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l044

 
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Kr
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MessagePosté le: Dim 1 Oct - 14:02 (2017)    Sujet du message: l044 Répondre en citant

An 2040, La Terre existe toujours, l’humanité aussi, mais elle
ne s’arrange pas.

Certaines matières premières, difficiles à
reproduire, commencent à faire défaut, les ersatz ne manquent
pas, mais ne sauraient pallier à tout, sur les 9 milliards
d’habitants, la moitié se nourrit mal, et le tiers est sans
domicile fixe.

La Chine, devenue première puissance mondiale dans tous
les domaines hors des techniques, qui sont l’apanage des
russes qui leur sont associés, règne d’une manière tyrannique
sur toute la planète, la Russie, libérée depuis longtemps des
sanctions économiques, occupe la deuxième place, devant
les USA et l’Inde.

L’Europe ? Elle n’a jamais vraiment existé, constituée de
guingois par des financiers, avec 28 pays dont la plus part
n’avaient rien en commun, le brexit, puis le frexit, ont mis un
point final à la fameuse Commission de Bruxelles.

En Amérique du sud la pauvreté s’accentue encore plus
qu’ailleurs, et dans la plus part des pays africains, c’est la
« Loi de la Jungle » qui est prise en considération.

Enfin, au Moyen Orient, les conflits se poursuivent de plus
belle, champ de bataille planétaire dont l’intérêt n’est pas
perdu pour tout le monde.    

Nous sommes déjà loin des trente glorieuses et de la fin
du siècle dernier, période pendant laquelle la vie pouvait
être, pour nombre de gens, regardée comme la « dolce vita »
par rapport à celle actuelle, qui n’a plus grand-chose
d’humain, et dans laquelle la quasi-totalité des personnes
est contrôlée et policée.

Le présent et l’avenir du péquin lambda diminuent en
raison d‘être et en intérêt, le nombre de suicides
augmente constamment.  

La retraite peut s’acquérir à l’âge de 75 ans, pour celles et
ceux qui ont la chance relative d’avoir un travail mal rétribué
dans la majorité des cas, le chômage à l’échelle planétaire
atteint 30%.

Des progrès technologiques et médicaux non négligeables
existent, mais au bénéfice de certains privilégiés, généralement
des chinois et des russes qui peuvent vivre durant 150 ans.

Les voyages dans l’espace ne font pas partie des
projets, trop coûteux et estimés fort peu utiles.

Quelque part en Serbie, au bord du Danube, près de
Belgrade, dans un lieu calme et désert, trois pêcheurs
viennent de se grouper.

Est-ce un hasard ?

Des voisins ou amis du coin qui se connaissent depuis
longtemps ?

Non, pas plus qu’ils sont de vrais pêcheurs, il s’agit de
trois hommes qui veulent vivre hors du circuit, un
savant, un bricoleur de génie, et un compétiteur hors
normes, c’est le plus âgé des trois qui prend la parole:

« Bonjour Messieurs, alors ?

Avez-vous pris le temps de réfléchir à mon projet ? »

C’est un certain  Radovan Salkanovic, 46 ans, serbe, qui
Enseigne dans des domaines scientifiques à Belgrade
qui vient de parler.

« Oui, pour moi, c’est bon, je suis partant. »

Telle est la réponse de Yakov Masiak, un russe de 38
ans, particulièrement doué dans les domaines techniques
et manuels.

Radovan: « Et vous, Werner ? »

« Oui, moi aussi, bien que je n’ai pas le bon rôle, je serai
au moins utile à quelque chose, un sacré projet qui va
demander pas mal de préparation. »

Yakov: « Pas le bon rôle, c’est vous qui le
dites, Werner, vous serez plus qu’utile, j’envie un peu vos
possibilités, ancien champion de boxe, Maître dans les
arts martiaux, carrure impressionnante, et c’est peut-être
grâce à vous que notre vie va s’améliorer.

En plus, vous allez découvrir des nouveaux mondes, si
j’avais vos capacités, croyez-moi, je ne me plaindrais pas. »

Werner: « Vous en avez d’autres que moi aussi, j’aimerais
posséder. »

Radovan: « Doucement Yakov, vous allez vite en
besogne, pour le moment, rien n’est fait. »

Werner Olgart, 36 ans, allemand, mesurant près de deux
mètres et taillé en colosse, avait d’abord entrepris de
poursuivre des études scientifiques, mais ses succès
dans les combats de boxe l’ont orienté vers une autre voie.

Un serbe, un russe, et un allemand, comment peuvent-ils
se connaître et se rencontrer sans éveiller l’attention ?

Il se sont trouvés tout à fait par hasard et au même
moment un an plus tôt dans un hôtel de Kopaonik, car tous
trois aiment faire du ski, et dans cette station
serbe, pratiquement exempte de tout contrôle pour des
touristes non dotés d’appareils permettant de les
situer, connue comme telle par certains aventuriers et
autres marginaux, Werner en avait entendu parler par
un ami serbe à Munich, devenu riche et un peu
oublié, il y vient régulièrement lorsqu’il décide de
se détendre.

Seulement pour le ski ?

Non, une autre raison intervient, le système, il en est
saturé, il recherche autre chose, mais quoi ?

Yakov, de Moscou, n’a pas fait de brillantes études, mais
c’est un manuel de talent, pratiquement capable de tout
faire, et doté d’un sens commercial aigu, il s’est, lui
aussi, enrichi après avoir vendu, pendant plus de dix
ans, des appareils plus ou moins sophistiqués, puis un
jour, son tempérament d’aventurier l’amena à cesser
son activité lucrative, il voyagea dans plusieurs pays
européens, et notamment en Serbie, et c’est là qu’il
entendit parler de Kopaonik.

Radovan connaissait la station située à 620 kilomètres
de Belgrade depuis son enfance, après avoir suivi des
études scientifiques et passé un Doctorat aux USA, il
décida de revenir chez lui, en Serbie, à Belgrade, sa
ville natale dans laquelle il enseigne, mais il ne fait
pas que cela.

Ayant hérité d’un terrain situé à quelques kilomètres
de Kopaonik, accidenté et sans intérêt pour
personne, mais en bordure duquel il y a une grande
chute d’eau, il décida d’en faire le tour dès son retour
des USA, il y a une bonne vingtaine d’année
Costaud et casse-cou durant sa jeunesse, il découvrit
une vaste grotte masquée par la chute, qu’il s’est
appropriée, et qu’il aménage progressivement
depuis longtemps.       

Il reprit la parole:

« Bon, mettons les choses au point, vous
Yakov, êtes-vous réellement capable de me fabriquer
un « Transtron » ?

Si oui, en combien de temps ?»

« D’après ce que vous nous avez dit l’année dernière
à Kopaonik, si vous disposez de ce qu’il faut, disons
un an. »

« Pas mal, et vous, Werner, prêt pour l’aventure ? »

« Oui, je suis prêt, vous savez que j’ai fait des études
scientifiques, certes incomplètes et loin de votre
niveau, mais je les ai reprises chez moi durant ces
deux dernières années, cela pourrait être utile.

Par ailleurs, j’ai continué les arts martiaux. »

Radovan: « Excellent, alors ne restons pas ici, car dans
moins d’une heure il y aura de la circulation, et nous
ne devons pas être vus ensemble, rendez-vous dans
trois jours où vous savez, à Kopaonik, nous y resterons
une petite semaine. »

Werner: « J’y serai. »

Yakov: « Moi aussi, mais une question, où en
êtes-vous dans l’emménagement de votre grotte ? »

Radovan: « Bonne question, je ne suis pas aussi bon
bricoleur que vous, mais avec le recul des années, j’ai
pas mal avancé, elle a le courant, l’eau, des frigos et
des congelos pleins, des matelas, un système de
chauffage puissant que l’on pourra actionner lorsque
la fermeture sera faite, et là aussi, je compte sur vous. »

Yakov: « Et le matos pour le Transtron ? »

« Vous vérifierez par vous-même, mais je crois avoir pris
tout le nécessaire. »

Werner:« Bon, alors à dans trois jours. »

Chacun quitta les lieux en partant de son côté, Radovan
connu à Belgrade, n’était pas particulièrement surveillé.

Pour Yakov, il avait bien été repéré dans divers pays, mais
considéré comme marginal, les autorités ne s’en
occupaient plus.

Même cas pour Werner, ancien champion de boxe devenu
riche et ne gênant personne, il était considéré comme
un has been, sans intérêt.

Trois jours plus tard, à l’hôtel Milmari, vers midi, Radovan:

« Bon, on peut s’installer ici pour déjeuner, personne ne
nous dérangera. »

Yakov: « Oui, on va pouvoir se prendre un apéro, une
semaine ici, ce sera plutôt agréable, mais nos noms sont
enregistrés et vont devenir connus, avons-nous
des risques ? »

Radovan: « Je ne pense pas, et pour plusieurs raisons:

- J’ai souvent été enregistré ici.

- Vous aussi l’année dernière et cette fois-ci .

- Les autorités concluront que nous aimons faire du ski.

- De plus, faire un rapport entre un champion de boxe, un
commercial en gadgets et un enseignant, avec des
nationalités différentes…

C’est lorsque nous aurons quittés l’hôtel qu’ils
commenceront à penser à nous, et notre point vulnérable
sera l’alimentation, mais j’ai tout ce dont nous aurons
besoin pour plusieurs mois, vous verrez, car nous irons à
la grotte demain, par la suite, c’est vous, Yakov, qui devrez
aller à Raska, à dix kilomètres, y louer un appartement
que bien sûr, vous n’occuperez pas, j’y connais quelques
marginaux qui, moyennant finances, nous
approvisionneront discrètement, sans pour autant connaître
l’emplacement de la grotte, je vous conseille de louer
un 4/4 et de payer en cash.    
 
Enfin, pendant les six mois qui viennent, je continuerai à
enseigner à Belgrade, car après, c’est surtout moi qu’ils
risquent de rechercher, cela nous fera gagner du
temps, vous parlez serbe, et passez totalement
inaperçu, tandis que Werner, avec son gabarit, serait
repérable de suite. »

Werner: « Oui, mais si vous n’êtes pas là, comment va
faire Yakov pour construire le Transtron ? »

« J’ai fait des plans, avec toutes les indications
nécessaires, et puis je pourrai venir durant les week-ends. »

Yakov: « D’accord, mais cela ne résoudra pas grand-chose
lorsque les autorités s’apercevront que vous ne résidez
plus à Belgrade, et abandonner l’enseignement sans
explications, cela paraîtra suspect. »

« C’est sûr, mais à ce moment là, dans sept ou huit
mois, nous aurons bien avancé, et cette grotte n’est pas
repérable, ils pourront me chercher longtemps, je pourrai
entretemps rapporter tout ce qui sera nécessaire pour
fermer la grotte et achever le Transtron, mais nous
verrons cela plus en détail demain, ah ! Quelqu’un vient. »

Un serveur leur demanda ce qu’ils voulaient, ils
attendirent les apéritifs et lorsqu’ils furent à nouveau
seuls, Yakov:

« Vous dites que votre grotte n’est pas repérable, donc
son accès doit être difficile, comment… »

« Comment j’ai  fait pour l’aménager ?

Avec des appareils dont certains font leur poids ?

Vous le verrez par vous-même demain, je suis venu avec
mon 4/4, mon terrain présente une particularité que j’ai
découverte ultérieurement, on peut directement accéder
à la grotte, même avec un 4/4, moyennant un petit travail
de déblaiement et de remblaiement assez
pénibles, surtout l’hiver, mais pensons plutôt à notre
déjeuner, cet après-midi, nous pourrons faire du ski. »

Werner: « D’accord, Radovan, je suppose qu’un travail
pénible pour un homme seul le sera beaucoup
moins à trois ? »

« Tout à fait, Werner, j’y passais deux bonnes
heures, là, surtout avec vous, cela deviendra une simple
formalité, à la vôtre ! »

Le lendemain après-midi, les trois hommes étaient dans
la fameuse grotte, et Yakov:

« Ffff ! Chapeau, elle est vaste, et déjà bien aménagée, mais
après avoir dégagé l’accès puis l’avoir masqué à nouveau, je
crois qu’une bonne nuit à l’hôtel ne sera pas du luxe, une
question cependant, Radovan:

- Pourquoi devrais-je louer un appartement à Raska ? »

« Vous savez poser les bonnes questions, c’est une affaire de
double sécurité, d’abord, personne n’aura l’idée de
soupçonner qu’un russe, doté d’un bon compte en
banque, soit venu s’installer en Serbie, surtout s’il est
réputé pour aimer faire du ski, car vous êtes loin
d’être le seul.

D’autre part, mes marginaux vivent à Raska, c’est avec
leur aide que vous pourrez nous alimenter et éventuellement
acquérir du matériel. »

« Oui, ça, négocier, je sais faire, mais cette grosse quantité
d’éboulis là bas, c’est quoi ? »

« Elle sert à masquer l’accès derrière la chute d’eau. »

Werner: « Très bien, mais moi, durant les premiers mois, je
n’aurai pas grand-chose à faire, sinon poursuivre mon
entraînement physique, pourquoi n’irais-je pas, moi
aussi, louer quelque chose à Raska ? »

« D’accord, cela peut s’envisager, mais pour éviter tout
soupçon, une autre ville telle qu’Aleksandrovac
serait préférable. »

« Un boxeur et un commerçant ont le droit de devenir
amis, non ?

En quoi cela pourrait-il gêner les autorités ? »

« Les notions de Droit, de nos jours, sont dépassées depuis
longtemps, et les autorités sont de plus en plus
paranos, même les locales sous la pression des chinois et
des russes, rien que le fait de voir arriver des gens d’une
autre nationalité, même s’ils peuvent vous surveiller de
temps à autre, leur paraîtra suspect, le ski sera un bon
prétexte, mais évitez d’être trop souvent vus ensemble
hors des stations. »

Werner: « Vous avez raison, je vois que vous n’avez pas
de positronique. »

Radovan: « C’est voulu, je dispose, bien sûr, des
connaissances nécessaires pour pirater, et me rendre
théoriquement indétectable, chose que je pratiquais chez
moi, à Belgrade, mais les russes progressent sans cesse
dans les détections, au point  de pouvoir situer un
signal, même s’il ne peuvent le traduire, un certain 
Matveiev a fait cette découverte l’année dernière, c’est
à ce moment là que j’ai cessé de pirater. »

Yakov: « Oui, mais alors pour le Transtron ? »

« Rien à voir, cette future porte dimensionnelle ne sera
pas détectable.

Par ailleurs, comme vous pouvez le voir là bas, j’ai conçu 
un système de production électrique puissant et
indiscernable. »

Werner: « Justement, vous me donnez l’impression d’être
un génie, comment avez-vous pu acquérir toutes ces
connaissances dont certaines dépassent le stade actuel ? »

« Vous me permettrez de garder ce secret un temps
encore, n’oubliez pas que je dispose d’un Doctorat en
sciences, et sachez qu’avant la découverte de
Matveiev, durant près de 20 ans, j’ai piraté pour acquérir
tout ce dont jai besoin.

Bon, rien ne nous interdit de boire un coup.»

Yakov: « Alors vodka pour moi. »

Werner: « Un whisky, si vous avez. »

Radovan: « Et comment ! Du 13, du 18 ans d’âge, et même
du Bourbon. »

Yakov: « Ffff ! C’est vrai qu’avec une demie douzaine de
gros congelos et autant de frigos, il doit y avoir du monde
là dedans, mais deux choses encore: 

- Comment avez-vous fait pour acquérir tout ce matos
sans vous faire repérer ?

- Les plans du Transtron, quand pourrais-je les voir ? »

« Vous semblez avoir oublié les marginaux, pour les
plans, après demain, lorsque nous reviendrons dans
l’après-midi, demain et après demain matin nous ferons
du ski, afin que d’autres gens ne se posent pas de
questions. »

Werner: « Je vois que tout est bien rodé, alors à la nôtre ! »

Yakov: « A la nôtre, ça caille ici, il faudra penser au
chauffage. »

Radovan: « Vous, un russe ! Avoir froid ? Pas possible. »

Et tous trois de rire.

Plusieurs jours passèrent, les trois hommes avaient
quitté l’hôtel et Radovan:

« Je dois vous quitter maintenant, car je reprends les cours
après-demain, mais au week-end, je serai là.

Vous avez regardé les plans, Yakov, qu’en pensez-vous ? »

« Ils sont bien conçus, tout me semble clair, pour le
matos, il semblerait que vous avez tout prévu, je vais
pouvoir attaquer. »

Werner: « Et je vais peut-être pouvoir l’aider ? »

« A vous de voir, à Samedi, on pourra alors faire un
premier point. »

La semaine s’écoula sans histoire, et le samedi matin vers 10
heures, Radovan:

« Bonjour Messieurs, alors ? Comment ça se passe ? »

Werner: « Pour moi, tout est clean, j’essaie d’aider Yakov. »

Yakov: « Pour moi aussi, dès votre départ, nous avons
comblé l’accès et actionné le chauffage, votre appareil est
vraiment puissant, l’immense espace de la grotte est
maintenant à 19 degrés, et … »

Radovan: « Très bien, moi aussi, j’ai fermé l’accès, mais
deux heures de boulot après une nuit à conduire, je suis
fatigué et vais prendre une douche, puis trois ou quatre
heures de repos, nous reparlerons plus tard. »

Dans l’après-midi, après avoir déjeuné, Radovan:

« Je vois que vous avancez, Yakov, voyons cela de plus près. »

« Oui, je peux vous dire que Werner est loin d’être un
manchot, et il apprend vite. »

Quelques minutes plus tard:

« Là Yakov, vous avez oublié un montage, celui de la pièce
b2k, voyez ici même, sur le plan. »

« Tout à fait, toutes mes excuses, je vais pallier à cet oubli. »

Werner: « Zut ! Ca aussi, j’aurais dû le voir, car je sais lire
les plans. »
 
« Très bien, n’allez pas trop vite, le temps ne nous manque
pas, en une première période, je viendrai tous les
week-ends, puis par la suite, un week-end sur deux, s’il
vous manque la moindre chose, n’hésitez pas à m’en parler. »

Yakov: « Nous le ferons, ici, on est très bien installés, et
vos stocks d’aliments, ce n’est pas n’importe quoi, comme
vous l’avez vu, c’est moi qui fais la cuisine, et j’ai du palais. »

« Effectivement, mon déjeuner était excellent, j’ai idée que
nous formons une sacrée équipe. »

Plusieurs mois passèrent, pendant que Yakov donnait le
change à Raska, et Werner à Aleksandrovac, Radovan
continua d’enseigner à Belgrade jusqu’à la fin Juin, il était
temps pour lui de faire le saut, les autorités ne
s’inquiéteraient pas de son absence avant Septembre ou
Octobre, le Transtron était presque fini, peut-être
fonctionnerait-il déjà à ce moment là.

Radovan savait déjà que plus rien ne manquait à la
constitution de la porte dimensionnelle, il avait rapporté
trois petits compléments de matériel à la demande de
Yakov, le samedi 7 Juillet 2040, à 9 heures du matin, il
quitta son domicile sans se retourner et prit son
4/4, direction Kopaonik qu’il atteindrait, sans se presser, en
fin d’après-midi, l’accès de son terrain à la grotte avait été
amélioré par ses deux assistants, les deux heures d’un
travail laborieux se réduisaient maintenant à un petit quart
d’heure, il arriverait à l’heure de l’apéritif et du dîner.

Le parcours se passa sans incident, et une fois sur les
lieux, Werner:

« Ah, voilà notre chef, alors ? Tout s’est bien passé ? »

« Sans problème, je viens vous tenir compagnie. »

Yakov: « Eh bien, on va fêter ça, un petit apéro ? »

« Après ce long parcours, pas de refus.

On attendra demain pour la mise au point. »

Deux mois plus tard, vers la mi Septembre, Jakov:

« Ca y est, chef, tout est monté, nous avons procédé, en
votre compagnie, à toutes les vérifications d’usage, il
devrait fonctionner. »

« Bien, alors ne nous précipitons pas, on va
effectivement le mettre en marche, mais je vais procéder
à un dernier check, restez là tous les deux, je vais vous
expliquer, action ! »

Yakov appuya sur un bouton, et Radovan:

« Vous voyez ce cadran là, que constatez-vous ? »

Werner: « Il y a des points de différentes couleurs, mais
j’ignore ce qu’ils signifient. »

« Vous connaissez notre objectif, il s’agit de vous envoyer
dans un monde plus évolué que le nôtre afin d’en tirer des
connaissances utiles, nous avons déjà procédé à des
simulations visant à étudier et à adopter les meilleurs
comportements possibles dans un tel cas, ce que vous
pouvez dire, ce que vous ne devez pas dire, et ainsi de
suite, je pense que vous êtes rodé maintenant. »

Werner: « Théoriquement, mais je peux avoir des surprises. »

« C’est probable, mais vous saurez vous adapter, alors
d’après ce que je crois savoir, les points jaunes, oranges
et rouges sont à éviter, il s’agit de mondes inhabitables, les
verts, les bleus et les violets doivent comporter des
intelligences, humaines ? C’est une autre question.

Les gris, probablement des mondes artificiels, composés
de robots et/ou d’androïdes, à ne pas aborder, du moins en
un premier temps.

Pour moi, les verts sont moins avancés que nous, ou tout
au plus au même stade, les violets sont peut-être trop
avancés pour un premier essai, on va donc choisir un point
bleu pour commencer. »

Yakov: « Ffff ! Comment savez-vous tout cela ? »

« Attention, il ne s’agit pas d’un savoir établi, mais d’une
hypothèse, que Werner vérifiera. »

Werner: « Vous êtes bien gentil, mais cela risque d’être
chaud, deux questions:

- Est-ce que le Transtron transfère aussi la matière, car
arriver quelque part à poil, ça ferait désordre.

- Je pars quand, et pour combien de temps ? »

Radovan: « Je n’ai pas encore de réponse à votre première
question, c’est votre départ qui nous la donnera.

Vous partirez dans 15 jours, pour un an, si comme
prévu, vous rencontrez de véritables intelligences, évitez
de leur parler de votre temps de retour. »

Werner: « Oui, ça, j’y ai pensé, départ dans 15 jours ?
Ca va vite arriver.

Les autorités ne vont pas tarder à vous rechercher. »

« Je le sais, mais aucune crainte, ils ne nous trouveront jamais. »   

Quinze jours plus tard, un matin:

« Prêt Werner ? »

« Prêt chef, allons-y avant que je change d’avis. »

Radovan appuya sur un bouton, et Werner disparut.

Au même moment, à Moscou, dans une section des services
secrets:

« Ici M6msc, j’écoute. »

« Ici B7bgd, nous vous signalons la disparition inexplicable
d’un certain Radovan Salkanovic, serbe, 47 ans, Professeur
de sciences à Belgrade, ses coordonnées sont ….. »

« Disparu depuis quand ? »

« D’après nos sources, depuis Juillet.

Dans un cas courant, vous auriez été informés plus tôt, mais
il s’agit d’un enseignant, ces gens ont généralement deux
mois de vacances, ce qui explique les réactions tardives. »

« Je vois, on vous rappelle. »

Quelques minutes plus tard.

« Ici M6msc, j’appelle P5pkn. »

« P5pkn vous entend, que voulez-vous ? »
 
Le russe transmit au chinois l’histoire de Radovan, en ajoutant:

« D’après une enquête approfondie modèle tk28, ce
Radovan Salkanovic aurait poursuivi des études scientifiques
aux USA, et serait titulaire d’un Doctorat. »

« Nous vous rappelons, M6msc. »

Un peu plus tard:

« M6msc, ici P5pkn, avons évalué le cas de Radovan
Salkanovic, individu estimé potentiellement
dangereux, donnez l’ordre à l’autorité locale, B7bgd
d’exécuter la procédure numéro 5, et communiquez nous
les résultats. »

La procédure numéro cinq consistait à rechercher par tous
les moyens et à arrêter un individu regardé comme
dangereux, voire à l’exécuter en cas de confirmation.

L’incriminé en question, dans sa grotte, avait un
large sourire:

« C’est super, Yakov, le Transtron n’a rien laissé, vous savez
ce que ça signifie ? »

« Bien sûr, si Werner est dans un monde avancé, il peut
nous rapporter des choses intéressantes. »

L’intéressé était tombé au milieu d’un champ, Il y faisait
jour, et plutôt frais, en regardant autour de lui, il finit par
apercevoir des sortes de maisons.

« On dirait qu’elles sont en pierre, à deux ou trois
kilomètres d’ici.

J’ai un thermomètre dans la poche, voyons combien il affiche…

13 degrés, ce n’est pas chaud mais je suis suffisamment
habillé, dirigeons nous vers ces habitations. »

Une demie heure plus tard, il arrivait sur les lieux.

« Il y a pas mal de monde, ils sont petits, de type
asiatique, mais ils me regardent d’une manière qui ne me
plait pas trop, mauvais signe. »

Effectivement, deux femmes et cinq hommes l’observaient
et parlaient entre eux, puis il s’éloignèrent rapidement
vers le centre du village, Werner pût entendre l’un
d’entre eux:

« Un skarz géant, prévenez tout le monde, on va voir le Chef. »

D’autres têtes apparurent à diverses fenêtres, il vit
également deux femmes ramener trois enfants vers
les maisons.

« Je dois leur rappeler quelqu’un ou quelque chose, skarz ?

Peut-être des ennemis ?

Continuons vers le centre, je ne vais pas tarder à être fixé. »

Et il le fût très rapidement cinq minutes plus tard lorsqu’il
se trouva face à une dizaine d’hommes qui le tenaient en
joue avec des arcs, un onzième non armé l’interpela:

« Tu es venu seul ici ?

Tu es fou et pressé de mourir, car tu as beau être très grand
et probablement fort, devant nos flèches, tu n’as
aucune chance. »

« Je doute qu’il comprenne notre langue, Chef, ces brutes
ne savent que combattre, question tête, ils sont trop limités. »

Un autre homme non armé venait d’intervenir.

Werner: « Je  suis peut-être limité, mais je vous comprends
très bien, et je ne suis pas ce que vous appelez un
skarz, mais un allemand qui vient de très loin, je n’ai
aucune arme, mais regardez mes habits, en avez-vous
vus de semblables chez vos ennemis ? »

Les douze hommes étaient stupéfaits, le Chef fût le premier
à se reprendre:

« Bon, ne tirez pas, mais ligotez-le, nous l’emmenons au
centre, toi, le géant, par quel prodige parles-tu
notre langue ?

C’est vrai que tes habits sont bizarres, que tu n’es pas
armé et qu’un skarz n’aurait jamais l’idée de venir seul
chez nous, enfin tu prétends ne pas en être un, mais
moi, je ne suis pas obligé de te croire sur parole, alors
demain, c’est à Ikreg, notre Mage que tu auras affaire, et
lui, saura si tu dis la vérité.

Emmenez-le vers ma maison, et placez le dans
l’isoloir, là, vous pourrez le détacher »

Lorsqu’il se retrouva, dans une salle froide, dotée d’une
petite ouverture à trois mètres du sol, qui lui permettait
tout juste d’y voir une petite table massive en bois et
une chaise de même nature, il s’assit et se mit à réfléchir.

« Ils auraient pu me tuer, mais j’ai créé un doute dans
l’esprit du Chef.

Me faire interroger par un Mage ?

Pourquoi pas, l‘essentiel sera de lui faire comprendre que
je ne suis pas un ennemi…

L’histoire des points bleus de Radovan ? Pas évident.

En fait de civilisation avancée, je suis plutôt tombé dans le
Moyen Age, ils ne doivent connaître ni l’électricité ni aucune
technologie…

Attendons la suite, mais il va me falloir apprendre
rapidement à qui j’ai affaire, et ce qu’éventuellement je
peux leur apporter, les skarzs sont probablement un peuple
ennemi contre lequel ils se battent, mais…      

C’est vrai que nous parlons la même langue et que nous
nous comprenons parfaitement, ils appellent ça un
prodige, cela voudrait-il dire que les transferts
dimensionnels sont exempts de barrière linguistique ?

Si c’est le cas, je devrais pouvoir comprendre les skarzs
tout aussi bien, si j’ai l’occasion d’en rencontrer, mais je
commence à avoir un petit creux, j’espère qu’ils auront la
bonne idée de me donner à manger. »

Une demie heure plus tard, la lourde porte de la salle
s’ouvrit, une femme entra avec un plateau, contenant un
plat, une boisson, mais pas de couverts.

Werner put voir trois hommes se tenir devant la porte, et
le Chef entra à son tour:

«  Tu vois, on ne t’oublie pas, tu vas pouvoir boire et
manger, et du bon, toute la population connait ta
présence, tu as des partisans, et d’autres qui le sont
moins, visiblement, tu ne te comportes pas comme un
skarz, qui, rien qu’à la vue de la femme qui vient de
t’apporter le plateau, lui aurait sauté dessus, alors quel
est ton nom, et d’où tu viens ? »

« Je croyais que c’est Ikreg qui me poserait cette
question, tu es le Chef de ce village ? »

« En effet, mon nom est Barken, je suis le Chef de ce
village qui s’appelle Kordt. »

« Moi, c’est Werner Olgart, dans ma région qui s’appelle
l’Allemagne j’étais un scientifique, mais j’ai eu le malheur
de faire une découverte qui n’a pas plu à tout le monde, et
surtout pas à des gens importants qui m’ont fait mettre
en prison, dont j’ai pu m’échapper grâce à la complicité
d’un codétenu qui connaissait bien les lieux, mais, et paix
à son âme, il a été abattu alors que j’ai eu de la chance, ce
qui m’a permis d’être libre… »

« Attends, il y a des choses que je ne comprends pas, un
scientifique, c’est quoi ?

Une prison ? Un codétenu ?

Et puis l’Allemagne, c’est où ? »

« Je te propose de venir demain avec Ikreg, là, tu
comprendra mieux car je pourrai donner plus
d’explications. »

Barken marqua un temps de réflexion avant de répondre:

« C’est une bonne idée, car j’aime apprendre.

Tu vas rester là pour le moment, ce soir, au dîner, on
t’apportera une couverture, cette pièce n’est pas
chauffée, ton sort dépendra de ce que tu nous diras
demain, je vais te laisser manger. »

Barken quitta la pièce, la lourde porte se referma.

Plus tard, la femme qui l’avait servi, plutôt agréable à
regarder, revint prendre le plateau et repartit sans dire
un mot, Werner se contenta de la remercier.

« Bon, j’ai du temps pour fabriquer une histoire qui
tienne debout, j’espère qu’Ikreg n’est pas télépathe. 

Ils ne m’ont même pas fouillé, en un sens
heureusement, car ma montre, le thermomètre et
d’autres menus objets les auraient intrigués, tout cela
va me servir d’arguments.

Cette planète est habitée par des humains très similaires
aux terriens, donc elle doit comporter des mers ou
des océans.

D’après leur niveau, ils ne doivent pas connaître
grand-chose en dehors de leur région et de celle de
leurs ennemis, il me suffit de leur dire que je viens d’un
autre continent, mon peuple est un plus avancé que le
leur grâce à la technologie dont je leur expliquerai le sens.

Ils doivent savoir travailler le métal, d’après le plateau de
mon repas, bien que je n’ai pas les talents de Yakov, et
c’est dommage, je dois quand même pouvoir les
aider, connaissant bien toute sorte d’arme, je sais
fabriquer un pistolet et une fronde, ainsi que des balles
et autres grenailles s’ils ont du plomb, à l’occasion, j’aime
bricoler. »

Werner passa un certain temps à peaufiner son
histoire, puis:

« Je commence à sentir le froid, le dîner et la couverture
seront les bienvenus. »

Le lendemain matin, il fût réveillé par Barken.

« Tu vas prendre un déjeuner, puis nous irons chez
Ikreg, il y fait plus chaud qu’ici car il a une bonne cheminée. »

Peu après, la jeune femme de la veille vint avec un
plateau, Werner avait regardé sa montre, six heures trente.

« Ce sont des lève-tôt, mais j’ai bien dormi, je prendrais
volontiers une douche ou un bain, mais n’en demandons
pas trop. »

Un peu plus tard:

« Bon, viens avec moi, Werner Olgart, nous allons traverser
la Place Centrale pour nous rendre chez Ikreg qui habite
juste en face. »

Peu après, chez Ikreg, devant une boisson chaude, assis
devant une grande table ronde ainsi que Barken et le
Mage, ce dernier:

« Barken a raison, tu n’as pas les réactions d’un skarz, ton
histoire nous intéresse, alors nous t’écoutons. »

Werner passa un certain temps en longues
explications, notamment au sujet des technologies, des
prisons, de la Justice, du fonctionnement de sa société
pour terminer par:

« Voilà le monde d’où je viens, et qu’il m’a fallu quitter
pour rester en vie. » 

Ikreg: « Tu es très étrange, Werner Olgart…

Ainsi, tu viens du continent mystérieux que l’on appelle
Kordan, tu aurais traversé le Torgan(océan) pour atteindre
notre continent, le Vardan !!

Je te perçois comme un homme puissant, capable
d’affronter les pires obstacles, mais là, il t’a fallu une
sacrée chance pour réussir un tel exploit, n’importe qui
d’autre serait mort.

Serais-tu une sorte de Mage scientifique, un confrère en
quelque sorte, mais plus avancé que moi ?

Tu sembles bénéficier d’un destin particulier.

Tes réponses appellent beaucoup d’autres questions, et … »

Barken: « Oui, Ikreg, et notamment lorsqu’il dit venir
d’une civilisation plus avancée que la nôtre, j’aimerais en
avoir la preuve. »

Werner: « Rien de plus facile. »

Il défit sa montre qu’il posa sur la table, puis sortit le
thermomètre de sa poche.

« Regardez bien ces objets, ma montre ici, je veux la
récupérer, car j’en ai besoin, l’autre objet est un
thermomètre qui donne la température de cette pièce, ou
de n’importe quel lieu dans lequel il peut se trouver, observez
le chiffre affiché, il indique actuellement 22 degrés car il
sort de ma poche, dans peu de temps, vous verrez la
température exacte. »

Les deux hommes étaient stupéfaits, ils observèrent durant
plusieurs secondes les deux objets, et Ikreg.

« Ta montre indique 7 heures et 50
minutes, extraordinaire, car ma pendule que tu vois
là-bas, indique exactement la même chose.

La température dont tu parles, que nous appelons degré
thermique est sur la vingtième division de ton
thermomètre, je ne pense pas qu’il fasse autant ici. »

Werner: « Sois patient, dans moins de cinq minutes, tu
auras ta réponse. »

Barken et Ikreg se regardèrent, et ce dernier:

« Pas de doute, Werner vient d’un peuple plus avancé que
nous, ces objets le prouvent, il se pourrait que tout ce
qu’il nous a dit corresponde à la vérité, je n’en suis pas
sûr, car il y a quelque chose de mystérieux chez lui que je
ne peux définir, mais je ne le sens pas comme ennemi, ce
n’est pas un skarz, ça, par contre j’en suis sûr. »

Barken: « Moi aussi, lorsque je l’ai rencontré hier, c’est-ce
qu’il m’a dit, mes hommes ne le croyaient pas, mais
moi, j’avais un doute, c’est pour ça que je ne l’ai pas tué. »

Werner: « Et tu as bien fait, car non seulement cela
prouve que tu es intelligent, mais en plus, je crois pouvoir
vous aider. »

Ikreg: «Nous aider ? Contre quoi et comment ? »

« Contre les skarzs qui, je le suppose, sont vos
ennemis, mais il faut que j’en sache plus sur votre
peuple, et notamment des armes dont vous disposez
et de celles dont eux, disposent. »

Les deux pardes se regardèrent interdits, Barken d’un air
interrogatif, et Ikreg d’un air dubitatif, puis ce dernier:

« Bon, si ce que tu viens de dire est vrai, alors je vais
accéder à ta demande et te transmettre en résumé ce
que nous sommes, tout ce que nous savons et comment
nous vivons. »

Ikreg commença par expliquer à Werner qui ils
étaient, des pardes, de la région de Pardane, que Kordt
était un village des plus au sud par très loin de Torgan
situé à 40 lieues, les skarzs étaient leurs ennemis depuis
des siècles, situés plus au nord, dans la région de
Skarzak, les deux régions appartenaient au continent
de Vardan.

Puis il décrivit l’aspect des skarzs en précisant:

« Ils sont un plus petits que toi, même couleur de peau
et même type de visage et d’aspect, costauds mais pas
autant que toi, plus grands que nous d‘une demie 
tête, d’où notre confusion, nous avons cru un moment
que tu étais un skarz géant car tu as encore au moins
une demie tête de plus. »

Puis Ikreg poursuivit ses explications, cela dura des
heures, le Mage termina par:

« Tiens, regardons ton fameux thermomètre…

16 degrés, c’est une bonne température, il est bientôt
midi, je vous invite tous les deux à déjeuner, Ekna !
Viens ici ! »

Une femme encore plus jolie que celle rencontrée dans
l’isoloir se présenta pour prendre les commandes du
déjeuner, lorsqu’elle quitta la pièce, Werner:

« Une question, Ikreg, une lieue, quelle distance
représente-t-elle ? »

« Voyons voir, lorsque tu es venu à Kordt, te souviens-tu
de la distance des premières maisons à son centre, ici
même ? »

« Euh oui, je vois, si je n’avais pas rencontré Barken et
ses hommes, j’aurais mis cinq minutes à la parcourir, mais… »

« Eh bien une lieue fait huit fois cette distance. »

« Je vois », et Werner en lui-même:

« Environ quatre kilomètres. »

A la fin d’un bon déjeuner bien arrosé, Irken à Barken:

« Plus question de laisser Werner dans l’isoloir, il faut
lui trouver un logement décent et une femme pour le
servir, c’est un ami que nous avons là, et qui peut nous
apporter beaucoup. »

Barken: « Je m’en occupe, s’il tient ses promesses, nous
en ferons même un notable, il sera bien chez nous. »

Werner: « Vous êtes des gens bien, cela me motivera
davantage pour vous aider. »

Dans le courant de l’après midi, Barken tint parole, Werner
logeait dans une maison près de la Place Centrale, dotée
d’une bonne cheminée, on lui avait adjoint une femme de
service, entre deux âges, pas aussi jolie que celles qu’il
avait vues, mais qui se révéla très consciencieuse.

Il avait encore sa montre, mais Ikreg avait gardé le
thermomètre.

Quelques jours plus tard, il utilisait une des pièces de la
maison comme atelier pour fabriquer des frondes et des
pistolets, les pardes n’ayant que des arcs et des
épées, comme les skarzs.
 
Quatre autres semaines s’écoulèrent, il avait appris aux
hommes de Kordt, du moins à ceux en âge de combattre, à
utiliser ses productions, et pensait même à demander à
Barken de l’aide pour en produire davantage, il avait
obtenu un accord de principe qui serait confirmé après
entretien du lendemain avec Ikreg, mais dans la matinée
de ce lendemain, une troupe d’une trentaine d’hommes
entra dans Kort, et l’homme de tête qui était sur un cheval:

« Ton Chef c’est Barken, c’est ça ?

Oui, alors va me le chercher, je veux lui parler. »

Le villageois: « Qui es-tu pour faire une telle demande ? »

« Je suis Peg, Commandeur de l’armée de Pardane et
adjoint de Marden. »

Le vieux villageois savait que Marden n’était autre que
le Chef de toute la région de Pardane, et que Peg était
également connu. »

« Ffff! Oui Commandeur, j’y vais de suite. »

Lorsque Barken, chez lui, fût au courant de la présence
de la troupe, il eut un mauvais pressentiment:

« Hm, Pas bon ça, pas bon du tout, je vais recevoir Peg
avec les honneurs dus à son rang, mais ses hommes
attendront dehors. »

Peu après, confortablement installés devant une bonne
bouteille et quelques gobelets, Peg:

« Je viens de Nerkadt, tu dois bien te douter que ce n’est
pas par plaisir, mais c’est sur les ordres de Marden, je
dois passer dans tous les villages du sud pour procéder
à des recrutements, combien êtes-vous ici, et de combien
d’hommes puis-je disposer ? »

Barken: « Nous sommes près de 2000 habitants, des
hommes en état de combattre, disons 200, mais pourquoi
demandes tu cela? »

« Oui, il est normal que tu saches, depuis 20 ans, nous
avons eu peu de combats avec les skarzs, ceci étant dû au
fait qu’ils changeaient sans cesse de gouverneurs, mais
depuis un an, un certain Gartek, plus stable que ses
prédécesseurs, a su s’entourer d’une garde fidèle et
puissante commandée par Kerk, son ami et grand Chef
des armées, qui assure sa sécurité.

Gartek est un ancien guerrier fou et brutal, qui veut nous
anéantir à tout prix, et les troupes de Kerk sont déjà à
quelques dizaines de lieues de Nerkadt, nous ne pourrons
tenir le coup que si je recrute suffisamment
d’hommes, voilà la situation actuelle. »

« C’est clair, la belle époque vient de s’achever on
dirait, bon, eh bien c’est d’accord, nous disposons de
quelqu’un de particulier que je te ferai rencontrer, il crée
des nouvelles armes. »

Peg: « Des nouvelles armes !! Intéressant, on peut aller le
voir maintenant ? »

Barken: « bien sûr, j’allais lui fournir de l’aide pour en créer
davantage et plus vite, mais ne sois pas surpris, il a un
aspect, disons un peu particulier. »

« Rien ne me surprend, allons y! »

Chez Werner:

« Oui, voici quelques frondes et quelques pistolets, avec de
l’aide, cela irait plus vite, les skarzs seraient vite calmés. »

Peg le fixa intensément, puis:

« Ca c’est toi qui le dis, je voudrai voir quelques
démonstrations. »

A midi, Peg déjeuna avec Barken, assista à des
démonstrations en début d’après midi, et:

« Barken, ton Werner semble un sacré costaud, j’aimerais
le voir combattre à main nues contre deux ou trois de
mes hommes. »

Barken savait qu’il ne pouvait pas refuser, il se sentait
gêné d’avoir à obliger Werner à répondre à un tel défi, mais…

« Bon reste ici, je vais voir Werner et lui en parler, je
reviens très vite. »

Peg: « Je vais t’attendre en éclusant deux ou trois
verres, mais ne tardes pas trop. »

Un quart d’heure plus tard:

« Il a accepté en riant, pour lui, aucun problème. »

« Eh bien on va voir ça, je vais lui mettre en face deux
de mes hommes avec lesquels il rira peut-être moins. »

Plusieurs combats eurent lieu, au cours desquels, grâce
aux arts martiaux, et à sa puissance, Werner se contentait
d’immobiliser les hommes les uns derrière les
autres, et Peg:

« Ca alors ! Il faut le voir pour le croire, mais de quel
monde vient-il ton Werner ? »

Barken, en riant: « Je croyais que rien ne te surprenait. »

« Jusqu’à présent, c’était le cas, mais là…

Comment peut-il être aussi rapide avec une telle masse ?

Et il utilise un mode de combat qui nous est inconnu, les
douze hommes qu’il a affrontés pourraient tout aussi bien
être morts, là, je dois réfléchir. »

Barken: « A quoi, sans vouloir t’offenser ? »

« A l’éventualité de le recruter, de l’emmener avec 
moi, et peut-être d’en faire mon second par la suite, ce
phénomène peut nous être d’une aide considérable
contre nos ennemis, j’essaie même d’imaginer combien
de skarzs il va dévaster. »

Barken: « Mais…

Tu as assisté à la démonstration de ses nouvelles
armes, ne serait-il pas mieux qu’il reste ici pour
continuer à nous en fabriquer ? »

Peg: « Oui, ses démonstrations sont convaincantes, mais
n’allais-tu pas lui procurer de l’aide ? »

« Oui, mais pour le moment, il n’a encore personne, et… »

« Je comprends que tu le défendes, mais j’ai d’autres
priorités, il me reste quatre ou cinq villages dans la zone
pour recruter, je repasse ici dans une semaine, c’est le
délai dont tu disposes pour que certains de tes hommes
soient en mesure de fabriquer ces nouvelles
armes, voilà, tout est dit, à toi de faire le
nécessaire, moi, je m’en vais. »

Peg venait de prendre une décision qui allait à jamais
modifier le destin de Werner Olgart, ce dernier était en
discussion avec Barken:

« Ne te fais pas de souci, je m’en sortirai, puis un
jour, je reviendrai, pour ce que j’appelle des frondes et
autres lance-pierres que maintenant tu connais, les
hommes les plus aptes que tu désigneras sauront en
fabriquer au bout de deux ou trois jours, la vitesse viendra
avec la pratique, ils ont l’avantage de pouvoir envoyer
aussi bien des pierres que des bouts de métal ou
des plombs.

Pour les pistolets, c’est un peu plus compliqué, car il faut
du temps pour couler le métal et fabriquer différentes
pièces, mais je peux encore leur montrer tout cela, l’idéal
serait de fabriquer des balles explosives, pour
cela, il faut traiter du salpêtre ou du nitrate de
potassium, mais des plombs bien calibrés feront l’affaire
et seront presque aussi dévastateurs. »

Barken: « Quand même, c’est dommage, les gens ici ont
appris à te connaître, et presque tous t’estiment, tu
aurais pu me succéder, mais bien sûr, le danger que
représentent les skarzs…

Cela risque d’être une longue guerre, même avec de
nouvelles armes, j’espère que tu en ressortiras vivant. » 

« Moi aussi, parce que je n’ai pas que ça à faire. »

« !!! »

Werner se mit à rire, et:

« Oui, je sais bien me battre, et éventuellement
tuer, mais je préfère des activités moins
agressives, encore que fabriquer des armes… »

« Et en plus, tu ne manques pas d’humour. »

La semaine passa vite, et Peg  revint chez Barken.

« Bon, je dispose d’un millier d’hommes qui m’attendent
hors de ton village, Werner est-il prêt ? »

« Il va venir d’un moment à l’autre, il donne ses
dernières instructions à ceux qu’il a formés. »

« Bien, je suppose que tu m’as prévu un petit stock de
tes nouvelles armes ? »

« Surtout des frondes et des lance-pierres, car les
pistolets sont beaucoup plus longs à fabriquer. »

« Bah ! Les pistolets, bien qu’efficaces, ne sont pas les
plus pratiques, les autres armes suffiront en un premier
temps et mes hommes s’y habitueront d’autant plus
vite, en attendant ton phénomène, peut-être vas-tu
m’offrir un coup à boire ? »
 
« Bien entendu. »

Peu après, Werner arriva chez Barken, ce dernier:

« Tiens ! Viens boire un coup avant de
partir, alors, comment ça se passe chez toi ? »

« La maison est transformée en atelier, Berna va avoir
du travail, j’ai déjà six hommes qui font des frondes et
des lance-pierres, cinq ou six autres doivent venir
tout à l’heure. »

Peg: « Bon, en somme, ça se présente plutôt bien, je tiens
à ce que tes hommes, Barken, continuent à fabriquer ces
armes, j’enverrai du monde tous les 15 jours pour venir
s’approvisionner. »

Peu après, en compagnie d’une imposante armée et de
Peg, en tête de cortège, Werner, également à
cheval, l’écoutait:

« Nous nous dirigeons vers Nerkadt, qui est à une bonne
centaine de lieues d’ici, Marden voudra certainement te voir. »

« Et après Marden, quel sera le programme ? »

« Cela fait trois semaines que j’ai quitté Nerkadt, durant
les deux ou trois jours à venir, recueillir les dernières
informations et prévoir des stratégies en conséquence.

D’après ce que Barken m’a dit, dans ta région, tu étais
un scientifique, c’est quoi, un scientifique ? »

Werner le lui expliqua.

Peg: « Alors vous êtes plus avancés que nous, sur votre
continent, mais ce qui me surprend encore plus, c’est ta
manière de te battre, ça, c’est extraordinaire. »

« Pas tant que cela, il s’agit d’arts martiaux, dont je suis
un des Maîtres, mais pas le seul.

Bien sûr, cela nécessite des années d’entraînement. »

« Ouais, vous êtes supérieurs dans tous les domaines, c’est
intéressant, ça.

Sont-ils tous aussi grands et costauds que toi ? »

« Non, disons que je suis un cas particulier, mes
congénères sont à peu près de la taille des
skarzs, certains sont costauds. »

« Hm ! Ca n’est pas rien, les skarzs sont déjà grands, et
durs au combat. »

Arrivés dans Nerkadt, Peg dût former un service d’ordre
pour protéger Werner jusqu’au Palais de Marden, nombre
de locaux criaient, vociféraient, gesticulaient, ne
comprenant pas pourquoi un grand skarz se trouvait
parmi eux.

Peg: « Je crois qu’il faudra te loger au Palais, le temps
d’expliquer à la population qui tu es et pourquoi tu es là. »

Ce n’est que le surlendemain qu’il fût reçu par
Marden, en présence de Peg.

« Peg m’a parlé de toi, ainsi tu viens de terres inconnues
et tu sais fabriquer de nouvelles armes ?

De plus tu es un fameux combattant ?

Alors tu es arrivé à point, aux dernières nouvelles, les
troupes ennemies sont à moins de 60 lieues d’ici, au
nord, avec le millier de combattants recrutés, je doute que
cela soit suffisant, à moins que tes nouvelles armes
fassent des miracles, les skarzs sont au moins deux fois
plus nombreux que nous, et ils sont commandés par
Gartek, qui est un fou. »

Werner: « On m’a mis au courant de tout cela, Peg m’a
parlé de stratégies, je suppose que tu disposes d’une
salle comportant des cartes reprenant des variations
de terrains ? »

Peg à Marden:

« Ca, je ne lui en ai pas parlé. »

Marden: « Et il est intelligent en plus, eh bien on va le
faire participer à l’élaboration de nos stratégies, un esprit
neuf pourrait faire pencher la balance. »

Durant les trois mois qui suivirent, Werner se révéla
être un excellent stratège et un redoutable
destructeur, dans d’autres villages ainsi qu’à Nerkadt, un
nombre croissant d’hommes produisait de nouvelles
armes, les pistolets avaient été laissés de côté, ainsi
que les frondes qui avaient le défaut de laisser un
utilisateur trop longtemps à découvert, seuls des
lance-pierres étaient désormais fabriqués.

On ne calibrait plus les plombs ni d’autres métaux mais
on se contentait d’en faire des projectiles plus ou moins
arrondis, cela faisait gagner du temps tout en limitant
une éventuelle perte de précision, des centaines
d’hommes en étaient désormais pourvus, en plus de
leurs arcs et autres épées, et cela faisait du dégât, à tel
point que nombre de conscrits préféraient le lance-pierre
à l’arc, un temps de visée plus court les rendait
moins vulnérables.

Au cours de ces semaines écoulées, les skarzs perdaient
de plus en plus de terrain, des centaines de lieues, et se
retrouvèrent à un moment près de leur frontière, c’est-ce
qui provoqua une réunion extraordinaire à
Skarzan, principale ville des skarzs, dans le Palais de
Gartek, avec la présence de Kerk, son ami et Grand Chef
des skarzs, et de Tardt, l’adjoint de Kerk, parmi d’autres
Chefs subalternes.

Gartek: « Je suis très contrarié, et il vaudrait mieux que
je ne le sois pas trop longtemps, ma patience a des limites.

Depuis trois mois, nous ne subissons que des
défaites, alors j’attends vos explications, ainsi que bien
sûr, des solutions. »

Kerk:« Les explications sont simples, jusqu’à présent, nous
étions sur leur terrain qu’ils savent utiliser car ils ont de
bons stratèges, ils nous attaquent avec une nouvelle
arme, une sorte de lanceur de projectiles meurtriers, nos
hommes ont pu en recueillir quelques uns, mais il y a
aussi, un homme très grand, qui nous ressemble
vaguement, il est très costaud et possède des curieuses
tactiques de combat, il a tué des dizaines d’hommes à mains
nues, même lorsqu’ils étaient à plusieurs sur lui, à lui
seul, il vaudrait presque une armée, ces informations en
ce qui le concerne viennent de dizaines d’hommes que
Tardt et moi, connaissons bien car ils servent sous nos
ordres, nous n’avons pas nous-mêmes encore vu ce
phénomène mais Tardt est convaincu que la solution est
de le capturer pour l’intégrer dans nos rangs ou de le
tuer, je lui laisse le soin de nous exposer sa théorie. »

Tardt: «Oui, il y a encore trois mois, nous étions près de
leur principale ville, Nerkadt, on gagnait tous les
combats, puis d’un seul coup, voilà que
Bagran, Ferrad, Lordt, Makken, Tinden, et Zark, ici
présents, nous transmettent des rapports étonnants, dont
tu as eu aussi connaissance, Gartek, on stagne, pour la
première fois, nos hommes sont assaillis par de curieux
projectiles, des bouts de métaux plus ou moins arrondis
qui font mal et deviennent vite mortels, plus de
combattants à l’épée, ni d’archers dans les rangs
ennemis, seulement des hommes dotés de lanceurs de
projectiles, qui ne se découvrent que durant une
seconde, le temps d’une visée.

Leurs armées nous attendent souvent derrière des
rochers, en embuscade, au début, ils n’avaient que peu
de ces nouvelles armes, c’est-ce qui équilibrait les
combats, mais ils ont dû en fabriquer de plus en plus, et
maintenant, chacun doit en posséder une.

L’homme en question ?

Considéré par les uns comme le diable, et par d’autres
comme dieu, il fait peur, très peur, d’où vient-il ?

Pas de chez nous, et ce n’est pas non plus un parde, alors
mystère, il semble commander leurs armées mais ce qui
est le plus surprenant, c’est que les hommes qui l’ont
entendu parler ont dit avoir tout compris, autrement
dit, il parlerait notre langue, mais alors comment
est-ce possible ?

Il parle à ses hommes en parde, langue que nous ne
comprenons pas, et nos hommes comprennent ses
paroles, voilà un autre mystère.

Enfin, il fait placer ses hommes de telle manière que cela
rend nos attaques encore plus difficiles, et cela, à
chaque fois.

Pour moi, il y a un rapprochement à faire entre cet
homme, les nouvelles armes et les stratégies, rien de tout
cela n’existait il y a encore trois mois, tout cela est arrivé
en même temps, la solution c’est lui, car il est le
stratège, et peut-être même à l’origine de ces
lanceurs, voilà ce que je pense, l’idéal serait de le capturer
et de le mettre de notre côté, après
tout, physiquement, il est bien plus proche de nous que
des pardes. »

Un silence sépulcral durant deux minutes, et Gartek:

« Tardt a raison, c’est la solution, je le sens, il faut capturer
cet homme à tout prix, mort ou vif, peu importe, Pardane
nous appartiendrait tôt ou tard dans les deux cas, je veux
la tête de leur gouverneur. »

Kerk: « Et que ferons-nous des pardes ? »

Gartek: « On les tue bien sûr, cette question… »

Tardt: « On pourrait en faire des esclaves ? »

Gartek: « C’est une idée, décidément, ce n’est pas pour
rien que tu es l’adjoint de Kerk, je vais y réfléchir.

Fin de séance ! »

Tardt: « Un instant Gartek ! Si tu le veux bien, je
souhaiterais me rendre dans la salle des stratégies avec
Kerk, Bagran, Ferrad, Lordt, Makken, Tinden, et Zark, et
toi bien sûr, si tu veux venir, je crois que j’ai une idée pour
capturer cet homme venu de nulle part. »

« Mais comment donc, j’arrive, exécution ! »

Peu après, Tardt:

« D’après ce que vous avez dit, vous autres, ce phénomène
se trouve toujours avec un groupe ennemi là où nous
sommes les plus nombreux, c’est bon à savoir car près de
notre frontière, c’est une zone presque plate, il n’y a
qu’une seule zone de rochers, le fer à cheval, là, on fait en
sorte de disposer un grand groupe d’hommes sur cet
endroit, avec un petit détachement au pied de ces
rochers, et nulle part ailleurs, le fer à cheval nous permet
d’évoluer derrière les autres masses de rochers sans être
vus, alors que lorsque nos ennemis seront devant, ils seront
à découvert, mais l’astuce est de les laisser entrer dans le
fer, certaines masses ont des grottes qui peuvent nous
rendre invisibles, nous n’agirons que lorsque les troupes
de cet homme seront dans le fer, et là, on pourra le
capturer, pas question de tirer sur lui, il nous le faut
vivant, mais n’hésitez pas à abattre les autres, mon idée
est-elle claire ? »

Kerk: « Lumineuse pour moi. »

Elle l’était aussi pour les autres Chefs, alors Tardt:

« Bon, je propose de revenir cet après midi pour peaufiner
les détails, nous n’avons pas droit à l’erreur. »

Gartek: « Excellent Tardt, je serai là. »

Kerk: «  Et tu ne seras pas le seul, je la sens, la fin de nos
ennuis. »         

Lordt: « Une brillante idée de plus à ton actif, Tardt, mais
cet homme doit être très intelligent, est-ce qu’il n’y
pensera pas ? »

Tardt: « Tu as raison, Lordt, ce géant est très intelligent, et
c’est à nous de l’être autant que lui, il faudra modifier
notre méthode de combat, le brutal et le direct ne
fonctionnent qu’en cas de rapport de force et de position
favorables, mais là, il y a en effet un risque, d’où l’obligation
d’approfondir les détails cet après-midi.

Cet homme n’est ni le diable, ni dieu, tout comme nous, il
a des limites, bien plus hautes, certes, mais comme tout un
chacun, il ne peut se fier qu’à ce qu’il voit, notre premier
objectif sera de le tromper, pour cela, la majorité de nos
troupes resteront invisibles tout autour du fer à cheval, et
nous devrons peut-être être patients, c’est-à-dire emporter
de l’alimentation pour autant de temps qu’il faudra, d’après
vos derniers rapports, Ferrad et Tinden, il était la semaine
dernière près de la frontière en partie est, à 200 lieues du
fer à cheval, devant lequel il y a des bonnes terres
cultivées par des pardes, il voudra leur assurer une
sécurité, mais en se déplaçant avec prudence, c’est-à-dire
à peu près à 10 lieues par jour, vingt jours moins neuf, il
pourra être sur place dans onze jours, nous devons y être
avant lui, car nous, qui sommes actuellement à 400 lieues
de la zone, en nous déplaçant à cinq lieues à l’heure, dix
heures par jour, nous atteindrons le fer dans huit jours au
maximum, de plus, dans nos villages du sud, nous avons
des garnisons qui peuvent y être rapidement, voilà le plan
que nous allons bien mettre au point.

Une autre chose, jusqu’à présent, notre manière de
combattre, comme je l’ai dit, était directe et brutale, et les
pardes doivent nous percevoir comme tels, des gens
brutaux, sans réflexion, là aussi, il faut changer de
méthode, être plus fins, nous détaillerons tout cela tout à
l’heure car maintenant, à parler de fin, j’ai faim. »

Et tous de rire

Gartek: « Bravo Tardt, allons déjeuner, et boire quelques
coups bien sûr, je pense comme Kerk, notre victoire
est proche. »  

A la fin de la mise au point de l’après midi, Tardt:

« Alors nous sommes bien d’accord sur les actions à mener:

- Nous partons demain matin avec 1000 hommes.

- Dans cinq ou six jours, nous en récupérons au moins
autant dans les garnisons du sud.

- Chacun de vous sait où placer ses hommes sur les bords
du fer à cheval.

- Notre méthode de combat, les archers, pas d’épées ni de
corps à corps.

- Nous attendons qu’ils soient à découvert dans le fer.

- Personne ne tire sur le géant.

C’est clair pour tout le monde ?

Oui, alors à demain matin, à l’aube. »

Quinze jours plus tard, un matin:

Kerk: « Ah ! Les voilà, j‘ai bien cru que nous serions au
bout de nos provisions, mais là encore, tu ne t’es
pas trompé. »

Tardt: « J’espère que le géant est avec eux. »

« Si c’est le cas, on ne devrait pas tarder à le voir, il est
temps d’actionner le dispositif. »

« Attends encore un peu, ils sont trop loin, il ne doit pas
avoir de soupçon, dans une demie heure, ce sera bon. »

Et ce qui devait arriver, arriva, Werner était bien à la tête
du groupe de 500 hommes qui approchait du fer à
cheval, ils s’arrêtèrent à l’entrée:

Peg: « Je vois une petite armée derrière le fer à cheval. »

Werner: « C’est bien ce qui m’inquiète. »

Peg: « Il n’y a pas lieu, ils ne sont pas plus nombreux que
nous, nous disposons d’armes supérieures, et une fois sur
les bords intérieurs du fer, nous serons dans une position
imprenable. »

« S’ils ne sont pas trois ou quatre fois plus nombreux sur
les bords extérieurs. »

Peg:« Ah ah ah, tu connais comme moi leur méthode de
combat, ce sont des primitifs qui attaquent direct, à
l’intérieur de certaines chaînes de rochers, il y a de vastes
grottes, une fois que nous serons dedans, ils pourront
toujours y venir. »

Werner: « En principe tu as raison, mais là, cette
histoire, je ne la sens pas bien.

C’est toi qui commande, mais à ta place, je n’entrerai pas
dans ce fer à cheval qui est un lieu idéal pour
une embuscade. »

Mais Peg était têtu, il répondit:

« Ils ne sont pas si malins, nous les connaissons depuis
des siècles, leur méthode est toujours la même, et en
plus, maintenant, ils ont peur de nous, allons y !
Tu verras qu’on va encore bouffer du skarz.

Après ce coup là, ils resteront derrière la frontière. »

« Comme tu voudras ».

Werner ne pouvait pas refuser, il n’était que l’adjoint de
Peg, et ne commandait qu’en son absence, mais ce
dernier avait décidé de venir en personne pour ce qu’il
pensait être la dernière étape, le coup de grâce aux skarzs.

Ils entrèrent dans le fer à cheval, et lorsqu’ils furent au
milieu, Peg:

« Tu vois, aucun danger, en face, ils sont à peu près comme
nous, environ 500 hommes, ceux qui étaient aux pieds des
rochers tentent de se sauver en les escaladant, on va
se régaler. »

Werner pensa:« Cinq mois que je suis là, mais je le
crains, c’est la fin de mon parcours. »

Au même moment, soigneusement cachés derrière des
rochers, Kerk et Tardt observaient la scène, ce dernier:

« Ils sont mûrs, c’est le moment de donner le signal. »

Ce que fit Kerk, ils étaient plus de 2500, 1000 hommes se
mirent à condamner la sortie du fer à cheval , il s’agissait
d’archers.

Peg: « Désolé Werner, tu avais raison une fois de
plus, nous sommes fichus. »

Werner: « J’aimerais bien rencontrer celui qui a conçu
ce plan. »

Le combat eut lieu et une heure plus tard, il ne restait
que Werner debout, entouré par une cinquantaine
d’archers, ils laissèrent passer Kerk et Tardt, ce dernier:

« Bonjour, enfin pas si bon que ça pour toi, comment
t’appelles-tu et d‘où viens-tu?

Car visiblement, tu n‘es pas un parde ni, bien sûr, un
des nôtres? »

« Je m’appelle Werner Olgart, et je viens d’un autre
continent. »

« D’un autre continent ! Tu as traversé le Torgan ? »

« Oui, tu as l’air malin, c’est toi, l’auteur de ce plan
foireux ? »

« Plan foireux dans lequel tu t’es fait prendre. »

« S’il ne s’agissait que de moi, je ne serais jamais entré
dans ce fer à cheval, mais ça n’est pas moi qui commandait. »

Kerk: « Tiens donc, mais d’après nos rapports, depuis trois
mois, c’est bien toi qui as toujours commandé tes
troupes, non ? »

« Oui, mais pas cette fois-ci, le commandant que vous avez
tué est ici. »

Il indiqua un cadavre près d’un archer, Tardt:

« Ah, c’est-ce petit gros ?

Il est vrai qu’il est mieux habillé que les autres. »

« Il mérite le respect, il s’appelait Peg.

Bon, qu’attendez-vous pour achever votre sale besogne ? »

Tardt: « Tu veux dire te tuer ?

Ce n’est pas ce que nous voulons, tu es vraiment
étonnant, pourquoi parles tu aussi bien notre langue ? »

« J’apprends n’importe quelle langue instantanément. » 

Kerk: « Il est trop intelligent, je ne suis pas d’avis de le
garder vivant. »

Tardt: « A moins qu’il accepte de nous servir, j’aime
apprendre, toi et moi pourrions en profiter. »

Kerk: « Tu veux dire prendre la place de Gartek ? »

Tardt: « Entre autres, pourquoi pas ? »

Werner: « Vous aider à devenir des tyrans ?

Ne comptez pas sur moi. »

Kerk: « Ne perdons plus de temps, qu’on l’exécute. »

Tardt: « Oui, mais selon la règle, il doit formuler une
dernière volonté. »

Kerk: « La règle est applicable à un skarz, ce qui n’est pas
son cas. »

Werner: « Un instant ! Je ne veux pas mourir comme un
lâche, j’ai fait mes preuves, et sais que pour vous, la notion
de combat représente quelque chose de grand, trouvez moi
une autre mort qu’une vulgaire exécution. »

Tardt: « C’est vrai qu’il a bien combattu, il a même tué
plusieurs de nos hommes à mains nues, il ne mérite pas de
mourir comme un lâche, j’ai une idée, le désert de glace. »

Kerk: « Le désert de glace !!

Ah ah ah, c’est un privilège, mais pas un cadeau, certains
d’entre nous y sont allés en d’autres temps, personne n’en
est jamais revenu, d’accord Tardt, ton idée est bonne, allez
vous autres ! On va au désert de glace ! »

Bagran: « Le désert de glace est à 500 lieues d’ici, et
surveiller cet homme n’est pas évident, il faut une armée
pour l’accompagner. »

Kerk: « Bah ! C’est tout au plus une affaire d’une douzaine
de jours, et puis s’il tentait de nous fausser compagnie, en
Skarzak, où pourrait-il aller ? »

Werner: « Ne vous faites pas de souci, je n’ai pas
l’intention de vous fausser compagnie, mais par contre, si
vous voulez que j’affronte le désert de glace dans de
bonnes conditions, mieux vaut me donner de la
bonne nourriture. »

Stupeur générale et Kerk:

« Mais… Il est fou ? »

Tardt: « Non, je ne crois pas, il pense qu’il a une
chance, c’est quelque chose qu’il veut affronter, Je serais
toi, Kerk, j’accéderais à sa demande. »

« C’est vrai que toi, tu ne te trompes pas, bon, eh bien
d’accord pour la bonne bouffe, après tout, s’il veut
affronter le désert de glace, grand bien lui fasse. »

Tardt se mit à rire.

« Pourquoi ris-tu ? »

« Parce que le plus drôle de l’histoire, c’est qu’il en est
bien capable. »

Kerk: « Tu sais comme moi que c’est impossible, je laisserai
des hommes en bordure pour qu’il ne tente pas de revenir. »

Werner: « Cela ne sera pas nécessaire, je ne reviendrai pas. »

« !!! »

« Oui, de toute manière, on meurt tous un jour ou l’autre. »

Kerk: « Bon, telle est ta décision, on passera tout de
même par Skarzan pour en aviser Gortek. »

Tardt: « C’est moi qui le ferai. »

Werner pensait: « Les rôles sont inversés, Tardt est
nettement plus malin que Kerk.

Le désert de glace ne me fait pas peur, je devais mourir
en arrivant ici, puis Kerk voulait me tuer alors que je
suis toujours là, je crois que je devrais me fier à
mon destin. »

Douze jours plus tard:

Kerk: « Voilà, on est arrivé, regarde devant toi, c’est ton
nouveau domaine. »

Tardt: « Oui, maintenant, c’est à toi de jouer. »

Werner: « Pas de soucis, vous pouvez rentrer tranquillement. »

Kerk: « Il est hallucinant. »

Tardt se mit à rire.

Werner fit quelques pas dans ce désert, totalement plat, et
qui semblait s’étendre à l’infini.

« Température désagréable, mes habits me protègent
jusqu’à un certain point, mais pour combien de temps ?

Partout une étendue plane, sans relief, sur des
kilomètres, je ne sais pas où aller, cela se présente
plutôt mal. »

Des heures passent, il commence à avoir faim et soif, et
de plus en plus froid, puis à se poser des questions:

« Combien de kilomètres ai-je fait ?

Rien n’a changé, il fait encore jour, je dirais même que
la luminosité ne change pas, le ciel est voilé, je ne vois
pas d’étoiles ni de Soleil, la fameuse théorie de Radovan
sur les points bleus, c‘est à revoir, car si dans les heures
qui viennent ma situation ne s’améliore pas, je vais mourir. »

Deux heures plus tard, à 100 Kms à l’intérieur de la
planète, précisément sous le désert de glace où Werner
se trouvait, deux hommes venaient de se réveiller et de
prendre un bon petit déjeuner.

« Bon Torann, il n’est que temps de reprendre notre
poste et de voir ce qui se passe en surface. »

« Tu as raison, Kardenn, allons y. »

Au même moment, Werner, à bout de forces, était en
passe de s’écrouler, il fit encore quelques mètres, et:

« Je n’en peux plus, c’est la fin, j’avais bien dit que je
n’avais pas le bon rôle… »

« Regarde, Kardenn, un humain se déplace à la surface, ce
n’est pas possible… »

« Il faut croire que ça l’est Torann, mais !

Il vient de s’écrouler !

Il faut prévenir le Chef Garnn pour les dispositions à prendre. »

« Je m’en occupe, de ton côté, fais la transmission d’images
dans tout le Centre.

Ca fait un bon moment qu’on en avait pas vus, je suppose
que, comme d’habitude, il n’y aura pas de suite. »

Torann: « Bonjour Chef Garnn, vous voyez les images ? »

« En effet, Je suis en train de déjeuner, mais j’appelle
Comte Erkinn. »

Les dispositions furent vite prises, un quart d’heure plus
tard, Werner se trouvait, inconscient, dans un local, sur un
lit, près de lui, une jeune femme manipulait un appareil qui
émettait un rayon bleu qu’elle lui passa sur tout le
corps, en insistant particulièrement sur la tête et la zone
du cœur, quelques minutes plus tard, il ouvrit les yeux, il
était seul.

« Tiens ! Je ne suis pas mort !

Mais !

Je suis dans une pièce, sur un lit, il fait bon, que
s’est-il passé ? »

C’est à ce moment là qu’un homme et une femme
entrèrent dans la pièce, cette dernière:

« Ah ! Voyez, Comte Erkinn, il a ouvert les yeux, donc il
est vivant. »

« En effet, Serann, nous sommes intervenus à temps, et
vous avez su le soigner, maintenant, laissez-nous!
J’ai à lui parler. »

Werner: « Je comprends votre langue. »

Erkinn: « Donc vous êtes un transfert, dans les voyages
dimensionnels il n’y a pas de barrière linguistique, mais
bien sûr, vous savez cela aussi bien que moi. »

« Exact, je me croyais mort, mais maintenant, j’ai faim
et soif. »

« Vous n’en étiez pas loin, vous êtes très costaud, et
c’est-ce qui vous a sauvé, pour votre repas, je m’en occupe
et je reviendrai vous voir lorsque vous aurez fini. »

Il appuya sur un bouton de sa ceinture, et:

« Serann ? Notre hôte a faim et soif, faites le nécessaire ! »

« Entendu Comte Erkinn. »

Trois minutes plus tard, la jeune femme plutôt jolie, arrivait
avec un plateau bien garni.

« Voilà, étranger, vous revenez de loin, bon appétit. »

« Merci, je crois que tel sera le cas, mais… »

« Je suis obligée de vous quitter, c’est Comte Erkinn qui
reviendra vous parler. »

Werner n’eut pas le temps de lui poser d‘autres
questions, la jeune femme avait quitté la pièce dont la
porte s’était refermée automatiquement derrière son
passage, il regarda le plateau.

« Une sorte de verre contenant un liquide jaune, dans un
plat, des éléments en forme de mini cubes, des verts, des
rouges, des bleus, des violets, pas de cuillère ni de
fourchette ni de couteau, je suppose qu’il faut les prendre
à la main, mais attention…

N’est-ce pas un piège ?

Non, je ne crois pas, ces gens ne m’ont pas semblé
agressifs, j’étais pratiquement mort dans le désert de
glace, s’il m’ont rattrapé à temps, ce n’est pas pour
m’empoisonner, ils vont vouloir savoir qui je suis et
pourquoi je suis venu…

Comment ? Ce Comte Erkinn le sait déjà, un Comte ?

Quelqu’un d’important.

Ils connaissent les transferts, j’ai affaire à une civilisation
avancée, cela me rassure, finalement, l’hypothèse de
Radovan sur les points bleus semble être la bonne, mais
allons y, j’ai faim. »

« Pas mauvais, tendre, je dirais même agréable, goût
légèrement sucré, c’est plutôt bon, le liquide ?

Frais, très buvable, je sens que la forme revient, il fait assez
chaud, peut-être 25 degrés, et mes vêtements sont secs !
Surprenant. »

Une demie heure plus tard, alors que Werner venait de
terminer son repas, deux hommes entrèrent, il reconnut
Erkinn qui:

« Vous allez mieux ?

Voici mon adjoint le Baron Perrnn, pouvez-vous vous lever ? »

Werner s’exécuta, et:

« Oui, je crois que tout va bien. »

« Tant mieux, alors venez avec nous, le Prince Zerkann
veut vous voir. »

Werner en lui-même:

« Un Prince, un Comte, un Baron, c’est la noblesse, ils sont
restés à nos anciens titres, je vais poser la question. »

« Si vous permettez, Comte Erkinn, votre société a-t-elle
aussi un Roi ? » 
 
« Deux, et une Impératrice, nous ne sommes pas une
Société mais un Impérium, mais !!

Comment connaissez-vous nos titres ? »

Werner le lui expliqua, et Erkinn:

« Coincidence vraiment extraordinaire, les termes de
Société et de Royaume ont existé chez nous, en des temps
lointains, ainsi que des titres comme
Seigneur, Vicomte, Marquis, Duc, qui n’ont plus lieu
d’être, décidément, les univers peuvent être
surprenants, cela ne manquera pas d’intéresser
le Prince Zerkann. »

Quelques minutes plus tard:

« Oui, faites-le entrer ! Erkinn »

« Allez y, le Prince vous attend. »

Werner entra dans une pièce luxueuse, baignée de
lumières douces, derrière un immense bureau se tenait un
homme distingué, cheveux blancs et fournis, teint
bronzé, habits élégants, la classe en somme.

« Prenez place, Werner Olgart, vous devez vous poser un
certain nombre de questions, je vais tenter d’y répondre ».

« Merci Prince Zerkann, vous devez être quelqu’un de
très important. »

« J’assure une fonction de Chef de Secteur, mais procédons
par ordre, je vais commencer par vous expliquer comment
notre Impérium fonctionne, par la suite, vous pourrez me
poser vos questions. »

Werner apprit que l’Impérium existait depuis très
longtemps, qu’il avait été établi loin en dessous de la
surface de la planète pour des raisons de sécurité, et
qu’il comportait un peu plus de 10.000 habitants.

Il formait un Ensemble fait de deux Divisions, chaque
Division s’étendait à  deux Secteurs, qui, chacun à leur
tour, occupait deux Zones, et chaque Zone était
composée de quatre Quartiers.

« Par exemple, le Baron Perrnn est Chef de Quartier, le
Comte Erkinn est Chef de Zone, chaque rang correspond
à une fonction.

Donc dans notre Impérium, il y a trois autres
Princes, deux Rois qui occupent la fonction de Chefs de
Division, et enfin l’Impératrice, Chef de l’Ensemble, qui
dirige tout.

Sachez que vous êtes un cas particulier car
d’habitude, nous ne repêchons pas les humains locaux
qui s’aventurent dans le désert de glace. »

Zerkann poursuivit ses explications dune manière
concise et méthodique pour terminer par:

« Nous savons que vous êtes un transfert arrivé sur
notre planète il y a un peu plus de cinq mois, combien
de temps vous reste-t-il avant votre retour ? »

« C’est, je crois, mon 162 ème ou 163 ème jour, je suis là
pour un an au total. »

« C’est effectivement votre 163 ème jour, vous venez de
traverser la partie la plus pénible de votre séjour, ici, non
seulement vous serez bien, mais vous apprendrez
beaucoup de choses.

Erkinn va vous faire attribuer un appartement
décent, peut-être aurons-nous l’occasion de nous revoir. »

Zerkann appuya sur l’un des boutons situés sur
son bureau, et:

« Erkinn, vous pouvez venir, comme convenu, faites
en sorte que Werner ait un appartement correct. »

« Entendu Prince Zerkann, je vais procéder. »

Un peu plus tard:

« Bon, Werner, voici votre appartement, comme vous
pouvez le voir, il est assez confortable, on a même
prévu pour vous une grande pièce équipée qui vous
servira de salle de sport, là-bas, sur votre bureau, vous
voyez une positronique, je vais vous envoyer quelqu’un
qui vous expliquera son utilisation, et vous pourrez
accéder à certains réseaux qui vous permettront de
compléter vos connaissances de base sur notre planète.

Tout ne vous sera pas accessible, car, comme dans tous
les mondes possibles, nous avons nos petits secrets, mais
ce que vous apprendrez sera largement suffisant pour
permettre à votre planète de progresser.

Voilà, je vous laisse vous familiariser avec les lieux, un
spécialiste en positronique viendra vous voir dans
une heure. »

Le Comte Erkinn quitta l’appartement, et Werner:

« Regardons tout cela de plus près, une sacrée différence
avec les pardes et autres skarzs, me voilà passé du
Moyen Age au futur, ici, ça sent la sécurité, on y est à
l’aise, tout est agréable, esthétique, mais je suis encore
loin de tout savoir, le mieux serait de me prendre une
bonne douche en attendant la venue du spécialiste, je
crois que je vais passer une bonne nuit, et
demain, j‘inaugurerai la salle de sport.

C‘est grand, il y a au moins 150 mètres carrés ici, mais
Erkinn ne m‘a rien dit sur les restos, ou autres lieux pour
me procurer de la nourriture, je poserai la question au
positronicien.»

Harkanna Korrann, confortablement assise devant l’un de
ses bureaux suivait avec grand intérêt une scène se
déroulant sur un grand écran de 1.12 par deux mètres, tout
en sirotant un liquide violet.

Grande femme brune de six pieds au teint bronzé et aux
yeux bleus cobalt, elle était d’une beauté
indescriptible, habillée avec grande élégance, elle se mit
à sourire:

« Un très beau garçon qui sort vraiment de l’ordinaire, nous
allons voir comment il se débrouille devant une positronique…

J’ai bien fait de le faire repêcher, il se pourrait qu’il soit celui
que je recherche, jusqu’à présent, il a fait un sans
faute, voyons la suite. »

Au même moment, Werner prenait sa douche et pensait:

« J’ai de bonnes notions sur l’usage d’un ordinateur, leur
positronique doit être plus compliquée, mais je dois pouvoir
m’adapter, tout ce que j’apprendrai pourra être utile à mes
amis, Radovan et Yakov, maintenant, je me sens mieux, je
dirais même que je n’ai pas connu une telle forme depuis
longtemps, c’est curieux, mais je crois qu’il y a un lien avec
les petits cubes et le liquide jaune de midi, là aussi, il faudra
que j’approfondisse. »

Après le passage du spécialiste, Werner:

« C’est plus simple que je ne pensai, et en plus, je n’ai pas
besoin de sortir de chez moi pour me nourrir, ici, j’ai tout ce
qu’il faut, et le réapprovisionnement est automatique, je me
demande sur quel principe…

Cette civilisation est très en avance sur nous, peut-être des
siècles ou davantage, vivre sous terre, avoir de l’eau, de
l’air, du chauffage, et toutes les autres commodités, c’est
fantastique.

Mais une question, si on s’est donné la peine de me sauver
du désert de glace, ce n’est sûrement pas pour me laisser
tout seul ici, finir mon temps, j’aurai certainement des
visites, mais lesquelles ?

Erkinn ? Oui, très probablement, il est plutôt
sympathique, mais je doute qu’il m’apprenne
grand-chose, Zerkann ?
Pas sûr, il a dit peut-être, qui d’autre ?

Je ne connais personne, l’infirmière ?
Une très jolie femme, mais là aussi, peu probable, sauf
peut-être en cas de contrôle médical, car je ne peux pas
dire avoir fait une touche, et puis elle marche aux
ordres, et peut-être qu’elle a déjà quelqu’un.

Zerkann m’a dit que j’étais un cas particulier, que j’étais le
seul a avoir été repêché, pourquoi ?

Il est vrai que les skarzs ne doivent pas vraiment les
intéresser, ils sont beaucoup trop primitifs pour eux, mais
alors, j’aimerais bien savoir qui a donné l’ordre de me
repêcher, car d’après le peu que je sais de cet Impérium, les
gens y sont disciplinés et n’agissent qu’avec accord de leurs
supérieurs, l’ordre doit venir de très haut.

Je pensais utiliser la salle de sport dès demain, mais comme
je suis en forme, je vais m‘entraîner dès maintenant, l‘heure
du dîner est encore loin.»

Deux semaines s’écoulèrent, Werner s’occupait au mieux, entre
la positronique et la salle de sport, il apprenait beaucoup de
choses, mais avait l’impression d’un savoir distillé, il savait
qu’il n’avait pas accès à tout, Erkinn le lui avait dit, mais
quand même, il ressentait une forme indistincte de
malaise, Erkinn était passé le voir deux fois, pour savoir
si tout allait bien, il était réellement sympathique, mais
lorsque Werner voulait lui poser certaines questions, le
Comte lui faisait clairement comprendre qu’il ne pouvait pas
répondre, ou autrement dit, qu’il avait ordre de ne
pas répondre.

La salle de sport lui procurait de meilleures
satisfactions, il était dans une telle forme qu’il avait
l’impression d’avoir dix ou quinze ans de moins.

Un soir, après le dîner , il utilisa la positronique durant un
moment, mais il s’en lassa et se mit à réfléchir:

« J’apprend des choses intéressantes, c’est sûr, mais c’est
toujours cantonné à certains domaines:

Géographique, astronomique, scientifique, technique, pas
d’art, ni de psychologie, ni d’histoire, ni artistique, quant aux
techniques de combat, n’en parlons même pas.

On dirait qu’ils ne veulent pas que je connaisse leur origine
ni le comment et le pourquoi de leur comportement, là
aussi, il y aurait quelque chose à creuser, mais auprès de qui ?
  
A part Erkinn, je n’ai jamais de visite, je peux sortir, mais
pour aller où ?

Il n’y a qu’un grand couloir circulaire qui me ramène à
l’appart, et une autre porte que je ne peux pas ouvrir.

Je pense que je suis dans un lieu spécial et que je dois être
observé, mais dans quel but si personne ne se manifeste ?

Dans un peu plus de 6 mois, je vais repartir, mais à
eux, qu’est-ce que ma présence leur aura apporté ?

J’en ai marre de tourner en boucle, c’est fatiguant, il va
falloir faire quelque chose, mais quoi ?

Demain sera un nouveau jour, je vais prendre une douche
et me coucher. »

Peu après, Harkanna, devant son écran:

« De plus en plus intéressant, il vient de s’endormir comme
une masse, mais il sait s’organiser et ne perd pas de
temps, un roi du combat, un sacré paquet de muscles, wow !

Il est impressionnant, même pour moi…

Il apprend vite, sait se comporter avec une certaine
classe, sur sa planète, il a dû recevoir une bonne éducation, et
une bonne formation par son équipe, en plus, il a prouvé qu’il
peut être très intelligent, il sait convaincre.

Je dois en savoir plus sur lui, et je ne vais pas tarder à
le convoquer. »

Deux jours plus tard, Harkanna:

« Coredd ! J’ai décidé de convoquer notre invité, voyez cela
avec Zerkann ! »
   
Coredd était le Chef d’une des deux Divisions, c’est-à-dire
un Roi et supérieur direct de Zerkann.

« A vos ordres, votre Majesté Impériale, je procède. »

Peu après, alors que Werner s’entraînait dans sa salle de sport:

« Force m’est de reconnaître que je n’en ferais pas autant. »

Werner se retourna, et:

« Prince Zerkann !! Que me vaut l’honneur ? »

« Celui d’être convoqué par notre Impératrice Harkanna
Korrann, je vous laisse le temps de vous préparer, vous
disposez, je crois, de vêtements seyants ? »

« Oui, Prince Zerkann, mais je dois d’abord prendre
une douche. »

« Ce n’est pas un problème, j’attends dans le salon. »

Vingt minutes plus tard, Werner:

« Suis-je habillé correctement ? »

Zerkann le regarda longuement de la tête aux pieds, et:

« Oui, cela devrait aller, suivez-moi, nous allons d’abord
rencontrer le Roi Coredd. »

« Votre supérieur direct, je suppose ? »

« En effet, vous avez bien retenu mes explications. »

Ils quittèrent l’appartement pour circuler dans le couloir, et
pour la première fois, Werner vit la mystérieuse porte
s’ouvrir d’elle-même, dès que Zerkann l’approcha.

« Ffff ! »

« Oui, cela vous étonne ?

C’est normal, et nous n’avez encore rien vu, nous allons
bientôt emprunter un moyen de transport, car le domaine
du Roi Coredd est à 10 lieues d’ici, soit environ 40 de vos
kilomètres. »

« Eh bien…

Et celui de l’Impératrice ? »

« Le double à partir du domaine du Roi. »

« Stupéfiant ! »

Un quart d’heure plus tard:

« Voilà, ma mission est terminée, je vous laisse le soin
d’emprunter ce couloir en face de vous. »

Werner marcha environ 200 mètres, puis se trouva face à
une porte qui s’ouvrit automatiquement, devant un homme
en livrée, probablement un serviteur du Roi, ce dernier:

« Suivez-moi Monsieur, le Roi Coredd vous attend. »

Werner traversa deux salles luxueuses et imposantes avant
de se trouver devant une autre porte automatique qui s’ouvrit
à son tour:

« Ah ! Werner Olgart, j’ai entendu parler de vous, vous êtes
un hôte de marque, être convoqué par l’Impératrice, ce n’est
pas rien…

Laissez-moi vous regarder, oui, vous êtes élégant, tout à fait
habillé pour la circonstance, notre entrevue sera brève, j’aurais
aimé parler un peu plus avec vous, mais l’Impératrice vous
attend, l’un de mes serviteurs va venir pour vous conduire à
un transport qui vous mènera directement à son Palais. »

Peu après, Werner se retrouva dans un autre véhicule
cylindrique encore plus rapide que le précédent, après un
parcours qui dura vingt minutes, il vit une autre porte
ouvrant sur un autre couloir qu’il emprunta, 300 mètres plus
loin, il se trouva devant une porte qui s’ouvrit, et devant
une jolie jeune femme en tenue de soubrette qui lui dit:

« Soyez le bienvenu, Monsieur, sa Majesté Impériale vous
attend, suivez-moi. »

Werner: « Je vous suis », puis en lui-même:

« Ffff ! Il y a du beau monde par ici. »

Trois salles plus loin la servante:

« Voilà, appuyez sur ce bouton, la porte s’ouvrira. »

----------------

« Ah ! Voilà notre fameux Werner Olgart, transfert d’un monde
lointain, venez vous asseoir là, en face de moi, nous avons pas
mal de choses à nous dire, voulez-vous boire quelque chose ? »

Werner était encore à plus de 25 mètres de l’endroit indiqué
par Harkanna dont la voie était mélodieuse et puissante.

Il resta interdit durant deux ou trois secondes à la vue de
cette splendide créature, puis décida de réagir en se dirigeant
vers elle, l’Impératrice fit mine de ne pas s’en apercevoir, mais
marqua tout de même un léger sourire.

« Si vous m’accompagnez, votre Majesté Impériale, oui. »

« Hm ! Une petite touche d’insolence, une voie grave
agréable, se voulant affirmative, une réponse dite avec une
certaine classe et un respectueux rappel de mon titre, j’aime.

Bien sûr que je vais vous accompagner, je vais vous proposer
une boisson que j’affectionne particulièrement, vous me
donnerez votre avis. »  

Tous deux prirent place de chaque côté d’une grande table
sur laquelle un étrange appareil de forme prismatique
siégeait, Harkanna appuya deux fois sur une touche de
l’appareil, et deux verres remplis d’un liquide violet apparurent.

Harkanna: « Cela s’appelle du zettz, alors ? »

Werner: « Extraordinaire ! Fameux !

Bien supérieur au liquide jaune qui existe dans mon
appartement. »

« Le gizz ?

Oui, aucune comparaison possible, il s’agit d’un léger
remontant alors que celui-ci a bien d’autres propriétés, mais
nous parlerons de cela plus tard, pour le moment, ce qui
m’intéresse, c’est de savoir comment vous percevez notre
Impérium et si vous pouvez en imaginer la structure physique ? »

« Je vais commencer par la structure, je perçois l’Impérium
comme une forme de quatre ou cinq cercles concentriques
avec votre Palais au centre, les différentes
répartitions, sections, zones et ainsi de suite peuvent être de
forme sphérique ou prismatique, et… »

« Bravo, Werner, c’est exactement cela, tout est
sphérique, mais continuez. »

« L’Impérium me fait l’effet d’un lieu dans lequel la discipline
règne, bâti sur le principe de nos anciennes royautés sur
Terre, confer les titres qui sont identiques, on sent que les
gens sont aux ordres, et que la hiérarchie est respectée.

Pendant ces dernières semaines, j’ai dû être observé, une
forme de test, la positronique qui m’a été affectée comporte
des informations, mais seulement dans certains domaines, par
exemple, je ne connais toujours pas l’origine ni l’histoire de
votre peuple, les gens ne répondent pas aux questions que je
pose, on dit que la connaissance, c’est la puissance, au fur et
à mesure que l’on s’éloigne du centre dans lequel nous
sommes, la connaissance diminue, au niveau des
quartiers, qui doivent être à l’extérieur, elle doit être limitée
aux tâches quotidiennes, voilà en gros ma perception. »

« Wow ! Je vous savais intelligent, mais là, vous m’épatez.

Une petite différence toutefois, je vous observe depuis que
vous êtes arrivé sur Kart, nous sommes des kartiens, situés
dans un système de dix planètes autour de l’étoile Arrn, Kart
est la troisième, mais ça, je pense que vous le savez.

J’ai suivi vos aventures chez les pardes, puis chez les skarzs
avec grand intérêt.

Nous avons enregistré votre transfert, visiblement, vous
débutez en matière de voyages spatio-temporels, mais je
félicite celui de chez vous qui a conçu la machine, chez nous, à
ma connaissance, dans notre galaxie, personne à part nous
ne sait procéder à des transferts.

Vous êtes au milieu de votre séjour ici, j’aimerais savoir
comment les gens vivent sur votre planète, les politiques, les
avancées scientifiques, les continents, les régions, les races, si
les gens se sentent bien, combien de temps ils vivent, je vous
sais capable de m’en faire une description synthétique. »

Werner raconta sa vie, puis tout ce qui se passait sur sa
planète, pour finir par:

« Non, les humains ne sont pas heureux, ils sont
scrutés, policés, presque la moitié des gens ne mange pas à
sa faim, le tiers n’a pas de logement, nous subissons une
tyrannie, voilà pourquoi mes amis Radovan, inventeur du
Transtron, Yakov, bricoleur de génie, et moi, avons optés
pour l’indépendance en nous établissant dans une grotte
secrète et en espérant une vie meilleure. »  

« C’est boulversant, ainsi vous ne pouvez vivre qu’un siècle ?

C’est très peu, votre médecine n’est pas très avancée, votre
technologie non plus d’ailleurs, l’argent ?

Nous avons eu, en des temps lointains, des systèmes
d’échanges analogues que l’on a abandonnés, cela ne
donnait rien de bon, bravo pour Radovan, et pour votre
Transtron, la Terre ?

Dans le système solaire?

Egalement le troisième planète à partir de l’étoile ?

Oui, nous connaissons les conditions pour qu’un système
soit habitable, elles sont analogues dans toutes les dimensions.  

Au moins les gens, chez moi, ne sont pas malheureux, il y a de
bonnes raisons pour cela, mais je vous les expliquerai plus tard.

D’après ce que vous avez dit à Zerkann, nos durées de temps
sont analogues, voire identiques.

L’heure s’avance, je vous invite à dîner, ici même, ce qui
nous permettra de poursuivre notre conversation après, pour
cette nuit, je peux vous loger ici, dans une des
chambres, nous sommes encore loin d’avoir fait le tour
de nos points de vue. »

« Comme vous le souhaitez, votre Majesté Impériale, je suis
à votre disposition. »

« Ne me tentez pas. »

Ils dînèrent, puis la conversation se poursuivit jusqu’à
tard, Werner fût logé dans une chambre luxueuse, mais il
était passablement fatigué et ne prit pas le temps d’admirer
le décor, il se déshabilla, plongea dans le vaste lit et
s’endormit d’un coup.

Harkanna de son côté, ne dormait pas, mais réfléchissait:

« Nos conversations se sont révélées de plus en plus
intéressantes, depuis très longtemps, je me sens seule, après
tout, moi aussi, je suis humaine, et suis de plus en plus
persuadée que Werner a tout ce qu’il faut pour devenir mon
compagnon, car il me plait.

Il lui manque encore des connaissances, mais il apprend
vite, on peut facilement pallier à ce détail, le tout est de
savoir si je peux lui accorder une totale confiance, et si je
lui plais, mais vu sa réaction lorsqu’il est entré dans le
salon, je crois que c’est le cas.

Accepter d’être le cobaye pour un voyage dimensionnel, même
pour quelqu’un comme lui qui est un super combattant et qui
ne craint pas le danger, cela reste exceptionnel, d’après ses
récits, la vie sur sa planète est difficile, une autre question
sera celle de savoir s’il veut absolument repartir ou s’il serait
intéressé à rester ici, avec moi.

Il trouve mon Impérium un peu trop discipliné, mais je saurai
lui expliquer qu’une position de gouvernante n’a pas que des
avantages, et que les humains laissés à eux-mêmes ne font
pas que des bonnes actions.

Le mieux serait de le loger ici, près de moi, et de prendre un
temps d’observation pour mieux cerner sa personnalité, je
m’en suis fait déjà une bonne idée, mais évitons les
surprises, je ne vais pas tout lui révéler de suite, encore que
j’ai eu le malheur de lui dire que j’ai suivi toute son
aventure, et ce qui m’étonne, c’est qu’il ne m’a pas demandé
comment, il se pourrait que j’aie droit à cette question
demain, que vais-je lui répondre ?

Il dort comme un plomb, je peux retourner au salon pour
prendre un zettz, le mieux est de lui dire la vérité, le
mensonge est rarement une bonne solution: »

Le lendemain matin, Werner:

« J’ai bien dormi et me sens en forme, prenons une bonne
douche et allons déjeuner, oh mais…

Je suis chez l’Impératrice !

Dans une chambre extraordinaire, quel luxe !

Je n’ai jamais rien vu de pareil. »

Un peu plus tard:

« Ah ! Vous voilà, Werner, bien dormi ? »

« Comme un loir, votre Majesté Impériale, mais
maintenant, j’ai faim.

Et vous, vous avez bien dormi ? »

« Court, mais je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil, venez
donc prendre un zettz en attendant votre déjeuner. »

« Tiens, mais !!

Extraordinaire, je vois Ikreg et Barken en train de discuter
sur l’un de vos écrans, vous pouvez tout voir et tout contrôler
sur la planète ? »

« Oui, et heureusement pour vous, vous voulez que je mette
le son ? »

« Non, je pense que nous avons mieux à faire. »

« Ah ! Quoi par exemple ? »

« Continuer à discuter, ainsi c’est vous qui avez donné ordre de
me repêcher ? »

« C’était facile à deviner. »

« Exact, mais comment pouvez-vous voir tout ce qui se
passe en surface, des satellites, des mini-caméras ? »

« La seconde hypothèse est la bonne, la micro technologie
nous permet de fabriquer des mini-caméras d’un
millimètre de diamètre que l’on peut rendre invisibles. »

« Alors là, je vous admire, atteindre une telle perfection…

Une question me vient, quelle est la durée de vie moyenne
des gens ici, et combien êtes-vous ? »

« C’est deux questions, il est trop tôt pour répondre à la
première, mais pour la seconde, nous sommes 10047. »

« Cela ne fait pas grand monde.»

« Nous avons d’excellentes raisons pour cela. »

« Je m’en doute, avancés comme vous êtes, avez-vous
pensé à créer des vaisseaux spatiaux ou des androïdes ? »

« Très bonne question, nous avons les deux, ils sont très
sophistiqués et font l’objet d’un entretien permanent. »

« Si vous avez besoin d’aller en surface avec des
vaisseaux, comment faites-vous ? »

« Ce n’est plus le cas depuis longtemps, si cela s’avérait
nécessaire, chaque vaisseau dispose d’une arme particulière
qui lui permettrait de creuser une sortie. »

« Vous êtes forts, nous, nous avons réussi à aller sur notre
satellite, la Lune il y a 70 ans, mais c’est tout, et nos androïdes
sont primitifs. »

« A chacun son temps, un jour peut-être, votre humanité
atteindra un niveau analogue au nôtre, ne vous plaignez
pas, vous êtes déjà plus avancés que les pardes et les skarzs. »

« Peut-être pas pour le meilleur, c’était sympa chez les pardes. »

Un son interrompit la conversation, Harkanna appuya sur
un bouton, un hologramme de Coredd apparut:

« Votre Majesté Impériale, je vous propose de vous
transmettre des scènes qui peuvent vous intéresser. »

« Allez y Coredd. »

Sur un écran du salon apparut un paysage familier, le
bord du désert de glace, puis une dizaine de skarzs en
train de discuter, Werner reconnut immédiatement
Kerk, Tardt, Bagran, Ferrad, Lordt, Makken, Tinden et Zark.

Makken: « Mes hommes ont fait 20 lieues dans le
désert, soit 40 lieues aller/retour, dûment habillés avec
de la nourriture bien sûr, aucune trace du géant.

Bagran: « De même pour les miens conformément à tes
ordres, Kerk, aucun résultat. »

Il en fût de même pour Ferrad, Lordt, Tinden et Zark, Tardt
éclata de rire:

« Tu vois, Kerk, et tu peux être sûr qu’ils ont fouillé dans
toutes les directions, je te l’ai dit, ce phénomène était
capable de traverser le désert. »

Kerk: « Non, il était très fort, c’est sûr, mais même pour
lui, c’est impossible. »

« Alors comment expliques-tu qu’il n’y ait pas de trace ? »

« Plusieurs réponses possibles, ils n’ont pas fouillé
partout, un corps peut être difficile à voir dans certains
endroits, il a pu être englouti par une congère, ou il a
peut-être réussi à dépasser 20 lieues, mais le désert
s’étend bien plus loin, pour moi, aucun doute, il est mort. »

« Eh bien cette fois-ci, c’est à ton tour de dire ça à Gartek. »  

Werner éclata de rire, les vidéos s’interrompirent, et
Harkanna appuya de nouveau sur un bouton:

« Merci Coredd, c’était amusant. »

Werner: « Vous n’avez pas l’air surprise. »

Harkanna: « Je ne suis pas facile à surprendre. »

« J’ai déjà entendu ça quelque part. »

Harkanna se garda bien de dire à Werner que ces scènes
remontaient à cinq jours, et qu’elle les avait déjà vues.

« Pendant que j’y pense, vous avez perçu mon Impérium
comme un peu trop discipliné, est-ce que cela représente
pour vous un gros inconvénient. »

Werner: « Pas vraiment, sur Terre, nous sommes loin d’être
mieux, un minimum de discipline ne nuit pas, si vos gens ne
sont pas malheureux, c’est plutôt bien.

Je suppose que c’est vous qui maintenez cet état de
choses, mais cela me paraît normal, les gens ne sont pas
tous des petits saints, tant s’en faut, si on les laissait faire
ce qu’ils veulent cela pourrait conduire à des catastrophes. »
 
Harkanna: « Cela fait plaisir à entendre, une autre
question, que pensez-vous de moi ? »

« Je n’ai pas encore d’idées arrêtées à ce sujet, sinon que
vous êtes ravissante, intelligente, et qu’il vaut mieux être
avec vous que contre. »

« Votre dernière phrase est une évidence, je vais vous
poser la question autrement, est-ce que je vous plais ? »

« Oui. »

« Envisageriez-vous de rester ici, avec moi ? »

« Vous êtes plutôt directe, je dois étudier la question. »

« Prenez votre temps. »

Le lendemain:

Werner: « Vous aussi, vous me plaisez, et vous le savez, alors
voilà comment je vois les choses:

1/ Mes amis sur Terre, j’aimerais aussi qu’ils viennent.

2/ Barken et Ikreg, des pardes, je les aime bien, les skarzs
ne doivent pas envahir Pardana.

3/ Il faudra répondre à mes questions et que j’aie accès
aux connaissances. »

Harkanna:« Bon, voyons tous les points, vous voulez rester
si vos amis viennent, on peut l’envisager, s’ils sont d’accord
ce qui n’est pas gagné.

Chez les skarzs, je suppose que vous voudriez mettre Tardt
comme gouverneur, avec les moyens dont je dispose, c’est
facile, mais êtes-vous sûr qu’il ne s’en prendra pas aux
pardes ? »

« Si c’est moi qui lui dit de ne pas le faire, oui. »

« Admettons, vous aurez accès aux connaissances, mais
sachez que nous serions ensemble pour une durée
beaucoup plus longue que votre temps de vie, alors c’est à
mon tour de poser deux conditions:

- Savoir si vous m’aimez vraiment.

- Savoir si je peux avoir confiance en vous à 100%. »

Werner: « Oui, je vous aime, et vous pouvez compter sur
ma fidélité. »

« Alors il n’y a plus d’obstacle à ce que nous fassions équipe. »


Un an plus tard, les skarzs vivaient avec les pardes dans
le sud de Pardane, et s’étaient convertis en
agriculteurs, Harkanna , Werner, Radovan et Yakov
rendaient régulièrement visite à Barken et à
Tardt, l’Impérium se composait de deux nouveaux
Rois, Radovan et Yakov, qui avaient trouvé des
compagnes, et d’un Empereur.

-----***----- 
 

 
_________________
Cicéron c'est Poincaré.

Bébert


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MessagePosté le: Dim 1 Oct - 14:02 (2017)    Sujet du message: Publicité

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