains cas, attirer la sympathie de
certains clients et clientes, plutôt bien de sa
personne, il lui arrivait d’avoir ce que l’on
appelle des touches.

Devenu compétent au bout d’une quinzaine de
jours, et passablement résistant  grâce à son
temps de prison, il épatait ses nouveaux collègues
qui firent une réunion à laquelle il assista.

Tanek: « Bon, chapeau, Diego, tu nous a vraiment
surpris, dans le bon sens, tu connais à peu près le
boulot, tu sais trier, gérer, entretenir de bons
rapports avec la clientèle, c’est maintenant à nous
de jouer, on va essayer de te faire embaucher
par Martez. »

Kartin: « Toujours rien de nouveau sur ta mémoire ? »

Diego: « Non, je dors comme un plomb, sans rêves
conscients, mais je ne vois pas de souvenirs
qui reviennent. »

Saldo: « Attention, il faut tenir compte de la
fatigue, il a bien bossé, appris pas mal de choses en
peu de temps, n’a pas ménagé ses efforts ni volé
ses heures de sommeil, je crois qu’il faut être
patients, si on obtient gain de cause auprès de
Martez, à quatre, on pourra s’organiser
autrement, et il y aura moins de fatigue, je pense
que c’est à ce moment là que ses souvenirs
reviendront. »

Tanek: « Si on arrive à convaincre Martez, ce qui
n’est pas encore fait. »

Kartin: « Il est préférable de lui en parler
rapidement, car s’il passe et voit Diego, cela
pourrait ne pas être bon. »

Tanek: « Kartin a raison je l’appelle tout à l’heure. »

Lorsque Martez fût prévenu, il indiqua qu’il passerait
dans le courant de la nuit, sans pour autant en
préciser l’heure, lorsqu’il arriva, les quatre hommes
étaient occupés à procéder à divers tris, il entra dans
la salle principale, et:

« Bon, me voici, allons dans la salle B pour discuter ! »

« Alors, c’est lui le phénomène que vous voulez que
j’embauche ?

Donnez moi de bonnes raisons de le faire ! »

Saldo était prêt à lancer sa tirade, mais il se rappela
d’un coup que Martez préférait avoir affaire à
Tanek, qui était estimé comme le chef du groupe, ce
dernier énonça les arguments qu’il avait utilisés
pour féliciter Diego, et ajouta:

« Des gens reviennent, pour parler avec Diego, et ils
reprennent des vêtements et de l’alimentation, voici
notre grand livre, vous constaterez, patron, que les
chiffres sont en nette augmentation, et c’était
pendant son temps de formation, je vous laisse le
soin d’imaginer ce que sera la suite. »

Martez jeta un coup d’œil rapide sur le document, et:

« Oui, bon, cela se discute, nous approchons la saison
froide, et à cette époque, les demandes de vêtements
et d’alimentation sont plus importantes que
d’habitude, cela ne prouve rien, tu as bien défendu
ton bout de gras, Tanek, mais si je ne suis pas contre
l’idée à priori, un irganien ?

Après tout, pourquoi pas ?

Mais je veux être sûr de mon éventuel investissement
et pour cela, une plus longue période est à prendre en
considération, disons deux mois, à ce moment là, on
verra.

J’aurais préféré être prévenu plus tôt de cette
idée, mais bon, voilà ce que je vous propose:

Diego ne sera pas payé durant ces deux mois, et
sera nourri sur votre quota de provisions, s’il
confirme ses preuves et que les chiffres se
maintiennent en nette augmentation, alors là
oui, il sera embauché, dans le cas contraire … »

Ce à quoi Tanek se dépêcha de répondre:

« C’est d’accord, patron, nous tenons le pari. »

« Vous semblez bien sûr de lui, alors à vous de jouer. »

Et Martez quitta les lieux, quelques instants plus tard:

Saldo: « Ne crois-tu pas que tu as répondu un
peu vite, Tanek ?

Et accepter cette demie proposition… »

« Ne t’en fais pas, Saldo, tu sais que non seulement
c’est moi le plus ancien ici, mais je connais aussi
Martez mieux que vous, il est en train de penser à ses
chiffres et de calculer les nouvelles allocations qu’il
obtiendra du gouvernement, c’est déjà une
victoire, même si nous allons la payer par deux mois
difficiles, c’est à nous de tenir le coup et de nous
organiser avec le maximum d’efficacité, imagines que
les chiffres se mettent à doubler, ou non tiens !

Seulement 50 % de plus, je peux te garantir qu’il
embauchera Diego vite fait. »  

Kartin: « C’est clair, Tanek a raison, et ça vaut le coup. »

Saldo: « Si vous le dites, alors on marche comme
ça, qu’en penses-tu Diego ? »

« Ca me convient, c’est à moi de faire mes
preuves, j’ai une idée pour l’organisation, le mieux me
semble être de tourner à quatre pattes, je
m’explique, les relais jour/nuit risquent d’être
brutaux, sauf si on peut récupérer, à quatre, on doit
assurer le jour et la nuit, mais il faut éviter qu’une
personne fasse la nuit puis le jour, mieux vaut
l’inverse, car le jour, on n’a pas ou peu de
break, tandis que la nuit, si on a un coup de
pompe, comme personne ne vient, on peut
prendre un temps de récupération, voici, par
exemple, un schéma qui peut s’avérer intéressant:

                 J  N  J  N  J   N  J   N  J   N   J   N   J   N

Tanek       x      x  x            x       x   x              x

Kartin       x      x  x            x       x   x              x

Saldo           x           x   x        x             x   x        x

Diego           x           x   x        x             x   x        x

On lit que Saldo et moi, serons libres dans la
première journée, et que Tanek et Kartin seront
libres durant la nuit, plus besoin de travailler à
trois, durant la seconde journée, pour Tanek et
Kartin, il faudra assurer la journée et la nuit, d’où
une éventuelle nécessité de récupération durant la
nuit, mais ils seront libres durant la journée et la
nuit suivante, et ainsi de suite, avec l’inverse pour
Saldo et moi, en plus, nous habitons tous dans le
dépôt, et ne passerons pas tout notre temps libre
dehors, donc on peut toujours assister, surtout la
nuit, celui d’entre nous qui aurait des petites
difficultés, qu’en pensez-vous ? »

Saldo: « Pas mal du tout, à deux, en journée, l’un
discute avec les clients, l’autre est à la caisse avec
les stocks derrière pour satisfaire la demande, et
comptabiliser les mouvements, en vêtements et
en bouffe.

La nuit, l’un trie les vêtements, l’autre la bouffe, la
seule petite difficulté est la gestion, il faudra tour à
tour consigner les mouvements dans le grand
livre, ce qui ralentira les tris, mais comme il est très
rare que l’on passe toute une nuit à trier, cela peut
arriver, en moyenne deux ou trois fois par mois, on
s’habituera à cette petite différence.

Par contre, trois jours et demi de liberté sur
sept, c’est le grand luxe, on n’a jamais vu ça. »

Tanek: « Doucement Saldo, là, tu vas un peu vite, le
plan de Diego, en un premier temps, sera bon, mais
n’oublions pas notre objectif principal, celui
d’augmenter les chiffres, dés qu’il y aura seulement
30 ou 40% de plus, il faudra appliquer un autre
plan, surtout pour la nuit, car les quantités à trier
deviendront trop importantes. »      

Diego: « Oui, mais la nuit, nous serons tous là, et
liberté ou congé ne veut pas dire inactivité, rien ne
nous empêche d’aider si nécessaire, par exemple, si
au cours d’une nuit il y a trop de boulot, alors que je
suis off, vous venez me réveiller, pas de problème.

Et même le jour, si l’un des deux off est sur place, pas
de problème.

Qu’en penses-tu, Saldo ? »

« Je te suis parfaitement sur ce terrain, nous
l’avons jusqu’à présent, pratiqué d’une manière
moins ordonnée, alors c’est bon, je suis partant. »

Tanek: « Dans ce cas, plus rien à dire, avec une
assistance en filigrane, ça résout tous les
problèmes, bravo Diego, tu marques un point.

On risque même de s’ennuyer en ayant trop de
temps libre. » 

Les jours, puis les semaines passèrent, les chiffres
augmentaient constamment, pourquoi ?
Pour plusieurs raisons:

- Diego, fort aimable avec la plus part des clientes
et des clients, attirait du monde, certaines et certains
revenaient même pour discuter avec lui, peut-être
parce qu’ils étaient seuls ou peu accompagnés et ne
savaient que faire, ou encore voulaient-ils être
compris, reconnus, peu importe, en revenant ils ou
elles prenaient toujours quelque chose de plus.

- Saldo y ajoutait du sien et avait aussi un certain
succès, il n’était pas aussi rigide que Tanek ou
Kartin, qui étaient des zeppkiens.

- Comme Diego l’avait appris, Sanara comptait cent
millions d’habitants, et Zeppak en logeait 10  %, cela
faisait du monde pour seulement trois Centres de
charité sur la ville, le bouche à oreille suivait son
cours, et les gens allaient là où ils étaient le mieux
servis et le plus appréciés.

- Les deux autres centres/dépôts étaient
exclusivement gérés par des zeppkiens, nettement
moins souples que Diego et Saldo, le dépôt de
Diego récupérait de la clientèle des deux autres.

Au bout de cinq ou six semaines, les chiffres
avaient plus que doublé, ce qui impliquait, surtout
la nuit, une autre organisation, l’assistance en
filigrane devenait effective, les trois jours et demi
de liberté se réduisaient à deux jours, ce que les
employés du dépôt considéraient encore comme
du luxe, en fait ils aimaient leur activité, et étaient
prêts à en redemander.

Diego n’allait jamais plus loin que le square, il
revoyait Garpiz, à qui il apportait des aliments et des
boissons, parfois de nouveaux vêtements, il ne
l’oublierait pas.

Au bout de ses deux mois de présence, Martez tint
parole et  confirma Diego dans son poste, cela lui
était d’autant plus facile que les anciens
chiffres, multipliés par 2.5, lui rapportaient des
allocations très substantielles.

Il augmenta le quota alimentaire des employés à la
proportionnelle, et attribua à Diego le même petit
salaire qu’aux autres.

Un jour, peu de temps après, toujours en pleine
activité avec son ami Saldo, c’était lui qui, les trois
quarts du temps, était en contact direct avec les
clients, alors que Saldo restait à la caisse, mais de
temps à autre, histoire de changer un peu, Diego
disait à son ami de prendre le contact direct, ce qui
permettait  à Saldo de profiter de la partie la plus
agréable du travail, ce dernier vint rapidement à la
caisse et lui dit:

« Je vais prendre la caisse, tu vois là-bas, une femme
de dos avec un manteau gris assez élégant et une
capuche, ben non seulement c’est une drôle de belle
femme, mais elle veut te parler, vas-y, ça peut être
une sacrée occase. »

Diego regarda vers la personne en question, il lui
semblait l’avoir déjà aperçue quatre ou cinq
fois, mais sans en être sûr, il se dirigea vers elle:

« En quoi puis-je vous être utile, Madame ? »

Elle se retourna doucement, lentement, avant de le
regarder intensément, elle était aussi grande que
lui, un magnifique visage encadré de cheveux
blonds couleur or, des yeux bleu cobalt, un sourire
ravageur, elle lui répondit:

« Bonjour, Monsieur Diego, ravie de vous
rencontrer, en quoi pouvez-vous m’être utile ?

En pas mal de choses, je m’appelle Ekczira Zeppak
et nous aurons l’occasion d’en reparler après demain
à midi, je vous attendrai près du square, devant la
grande maison grise, avant d’avoir le plaisir de vous
inviter à déjeuner dans un excellent restaurant, je
compte sur vous. »

Elle se retourna de nouveau, et prit la direction de
la sortie, Diego était resté sur place, abasourdi, il
fallait réagir, heureusement pour lui, un client vint
lui demander un conseil, interrompant ses débuts
de réflexion, ses habitudes reprirent le dessus, et il
s’acquitta parfaitement de sa tâche  avant de se
diriger vers la caisse.

Saldo: « Alors? Ca a été assez bref. »

Diego: « Oui, mais d’une intensité…

Je ne te dis pas, il faut que je réfléchisse, je ne suis
pas facile à impressionner, mais là, ça dépasse tout. »

« Je peux te croire, cette femme…

Pardon, un sacré lot, et si tu veux mon avis, elle n’a
pas grand-chose d’une pauvre, je me demande
pourquoi elle vient ici, on la dirait d’un autre
monde, une sorte de reine venant d’un
royaume féérique. »

« Oui, et en plus, elle s’appelle Eczira Zeppak. »

« Hein ! Zeppak comme la ville, holà ! Là, ça
devient hallucinant, qu’est-ce qu’elle t’a dit? »

Diego eut le réflexe de mesurer sa réponse et de
mentir par omission:

« Je lui ai demandé en quoi je pouvais lui être
utile, formule commerciale habituelle, et elle m’a
répondu avec un sourire incroyable:  
« En pas mal de choses’ », puis elle m’a tourné le
dos et est repartie de suite. »

« Ca, je l’ai vu, très énigmatique, la super
nana, elle va revenir, là, t’as fait une touche, la
réponse, c’est un coup téléphoné qui se passe
de détails. »

« Eh bien je retourne vers nos clients, à moins que
tu veuilles me laisser la caisse ? »

« Non pendant que tu y es, vas-y, mais rien qu’à ta
tête, quelque chose me dit que tu viens de prendre
un sacré flash, au fait, nous n’en avons pas
reparlé, mais ta mémoire, où en es-tu ? »   

« Je t’en parlerai plus tard là, je vois du
monde arriver. »

Diego se réfugia dans le travail pour tenter de voir
son état troublé disparaître, le reste de la journée
passa vite, mais il fallait aussi assurer la nuit, là
aussi, il y avait à faire, les chiffres continuaient à
grimper, comme porté par une étrange excitation
intérieure, il n’eut pas besoin de relai et tint bon
jusqu’au matin, il se prit un copieux petit déjeuner
avant de regagner sa chambre.

« Je ne me sens pas encore fatigué, mais cela ne va
pas tarder, pour le coup de barre, la digestion va
s’en charger, et je dois encore assurer cette nuit.

Là, je suis devant un évènement qui me
dépasse, cette femme, mais qui est-elle donc
vraiment ?

Elle m’a donné un rendez-vous pour demain à
midi, justement le jour où j’aurai également la
nuit, cela veut dire qu’elle connait mon emploi du
temps, elle m’a donné son nom, qui se trouve être
celui de la ville, pourquoi ? 

Serait-elle une descendante du fondateur ?

Cela remonterait à loin, elle existe depuis près
de 2000 ans…

Son étrange réponse « En pas mal de choses’’ !!
Comment peut-on traduire cela ?

Les petites analyses de mon pote ?

Je ne pense pas que ce soit ça, c’est beaucoup plus
inquiétant, surtout, pas question de lui dire d’où je
viens, ici, ils ne connaissent pas le déplacement
dimensionnel, c’est trop tôt pour eux, elle veut
m’inviter au restaurant, ce qui signifie qu’elle aura
pas mal de choses à me dire ou à me faire
comprendre, c’est une personne très importante, et
non moins secrète, c’est intriguant.

Elle connait le square et la maison grise, le lieu où je
suis arrivé, ça aussi, c’est étrange, et ces yeux
bleu-cobalt qui transpercent, ne parlons pas du
sourire, il est mortel.

Bon, je ressens la fatigue maintenant, allons
nous coucher. »

Il se réveilla à l’heure du dîner, à sa grande surprise:

« Comment ai-je pu dormir autant ?

Vite, une douche, puis je vais dîner, car j’ai
faim, après, je prendrai le relai. »

La nuit se passa sans incident, il se sentait en
forme, mais demanda tout de même à Saldo, après
le petit déjeuner, de le réveiller au bout de deux
heures, prétexte:

« J’ai promis à Garpiz d’aller le saluer, et de lui
apporter de la bouffe. »

« D’accord, compte sur moi. »

Vers onze heures, il se leva, prit une douche, se brossa
les dents, s’habilla, puis prit quelques aliments pour
les porter au clochard, et discuter avec lui, bien
avant midi, Saldo le vit faire, c’était conforme à ce
qu’il avait dit, il ne s’en occupa plus, et s’apprêta à
se préparer un déjeuner en lui disant:

« A tout à l’heure, Diego. »

« A tout à l’heure, Saldo. » répondit-il, en ne sachant
pas encore que le tout à l’heure en question, n’aurait
jamais lieu.

Il se dirigea vers le square, cinq minutes plus
tard, il vit Garpiz sur son banc, qui ne dormait pas:

« Tiens, je t’apporte quelques bonnes petites
choses, Garpiz. »

« Merci, mon ami, toujours au dépôt à ce que je
vois, c’était le mieux pour toi, je crois, surtout pour
un début. »

« Tiens ! Pourquoi parles tu au passé, et d’un début ? »

« Je ne sais pas exactement, j’ai pensé à toi ce
matin, et de drôles d’idées me sont passées à travers
la tête, mais elles se sont évaporées, je ne saurais
plus dire de quoi il s’agissait. »

« Mais… C’est important, essaies de te rappeler. »

« C’est toi qui me dis ça !  A propos, où en est
ta mémoire ?»

« Pas encore retrouvée, je vois des flash de temps en
temps, mais je ne peux pas encore les relier, ni
savoir ce qu’ils signifient, des images, des lieux, des
impressions de déjà vu, mais tout reste si vague…

Alors, à ton tour. »

« Quoi te dire… Je crois que je ne te reverrai plus. »

« Pourquoi ? Il va m’arriver malheur ? »

« Non, moi aussi, j’ai vu des images, et des vagues
idées qui m’ont traversées, elles n’allaient pas
dans le sens d’une catastrophe, mais ne m’en
demande pas plus, je ne peux rien te dire d’autre.

Tiens ! Quelqu’un devant la maison grise ! »

Diego se retourna, et il la vit, elle était déjà
là, attendant stoïquement.

« Bon, Garpiz, je dois te laisser, cette personne
est venue pour moi. »

Il fit quelques pas avant d’entendre un confus
« Je m’en doutais. », il aurait bien voulu revenir
vers le clochard, et lui demander ce qu’il entendait
par là, mais il n’était pas question de faire plus
attendre l’extraordinaire personne qui se trouvait
devant lui, encore à 100 mètres, il pressa
même le pas.
 
« Bonjour, Monsieur Diego, ou plus exactement
Diego Cortez, comment allez-vous ? »

« Bien, merci, et vous-même, Madame Eczira
Zeppak, probablement descendante du fondateur
de cette ville ? »

« Seulement un demi point pour vous, et
c’est Mademoiselle…

Vous êtes un très beau garçon, mais pas très bien
habillé, pour un dépôt, histoire de faire couleur
locale avec les pauvres, d’accord, mais pour aller
déjeuner dans un lieu fort agréable, non, ce n’est
plus de mise.

Une camionnette sera là dans deux minutes, vous
aurez tout ce qu’il faut pour pouvoir vous changer
à l’intérieur, et vous n’aurez que l’embarras du
choix.

Après cela, un autre véhicule passera nous prendre
pour nous emmener au restaurant, tout près d’un
de mes domiciles.

Votre ami, sur le banc là-bas, Monsieur Garpiz je
crois, va-t-il bien ? »

« Un paquet de points pour vous, j’ai déjà un sacré
retard à combler, oui, il va bien, mais le reverrais-je ? »

« Je ne le crois pas, pas plus que vos amis du
dépôt, mais il est normal que je prenne de
l’avance, vous êtes sur mon terrain, ah, voilà
la camionnette. »

La dite camionnette avait une certaine
importance, Diego se demanda ce qu’ Eczira Zeppak
commencerait à considérer comme un camion, il
monta à l’intérieur qui était éclairé, il se trouva
face à un choix considérable de chaussettes, de
chaussures, de slips, de ceintures, de pantalons, de
chemises, de vestes, et de cravates, tous des articles
de haute qualité, plus beaux les uns que les autres, il
se rabattit sur des chaussures noires, un costume
bleu marine, une chemise blanche, une cravate vert
foncé, puis il vit des montres, toutes magnifiques, qui
marquaient précisément midi, il en prit une qu’il plaça
sur son poignet gauche, lorsqu’il ressortit:

« Excellent choix, vous êtes un homme de goût, assez
raffiné, mais tout cela, je le savais déjà, il ne nous
reste qu’à attendre l’autre véhicule. »

« Bien, Mademoiselle, je suppose qu’il n’est pas encore
opportun de vous demander des explications
maintenant ? »

« Vous supposez juste, jeune homme, nous disposons
de pas mal de temps, à commencer par celui que nous
allons consacrer à cet excellent restaurant, qui
comporte un décor nettement plus propice à des
conversations agréables. »

« Alors il ne me reste qu’à me laisser guider. »

« On ne saurait mieux résumer la situation. »     

Le véhicule les conduisit dans le centre-ville, assez
loin du square et du dépôt, ils se retrouvèrent devant
un immense bâtiment, moderne, qui ne comportait
aucune indication, le véhicule traversa un portail de
la largeur d’une rue qui se referma aussitôt derrière
eux, ils se retrouvèrent dans une vaste
cour, agrémentée de petits jardins qui comportaient
des fleurs multicolores, au bout de la cour, passé les
jardins, ils se retrouvèrent devant un très grand
restaurant, sur lequel était inscrit en vert lumineux:

ZEPPAK , ils descendirent de la voiture pour entrer
dans le restaurant dont l’intérieur était stupéfiant de
luxe, Diego pensa:

« Même sur Terre, rien de tel n’existe, il va falloir
qu’elle me donne des explications, ce restaurant lui
appartient, et peut-être même tout le bâtiment. »

« Vous êtes en train de vous poser des
questions, c’est tout à fait normal. »

« Oui, je me demandais si tout le bâtiment vous
appartenait. »

« C’est en effet le cas, mais entrons-donc. »

Diego regardait partout, l’intérieur très vaste se
composait de décors dignes d’une description de
science-fiction, il fallait le voir pour le croire, il
allait lui poser une question lorsqu’elle lui dit:

« Oui, cela peut surprendre, mais j’espère que ça vous
plait, nous allons pouvoir nous installer. »

« Seriez-vous télépathe ? »

« Je peux être beaucoup de choses, mais pour le
moment, asseyez-vous ici, et profitez de
l’environnement, un petit apéritif, peut-être ? »

« Je ne suis pas très alcool, que me
conseillez-vous ? »

«  Un Sarki ou un Gurt, les deux sont excellents. »

« Je prendrai comme vous. »

C’est à se moment là qu’elle retira son manteau
et sa capuche, découvrant une chemise rose à
col jabot, une jupe courte bleu marine qui lui
montait au dessus des genoux, une très belle
ceinture d’un gris mat et très décorée, un très
joli spectacle qui surprit, une fois de
plus, Diego, puis elle s’assit de nouveau, en
face de lui.

Ses cheveux mi-longs, dorés, étaient
magnifiques, et curieusement, elle avait un
teint légèrement bronzé, une superbe créature
qui ne pouvait exister qu’au-delà des
rêves, chacun de ses gestes était
souple, racé, vraiment classe.

Quant à ses formes, elles dépassaient également
toute imagination, Diego était cloué sur
place, mais il eut la présence d’esprit de réagir au
quart de tour afin de gommer la surprise.

« Bravo, jeune homme, vous réagissez vite et bien. »

Diego: « Peut-être, mais je crois qu’il est temps de
procéder à certaines mises à jour, j’ai pas mal de
questions à vous poser, et j’aimerais obtenir autre
chose que des énigmes. »

Eczira: « Je comprends votre impatience, mais
sachez aussi que de mon côté, j’attends un certain
nombre de réponses de votre part, je ne suis pas
la seule à paraître énigmatique, il se pourrait que
sur ce plan, nous n’ayez rien à m’envier.

D’autre part, qu’avons-nous fait depuis que nous
nous sommes rencontrés ?

Fort peu de choses, je vous ai donné un
rendez-vous, puis nous nous sommes de nouveau
rencontrés au square pour venir ici, qu’en
pensez-vous ? »

« Que vous marquez encore un point. »

« Oublions les points, ce qui est le plus important
est que nous débutons une véritable rencontre, et
que non seulement vous m’intriguez, mais vous me
plaisez, alors j’aimerais savoir si moi, je vous plais ? »

« D’accord sur la véritable rencontre, encore
d’accord sur la réciprocité de l’intrigue, le fait que
je vous plaise me paraît extraordinaire, pour ne
pas dire hallucinant, si vous me plaisez ?

Il m’ est difficile de répondre avec franchise à
cette question, car les impressions que vous
suscitez en moi vont bien au-delà de ça, rien à voir
avec une tentative de drague dont je suis loin d’être
spécialiste, ou d’une recherche courante de petit
plaisir, vous me faites l’impression de sortir d’un
conte de fées, de venir d’un autre monde, j’irai
jusqu’à dire que votre beauté dépasse le
désir, quant à votre comportement, il est carrément
royal, vous me diriez que c’est vous qui gouvernez
cette planète que cela ne m’étonnerait pas, votre
voix dont le timbre est si particulier, votre aspect
qui dépasse l’imagination, le lieu dans lequel je me
trouve, et qui vous appartient, je n’aurais jamais
cru que cela puisse exister, j’ai décidé d’être
franc avec vous, du moins jusqu’à un certain
point, et dois reconnaître qu’actuellement, je suis
dans une situation qui me dépasse. »

« Vous n’êtes pas facile à surprendre, et disposez
d’une sacrée expérience dans bien des domaines pour
un si jeune âge, comment puis-je détecter cela ?

En vous observant, je suis venue plusieurs fois au
dépôt et vous ai regardé avec attention, vos
expressions, vos actions, tout cela s’est avéré très
révélateur et intéressant, vous êtes surpris ?

C’est normal, croyez-vous que moi, en vous
étudiant, en quelque sorte, je ne l’aie pas été ?

Vous n’avez rien à voir avec les gens d’ici, par
contre, vous êtes capable de les influencer dans
certains cas, vous aussi, me donnez l’impression
de venir d’un autre monde, en fait, j’en suis
sûre, et j’aimerais bien connaître votre passé.

Ce que vous venez de me dire m’a profondément
touchée, et a également révélé que vous disposez
d’un cerveau sortant de l’ordinaire, et en plus, vous
êtes beau, vous avez tout pour vous.

Soyez patient, nous avons beaucoup de choses à
nous dire, pendant très longtemps, à partir de
maintenant, votre destin va changer de cap, et très
probablement le mien aussi, vous aurez des
réponses à vos questions, je vous le promet, mais
buvons à notre santé, et préparons nous à une
agréable repas, la suite viendra en son temps. »

« Qu’il en soit ainsi, mais une dernière petite
question, j’ai cru comprendre d’après ce que vous
m’avez dit, que je ne reverrai pas mes collègues du
dépôt, ni Garpiz, le clochard du square, pourquoi ? »

« Garpiz vous a aidé, vos ex collègues, et surtout
Saldo aussi, je ne doute pas qu’ils aient une
certaine valeur, loin de moi l’idée de les critiquer, que
vous les portiez dans votre cœur prouve que vous
êtes une personne de qualité, capable de
reconnaissance, mais vous allez très vite comprendre
qu’ils ont fait partie d’un petit épisode de votre
destin, qui, comme je vous l’ai dit, est en train de se
modifier, ai-je répondu à votre légitime question ? »

« On peut dire cela, mais votre réponse amène une
autre question, relative à la suite de mon destin. »

« Toute la question est de savoir si vous
m’aimez, dans l’affirmative, la suite de votre destin
risque d’être aussi la mienne pendant très longtemps. »

« Et si ce n’est pas vraiment le cas ? »

« Le « vraiment » est lui aussi évocateur, ce qui me
permet de ne pas désespérer, dans le cas contraire, vous
aurez manqué des choses d’une importance capitale
pour vous, et ce serait dommage, vous avez une
décision à prendre, et ne comptez pas sur moi pour
vous influencer, si vous décidiez de ne pas donner
suite à notre entrevue, il serait alors possible de vous
redéposer vers le dépôt, vous laissant le soin de finir
le temps qui vous reste à passer sur cette planète.

Que pensez-vous de l’apéritif ? »

« Il est excellent, il se pourrait que j’en reprenne un
autre si vous le faites.  

Vous parlez du temps qui me reste à faire sur cette
planète, décidément, cela confirme que vous êtes
carrément hors normes et que vous disposez d’un
savoir que les gens d’ici ne connaîtront
probablement jamais. »

« Vous raisonnez fort bien, et puisque l’apéritif
vous plait, reprenons-en un autre, mais
attention, il ne faut pas en abuser. »

« Très bien, pourriez-vous m’indiquer les toilettes ? »

« Bien sûr, voyez-vous la porte bleue sur votre
gauche?

Oui ?

Eh bien vous n’aurez qu’à l’ouvrir. »

La demande de Diego n’était pas un prétexte, mais
il en profita pour réfléchir.

« A l’heure actuelle, la grande question est de savoir
si j’aime cette femme, s’il s’agit vraiment d’une
femme, et non d’un être surnaturel.

S’il s’agit d’une femme, alors oui, je crois qu’elle me
plait vraiment, amoureux d’elle ?

Oui, peut-être.

Mais il m’apparaît plus que difficile de lui demander
de me le prouver, par contre, rien ne m’interdit de
lancer l’alternative, à moi de savoir comment
présenter la chose sans risquer de la froisser. »

De retour à table:

« Alors Diego, vous avez un hors d’œuvre devant
vous, j’espère que vous l’apprécierez, comme vous
pouvez le constater, j’ai pris le même, avec un
excellent rosé. »

« En effet, le hors d’œuvre est fameux, le rosé aussi.

J’ai pris le temps de réfléchir un peu, votre souci
actuel est de savoir si je vous aime, n’est-ce pas? »

« En effet, et ? »

« J’ai encore du mal à faire la distinction entre un
être surnaturel et la plus jolie femme de
l’univers, dans le premier cas, ce sera très
difficile, alors que dans le second, c’est moi
qui pourrai me considérer comme le plus
chanceux de l’univers. »

« Wow ! Alors là, c’est vous qui venez de me
surprendre, vos réflexions peuvent être
étonnantes, même pour moi, alors sachez que je
ne suis ni surnaturelle, ni transformée d’aucune
façon, je prétends être une vraie femme, bien que
je n’ai pas toujours été que cela. »

« Oui, cela ne m’étonne pas, vous avez deux
casquettes, et l’autre a dû être du genre
stratège, Reine ou Chef de guerre, si vous êtes une
vraie femme, alors oui, cela m’intéresse, et pas
seulement pour cela. »

« Les derniers mots n’étaient pas utiles, je sais que
je vous intrigue, mais encore une fois, excellent
raisonnement, je peux effectivement porter plusieurs
casquettes, mais celle de femme est
permanente, vous m’avez qualifiée de plus jolie
femme de l’univers, si c’est vraiment ce que vous
pensez, alors j’ai ma réponse. »

« En effet, vous l’avez. »

A la fin du repas, Diego:

« Vraiment excellent, je dirais même unique. »

« J’en suis heureuse, maintenant, je vous propose
de quitter le restaurant pour aller dans mon
bâtiment, et particulièrement dans un grande pièce
me faisant office de salon, vous y découvrirez des
choses étonnantes. »

« Mais très volontiers, je vous suis. »

« Prenez plutôt mon bras, cela sera plus
sympathique et agréable. »

Le salon était un pièce gigantesque de plus de 400
mètres carrés, avec deux panneaux de murs bardés
d’écrans, un immense bureau situé à peu près au
milieu de la pièce, comportant, entre divers
appareils, deux énormes positroniques, deux sièges
fauteuils modernes très confortables, Diego , une
fois de plus:

« Je m’attendais à beaucoup de choses, mais pas à
ce point, alors des fauteuils, on peut voir tous les
écrans, qui doivent être en relation avec les deux
grosses machines noires qui sont sur le bureau, des
supers ordinateurs en quelque sorte. »

« C’est exact, jeune homme, et vous êtes loin d’avoir
tout vu, disons que c’est mon principal lieu de
travail, mais nous allons visiter d’autres pièces, une
belle salle de sports qui devrait vous convenir, ma
chambre, qui vous étonnera, puis d’autres salles, vous
ferez aussi la connaissance de  mes androïdes.

Je vous expliquerai le fonctionnement de tous ces
appareils, car je sais que vous comprendrez vite, dites
moi si je me trompe lorsque je pense que vous avez
des dispositions scientifiques ? »

« Non, vous ne vous trompez pas, à votre tour de me
dire si je vois juste lorsque je pense que la période des
questions sérieuses et d’éventuelles révélations n’est
pas loin. »

« Oui, vous voyez juste, nous allons aborder la période
la plus intéressante, mais allons d’abord visiter quelques
autres pièces. »

Pendant ce temps, au dépôt:

Saldo: « Diego n’est pas encore revenu !
Ce n’est pas normal. »

Tanek: « Ouais, il est sorti, mais pour aller où ? »

« Il devait aller voir Garpiz et lui porter de la
bouffe, mais il est deux heures et demie, et il n’est pas
là, cela m’inquiète, je crois que je vais aller au square. »

Kartin: « Ouais, c’est le mieux, il faut qu’on sache. » 

Un quart d’heure plus tard:

Saldo: « Salut Garpiz, tu me connais, je bosse dans le
dépôt, et suis le pote à Diego qui est venu t’apporter
de la bouffe vers midi, qu’est-il devenu ? »

« T’aurais pu m’apporter une bouteille de pinard, mon
pote, mais je comprends que tu sois inquiet, à mon
avis, on ne le reverra pas, ton Diego. »

« Ah ! Et pourquoi ? »

Garpiz: « Je l’ai senti ce matin, avant qu’il vienne, son
destin prend une autre direction, à midi, il a vu une
femme là-bas, devant la maison grise, puis un camion
est venu, il a changé de fringues et est devenu super
classe, comme un rupin, puis une voiture est venue
dix minutes plus tard, il est parti avec la femme. »

« Elle était comment ? »

« Difficile à dire, elle était à plus de 100 mètres, elle
était aussi grande que lui, ce qui n’est pas rien, un
manteau gris, une capuche, pas pu voir son visage, elle
était stoïque, et plutôt classe, curieuse créature. »

Saldo: « Ouais, je vois qui c’est, merci Garpiz, faut
que j’aille au boulot, mais après-demain, tu
l’auras, ta bouteille. »

Sur le chemin du retour vers le dépôt, Saldo:

« Je ne comprends pas pourquoi Garpiz m’a dit qu’on
ne le reverrait plus, que son destin allait changer …

Pour moi, il n’ y a pas vraiment d’alarme, il a bouffé
avec la super nana, a assuré la suite, on devrait le
revoir en fin d’après-midi ou ce soir, il va sûrement
revenir pour dîner, s’il s’est fait une copine de
luxe, tant mieux pour lui, bon, à la rigueur, il se
pourrait qu’il passe la nuit avec, mais
pourquoi est-ce qu’il ne reviendrait pas ? »

Au même moment, Eczira et Diego:

« La salle de sport vous a plu, visiblement, notamment
la piscine. »

« Une vraie piscine olympique, elle doit faire dans
les 2000 mètres carrés, cette salle ? »

« Oui, à peu près, mais comme vous allez le voir, ma
chambre n’est pas mal non plus. »

Ils virent une pièces d’environ 300 mètres carrés, avec
salle de bains et toilettes incorporées, mais sans
panneaux de séparation ni murs, un bureau, plus
modeste que celui du salon, mais avec une
positronique, une dizaine d’écrans sur le pan de mur
d’en face, des rangements à n’en plus finir, un très
joli bar, les plus belles suites sur Terre, en
comparaison, feraient l’effet de gourbis.

« Alors ? »

« Vraiment extraordinaire, il n’y a pas de mots, il
faut le voir pour le croire. »

« N’est-ce pas, tenez ! Dans le bar, il y a une boisson
extraordinaire, que penseriez-vous de la goûter ? »

« Pourquoi pas ?
C’est le moment des découvertes, non ? »

« En effet, et les surprises ne s’arrêteront pas là, je
vais vous servir. »

« Excellent ! Vous n’en prenez pas ? »

Eczira:« Non, je vais prendre un Sarki, que je
préfère, mais soyez sans crainte, ce n’est pas
du poison. »

« Je m’en doute, quel en serait l’intérêt ? »

« Aucun, savez-vous ce que j’ai envie de faire ? »

« Aucune idée, mais dites toujours. »

« L’amour. »

« Ffff, un sacré programme. »

C’est à ce moment là que Diego se sentit d’un
coup dans une forme telle que…

« Après tout, pourquoi pas ?
Avec la plus belle femme de l’univers, Ffff. »

Quelques heures plus tard:

« Te sens-tu capable de te lever pour aller dîner
au restaurant ? »

« Là, j’ai été mis à rude épreuve, mais c’est plus
merveilleux qu’un rêve, je n’aurais pas cru cela
possible, laisse-moi dix minutes. »

« Bien sûr, pour moi aussi, cela a été
extraordinaire, et cela prouve que nous sommes
faits pour aller ensemble, tu as raison, cela a été
une sacrée séance que je n’avais pas connue depuis
fort longtemps, tu es vraiment très doué.

Bon, je vais dans la salle de bains, repose-toi encore
un peu, le restaurant n’a pas d’heure. »

« Ah bon, les gens y travaillent jour et nuit ? »

« Je t’expliquerai cela, ainsi que beaucoup d’autres
choses, demain. »

Pendant que la créature de rêve prenait sa
douche, Diego:

« J’ai fait des performances dont je ne me serais
jamais cru capable, et je pense que ce qu’elle m’a faire
boire juste avant, n’y est pas pour rien…

Une sacrée futée, et quand elle veut quelque chose … »

Il ne pensait plus au square ni au dépôt, maintenant, il
était bien loin de tout cela, mais à la pensée de refaire
des séances comme celle qu’il venait de faire durant
plus de neuf mois, il se dit:

« Comment vais-je tenir le coup ?

Il faudra qu’elle fasse preuve de compréhension, qu’elle
ne soit pas trop gourmande, parque autrement, c’est un
mort qu’Underwood va récupérer. »

Autre surprise, il récupéra rapidement et prit une
douche à son tour, puis s’habilla pour le dîner, dans
le restaurant:

« Alors ? Ca va ? »

« Oui, et toi ? »

« Oh, très bien, je suis en pleine forme, et j’ai faim. »

« Moi aussi, l’apéritif spécial que tu m’as fait boire
avant de…

Enfin tu vois, c’est une sorte de remède miracle ? »

Eczira éclata de rire:

« Si tu savais…

Mais ça aussi, je te l’expliquerai demain, encore un
peu de patience mon chéri, on touche au but, en
attendant, bon appétit.

Ah ! Dis-moi, car c’est important, est-ce que
tu m’aimes ? »

« Oui, ma chérie, tu es merveilleuse. »

« Me voilà rassurée, je peux te dire que tous les deux, on
ira loin, très loin. »

Diego pensa: « Pas tant que tu le penses
malheureusement, car je t’aime, mais le T11 attend
son heure. »

Curieusement, il vit un sourire dévastateur sur le
visage d’Eczira.

« Pourquoi souris-tu ? »

« Oh ! C’est à propos d’un projet auquel je pense et
dans lequel tu pourras fortement m’aider. »

« Ah, peut-on savoir ? »

« Demain, chaque chose en son temps, et du
temps, crois-moi, nous en avons. »

« Encore une énigme, attendons demain. »

Après une nuit normale et réparatrice, et un
excellent petit déjeuner, Eczira:

« Allons dans le salon, la période promise des
confidences est enfin arrivée, je vais te
demander de me parler de ton passé, c’est-à-dire
toute la période avant ta venue sur Toufk, les
voyages dimensionnels, j’ai connu, il y a
longtemps, et je t’en parlerai après, mais là, tu
vois que tu peux tout me dire, alors je t’écoute. »

Diego lui donna un maximum de détails, y compris
l’histoire du procès, pour terminer par:

« C’est ainsi que j’ai été amené à devenir le
cobaye pour le T11 du Professeur Underwood, qui
m’a amené ici, mais pour un an seulement, je dois
repartir dans un peu plus de neuf mois. »

Eczira: « Alors mes confidences seront plus longues
que les tiennes, il faudra un certain nombre de
jours, mais revenons à ce que tu m’as dit, pour ton
départ dans neuf mois, ne te fais pas de
soucis, d’après ce que j’ai compris, sur Terre, vous
êtes des débutants dans le dimensionnel, c’est un
premier voyage, dans une salle que tu n’as pas
encore vue, je dispose de trois T11 plus élaborés
que ceux de ton Professeur, qui néanmoins mérite
des félicitations, c’est un génie pour sa
planète, mais je crois que tu en es un autre, et tout
de ce que vais t’apprendre, tu le comprendras
facilement, finalement, ton procès injuste t’a
rendu service, et c’est un bonheur pour moi.

Je te laisserai faire ton retour, et j’irai te
récupérer, mes T11 peuvent retracer les
déplacements pendant des durées variables de
deux à 48 heures, mais ils peuvent également
enregistrer un déplacement qui vient de se
faire, c’est une première chose.

Tu allais passer un Doctorat de sciences ?
Toujours premier de classe ?

Cela va faciliter bien des choses, ta période
de prison est aussi intéressante, des poids, du
combat, c’est toujours très utile, décidément, cela
confirme que tu es bien supérieur aux gens
d’ici, je vais pouvoir faire quelque chose de toi. »

Et elle se mit à rire.

« Maintenant, à mon tour de te raconter mon
histoire, qui est d’autant plus vérifiable qu’elle
est intégralement consignée dans mes
positroniques, je suis née loin d’ici, sur une
planète appelée Tarz qui se trouve à des millions
d’années/lumière, il y a un peu plus de
10.000 ans, 10.484 exactement.

De famille royale, j’ai régné durant près de
4500 ans sur le système d’où je suis issue, la
découverte d’une plante sur une planète voisine
de Tarz a fait l’objet d’un extrait par une
personne envers laquelle j’aurai une reconnaissance
éternelle, cet extrait m’a rendue immortelle, et j’en
ai ici-même, tu pourras en profiter, immortelle, mais
pas invulnérable, je peux mourir par des armes ou
par des chutes trop importantes, cet extrait joue
le rôle d’un activateur cellulaire, en prendre une
seule fois suffit.

Mes Parents aussi, avaient bénéficié de
l’extrait, seule notre famille et la savante qui l’a
produit le connaissaient, mais mes parents ont été
assassinés, il y a près de 8000 ans, ils ont régné
durant 2000 ans.

Notre monde était très avancé dans le spatial, et on
pouvait facilement se déplacer d’une galaxie à une
autre, mais ma famille avait un autre secret, les
voyages spatiotemporels, ou dimensionnels, tu
auras l’occasion de t’instruire en compulsant mon
histoire sur une positronique, notre monde se porta
bien et vécut en paix durant des milliers
d’années, mais un jour, naquit un certain Ternam, il
fit de brillantes études et devint un militaire de haut
rang, à tel point qu’il finit par avoir toutes les armées
sous son contrôle, c’était un malin qui savait
masquer ses émotions, à cette époque, j’avais un
tempérament d’exploratrice, régner et être
toujours dans l’espace, voguer d’un système à
un autre, ça n’allait pas ensemble, et cela me
coûta cher, Ternam voulait régner sur les
systèmes de Tarz, autrement dit prendre ma
place, il est mort depuis longtemps, les tarziens
vivaient environ trois siècles, et j’étais la seule
immortelle, la savante qui avait découvert ce
produit n’a pas voulu se l’administrer, l’immortalité
ne l’intéressait pas, un jour, alors que je rentrai
d’un système voisin, Ternam avait réuni son armée
et m’a fait arrêter, même la garde royale était sous
ses ordres, notre constitution interdisait
l’assassinat d’une Reine , il aurait pu passer
outre, mais il ne l’a pas fait, il a préféré me faire
exiler sur cette planète, Toufk, qui n’était habitée
que par des gens peu avancés, qui ignoraient tout
des sciences et des techniques, il y a de
cela 3996 ans.

Je m’étais fait surprendre, mais restant sur le
souvenir de  mes parents assassinés, j’avais pris
des précautions en cas d’exil, de placer dans un
androïde, qui existe toujours et que tu verras, un
certain nombre de choses, et notamment l’extrait
d’immortalité, que je peux fabriquer à volonté, ainsi
que beaucoup d’autres choses, j’ai demandé à
Ternam de me laisser l’androïde, il se mit à rire, mais
accepta, après tout, pour lui, me laisser sur une
planète de primitifs avec un androïde, fort loin de
Tarz, ignorant totalement que j’étais immortelle, et
ce dont l’androïde était capable, il me dit avant
de partir:

« Que sa Majesté s’amuse bien avec son joujou, je
me vois obligé de prendre congé car de grosses
responsabilités m’attendent ailleurs. »

Voilà mon départ sur Toufk, les primitifs ne me
gênaient pas, ils étaient beaucoup moins nombreux
que les gens maintenant, je ne voyais personne
pendant des années, ma première préoccupation
fût d’utiliser mes connaissances, ainsi que les
éléments cachés dans mon androïde, puis je lui
donnai pour instruction d’en fabriquer
d’autres, identiques, je finis par obtenir une petite
armée d’androïdes à qui je donnai ordre de
construire des bâtiments, celui dans lequel nous
sommes en est un, j’en ai deux autres, un à la
périphérie de la ville, et un autre à environ 50
kilomètres, cela ne se fit pas tout seul et prit des
années, mais au bout d’un siècle, j’avais des
bâtiments tout confort, pas encore aussi complets
que maintenant, mais bien élaborés tout de
même, avec 300 androïdes, on avance.

Plus tard, disposant de plans et de programmes
pour fabriquer d’autres choses, dont les
équivalents de ton T11, je fis créer d’autres
Androïdes et je finis par en avoir
3000, extérieurement, on ne peut les différencier
des humains, ils ne mangent pas, ils ne dorment
pas, ils ne font pas l’amour, mais si les humains ne
savent pas qu’il s’agit d’androïdes, qui parlent
comme toi et moi…

Eux aussi sont immortels, et n’ont besoin que de
pièces de rechange, et c’est peu fréquent, au cours
des siècles qui suivirent, je fis améliorer mes
aménagements, jusqu’à les rendre pratiquement
comme ceux que tu connais et ceux que tu vas
connaître, puis je commençais à m’occuper des
primitifs, ils vivaient assez loin les uns des autres, en
tribus, certaines étaient composées de gens peu
vindicatifs, ce qui facilita ma tâche, enseignement
hypnotique de ma langue, puis instruction jusqu’à
un certain point, un dieu ou une déesse pour
certaines, un grand chef pour d’autres, je réussis à
les regrouper par ici, en vue de fonder Zeppak, pour
les tribus vindicatives, ce fût moins facile et prit plus
de temps, il fallait commencer par une
démonstration de force, se faire craindre et
respecter, avant de recourir aux processus
classiques, et je parvins au bout de mes peines il
y a bientôt 2000 ans, en fondant Zeppak.

Voilà la base de l’histoire, le reste fut facile, avec
mes 3000 androïdes aux postes clé, je dirige la
planète, ou plus exactement Sanara en un premier
temps, puis Ingara ensuite, je maintiens les
populations au même niveau que l’actuel, pas
d’espace, juste un minimum de technologie pour un
certain confort, des centres de charité pour les
démunis, du travail pour d’autres, des transports
terrestres et maritimes pour le commerce et
autres, pour en revenir aux questions que tu te
posais, je crois que maintenant, tu as déjà pas
mal de réponses, le restaurant jour et nuit ?

Androïdes, mon sourire à un certain moment ?

Non, je ne suis pas télépathe, mais je sais bien lire
les expressions du visage, voilà, le reste, tu le
découvriras sur mes positroniques ou plus
exactement ’’nos positroniques’’, d’autres
questions ? »

« Pas pour le moment, là, tu me prends de
court, mais tu as une sacrée histoire, qui serait
susceptible de me filer des complexes, je ne
t’arrive même pas à la cheville. »

« Tu n’as pas de complexes à avoir, mon chéri, car
je t’aime, regarde ce que tu as déjà fait en
24 ans, mais c’est extraordinaire, le fait que je sois
née d’une famille royale, dans une civilisation très
avancée, et devenir immortelle, tout ça, c’est un
coup de chance, j’aurais tout aussi bien pu naître
dans une famille modeste, être morte depuis
longtemps, et alors ?

Rien à voir avec le mérite.»

« Non, je ne crois pas que ce soit un coup de
chance, et la notion de mérite est aussi fictive que
le reste, mais il y a des destins, et ça, j’y crois. »

« Ah bon, tu crois que tout est fictif ? »

« Non, pas tout, mais un certain nombre de choses
auxquelles les humains attribuent de la valeur. »

« D’accord, là, c’est autre chose. »

« Ah, une question, dans ta société, il y a un
Président, puis des Ministres, et d’autres gens
importants, alors tu les manipules tous ? »

« Oh ! Tu veux parler d’Arkinn le Président, et de
Zorrad, Eznem, Karez, Soraniz, Gorkann, et d’autres ?

Même réponse, androïdes, il n’y a jamais
d’élections ici, je change les noms et ils modifient
leur aspect tous les 20 ans pour que cela ne
paraisse pas suspect, et le tour est joué. »
     
« D’accord, il va falloir que je m’habitue à ce
système, qui n’est ni meilleur ni pire qu’un autre. »

« Absolument, l’égalité et la justice parfaite ne sont
pas de ce monde, une société est-ce qu’elle est, il
faut faire avec, maintenant, s’il y a lieu de prévoir
des améliorations, je ne suis pas contre, par la
suite, tu vas devenir le Co-gouverneur de cette
planète, tu régneras avec moi,  et tu pourras te
promener en ville, même les Kirz et Metallos te
craindront, car tu auras une escorte.

Je sais qu’avec tes pratiques de combat tu pourrais
les vaincre, mais je ne veux pas qu’il y ait de
risques, et la plus part du temps, pour ne pas dire
tout le temps, je serai avec toi. »

« Ca me revient, tu avais parlé d’un certain projet. »

« Attends, ah oui, cela peut faire partie des
améliorations, mais il y a un problème, je
souhaiterais que les irganiens soient aussi bien
considérés que les zeppkiens, sur les deux
continents, et j’avais pensé un moment que toi, avec
ton type irganien, tu pouvais arranger les
choses, mais à part mes androïdes, personne ne sait
que je gouverne cette planète, et il n’est pas
souhaitable, pour plusieurs raisons, que les gens le
sachent, pas plus qu’ils sauront que tu en es
le Co-gouverneur, alors je ne vois pas comment
résoudre ce problème. »

« Serait-il possible de créer un rayon hypnotique
applicable uniquement aux zeppkiens visant à les
faire revenir à de meilleurs sentiments, et
éventuellement à leur faire oublier le temps
de conquête ? »

« Et fabriquer des objets volants qui le distribueraient ?
J’ai des androïdes spécialisés dans un bureau
d’études ici même, leur faire étudier la physiologie
des zeppkiens, noter les éventuelles différences
avec les irganiens  pour que le rayon n’ait d’effet
que sur les premiers ?

Ils doivent pouvoir le faire, je vais leur donner cette
mission, bien joué, chéri. »

« Ca permettrait également à la police de faire
moins de discernement. »

« Tout à fait, deux améliorations possibles, tu
vois que j’ai besoin de toi.

L’heure du déjeuner approche, préparons nous pour
le restaurant, cet après-midi, que dirais-tu de faire
de la salle de sport, voire de la piscine?

J’en ferai avec toi. »

« Alors là, oui, tout de suite. »

Au restaurant:

« C’est toujours aussi bon, tout est parfait, je pense
encore à une chose, si nous sortons en ville, même
avec escorte, peut-être qu’il faudra que je fasse
comme toi, me munir d’une capuche ? »

« Oui, ce sera préférable, encore que sortir en ville soit
d’un intérêt relatif, je, ou plutôt nous, pouvons tout
observer de nos écrans et de nos positroniques, j’ai
des caméras invisibles dissimulées partout, je t’ai vu
apparaître dans le square quand tu es arrivé, en
différé, car je n’étais pas sur cette zone à ce
moment là, mais peu importe, dans la ville, on peut
tout voir, ainsi que sur tout le continent, sur l’autre
non, mais il est réglé par 500 de mes
androïdes, alors sortir… »

« Oui, Taco aurait été sûrement plus agréable. »

« Mais aurait posé d’autres problèmes, tu n’as pas
encore le traitement d’immortalité, mais je vais te
l’administrer tout à l’heure, construire des bâtiments
à Taco est facile, histoire de quelques mois, mais
n’oublies pas que la fait d’être immortel n’a pas que
des avantages, vivre avec des mortels qui te voient
ne pas vieillir, cela peut faire désordre, de plus, si
toi, bien que grand, tu puisses passer inaperçu
là-bas, ce ne sera pas mon cas. »

« Tu as raison, chérie, n’y pensons plus. » 
Et en lui-même:

« Oui, avec le corps et le visage qu’elle a, ce serait
l’affolement, elle créerait une panique générale. »


-----***-----
 
 
_________________
Cicéron c'est Poincaré.

Bébert


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MessagePosté le: Dim 1 Oct - 12:34 (2017)    Sujet du message: Publicité

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